Archives de mots clés: David Stuart Davis

Trois heures du matin T. 3 : Henry S. Whitehead

Le nouveau volume de Trois heures du matin est arrivé ! Vous pouvez l’acheter ici. Il s’agit donc de la traduction de quatre nouvelles de Henry S. Whitehead extraites du recueil Voodoo Tales, une anthologie réalisée par David Stuart Davis chez Wordsworth, et que je publie sous le titre de Sombres Antilles.

En guise de mise en bouche, je vous propose de découvrir le quatrième de couverture et la note d’introduction !

Sombres Antilles - Henry S. Whitehead

Quatrième de couverture

Sous la plume de Henry S. Whitehead, les Antilles se parent de sombres couleurs. Explorez les mystères de ces îles hantées par les charmes vaudou, à travers la vision à la fois humoristique, étonnée et inquiète de cet écrivain dont les nouvelles partagent une indéniable parenté avec les textes de Lovecraft.

Note de la traductrice

Les trois principaux recueils des nouvelles fantastiques de Henry S. Whitehead, West India Lights, Jumbee, et The Black Beast, ont été récemment réunis en un seul volume par David Stuart Davis pour les éditions Wordsworth. Cet ouvrage, intitulé Voodoo Tales, est paru en 2012, et c’est sur cette édition que j’ai travaillé pour la présente traduction.

 
Whitehead est notamment connu pour son amitié avec Lovecraft, cité par David Stuart Davis dans son introduction : « Il n’a rien d’un prêtre poussiéreux, il s’habille au contraire avec des vêtements de sport, à l’occasion, il jure comme un charretier, et il est entièrement étranger à toute forme de bigoterie ou de suffisance », commente l’auteur des Montagnes hallucinées. Et de fait, la filiation entre les deux écrivains paraît indéniable, notamment dans des nouvelles comme La Mort d’un dieu (Passing of a God en version originale), où l’on dépeint la malveillance d’une déité incalculablement ancienne. Dans d’autres récits du recueil, comme The People of Pan, on retrouve le goût lovecraftien des architectures démesurées et des cultes secrets.

 
Dans les nouvelles vaudou de Henry S. Whitehead, la magie et la sorcellerie font partie intégrante de la vie aux Antilles. L’élément surnaturel, souvent terrifiant, apparaît au beau milieu des trivialités mondaines et de la vie quotidienne. Chaque récit joue sur le décalage entre des situations tragi-comiques allant parfois jusqu’à friser le vaudeville, et la terreur pure inspirée par l’apparition du fantastique.
Les récits de Whitehead, au-delà de leur goût pour le bizarre et l’effrayant, laissent également transparaître la volonté de l’auteur de dépeindre, non sans ironie, les usages de la société antillaise coloniale. La question de la couleur de peau, si centrale, est articulée avec celle du rang social. On distingue plusieurs strates, des plus populaires correspondant à la teinte de peau la plus sombre, aux plus aristocratiques – allant de paire avec un teint clair – à l’exception du mulâtre de Jumbee qui possède toutes les caractéristiques du gentleman, et dont le charme captive l’esprit si rationnel de son auditeur (c’est d’ailleurs dans ce genre de situation qu’on remarque l’ironie critique de l’auteur).

 
Les textes de Whitehead dénotent un certain esprit naturaliste et sociologue qui le rapproche d’écrivains français du dix-neuvième siècle comme Balzac ou Flaubert. En passant par la pseudo-fiction, son narrateur, lui-même écrivain, se fait le témoin et l’analyste d’événements qu’il a vécus, ou qu’on lui a rapportés. Ce narrateur, nommé Canevin, semble incarner un avatar de l’écrivain lui-même. E.F Bleier, spécialiste du fantastique, pense que ce personnage était « un masque dissimulant l’auteur, dont les ancêtres portaient le nom de Cærnavon ». David Stuart Davis commente : « Whitehead prenait un malin plaisir à rappeler que ce nom était composé de « cane » et de « vin » : cane wine, le vin de canne. Autrement dit, le rhum, la spécialité des Antilles. ».

 
Un certain exotisme semble voulu, parfois jusqu’à forcer le trait, et notamment dans la manière dont les personnages s’expriment. Leur accent, même « à couper au couteau », est alors reproduit dans le récit rapporté. J’ai voulu garder l’esprit de comédie et d’ironie, mais j’ai gommé certains paternalismes trop répétitifs : le but était d’intéresser le lecteur aux histoires de Whitehead, et non de détourner son attention en l’exaspérant avec l’esprit colonialiste des textes issus de cette période. Je pense qu’une certaine condescendance est toujours visible, mais, je l’espère, celle-ci n’absorbera pas toute votre attention. Quant au parler des Noirs, j’ai opté pour des termes créoles afin de remplacer l’accent transcrit phonétiquement dans l’original.

 
La dernière nouvelle, Les Lèvres (The Lips), est plus tardive dans la carrière de Whitehead, et apparaît assez différente des autres. Ce dernier texte offre une approche différente, et une tonalité nettement plus obscure. Située dans une période plus lointaine que les autres nouvelles, l’époque de l’esclavage, le récit retient encore cet élément de comédie qui donne tant de piment aux histoires de Whitehead. Cette fois, c’est à travers le grotesque que l’horreur est véhiculée.

*

 
Je profite de cette note pour évoquer le livre de William Seabrook, L’Île Magique, cité par Canevin et son ami le docteur Pelletier dans La Mort d’un dieu. Il s’agit d’un récit de vie davantage que d’un travail d’ethnologue, même s’il représente une source de premier ordre pour un tel chercheur. En effet, William Seabrook est l’un des très rares Blancs à avoir assisté à des cérémonies vaudou en tant qu’invité et ami. Ce livre est non seulement passionnant, mais il traduit aussi un humanisme et une ouverture d’esprit peu communs pour son époque. De plus, ce témoignage a toujours autant de résonance qu’à l’époque de sa publication, en 1929. Je me suis servi du livre pour vérifier certaines traductions ou orthographe des termes vaudous, ainsi que du catalogue de l’exposition « Vaudou », présenté par Michel Le Bris, qui contient de nombreux textes issus de témoignages et d’études anthropologique sur le sujet.