Archives de mots clés: sean eaton

Trois heures du matin t.4 : David H. Keller

David H. Keller, Trois heures du matin T.4J’ai découvert David H. Keller un peu par hasard, en me promenant sur le blog passionnant de Sean Eaton, un grand amateur de littérature pulp. Au sein d’un article sur le genre du conte cruel, il évoquait la nouvelle de David H. Keller intitulée The Doorbell. Très intriguée par ce texte, je me suis procuré un recueil où figurait ce récit, et, ni une ni deux, j’ai décidé de consacrer le prochain volume de la collection à cet auteur.
La Sonnette, qui ouvre ce recueil, est un texte glacial et glaçant, à l’instar de Un carré de linoléum. Ce style de narration technique, presque chirurgicale, qui déploie son histoire de manière implacable, m’a évoqué les nouvelles de Poe tout aussi bien que des slashers beaucoup plus modernes. Ces textes m’ont réellement impressionnée, et c’est pourquoi je suis heureuse de vous les présenter aujourd’hui.
En ce qui concerne La Branche dorée, dernier titre du recueil, l’histoire est quelque peu différente. Les lecteurs seront sans doute frappés par l’écart entre ce texte et les autres, tant au niveau de la tonalité que de la thématique. Dans La Branche dorée, on se situe dans un registre plus proche de la mythologie, de la mystique et de la psychanalyse. Ce texte est celui qui m’a donné le plus de fil à retordre, probablement parce qu’il est parvenu à me faire éprouver une fascination quasi hypnotique que je ne m’explique pas. Il arrive en effet parfois qu’au cours de ses lectures, on tombe sur des mots qui nous semblent être l’écho d’un rêve ou bien la formulation d’un désir enfoui. The Golden Bough était de ces œuvres, pour moi.
David H. Keller est un auteur surprenant à plus d’un titre, mais qui semble étrangement négligé par la mémoire littéraire américaine. J’espère qu’à travers ces quelques pages, vous le trouverez aussi intéressant que moi !

À acheter sur Amazon pour 0,99€ !

[Des nouvelles de R’lyeh] Henry S. Whitehead

En guise d’amuse-bouche, une semaine avant la parution du troisième volume de la collection Trois heures du matin consacré à des nouvelles de Henry S. Whitehead, je vous propose de découvrir l’analyse de Sean Eaton, spécialiste de Lovecraft, sur deux des nouvelles que je proposerai dans mon livre numérique. Afin de préserver le plaisir de lecture pour ceux qui voudraient lire les textes de Whitehead, je n’ai pas traduit les passages qui donnent des informations sur l’intrigue. Bonne lecture !

Les articles originaux :

*

Passing of a God

passing of a god

 

H.P. Lovecraft considérait La Mort d’un dieu (1931) comme représentant « peut-être l’apogée de son génie créatif. » L’histoire implique de nombreux thèmes qui préoccupaient Whitehead, notamment la rencontre avec des croyances liées au surnaturel et une culture étrangère : le vaudou. En 1931, Whitehead a publié six récits. Presque tous abordaient le sujet des pratiques vaudou. La Mort d’un dieu est paru dans l’édition de janvier de Weird Tales, et Whitehead termina l’année en novembre, avec Cassius, publié dans Strange Tales. Ce dernier récit a fait l’objet d’une analyse dans le premier article de la série.

Gerald Canevin est à nouveau le narrateur, comme dans de nombreuses histoires de Whitehead. Il occupe une position similaire à celle de Randolph Carter chez Lovecraft, ainsi que John Astane chez Clark Ashton Smith, et tous les « John » (Kirowan, Conrad ou O’Donnel) dans quelques-unes des histoires d’épouvante de Robert E. Howard. Il constitue un simple spectateur intéressé, qui reconstitue les pièces du puzzle pour le lecteur et observe les terribles événements qui mènent à la conclusion. (Selon une source, « Canevin » serait dérivé de « Cærnavon », le nom ancestral de la famille de Whitehead.)

La majeure partie du récit consiste en une conversation entre Canevin et son ami le docteur Pelletier, « du corps médical de la marine, à présent stationnée dans les îles Vierges ». Mais quelle conversation ! Comme dans Cassius, Canevin doit encourager son ami à plusieurs reprises pour qu’il livre toute l’histoire, impatient comme l’est sans doute le lecteur d’en entendre davantage. Mais Pelletier se montre étrangement hésitant. Dans des termes froids et cliniques, le docteur commence à décrire ce qu’il a trouvé lors d’une opération chirurgicale réalisée sur un gentleman nommé Carswell. La juxtaposition de la conversation rationnelle avec la découverte de la bizarrerie du récit amplifie l’horreur.

L’objectif de l’opération – décrite avec un luxe de détails visuels écœurants – est de retirer une grosse tumeur, apparemment bénigne, du ventre du gentleman. Pelletier introduit son récit avec une théorie sur la nature du cancer :

« …quelqu’un a proposé il y a quelques années une hypothèse assez “folle” pour expliquer l’origine des tumeurs malignes. Cette théorie n’a pas vraiment fait l’unanimité au sein de la profession médicale, mais elle avait au moins le mérite de l’originalité – et elle était nouvelle. Elle bénéficie donc d’un certain crédit et d’aucuns y croient toujours, qu’ils appartiennent ou non à la profession. Elle prétend qu’il existe certains nuclei, ou certaines masses, pour ainsi dire, formées au stade prénatal et qui persistent par la suite. Ce n’est pas un phénomène commun, vous comprenez, mais qui se produit dans certains cas chez les personnes prédisposées à cette horrible maladie. Au stade prénatal, ces amas de tissu ne se développent pas complètement, ou pas normalement. Pour être clair, il s’agit de petites structures corporelles qui ne se sont pas développées. »

Mais il y a plus. Carswell, qui a monté un commerce et vécu en Haïti, est devenu avec le temps un fin connaisseur d’une branche locale du vaudou, qui implique le culte du serpent. Cependant, à l’occasion d’une remarque qui trahit la xénophobie et le chauvinisme américain de la fin des années 20, Carswell déclare :

« Je suis Américain, comme vous. Même après sept ans passés dans les marais, à chasser des canards la majeure partie du temps, sans aucune activité ou habitude me rappelant ma culture blanche pendant un bon paquet d’années, je ne me suis pas “naturalisé” ou quoi que ce soit dans le genre. Je ne voudrais pas que vous pensiez que je suis l’un de ces fainéants. »

Sauf que Carswell s’est, de fait, naturalisé – une inquiétude récurrente chez les représentants des puissances coloniales ou impérialistes qui vivent et interagissent avec les natifs. Il devient un personnage familier et populaire auprès des habitants, et surtout après un étrange incident durant lequel il s’évanouit dans son jardin. Lorsqu’il s’éveille, il se retrouve bardé d’anneaux et de colliers, et est devenu l’objet de la vénération d’une sorte de cérémonie religieuse dont le sens lui échappe. Plus dérangeant encore, une excroissance abdominale – un cancer, selon le diagnostic délivré sept ans plus tôt – a recommencé à grandir, bien que le phénomène ne provoque aucun inconfort.

La Mort d’un dieu constitue une métaphore des dangers de l’intégration raciale et culturelle, dangers qui devaient être nombreux à cette époque. (Voir aussi The Shadow of the Beast, de Robert E. Howard, analysée dans A Racist Nightmare). Il s’agit d’une image frappante : un homme blanc imprégné dans son essence par un symbole des croyances religieuses d’une autre culture. Et plus encore, cette maladie, portée en lui pendant des années et qui aurait pu le tuer, se transforme en une chose vivante, indépendante, qui croît en lui. Le changement peut se révéler terrifiant, et plus encore lorsqu’il provient de l’intérieur.

*

Jumbee

Jumbee

Henry S. Whitehead était un ami et un correspondant de H.P. Lovecraft. Avant de déménager à Dunedin en Floride – où Lovecraft est venu lui rendre visite –, il occupait un poste de diacre épiscopal dans une paroisse des Îles Vierges. Plusieurs de ses nouvelles s’y déroulent et impliquent généralement la rencontre avec la culture vaudou.

La plupart du temps, les nouvelles de Whitehead sont bien écrites, sans grandiloquence, et montrent une maîtrise du dialogue et de la structure de la narration plutôt bonne par rapport à d’autres auteurs pulp de la même époque. L’un des enjeux récurrents chez Whitehead est le danger de la fraternisation avec la population indigène des îles : des hommes blancs qui se « naturalisent ».

Jumbee a été publié pour la première fois dans Weird Tales en 1926. Ce numéro contenait d’autres nouvelles, notamment He de H.P. Lovecraft, et la novella d’Edmond Hamilton, Across Space. Il s’agit de l’un des premiers récits de Whitehead sur le vaudou.

Dans Jumbee, « Mr Granville Lee, un Virginien pure souche », c’est-à-dire un fils de la Confédération, consulte un certain Jaffray Da Silva à propos des légendes et pratiques magiques locales. Il désire notamment en savoir plus sur les « jumbees », ces esprits hostiles qui poursuivent les actions malveillantes d’une mauvaise personne après sa mort. Dans l’espoir de guérir de son exposition au gaz moutarde durant la Grande Guerre encore récente, Lee est venu passer l’hiver à Ste Croix.

Da Silva accède à la demande de Lee en lui faisant le récit des événements qui entourent la mort de son ami Hilmar Ivsersen. Lui et Iversen ont passé un pacte : « Celui qui partirait en premier devait tenter d’avertir l’autre ».

Whitehead se sert de son narrateur pour montrer sa connaissance du système religieux local, et sa tendresse pour ses croyances. Celles-ci sont soigneusement décrites par l’auteur, qui parvient à créer ici et là une sensation d’horreur exotique. L’effet est similaire dans le ton à celui de Manly Wade Welleman dans son inventaire des « choses-qui-bondissent-dans-la-nuit » du folklore des Appalaches dans son récit The Desrick on Yandro (1952). Da Silva et son auditeur enthousiaste tiennent pour acquis le fait que tous les éléments qui concernent les Jumbees sont vrais, et aisément observables.

Le portrait que Whitehead fait de son narrateur, Jaffray Da Silva, est intéressant. Au début de l’histoire, il présente à son lecteur une remarquable explication des divisions raciales :

« Mr Jaffray Da Silva possédait un huitième de sang africain. C’était par conséquent, selon les usages de l’île, un homme “de couleur”. Dans les Antilles, ce statut n’a rien à voir avec celui de “Noir”. Mr Da Silva avait reçu une éducation à la mode européenne. Chacun de ses mots et de ses gestes reflétait ses racines du Vieux Continent. Selon les règles et la coutume antillaises, Mr Da Silva était un gentleman de couleur, un statut social aussi net et précis qu’une miniature.
Les Antilles sont abondamment peuplées de personnes comme Mr Da Silva. Bien que différent de celui des gentlemans de couleur en Amérique du Nord, ce statut comporte tout de même certains avantages, dont celui de la logique. Pour un esprit antillais, un homme appartenant à l’élite aux sept huitièmes, même sans les armoiries, doit être traité de la manière qui convient. »

Un peu plus loin, Whitehead relate cette interaction entre Lee, le gentleman sudiste, et Da Silva : « Je vous en prie, continuez, monsieur », pressa Mr Lee, sans s’apercevoir qu’il venait d’utiliser un mot qu’on réservait aux gentlemans de pur sang caucasien dans son Sud natal. »

À quoi assiste-t-on ici ? Whiteman met en scène un homme d’ascendance africaine pour raconter son histoire – c’est Da Silva l’expert – et analyse avec soin ses origines raciales. Le cœur du récit se situe dans l’accomplissement d’une promesse entre cet homme et un ami blanc. Enfin, Whitehead fait dire « monsieur » à son Confédéré lorsque celui-ci s’adresse à Da Silva. Le lecteur moderne peut grimacer devant les préjugés implicites présentés avec nonchalance dans cette histoire, et s’interroger sur cette pseudoscience qui prétend catégoriser les gens à un huitième près de leur lignée sanguine. Que ces idées aient été populaires et largement acceptées à l’époque de Whitehead est un maigre réconfort pour ceux dont les ancêtres ont été opprimés au nom de tels préjugés.

Et pourtant, à la différence de Lovecraft dont les préjugés raciaux et ethniques étaient irrationnels et irréfléchis (et n’avaient substantiellement pas changé à la fin de sa vie), Whitehead fait preuve d’un racisme plus timide, et de davantage de sensibilité à la nuance et aux relations paradoxales entre les Anglo-Saxons et les gens d’ascendance africaine. On est encore loin des droits civiques et de l’éducation à la diversité, mais cette attitude dénote les prémisses des changements de mentalité dans l’Amérique du milieu des années 20.

[Des nouvelles de R’lyeh] Le conte cruel

J’ai reçu l’aimable autorisation de Sean Eaton, auteur du blog The R’lyeh Tribune, pour traduire certains de ses articles. Cet amateur invétéré de la littérature d’épouvante de la première moitié du 20ème siècle est érudit en la matière, et propose des analyses intéressantes sur des textes que nous ne connaissons pas toujours bien de ce côté-ci de l’Atlantique.
Voici donc le premier article pour vous, une réflexion sur le « conte cruel », qui m’a rappelé les codes de certains films d’horreur contemporains. (L’ajout des images est de ma propre initiative.)

[Lire l’article original, daté du 14 novembre 2015]

Depuis que Villiers de L’Isle Adam a inventé l’expression en 1883, et sans doute bien avant que ce type d’histoire possède un nom, le conte cruel fait partie des piliers de la fiction d’épouvante. Il s’agit d’un thriller ou d’un récit horrifique contenant peu, voire aucun élément surnaturel. Ses effets reposent sur un visuel détaillé et sur un réalisme sanglant. Dans un conte cruel typique, on retrouve plusieurs éléments familiers. Une victime arrive dans un lieu isolé suite à une série d’événements apparemment prédéterminés. Le personnage se retrouve « au mauvais endroit au mauvais moment », tout en nous donnant l’impression qu’il ne pouvait échapper à son triste sort. S’ensuivent la souffrance, le tourment et la mort, souvent entre les mains d’un méchant monomaniaque plein de ressentiment.

contes-cruels-villiers-de-l-isle-adam

Le conte cruel représente un exemple de l’horreur « hyper constrictive », un concept développé par Kirk J. Schneider dans Horror and the Holy (1993). Ces récits mettent l’accent sur l’enfermement, le confinement, avec les thèmes de la domination, de la paralysie, de l’affaiblissement du corps,  de la reddition et, à la fin, de l’anéantissement. Dans les fictions pulp du début du 20ème siècle, sur lesquelles nous nous concentrons ici, la présence d’un élément mécanique inventé ou d’un dispositif quelconque qui aide le méchant dans ses exactions (il peut parfois s’agir d’un animal dressé) suggère un chevauchement avec la proto-science-fiction. De mon point de vue du moins, l’intrigue ressemble souvent à une mauvaise blague très élaborée, un vilain tour atteignant des sommets de précision et de cruauté, mais qui reste motivé par le même désir de jouer une farce – mortelle – aux dépends de quelqu’un.

Funny Games, Michael Haneke

Le méchant, en général un homme, est une figure intéressante. Doté d’une puissance inhumaine, avide de contrôle, il peut représenter une métaphore d’un dieu vengeur et omnipotent. On peut sûrement discerner dans ces récits un écho du sermon de Jonathan Edwards, Sinners in the Hands of an Angry God (1741). Afin de tenir en haleine le lecteur ou le spectateur, il peut y avoir un ultime retournement de situation au cours duquel la victime, avec l’énergie du désespoir, parvient à contrer son bourreau, du moins pour un court instant. Il y a encore de l’espoir ! Il peut arriver que le conte cruel permette à la moralité et au sens traditionnel de la justice de triompher, quitte à verser dans le grotesque, mais il s’agit seulement d’un vœu pieux de la part de l’auteur et du lecteur. Les histoires qui se terminent mal, qui présentent une fin plus « réaliste », paraissent souvent moins rassurantes et sont peut-être plus efficaces.

the-strangers

En dépit du réalisme qui caractérise cette forme d’épouvante, pour peu qu’on l’examine avec attention, la situation désespérée imaginée par l’auteur paraît absurde. Et pourtant, un conte cruel savamment écrit peut s’avérer étrangement satisfaisant, comme une sorte de gymnastique psycho-émotionnelle. Cette forme de fiction fonctionne à la manière d’un documentaire exhaustif sur le cauchemar de l’incarcération et de la claustrophobie. Dans la mesure où le lecteur s’identifie avec le protagoniste, il imagine des solutions de fuite bien avant le sauvetage ou le trépas de la victime fictionnelle.

Cependant, une telle empathie entre le lecteur et la victime est impossible dans The Doorbell, de David H. Keller (1935). L’auteur maintient une froide distance entre le lecteur et les victimes, qui ne sont que quatre, et qui succombent à une terrifiante machinerie digne d’un cartoon de Rude Goldberg. Jacob Hubler, un écrivain qui au début de l’histoire recherche un nouveau sujet d’écriture, assiste au trépas de la dernière victime. Henry Cecil, un riche industriel, lui rend un service : « Je vous suis redevable, dit l’homme, et je crois que je vais payer ma dette par une histoire. Et si vous veniez passer le week-end dans ma résidence secondaire au Canada ? »

the-golden-age-of-weird-fiction-david-h-keller

Bien sûr, pourquoi pas ! L’histoire ne dit pas exactement en quoi Cecil est redevable, mais il rembourse pleinement sa dette. Le fait qu’Hubler ne soit pas la victime des machinations de Cecil apporte un maigre réconfort. Il n’est qu’un simple observateur, un journaliste. Il occupe la même position que nous adoptons parfois dans nos cauchemars, quand nous assistons impuissants à l’horreur. Dans The Doorbell, Keller dissémine avec talent des détails apparemment banals, des images récurrentes, en faisant peu à peu monter la tension.

Cecil, propriétaire d’une fonderie, nourrit une curieuse fascination pour les procédés industriels : le récit s’ouvre sur la description d’une grue qui utilise un vaste aimant afin de charger de la ferraille dans un camion de fret. En toile de fond, on apprend de manière fragmentaire qu’une dispute de territoire entre un certain Hatfield et McCoy a conduit au meurtre de la mère de Cecil, un événement traumatisant dont il a été témoin pendant son enfance. Keller, psychiatre de profession, montre habilement la façon dont ce trauma a changé Cecil. Ses manies et sa maison de vacances qui donne la chair de poule amplifient encore l’aspect obsessionnel du personnage. L’incongruité de la manière factuelle et enjouée avec laquelleCecil présente les événements ajoute encore à l’atmosphère cauchemardesque. Finalement, c’est la sonnette à la porte d’entrée de la demeure isolée de Cecil qui lie ensemble tous les éléments disparates. En actionnant la sonnette, l’écrivain devient sans le savoir un élément du plan élaboré de Cecil, de son cauchemar personnel et celui de ses victimes.

L’imagerie du conte cruel dans la littérature et le cinéma est toujours populaire, particulièrement chez les jeunes. Cette forme semble exprimer une anxiété collective face au nombre croissant d’actes de violence et de cruauté aussi imprévisibles que choquants relayés par les médias. Nombreux sont les auteurs de ces actes qui exercent leur vengeance par des meurtres cruels accomplis dans des espaces confinés : des églises, des écoles, des cinémas, des centres commerciaux. Il est possible qu’à travers la fiction, le conte cruel fournisse une catharsis à la peur d’une mort soudaine, violente, dépourvue de sens. Ou d’une certaine façon, qu’il nous prépare à des événements traumatiques plus courants – si une telle chose est possible. Le conte cruel serait-il comparable à une sorte de terrorisme au niveau microcosmique ?

 

*

*Rude Goldberg était un dessinateur de cartoons populaire dans la première moitié du vingtième siècle. Il est connu pour ses machineries imaginatives et compliquées inventées pour accomplir des tâches simples et quotidiennes. https://www.rubegoldberg.com/.

Un grand nombre de récits du début du vingtième siècle qui exemplifient le conte cruel ont déjà été analysés sur ce blog. Les lecteurs pourraient être intéressés par les articles suivants :

Lovecraft as Shudder Pulp Writer:The Diary of « M… (H.P. Lovecraft and Hazel Heald)
Technology and Timeframes in Weird Menace Fiction (Hugh B. Cave)
Mathematic Conte-Cruel (Stanley G. Weinbaum)
Plague as Engine of Justice (Clark Ashton Smith)

[Beaucoup d’Américains ont appris ce matin les nouvelles à propos des horribles attaques terroristes à Paris, qui ont réclamé la vie de plus d’une centaine de citoyens. Nos cœurs et nos prières sont avec le peuple de France.]

*

Je reprends la main pour dire un mot de The Doorbell. Certaines des histoires de David H. Keller ont été traduites par Régis Messac dans La Guerre du lierre (éd. La Fenêtre ouverte, coll. Les Hypermondes, 1934) et plus récemment, dans La Chose dans la cave, nouvelles traduites par Jacques Papy et France-Marie Watkins, aux éditions de L’Arbre vengeur, en 2007. Ce n’est pas le cas de The Doorbell, que j’ai lu en langue originale dans un recueil au format numérique à moins d’un euro sur Amazon.
Si comme moi cette histoire vous a intrigué, je vous conseille de la lire, mais attention, âmes sensibles s’abstenir ! Ce n’est pas gore, pratiquement tout est dans la suggestion, mais c’est glaçant, d’un sadisme très tranquille. Et si vous ne lisez pas l’anglais ou que vous avez la flemme, sachez qu’il y a de fortes chances pour que j’intègre quelques nouvelles de David H. Keller à l’un des prochains volumes de ma collection de livres numériques !