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Ma chronique de Final Fantasy XV (sur PC, et sans spoilers)

J’ai fini Final Fantasy XV. On m’a même donné un certificat pour ça (c’est moi qui ai choisi la photo :)) :

ffxv_s 2018-03-18 11-01-11-38Je tiens à préciser immédiatement une chose : en tant que pécéiste convaincue, je n’ai jamais joué à un Final Fantasy avant celui-ci. J’étais, pourrait-on dire, vierge de Final Fantasy, si on excepte le visionnage des films d’animation Advent Children et Les Créatures de l’esprit. Donc, pour moi, j’ai joué à un nouveau jeu, et pas vraiment à un Final Fantasy.

Il y a quelques mois, je regardais un live de Bob Lennon sur Final Fantasy XV. Déjà à ce moment-là, j’ai été séduite par l’ambiance et l’univers du jeu. Puis, j’ai appris qu’il sortait sur PC ! Alors j’ai regardé le film d’animation qui lui sert de prologue (et sans lequel le début du jeu est pratiquement incompréhensible), Kingsglaive. Comme Advent Children, je l’ai trouvé confus, mais visuellement époustouflant. Et puis, j’ai regardé la petite série animée Brotherhood, donc chaque épisode est consacré à un membre de ce fameux quatuor auquel on va tellement s’attacher. J’ai adoré Brotherhood. Les personnages m’ont plu immédiatement. J’avais très envie de jouer avec eux. Et maintenant que c’est chose faite depuis une soixantaine d’heures, voici mes impressions :)

Sur la route : Noctis, prince procrastinateur

Le jeu commence par ça, et d’une certaine façon, se termine comme ça : sur la route.

Ignis vous fait le coup de la panne et vous vous retrouvez à pousser la bagnole sous un ciel bleu azur, le tout sur un fond d’engueulade amicale et un air de Florence and the Machine, et sa très jolie reprise de Stand by Me.

ffxv_s 2018-03-06 22-13-50-26On a l’impression d’être en vacances. Ou plutôt, en ce qui concerne Noctis… Parti pour un très long enterrement de vie de garçon. En effet, notre héros est en route pour retrouver sa fiancée. Sauf qu’Insomnia, la capitale du Lucis, sur lequel règne son père Regis, est attaquée par le Nilfgaard, une super-puissance militaire avec laquelle Regis s’apprêtait pourtant à signer un traité de paix. Le trône du Lucis est vacant, et il y a plus grave : l’empire a a déclenché le courroux divin, semble-t-il. Les jours raccourcissent, les daemons, des créatures maléfiques se manifestant surtout la nuit, sont de plus en plus nombreux. Les Lucii, la lignée royale à laquelle appartient Noctis, sont les seuls en mesure de repousser les ténèbres : Noctis a en effet été directement choisi par les dieux pour régner, mais dans les circonstances de guerre actuelles, il va devoir pactiser avec eux de sorte à ce qu’ils lui octroient leur « grâce » et l’aident dans dans sa quête.

Mais là où le jeu est malin, c’est ici : en tant que joueur, tout cela nous semble bien lointain. Notre attention est sans cesse attirée par les paysages magnifiques, les multiples quêtes secondaires, on se surprend à prendre beaucoup de plaisir à pêcher… Je vais longuement citer un article du site Merlan Frit, car il reflète très précisément mon impression :

Ici, le monde ouvert s’offre à nous d’emblée – là où il est d’ordinaire acquis après plusieurs heures de jeu et d’efforts – car il est construit pour être le théâtre du déni de Noctis, lequel préfère crapahuter avec les copains, attraper des grenouilles entre les rochers et jouer les cow-boys à dos de chocobo. C’est une alternative choisie au vecteur de la route et de la conduite automatique, au bout duquel se trouve le port, le mariage et la destinée, dans cet ordre-là.

Dans la vaste contrée de Duscae et ses provinces attenantes, le temps semble s’être arrêté. Tout ce qui peut paraître comme des défauts de conception si l’on analyse le jeu selon le format conventionnel de l’open world (conduite lente et dirigiste, impossibilité d’activer plus d’une quête de chasse à la fois, absence d’intérêt narratif dans les sous-quêtes, etc.), emprunte énormément au MMO — et en particulier au remarquable Final Fantasy XIV — pour tout sacrifier à l’appel de la promenade. On passera des jours et des nuits à pêcher, des heures à regarder la route nous conduire (pour reprendre la formule de Kerouac) comme un tapis roulant à travers un paysage d’ailleurs plus japonais qu’américain, et les nuits à la belle étoile marqueront le tempo (prise d’expérience) de vacances prolongées.

J’ai passé la majeure partie de mon temps de jeu à visiter le Lucis en long, en large, et en travers. Là-dessus, je me suis surprise moi-même : dans les RPG, j’ai tendance à vouloir rusher la quête principale en me disant que je n’ai pas le temps de cueillir des fleurs. Mais ici, c’est comme si Noctis lui-même préférait cueillir des fleurs… J’ai entendu des critiques à propos des quêtes secondaires de Final Fantasy XV, qui seraient des quêtes « fedex » sans intérêt et ennuyeuses (genre, apporte cet ingrédient à telle personne). Alors, je ne peux que plussoyer : la plupart des quêtes sont sans intérêt. Mais le défaut d’intérêt scénaristique, ai-je découvert, n’ôte ici rien au funComment expliquer cela ? Je n’arrive pas à dire autrement que : parce qu’on prend du bon temps à se promener, visiter, écouter les dialogues des PNJ, écouter ce que racontent les compagnons, découvrir une nouvelle région, écouter de la musique en voiture, etc. En fait, on est presque dans une simulation de vacances, alors, aller pêcher, pourquoi pas ? Quand on roule et que Prompto nous demande si on veut s’arrêter pour photographier « cette montagne qui a une forme bizarre » ou dieu sait quoi, on dit : « yeap, pas de problème ! » Est-ce qu’on a le temps de s’arrêter pour une course de chocobo ? Non, la nuit tombe. On va plutôt planter la tente, voir ce qu’Ignis va nous faire de bon à cuisiner, et regarder les photos de Prompto.

Tourisme volcanique

Tourisme volcanique

Le camping, c'est chouette. Beaucoup plus que dans Skyrim.

Le camping, c’est chouette. Beaucoup plus que dans Skyrim.

On a tous au fond de nous un fan de tuning. Si, si.

On a tous au fond de nous un fan de tuning. Si, si.

En bref, j’ai retrouvé des sensations similaires à celles de Skyrim : l’envie d’explorer, de me perdre dans cet univers qui me charme. En beaucoup mieux :  parce qu’ici, je m’amuse authentiquement. J’ai pêché pendant une bonne heure, juste parce que je voulais absolument remonter un ÉNORME poisson : c’était devenu un vrai défi que je n’avais pas envie de perdre. J’ai décidé de devenir un chasseur accompli et j’ai enchaîné les contrats de chasse juste pour le plaisir de taper sur du monstre et de monter en grade. J’ai fait le tour du monde pour prendre des photos pour un journaliste amateur, juste pour le plaisir de voyager.

L’un des morceaux de la magnifique bande originale s’intitule « Wanderlust« . Rien ne pourrait mieux qualifier le ressenti que j’ai eu. Ce mot, que l’on peut traduire par l’appel de l’horizon, la soif du bitume, l’envie de voyager, justifie toutes les quêtes fedex du monde. Il est difficile de faire un open-world. Mais pour moi, un monde ouvert tient sa réussite à un seul paramètre, et je vais tenter une comparaison un peu tirée par les cheveux pour m’expliquer : quand on déguste un plat, il peut arriver qu’il ne soit pas parfait. Il manque de subtilité, il est un peu trop gras… Mais au final, pourquoi vous adorez la tartiflette ? Pas parce que c’est le meilleur plat du monde : parce que elle vous fait saliver rien qu’à en sentir l’odeur. C’est de la gourmandise. De même, pour un monde ouvert, la seule chose qui importe vraiment à mon sens, c’est qu’on ait envie d’y rester. Qu’on s’y sente bien, en somme. C’est ce qui a justifié mes centaines d’heure sur Skyrim, et c’est ce qui justifiera mes prochaines dizaines d’heures dans Final Fantasy XV.

Et au-delà du fait que je m’amusais, l’autre immense force de Final Fantasy XV , c’est la bromance.

Les copains d’abord

When the night has come
And the land is dark
And the moon is the only light we’ll see
No, I won’t be afraid
Oh, I won’t be afraid
Just as long as you stand
Stand by me

C’est au final, le cœur de l’intrigue, le cœur du jeu. Le choix de Stand By Me pour introduire le jeu ne me semble vraiment pas dû au hasard… L’histoire de Final Fantasy a beaucoup en commun avec l’intrigue d’un shonen. Il s’agit d’un voyage initiatique, au cours duquel la camaraderie entre les personnages se transformera en un lien indestructible. La fiancée, Lunafreya, est une figure lointaine qui renvoie Noctis à des souvenirs d’enfance, mais au final, elle demeure, inaccessible, insaisissable. Car il n’y a pas seulement du shonen dans Final Fantasy XV, il y a également tous les ingrédients d’un roman de chevalerie médiéval : la figure féminine est celle qui symbolise l’amour chaste et idéal, l’objet fantasmatique, beaucoup plus rêvé que réel. Et finalement, le jeu raconte l’histoire d’une quête que Noctis accomplit avec trois fidèles compagnons. Ce ne sera pas toujours rose, et cela ne fera que renforcer encore les liens qui les unissent. Si vous êtes comme moi, vous vous prendrez à tomber en amour, comme diraient les Québecois, avec les personnages.

Gladio, dont la relation conflictuelle et intense qu’il a avec Noctis, son côté sanguin et son attitude à la fois protectrice et inflexible me font penser à la relation que j’avais moi-même avec ma grande sœur quand j’avais l’âge de Noctis.

Quand il veut engueuler Noctis, Gladio ne prend pas de pincettes.

Quand il veut engueuler Noctis, Gladio ne prend pas de pincettes.

Ignis, flegmatique et d’une gentillesse à toute épreuve. Presque une figure archétypale maternelle, quand Gladio serait celle du père.

Il essaiera toujours, Noct :)

Il essaiera toujours, Noct :)

Et Prompto (doublé en japonais par Tetsuya Kakihara, le même acteur que pour Natsu de Fairy Tail !!), qui cache sa timidité et son manque de confiance en lui derrière une bonne humeur qui en exaspère certains, et que je trouve pour ma part tout à fait charmante.

ffxv_s 2018-03-09 00-21-24-11Ces trois-là sont techniquement vos protecteurs, mais ce sont surtout vos amis, et vos frères d’arme. Et ce sont définitivement eux qui donnent au jeu toute sa force et son impact émotionnels (très puissants dans mon cas).

Mais enfin, j’en vois qui s’impatientent. C’est un jeu vidéo, pas un roman ou un film. Alors, y a de la baston, non ? Oh, que oui. J’y viens.

Monstres et divinités en pagaille

Dans Final Fantasy XV, il y a un truc tout bête qui m’a fait très plaisir : pas une seule fois, je n’ai eu à combattre des ennemis de type « bandits », « déserteurs », ou je ne sais quoi. Ce genre d’ennemi est généralement une plaie (parce que ça pullule), et puis, c’est toujours décevant de se fighter avec de simples humains quand le monde est rempli de créatures fabuleuses. Et ici, il n’y a que des créatures fabuleuses.ffxv_s 2018-03-09 00-06-17-56ffxv_s 2018-03-16 11-26-46-55Le système de combat est super dynamique. Vous avez la capacité de vous téléporter d’un point à l’autre du champ de bataille et de porter des attaques aériennes du plus bel effet. C’est parfois un poil trop rapide pour moi, et la caméra a tendance à déconner (ceux qui ont joué à Dragon Age: Inquisition connaissent ce moment de frustration quand vous vous retrouvez coincé derrière un buisson…). Mais j’aime énormément l’aspect épique, très visuel des combats. On se bat façon manga, avec classe et légèreté.

ffxv_s 2018-03-16 11-27-38-03 ffxv_s 2018-03-13 20-23-02-30On peut utiliser des sorts qu’on prépare à l’avance, qui doivent s’utiliser avec parcimonie mais sont dévastateurs. On a à sa disposition tout un arsenal d’épées, dagues, katanas, lances et tridents qu’on utilisera en fonction des résistances des ennemis qu’on affronte. Et on pourra parfois invoquer des divinités qui vous assisteront façon courroux divin (j’aimerais vraiment pas être les ennemis de Noctis…)

ffxv_s 2018-03-17 12-10-44-41Le jeu a une très grande force épique, spécifiquement sur sa dernière partie. Me reste à l’évoquer, toujours sans spoilers, car j’aimerais dire deux mots de l’intrigue.

Une histoire à lire entre les lignes

J’ai un problème avec l’intrigue de Final Fantasy XV. Comme je le disais en début d’article, d’abord, voir Kinglsaive me semble presque indispensable. Et puis après… Tout est assez confus. Parfois, la compréhension tient à une ligne de dialogue, du coup, si vous avez les sous-titres et que vous êtes occupé, par exemple, à admirer le design de ces personnages :

Ardyn et Ravus... Quelqu'un peut me réexpliquer l'histoire ?!

Ardyn et Ravus… Quelqu’un peut me réexpliquer l’histoire ?!

…vous manquez l’une des rares infos qui vous permettra de comprendre ce qui se passe. J’ai eu du mal, sur bien des points, à raccrocher les wagons. Je trouve dommage que ce qui serve de codex tienne en quelques lignes à partir de livres que vous trouvez au cours de vos explorations. Les explications sont partielles, concises, incomplètes.

Bon, malgré tout, j’ai compris le principal.

Pour ceux qui n’auraient jamais fait le jeu : avant d’entamer le chapitre 9, réfléchissez à deux fois, car tout va se précipiter. Et quand vous êtes à Altissia, si vous voulez prendre la peine d’explorer (et je recommande, cette Venise façon Final Fantasy vaut vraiment le détour, en plus y a quelques activités amusantes), ne lancez pas la quête « Sommets entre dirigeants » avant de vous être amusés de tout votre soûl.

Donc, les événements se précipitent d’un seul coup, d’une façon qui m’a totalement déstabilisée. Je n’étais pas prête. Je lisais dans l’article de Merlan Frit que j’ai cité tout à l’heure que Final Fantasy XV était l’histoire de la perte de l’insouciance, et de l’acceptation du devoir et des responsabilités. C’est vrai, sauf que j’ai eu du mal à suivre Noctis là-dedans. Pour moi, son passage de prince procrastinateur à roi assumé est imposé, on n’a pas l’impression d’avoir fait le même cheminement mental que lui, alors ça m’a gênée pour m’identifier.

Mais, cela mis à part, j’ai trouvé que c’était une très belle histoire, avec une force poétique et tragique qui m’a laissée pantoise par certains moments.

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ffxv_s 2018-03-17 13-56-48-16En guise de conclusion

Je suis tombée amoureuse de Final Fantasy XV. Il rejoint dans mon cœur la série des Dragon Age, Mass Effect, aux côtés de Skyrim et Enderal. Les meilleurs jeux de ma vie :)

Pour son atmosphère, sa direction artistique exceptionnelle, ses partis pris audacieux, le fait qu’il m’ait fait aimer les quêtes fedex, sa bande originale de toute beauté, ses personnages incroyablement attachants, sa profondeur émotionnelle.

Sur ce, je vous laisse. J’essaie d’obtenir des couleurs rares pour ma bagnole en gagnant des paris à l’arène d’Altissia. Et va falloir que je gagne beaucoup, beaucoup de paris.