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Nourritures spirituelles de février

Quand j’ai commencé à travailler en indépendant à l’obtention de mon diplôme en 2013, je savais que ce genre de moment finirait par arriver. Mais il a fallu deux ans et demi pour y parvenir : jusqu’à la fin de mois, j’ai du travail par-dessus la tête. Je rédige une demi-douzaine de pages tous les jours, partageant mon temps de cerveau disponible entre les conseils beauté (l’huile de ricin est la meilleure alliée pour vos cheveux) et les fiches de révision à l’intention des lycéens paniqués qui n’ont pas lu Balzac, Montesquieu ou Céline à quelques mois des examens de fin d’année.

Peu désireuse de sombrer pour autant dans une routine où j’arrête de travailler à 18h, je m’ouvre une bière et me pose devant The L World jusqu’à l’heure du dîner, après quoi je disparais sous ma couette et pour bouquiner quelques heures, j’ai décidé de rédiger un petit billet pour partager avec vous les trucs du moment.

Et en ce moment, je regarde la nouvelle saison d’X-Files. Peu adepte des réseaux sociaux et assez sélective sur l’actualité, j’avoue ne pas savoir comment ce début de saison a été reçu par les fans et les newbies. Pour ma part, j’ai tout de suite adhéré. La série parvient à redémarrer avec un naturel déconcertant, tout en s’inscrivant dans la tradition. Le générique n’a pas été changé, on retrouve nos deux agents vieillis, un peu tristes, mais ils n’ont rien perdu de leur sens de l’humour. Le premier épisode démarre très fort en reprenant la trame complotiste de X-Files remise au goût du jour, avec les angoisses et les problématiques de notre époque. Il suggère un scénario plutôt complexe et plutôt casse-gueule, j’espère donc ne pas être déçue… J’ai regardé le quatrième épisode tout à l’heure, et c’est du pur X-Files, et c’est toujours aussi bon.

Côté bouquin, j’ai terminé il y a peu le deuxième tome de la série Martyrs d’Olivier Peru, qui m’a charmée tout autant que le premier malgré un petit essoufflement sur la première partie du livre. Le livre raconte l’histoire de deux frères issus d’une race de guerriers, les Arserkers, qui ont la particularité de voir la nuit grâce à leurs yeux dorés, et de ne pas avoir d’égal sur un champ de bataille. Mais les temps ont bien changé à l’époque où commence le livre, et les Arserkers sont presque éteints. Pour gagner leur vie, Helbrand et son frère Irmine opèrent en tant qu’assassins. Mais, évidemment, leur petite histoire va se mêler à la grande, et leurs actes auront une répercussion sur le royaume, en pleine transition et à la veille d’une guerre civile. Olivier Peru a un véritable don pour la narration, et je me suis laissée embarquer au fil des 650 pages sans regret. Un troisième tome est à prévoir, je l’attends de pied ferme.

olivier_peru_martyrsDepuis trois jours, j’ai entamé Le Vide, de Patrick Senécal, après avoir été convaincue par la chronique sur le blog d’Yvan, Émotions Littéraires. Et je ne suis pas déçue ! La jaquette proclame fièrement que le roman a été « la claque littéraire de ces dernières années » pour Franck Thilliez, et cela ne m’étonne pas du tout. Le Vide est un livre vertigineux, où l’angoisse existentielle atteint son paroxysme. On y éprouve une sensation de malaise tout en étant aspiré par l’histoire contée au fil des chapitres qui se succèdent dans le désordre, mais selon une implacable logique narrative.

patrick_senécal_le_vide

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Je profite de ce billet pour évoquer un film que j’ai vu il y a quelques semaines, juste avant la mort d’Alan Rickman. Il s’agit du film qu’il a réalisé, Les Jardins du roi (A Little Chaos). Alan Rickman y campe le rôle d’un Louis XIV plutôt attachant, aux côtés de Mathias Schoenaerts dans le rôle de Le Nôtre, et Kate Winslet dans celui de Sabine De Barra. Le film est assez anecdotique dans son contenu : c’est l’histoire de Sabine, qui parvient à se faire embaucher par Le Nôtre pour concevoir le bosquet des Rocailles dans les nouveaux jardins de Versailles. Mais que l’histoire tienne en quelques lignes, ça n’a pas vraiment d’importance. Le film capture un moment dans le temps, dans la vie des différents personnages, avec beaucoup de subtilité et une grande justesse dans le ton et le jeu des acteurs. Ce film n’a rien d’extraordinaire, mais il est… apaisant. Simple et beau.

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Je n’ai pas grand-chose à vous dire concernant la musique, que je n’explore pas en ce moment. Cependant, il y a peu, mon compagnon m’a fait découvrir ce groupe que je vous invite à écouter en ne faisant rien, les yeux dans le vide. On a peu de groupes comme Aquilus, avec des morceaux construits de mille nuances, qui invitent à se perdre en soi-même dans une longue contemplation sans but.

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Sinon, en vrac, j’ai écouté La Tête au carré avec Mathieu Ricard, moine bouddhiste, et Christophe André, psychiatre, sur le thème de la sagesse. J’ai regardé l’intéressant documentaire de Dirtybiology sur l’origine de la richesse. J’ai secoué la tête de dépit plusieurs fois cette semaine en lisant des articles de presse, et notamment cet article du Monde qui raconte comment le conseil régional a retiré sa ridicule subvention de 20 000 euros au Hellfest. En ce moment, j’ai l’impression que tout le monde en France vit dans un univers hermétiquement fermé et que chaque couche de la société ne comprend absolument rien à toutes les autres. Et le pire, c’est que personne ne cherche à comprendre. On préfère apparemment cette cacophonie ridicule alimentée à coup de tweets incendiaires. L’indignation est devenue une espèce de norme étrange, et les réseaux sociaux une arène où les combattants ne cherchent qu’à prouver la supériorité de leur morale (la seule, bien entendu, valable. Le moindre écart à la Morale vous conduira tout droit à la géhenne où brûlent tous ceux qui ont vu leur réputation détruite par le web en quelques heures). À ce sujet, je vous invite à lire cette intéressante analyse-et-je-suis-complètement-objective-en-disant-cela sur le blog de mon compagnon.

Nourritures spirituelles

À la manière du Carnet Bleu de Kalys, je vous propose un petit tour d’horizon de tout ce qui me plaît, me fascine, m’interpelle, ces temps-ci.

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On commence tout de suite par de la musique ! La semaine dernière, j’ai été pour la journée du vendredi au Hellfest, où j’ai eu notamment le privilège de voir les Grecs de Septic Flesh en concert. C’est un groupe que je connais de longue date, et j’avais assisté à l’un de leurs concerts à ce même Hellfest en 2010 mais, victime de la foule et de ma petite taille, je n’avais pas vu le bout du nez des musiciens (ni même leurs extrémités capillaires s’envolant dans un headbang sauvage). Cette fois donc je me suis privée de la fin du concert d’Enslaved, pourtant très chouette, pour patienter devant la scène où devait se dérouler la messe, bien nommée The Altar, juste à côté de The Temple, où les rampes de spots en forme de 666 nous informaient de l’essence black metal de la musique qui s’y est jouée :)

Bref, le concert d’Enslaved se termine, il est une heure du matin, la tension monte. Une musique orchestrale démarre dans l’obscurité saturée de chaleur et du frémissement qui anticipe chaque bon concert. Les membres du groupe débarquent et envoient les rafales puissantes de leur musique à la fois brutale et symphonique, et le chanteur se met à émettre les sons gutturaux et mélodieux qui me donnent toujours l’impression que sa voix sort littéralement d’une crevasse. Très fatiguée de ma journée, je n’ai pas pu apprécier autant que je l’aurais voulu, mais c’était tout de même un moment intense et magique. Nager dans les ondes mystiques de la musique de Septic Flesh est une expérience qui vous comble et vous libère :) Ils étaient très contents parce qu’ils sortaient ce jour-là leur nouvel album, Titan, dont voici un extrait !

Malheureusement, le nouvel album a éclipsé des compositions plus anciennes, et je n’ai pas pu entendre mon morceau préféré, l’un des meilleurs morceaux de tous les temps d’ailleurs :

Par contre, j’ai bien entendu cette maudite chanson où je n’arrive plus à entendre autre chose que « Champions du monde », ce qui en fait un curieux hymne black metal à la gloire de la Coupe du Monde 98… (voir à 0:45)

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Je prépare actuellement quelques réflexion sur la science et plus particulièrement la physique, je crois que ça va faire plusieurs articles au final, j’essaie de rassembler mes idées sur le sujet, et je crois que ça va être aussi bordélique que mes évocations de la pensée chamanique…

N’hésitez pas à me reprendre si je raconte des bêtises, et je corrigerai (je rappelle à des lecteurs qui tomberaient ici par hasard que je n’ai pas de formation scientifique, j’apprends en autodidacte).

Enfin bref, toujours est-il que j’ai acheté le dernier numéro de Science&Vie, dont le dossier est consacré à l’idée de Juan Maldacena et Leonard Susskind, une idée qui permet de relier relativité générale et mécanique quantique, de quoi donner le vertige.

Petit rappel : la physique quantique est ainsi nommée parce qu’il s’agit d’une physique où les quantités sont définies, autrement dit, non divisibles à l’infini. Par exemple, le noyau d’un atome est composé de neutrons et de protons, eux-mêmes composés de quarks, lesquels sont des particules élémentaires, parce que non composés d’autres particules. C’est donc une physique du minuscule, mais pas de l’infiniment petit. On travaille au niveau subatomique, tandis que les autres physiciens s’occupent de choses plus grandes et, oserais-je dire, moins compliquées, puisqu’il semble qu’au niveau quantique la matière fasse n’importe quoi, ce qui n’est pas le cas dans la physique « classique ». C’est d’ailleurs ce qui perturbait Einstein, parce que selon lui, Dieu « ne joue pas aux dés », alors qu’en physique quantique, il n’existe que des probabilités, pas de prédictions sûres et certaines.

Le fondement de l’idée de Susskind et Maldacena est assez simple : en physique quantique, l’on constate que deux particules semblables, quel que soit leur éloignement l’une de l’autre, agissent de la même manière et de façon simultanée. Cela s’appelle l’intrication quantique, et Einstein n’en voulait pas, parce que cela constituait pour lui une aberration. Quel rapport avec la relativité générale d’Einstein ? Et bien Einstein prévoit un univers constitué par une trame d’espace-temps déformée par la masse. Autrement dit, l’espace-temps se « plie » à proximité d’une masse, et c’est cette pliure qui est à l’origine des phénomènes de gravité comme le montre cette image :

Geodesik planete

On voit ici que la lune tournant autour de la planète ne fait que suivre la courbure de l’espace-temps. Or, l’idée de Susskind et Maldacena, c’est que chaque particule est capable de plier l’espace-temps… au point de le déchirer. Il se créerait alors un trou de ver, et nos particules qui agissent simultanément ne seraient pas en réalité deux particules distinctes, mais la même, située à deux points différents de l’espace-temps. C’est une hypothèse intéressante parce l’intrication quantique est bien décrite et calculée, mais personne ne la comprend vraiment. Cette théorie permet de l’expliquer, et ouvre la porte à une théorie de la gravitation quantique, autrement dit, une théorie où il serait possible de penser la gravité au niveau quantique.

J’apprends d’ailleurs dans le même temps, à propos des trous de ver, que la Nasa étudie sérieusement le moteur à distorsion qu’utilisent les personnages de… Star Trek ! L’idée est ingénieuse : il s’agit de trouver un moyen de plier l’espace-temps, de façon non pas à aller plus vite, mais tout simplement de réduire les distances ! À lire sur Slate.

Il semble que la science soit en train de se mettre d’accord avec la science-fiction, et personnellement, si vous me permettez l’expression, je trouve ça super cool :)

Au fait, si vous peinez à comprendre et conceptualiser toutes ces idées, je vous recommande chaudement les vidéos de trois-quatre minutes de Jean-Pierre Luminet, qui explique des choses compliquées de manière très pédagogique.

Une petite vidéo détente pour le plaisir, en restant dans le domaine de la physique :

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Question bouquins, je me replonge avec plaisir dans un roman de Douglas Kennedy, que je n’avais pas lu depuis fort longtemps ! Cet instant-là relate la vie du narrateur, un écrivain nommé Thomas Nesbitt. Le livre est truffé d’observations psychologiques très pertinentes qui me rappellent la sensibilité d’un Stephen King. Au début de l’histoire, suite à un divorce, l’écrivain revient sur son passé et surtout l’expérience qu’il a vécu dans le Berlin-Ouest d’avant la chute du Mur. Kennedy a l’art et la manière de raconter des choses simples de manière passionnante. Sans complaisance et sans réalisme sordide, et ça me semble assez rare pour être signalé.

« Quoique cet afflux de réminiscences et d’associations d’idées puisse sembler chaotique à première vue, l’une des grandes vérités concernant la mémoire est qu’elle ne fonctionne jamais de façon complètement arbitraire. Il existe toujours une connexion ou une autre entre les souvenirs, parce que toute chose obéit à une logique narrative. Et le récit sur lequel chacun de nous s’escrime, c’est ce que nous disons être notre vie. »