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Le métier de rédacteur web

Aujourd’hui, j’ai envie de parler d’une partie de ma vie professionnelle, celle qui concerne mes activités de rédactrice web. Depuis plus de deux ans, je travaille pour une agence que je n’ai contractuellement pas le droit de citer sur mes différents profils professionnels en ligne. Si le métier vous intéresse, si vous voulez partager vos propres expériences de rédacteur web, ou si vous êtes simplement curieux, n’hésitez pas à réagir ou poser des questions.

La rédaction web, qu’est-ce que c’est ?

Un rédacteur web, c’est une petite main qui travaille dans l’ombre, qui fournit des contenus (généralement des articles) pour des sites web. Quand on est indépendant, on fonctionne de la même manière qu’un traducteur freelance : une entreprise nous recrute et nous intègre à sa base de données, et fait appel à nos services dès qu’elle a un projet qui correspond à notre profil (spécialités, goûts, disponibilités, autant de renseignements que l’on donne à l’embauche).

À la différence d’un traducteur technique (j’entends par traduction technique tout ce qui n’est pas considéré comme de la traduction littéraire, c’est-à-dire la traduction dont les contenus relèvent de la propriété intellectuelle ; mais je n’enterai pas dans les détails car pas mal de choses sont floues et mal encadrées par la loi), on a un statut d’auteur, et nos textes relèvent donc du droit d’auteur, même si dans la réalité, on cède tous ses droits d’exploitation. La loi française protège les œuvres de l’esprit dans le sens où un auteur conserve un droit inaliénable moral sur ses œuvres (elles lui appartiennent toujours sur le plan abstrait et théorique, même s’il n’en tire aucun bénéfice), ce qui entre en contradiction avec de nombreux usages effectifs. Mais là encore, il s’agit d’un large débat, et mon article ne porte pas sur ce sujet.

Travailler en pyjama comme Johnny Depp dans Fenêtre Secrète, c'est chouette.

Devenez rédacteur web et travaillez en pyjama comme Johnny Depp (extrait du film Fenêtre secrète).

Voici concrètement comment ça fonctionne pour moi : quand on a besoin de mes services, on m’envoie un « programme de travail », c’est-à-dire un fichier Excel contenant les thèmes, les titres des articles, et divers champs servant essentiellement à l‘optimisation web (ou SEO pour Search Engine Optimization), comme le méta-titre, la méta-description, les images et leurs légendes, une série de mots-clés, etc. On me fournit également un « mode d’emploi », qui est en fait un cahier des charges (oula j’ai failli inventer un mot : un cahier « d’écharges », avais-je écris !) établi par l’agence avec le client. Qui est ce client, me demandez-vous ? Je ne peux pas vous donner de nom, je n’ai pas le droit. Mais vous verrez assez bien le tableau si je vous dis qu’il s’agit de quelques-uns des grands noms de la presse féminine, de sites de culture gé et d’infos générales, et d’un site marchand de biens généralement culturels (même si parfois, au lieu d’écrire un article sur le nouvel album de Lara Fabian, on se retrouve à vanter les mérites des frigos américains). Dans la majeure partie des cas, j’écris des articles qui présentent une personne ou un produit, ou des articles de conseil dans le domaine vie sociale, vie de couple, vie professionnelle, beauté, mode.

Les contraintes SEO en rédaction web

De nombreux clients font appel à l’agence web pour qui je travaille afin de faire remonter leur site au classement Google. Ils imposent donc parfois des contraintes d’optimisation du référencement assez lourdes. Sur des articles relativement courts (disons l’équivalent d’une page Word, ce qui fait à peu près 500 mots), on nous demande par exemple de répéter le mot-clé dans le chapô, les sous-titres, mais aussi au moins une fois par paragraphe. Il arrive souvent que cela conduise à des redondances qui rendent les textes aussi pénibles à écrire que, j’imagine, à lire. (Rédaction web ! Rédaction web ! Quoi ? Je suis en train de faire du gringue à Google, et ça marche : l’application Yoast vient fièrement de passer à la couleur verte et me félicite pour la densité de mon mot-clé.)

Devenez rédacteur web et comme Paul Sheldon dans Misery, laissez s'exprimer votre créativité.

Devenez rédacteur web et comme Paul Sheldon dans Misery, laissez votre créativité s’exprimer.

Ces contraintes s’expriment aussi sur la forme, le nombre de paragraphes, et surtout les liens. Là encore, cela conduit, par exemple sur différents articles d’un même dossier, à un type de rédaction assez artificiel. En effet, on se retrouve à mettre des liens pour mettre des liens, même si ce n’est pas forcément pertinent. On aboutit donc à un cas de figure où l’on produit des contenus non pas optimisés en terme de qualité, mais conçus pour faire les yeux doux à Google.

La signature des articles

Autant vous prévenir d’avance : si vous voulez être rédacteur web, vous avez intérêt à ne pas avoir trop d’ego. Les clients ne veulent pas qu’on sache qu’ils font rédiger leurs contenus en externe. Une question d’image. Aujourd’hui, j’ai eu la curiosité de me renseigner sur le nom avec lequel on avait signé une série de mes articles pour un site de presse féminine. Verdict : cette personne n’existe pas. S’il ne s’agit pas d’une personne fictive, mes articles sont élégamment signés « La Rédaction », ou du nom du site web sur lequel ils paraissent.

En rédaction web, il est important même si parfois difficile de garder son sang froid.

Devenez rédacteur web, mais faites votre possible pour garder votre sang froid…

Vous êtes dépossédé de votre travail à bien des égards : je ne signe pas mes articles, et je ne peux pas me servir de mes références qu’en contact privé avec un employeur potentiel. Je ne peux donc pas, ici, vous donner des exemples de mon travail et m’exclamer fièrement : « regardez, c’est moi qui l’ai fait ! ». Comme je suis déjà amenée à traiter fréquemment des thématiques qui n’ont rien de particulièrement passionnant, il y a une certaine dose de frustration à gérer.

La joie des petits calibrages

Il existe un autre point de frustration non négligeable : on tape à la main des balises, et sur certains projets, on doit intégrer un certain nombre de contraintes. Ce qui amène fréquemment à effectuer des petites corrections. On me renvoie souvent des fichiers parce que j’ai oublié un lien, une balise, que je n’ai pas mis le mot-clé dans un sous-titre, que je ne dois pas sauter une ligne après le sous-titre, parce que je me suis trompé de code de licence pour des images tirées de bases de photos libres de droit, etc. Heureusement, avec l’habitude de la rédaction web et le temps passé à travailler sur des projets émanant des mêmes clients, il y a de moins en moins de corrections à faire.

Devenez rédacteur web, et comme Garrus, faites de la précision millimétrée votre petit kiff quotidien.

Devenez rédacteur web, et comme Garrus, faites de la précision millimétrée votre petit kiff quotidien.

Une autre difficulté est la gestion du nombre de signes (nombre de caractères, espaces compris). Là encore, tous les articles d’un même projet sont soumis à la même contrainte. Pour moi, le format qu’on m’impose le plus couramment est de 2700 signes pour l’article, et 300 pour le chapô. Selon le sujet traité, j’éprouve parfois des difficultés à compresser toutes les infos dans ce format, ou au contraire, je galère comme une damnée pour remplir ma page Word… Par exemple, j’ai récemment du écrire un article sur un trio de designers dont l’unique accomplissement était d’avoir conçu… une poire. Sur le web, aucun renseignement biographique ni trace quelconque d’autres projets de design à citer. Il m’a donc fallu broder pendant 2700 signes pour vanter les mérites de cette poire, et ça n’a pas été simple.

Un métier pour les amoureux des mots

J’ai souvent lu sur des fils de discussion de traducteurs professionnels l’idée qu’ils n’aimaient pas toujours ce qu’ils traduisaient, mais qu’ils aimaient avant tout traduire. Pour la rédaction web, c’est la même chose. Le plaisir de la phrase bien faite, bien construite, la satisfaction d’écrire un texte correct voire agréable, a toute sa place dans la profession. Les mots sont ma passion et mon métier, et entre mes différentes activités, quand je suis occupée, j’écris plusieurs milliers de mots par jour sur divers supports. En rédaction web, on doit adapter le style et le ton aux demandes du client, et gérer les contraintes formelles de manière à obtenir un texte satisfaisant à l’arrivée, dans un français clair, fluide, qui donne envie de poursuivre sa lecture. En ce sens, chaque nouvelle commande propose son lot de petits défis. Les mots sont votre matériau brut, comme le bois est celui du menuisier. À vous d’en tirer le meilleur parti possible afin de véhiculer des informations qui intéresseront toujours des gens, même si vous, ça ne vous intéresse pas nécessairement.

De plus, on apprend des choses. Tout comme le métier de traducteur, celui de rédacteur web vous amène à traiter des sujets auxquels vous ne vous seriez jamais intéressé de vous-même, et à terme, c’est enrichissant. Je suis notamment devenue un moteur de recherche sur pattes pour mon entourage en quête d’astuces beauté, et j’ai élargi mes perspectives sur l’art contemporain en découvrant le travail de divers designers. J’ai même pu frimer en demandant à mon beau-frère ce qu’il pensait des cloisons alvéolaires.

Une chose est certaine : en dehors des compétences linguistiques, la qualité essentielle pour devenir rédacteur web, c’est la curiosité.

Devenez rédacteur web et prenez votre pied en écrivant

Devenez rédacteur web et prenez votre pied en écrivant.

 

De l’art d’être absent

Beaucoup de gens se plaignent de ne pas avoir le temps, d’être trop sollicité, et de ne plus parvenir à se passer de leurs échanges en ligne. Je suis d’ailleurs étonnée de leur addiction aux réseaux sociaux, de leurs multiples abonnements, de leurs systèmes de notifications qui les abreuvent d’informations toute la journée.

Être absent est parfois une nécessité, parfois ce sont des vacances que l’on s’accorde et qui ont le goût délicieux de l’interdit, comme à l’époque où on séchait les cours. Pour moi, c’est au fil du temps devenu un art de vivre que j’ai un peu trop bien cultivé.

J’adore être absente. Indisponible, déconnectée, endormie. Le silence est la meilleure de mes couvertures. Bien évidemment, je ne le suis que dans la mesure où ma vie professionnelle me l’autorise. Mais c’est l’une des choses que j’ai envie de changer en 2016. Je ne vais pas être super présente et super communicative d’un coup de baguette magique, ce n’est pas dans ma nature, de toute façon. Et je crois qu’il est vain de lutter contre sa nature, car chassez le naturel… vous connaissez la suite.

En fait, quand on est absent, on s’exile de sa propre vie, ainsi que de celle des autres. C’est comme dormir. On est plus léger. Sans attaches. On oublie facilement. Les événements et la vie quotidienne glissent sur vous comme l’eau sur les plumes d’un canard (étrange comparaison, certes, mais elle me semble bien décrire le phénomène !).

Le chômage, les difficultés relationnelles et sentimentales, l’isolement progressif renforcent peu à peu le plaisir que l’on a à être absent, jusqu’à ce qu’on soit pris à son propre piège : à force d’ignorer le reste du monde, on finit aussi pour s’ignorer soi-même, et notre propre vie nous apparaît comme un événement extérieur sur lequel nous n’avons aucune emprise, et dans lequel nous n’avons aucun rôle à jouer.

Alors, peut-être qu’au final, je ne maîtrise pas cet art subtil si bien que cela. S’esquiver, prendre du temps pour soi, préserver sa bulle d’intimité, rester disponible pour rêvasser, s’autoriser à ne plus penser, c’est bien, et même nécessaire. Prendre la fuite, non. Alors c’est ma seule bonne résolution : cette année, je serai un peu plus présente. J’ai envie de me rendre plus disponible et d’entretenir davantage de liens, de m’enrichir au contact des autres.

Et vous, maîtrisez-vous l’art d’être absent ?