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Ma chronique de Final Fantasy XV (sur PC, et sans spoilers)

J’ai fini Final Fantasy XV. On m’a même donné un certificat pour ça (c’est moi qui ai choisi la photo :)) :

ffxv_s 2018-03-18 11-01-11-38Je tiens à préciser immédiatement une chose : en tant que pécéiste convaincue, je n’ai jamais joué à un Final Fantasy avant celui-ci. J’étais, pourrait-on dire, vierge de Final Fantasy, si on excepte le visionnage des films d’animation Advent Children et Les Créatures de l’esprit. Donc, pour moi, j’ai joué à un nouveau jeu, et pas vraiment à un Final Fantasy.

Il y a quelques mois, je regardais un live de Bob Lennon sur Final Fantasy XV. Déjà à ce moment-là, j’ai été séduite par l’ambiance et l’univers du jeu. Puis, j’ai appris qu’il sortait sur PC ! Alors j’ai regardé le film d’animation qui lui sert de prologue (et sans lequel le début du jeu est pratiquement incompréhensible), Kingsglaive. Comme Advent Children, je l’ai trouvé confus, mais visuellement époustouflant. Et puis, j’ai regardé la petite série animée Brotherhood, donc chaque épisode est consacré à un membre de ce fameux quatuor auquel on va tellement s’attacher. J’ai adoré Brotherhood. Les personnages m’ont plu immédiatement. J’avais très envie de jouer avec eux. Et maintenant que c’est chose faite depuis une soixantaine d’heures, voici mes impressions :)

Sur la route : Noctis, prince procrastinateur

Le jeu commence par ça, et d’une certaine façon, se termine comme ça : sur la route.

Ignis vous fait le coup de la panne et vous vous retrouvez à pousser la bagnole sous un ciel bleu azur, le tout sur un fond d’engueulade amicale et un air de Florence and the Machine, et sa très jolie reprise de Stand by Me.

ffxv_s 2018-03-06 22-13-50-26On a l’impression d’être en vacances. Ou plutôt, en ce qui concerne Noctis… Parti pour un très long enterrement de vie de garçon. En effet, notre héros est en route pour retrouver sa fiancée. Sauf qu’Insomnia, la capitale du Lucis, sur lequel règne son père Regis, est attaquée par le Nilfgaard, une super-puissance militaire avec laquelle Regis s’apprêtait pourtant à signer un traité de paix. Le trône du Lucis est vacant, et il y a plus grave : l’empire a a déclenché le courroux divin, semble-t-il. Les jours raccourcissent, les daemons, des créatures maléfiques se manifestant surtout la nuit, sont de plus en plus nombreux. Les Lucii, la lignée royale à laquelle appartient Noctis, sont les seuls en mesure de repousser les ténèbres : Noctis a en effet été directement choisi par les dieux pour régner, mais dans les circonstances de guerre actuelles, il va devoir pactiser avec eux de sorte à ce qu’ils lui octroient leur « grâce » et l’aident dans dans sa quête.

Mais là où le jeu est malin, c’est ici : en tant que joueur, tout cela nous semble bien lointain. Notre attention est sans cesse attirée par les paysages magnifiques, les multiples quêtes secondaires, on se surprend à prendre beaucoup de plaisir à pêcher… Je vais longuement citer un article du site Merlan Frit, car il reflète très précisément mon impression :

Ici, le monde ouvert s’offre à nous d’emblée – là où il est d’ordinaire acquis après plusieurs heures de jeu et d’efforts – car il est construit pour être le théâtre du déni de Noctis, lequel préfère crapahuter avec les copains, attraper des grenouilles entre les rochers et jouer les cow-boys à dos de chocobo. C’est une alternative choisie au vecteur de la route et de la conduite automatique, au bout duquel se trouve le port, le mariage et la destinée, dans cet ordre-là.

Dans la vaste contrée de Duscae et ses provinces attenantes, le temps semble s’être arrêté. Tout ce qui peut paraître comme des défauts de conception si l’on analyse le jeu selon le format conventionnel de l’open world (conduite lente et dirigiste, impossibilité d’activer plus d’une quête de chasse à la fois, absence d’intérêt narratif dans les sous-quêtes, etc.), emprunte énormément au MMO — et en particulier au remarquable Final Fantasy XIV — pour tout sacrifier à l’appel de la promenade. On passera des jours et des nuits à pêcher, des heures à regarder la route nous conduire (pour reprendre la formule de Kerouac) comme un tapis roulant à travers un paysage d’ailleurs plus japonais qu’américain, et les nuits à la belle étoile marqueront le tempo (prise d’expérience) de vacances prolongées.

J’ai passé la majeure partie de mon temps de jeu à visiter le Lucis en long, en large, et en travers. Là-dessus, je me suis surprise moi-même : dans les RPG, j’ai tendance à vouloir rusher la quête principale en me disant que je n’ai pas le temps de cueillir des fleurs. Mais ici, c’est comme si Noctis lui-même préférait cueillir des fleurs… J’ai entendu des critiques à propos des quêtes secondaires de Final Fantasy XV, qui seraient des quêtes « fedex » sans intérêt et ennuyeuses (genre, apporte cet ingrédient à telle personne). Alors, je ne peux que plussoyer : la plupart des quêtes sont sans intérêt. Mais le défaut d’intérêt scénaristique, ai-je découvert, n’ôte ici rien au funComment expliquer cela ? Je n’arrive pas à dire autrement que : parce qu’on prend du bon temps à se promener, visiter, écouter les dialogues des PNJ, écouter ce que racontent les compagnons, découvrir une nouvelle région, écouter de la musique en voiture, etc. En fait, on est presque dans une simulation de vacances, alors, aller pêcher, pourquoi pas ? Quand on roule et que Prompto nous demande si on veut s’arrêter pour photographier « cette montagne qui a une forme bizarre » ou dieu sait quoi, on dit : « yeap, pas de problème ! » Est-ce qu’on a le temps de s’arrêter pour une course de chocobo ? Non, la nuit tombe. On va plutôt planter la tente, voir ce qu’Ignis va nous faire de bon à cuisiner, et regarder les photos de Prompto.

Tourisme volcanique

Tourisme volcanique

Le camping, c'est chouette. Beaucoup plus que dans Skyrim.

Le camping, c’est chouette. Beaucoup plus que dans Skyrim.

On a tous au fond de nous un fan de tuning. Si, si.

On a tous au fond de nous un fan de tuning. Si, si.

En bref, j’ai retrouvé des sensations similaires à celles de Skyrim : l’envie d’explorer, de me perdre dans cet univers qui me charme. En beaucoup mieux :  parce qu’ici, je m’amuse authentiquement. J’ai pêché pendant une bonne heure, juste parce que je voulais absolument remonter un ÉNORME poisson : c’était devenu un vrai défi que je n’avais pas envie de perdre. J’ai décidé de devenir un chasseur accompli et j’ai enchaîné les contrats de chasse juste pour le plaisir de taper sur du monstre et de monter en grade. J’ai fait le tour du monde pour prendre des photos pour un journaliste amateur, juste pour le plaisir de voyager.

L’un des morceaux de la magnifique bande originale s’intitule « Wanderlust« . Rien ne pourrait mieux qualifier le ressenti que j’ai eu. Ce mot, que l’on peut traduire par l’appel de l’horizon, la soif du bitume, l’envie de voyager, justifie toutes les quêtes fedex du monde. Il est difficile de faire un open-world. Mais pour moi, un monde ouvert tient sa réussite à un seul paramètre, et je vais tenter une comparaison un peu tirée par les cheveux pour m’expliquer : quand on déguste un plat, il peut arriver qu’il ne soit pas parfait. Il manque de subtilité, il est un peu trop gras… Mais au final, pourquoi vous adorez la tartiflette ? Pas parce que c’est le meilleur plat du monde : parce que elle vous fait saliver rien qu’à en sentir l’odeur. C’est de la gourmandise. De même, pour un monde ouvert, la seule chose qui importe vraiment à mon sens, c’est qu’on ait envie d’y rester. Qu’on s’y sente bien, en somme. C’est ce qui a justifié mes centaines d’heure sur Skyrim, et c’est ce qui justifiera mes prochaines dizaines d’heures dans Final Fantasy XV.

Et au-delà du fait que je m’amusais, l’autre immense force de Final Fantasy XV , c’est la bromance.

Les copains d’abord

When the night has come
And the land is dark
And the moon is the only light we’ll see
No, I won’t be afraid
Oh, I won’t be afraid
Just as long as you stand
Stand by me

C’est au final, le cœur de l’intrigue, le cœur du jeu. Le choix de Stand By Me pour introduire le jeu ne me semble vraiment pas dû au hasard… L’histoire de Final Fantasy a beaucoup en commun avec l’intrigue d’un shonen. Il s’agit d’un voyage initiatique, au cours duquel la camaraderie entre les personnages se transformera en un lien indestructible. La fiancée, Lunafreya, est une figure lointaine qui renvoie Noctis à des souvenirs d’enfance, mais au final, elle demeure, inaccessible, insaisissable. Car il n’y a pas seulement du shonen dans Final Fantasy XV, il y a également tous les ingrédients d’un roman de chevalerie médiéval : la figure féminine est celle qui symbolise l’amour chaste et idéal, l’objet fantasmatique, beaucoup plus rêvé que réel. Et finalement, le jeu raconte l’histoire d’une quête que Noctis accomplit avec trois fidèles compagnons. Ce ne sera pas toujours rose, et cela ne fera que renforcer encore les liens qui les unissent. Si vous êtes comme moi, vous vous prendrez à tomber en amour, comme diraient les Québecois, avec les personnages.

Gladio, dont la relation conflictuelle et intense qu’il a avec Noctis, son côté sanguin et son attitude à la fois protectrice et inflexible me font penser à la relation que j’avais moi-même avec ma grande sœur quand j’avais l’âge de Noctis.

Quand il veut engueuler Noctis, Gladio ne prend pas de pincettes.

Quand il veut engueuler Noctis, Gladio ne prend pas de pincettes.

Ignis, flegmatique et d’une gentillesse à toute épreuve. Presque une figure archétypale maternelle, quand Gladio serait celle du père.

Il essaiera toujours, Noct :)

Il essaiera toujours, Noct :)

Et Prompto (doublé en japonais par Tetsuya Kakihara, le même acteur que pour Natsu de Fairy Tail !!), qui cache sa timidité et son manque de confiance en lui derrière une bonne humeur qui en exaspère certains, et que je trouve pour ma part tout à fait charmante.

ffxv_s 2018-03-09 00-21-24-11Ces trois-là sont techniquement vos protecteurs, mais ce sont surtout vos amis, et vos frères d’arme. Et ce sont définitivement eux qui donnent au jeu toute sa force et son impact émotionnels (très puissants dans mon cas).

Mais enfin, j’en vois qui s’impatientent. C’est un jeu vidéo, pas un roman ou un film. Alors, y a de la baston, non ? Oh, que oui. J’y viens.

Monstres et divinités en pagaille

Dans Final Fantasy XV, il y a un truc tout bête qui m’a fait très plaisir : pas une seule fois, je n’ai eu à combattre des ennemis de type « bandits », « déserteurs », ou je ne sais quoi. Ce genre d’ennemi est généralement une plaie (parce que ça pullule), et puis, c’est toujours décevant de se fighter avec de simples humains quand le monde est rempli de créatures fabuleuses. Et ici, il n’y a que des créatures fabuleuses.ffxv_s 2018-03-09 00-06-17-56ffxv_s 2018-03-16 11-26-46-55Le système de combat est super dynamique. Vous avez la capacité de vous téléporter d’un point à l’autre du champ de bataille et de porter des attaques aériennes du plus bel effet. C’est parfois un poil trop rapide pour moi, et la caméra a tendance à déconner (ceux qui ont joué à Dragon Age: Inquisition connaissent ce moment de frustration quand vous vous retrouvez coincé derrière un buisson…). Mais j’aime énormément l’aspect épique, très visuel des combats. On se bat façon manga, avec classe et légèreté.

ffxv_s 2018-03-16 11-27-38-03 ffxv_s 2018-03-13 20-23-02-30On peut utiliser des sorts qu’on prépare à l’avance, qui doivent s’utiliser avec parcimonie mais sont dévastateurs. On a à sa disposition tout un arsenal d’épées, dagues, katanas, lances et tridents qu’on utilisera en fonction des résistances des ennemis qu’on affronte. Et on pourra parfois invoquer des divinités qui vous assisteront façon courroux divin (j’aimerais vraiment pas être les ennemis de Noctis…)

ffxv_s 2018-03-17 12-10-44-41Le jeu a une très grande force épique, spécifiquement sur sa dernière partie. Me reste à l’évoquer, toujours sans spoilers, car j’aimerais dire deux mots de l’intrigue.

Une histoire à lire entre les lignes

J’ai un problème avec l’intrigue de Final Fantasy XV. Comme je le disais en début d’article, d’abord, voir Kinglsaive me semble presque indispensable. Et puis après… Tout est assez confus. Parfois, la compréhension tient à une ligne de dialogue, du coup, si vous avez les sous-titres et que vous êtes occupé, par exemple, à admirer le design de ces personnages :

Ardyn et Ravus... Quelqu'un peut me réexpliquer l'histoire ?!

Ardyn et Ravus… Quelqu’un peut me réexpliquer l’histoire ?!

…vous manquez l’une des rares infos qui vous permettra de comprendre ce qui se passe. J’ai eu du mal, sur bien des points, à raccrocher les wagons. Je trouve dommage que ce qui serve de codex tienne en quelques lignes à partir de livres que vous trouvez au cours de vos explorations. Les explications sont partielles, concises, incomplètes.

Bon, malgré tout, j’ai compris le principal.

Pour ceux qui n’auraient jamais fait le jeu : avant d’entamer le chapitre 9, réfléchissez à deux fois, car tout va se précipiter. Et quand vous êtes à Altissia, si vous voulez prendre la peine d’explorer (et je recommande, cette Venise façon Final Fantasy vaut vraiment le détour, en plus y a quelques activités amusantes), ne lancez pas la quête « Sommets entre dirigeants » avant de vous être amusés de tout votre soûl.

Donc, les événements se précipitent d’un seul coup, d’une façon qui m’a totalement déstabilisée. Je n’étais pas prête. Je lisais dans l’article de Merlan Frit que j’ai cité tout à l’heure que Final Fantasy XV était l’histoire de la perte de l’insouciance, et de l’acceptation du devoir et des responsabilités. C’est vrai, sauf que j’ai eu du mal à suivre Noctis là-dedans. Pour moi, son passage de prince procrastinateur à roi assumé est imposé, on n’a pas l’impression d’avoir fait le même cheminement mental que lui, alors ça m’a gênée pour m’identifier.

Mais, cela mis à part, j’ai trouvé que c’était une très belle histoire, avec une force poétique et tragique qui m’a laissée pantoise par certains moments.

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ffxv_s 2018-03-17 13-56-48-16En guise de conclusion

Je suis tombée amoureuse de Final Fantasy XV. Il rejoint dans mon cœur la série des Dragon Age, Mass Effect, aux côtés de Skyrim et Enderal. Les meilleurs jeux de ma vie :)

Pour son atmosphère, sa direction artistique exceptionnelle, ses partis pris audacieux, le fait qu’il m’ait fait aimer les quêtes fedex, sa bande originale de toute beauté, ses personnages incroyablement attachants, sa profondeur émotionnelle.

Sur ce, je vous laisse. J’essaie d’obtenir des couleurs rares pour ma bagnole en gagnant des paris à l’arène d’Altissia. Et va falloir que je gagne beaucoup, beaucoup de paris.

 

Ma chronique de Mass Effect: Andromeda

Dans mon précédent billet, je vous annonçais avoir du mal à trouver le temps d’écrire quoi que ce soit en raison d’une charge de travail importante. Eh bien, ça a même dépassé mes prévisions, et je vous écris aujourd’hui depuis mes congés non payés d’auto-entrepreneuse (edit : j’ai repris le boulot, pas eu le temps de finir le billet avant de devoir retourner au charbon). La dernière semaine de boulot a été si éprouvante que je ne tenais littéralement plus debout, mais ! comme j’ai pu m’arranger pour tenir assise pendant un moment avant d’opérer un repli stratégique de plusieurs jours dans mon lit, j’ai eu le temps de jouer à Mass Effect: Andromeda ! Et encore plus ces derniers jours où je m’autorise le repos, j’ai donc largement assez d’heures au compteur pour pouvoir parler du jeu (et je l’ai déjà fini une fois).

Alors. Il va y avoir beaucoup de choses à dire. Beaucoup de gens en ont déjà dit beaucoup de choses, je vous linkerai des articles et vidéo tout au long du billet. J’ai attendu d’avoir terminé le jeu pour lire les diverses chroniques, désireuses de vivre mon expérience de jeu le plus innocemment possible, et sans que les rageux me gâchent le plaisir.

Il n’y aura pas de spoilers dans cette chronique.

Je commence par un des trucs que je préfère dans les jeux BioWare, et ça fera une bonne fin d’introduction au billet : je vous défie de ne pas avoir envie de jouer en écoutant ceci.

Ryder, ô Ryder, ne vois-tu rien venir ?

« Je ne vois que les galaxies qui tournoient et les aliens qui festoient. »

Ryder. Voici donc notre nouvelle incarnation, après avoir joué passionnément notre Shepard pendant des dizaines ou des centaines d’heure lors de la première trilogie. On pourrait penser qu’il est difficile de prendre la relève. Pas tant que ça, en fait : Shepard était certes plus charismatique que notre Inquisiteur de Dragon Age: Inquisition, d’une platitude à pleurer, mais c’était un militaire, avec la raideur qui va avec. Ryder est un explorateur. Il se serait probablement bien entendu avec son confrère Hawke, de Dragon Age 2 : la vanne facile, une certaine dose de flegme, et le cœur sur la main. Comme Hawke, encore, il a une famille, et cela influe sur la narration du jeu et l’ambiance générale. Quand on a eu les premières infos sur ME4, j’étais assez enthousiaste à l’idée d’avoir une histoire qui serait sans doute moins épique que la première trilogie, et plus intimiste. Puis, quand j’ai lancé le jeu, j’ai été aussitôt titillée par ce plaisir que je ressens et qui fait que je suis une amoureuse de Star Trek et de Stargate: SG1 : c’est de la SF pour les rêveurs. Ce n’est pas de la SF d’anticipation, qui cherche, par le biais de la fiction, à faire réfléchir à notre propre société, à notre statut d’être humain, qui a une forte dimension philosophique. On est plutôt dans la SF d’aventure spatiale, dans quelque chose de plus romanesque. Et ce côté romanesque est présent d’entrée de jeu, avec un début excitant et sur les chapeaux de roue : à peine sorti de stase, Ryder doit réagir à une cascade d’imprévus.

C'est parti pour l'aventure !

C’est parti pour l’aventure !

Il n’est pas anodin que je commence cette chronique en parlant du personnage jouable : les personnages et les relations inter-personnages sont et ont toujours été les gros points forts de nos développeur canadiens. Pas de déception ici : l’équipe de Ryder est composée d’une galerie de personnages attachants, possédant chacun une personnalité bien marquée. D’ailleurs, l’une de mes parties préférées du jeu a été les missions de loyauté, avec une mention spéciale à celle de Liam, qui m’a fait éclater de rire à plusieurs reprises.

"Non, je ne suis pas un psychopathe, je ne vois pas pourquoi tu dis ça."

« Non, je ne suis pas un psychopathe, je ne vois pas pourquoi tu dis ça. »

Mass Effect: Andromeda : du neuf avec du vieux ?

En partie, oui. Ce quatrième opus est bourré de repères familiers qui marquent une continuité au niveau des mécaniques de jeu et du « lore ». Mais, comme le disait assez justement le Joueur du Grenier dans cette vidéo, ME4 est bien plus proche de Dragon Age: Inquisition que des autres Mass Effect ! On constate d’abord une similarité esthétique assez frappante, et ça, c’est tant mieux. On est dans un univers très coloré, assez spectaculaire. Personnellement, j’ai été soufflée par la beauté des « caveaux », qui m’ont rappelé les structures titanesques et étranges des Asgards de SG1, ou plutôt le sentiment que j’avais dans SG1 dans les épisodes consacrés à cette race : un sentiment d’émerveillement et presque de peur, en somme, le sentiment du sacré. Le sentiment d’être réduit à sa petitesse devant l’œuvre d’une race bien plus ancienne et bien plus avancée que nous.

Ensuite, comme dans Dragon Age: Inquisition, on est plus sur des mécaniques de MMO que de RPG traditionnel : on ouvre sa map, on regarde son objectif de quête, on y va. Au lieu de se laisser porter par l’histoire, quand la narration forge l’expérience de jeu, comme c’était le cas dans les précédents Mass Effect. Je ne vais pas vous cacher que ce point est une grande déception pour moi. Je ne joue pas pour gagner de l’XP,mais pour vivre une histoire, et non la subir tout en cochant des cases dans une liste de choses à faire en perpétuelle expansion. Ainsi que le commente le site Eurogamer : « It’s a game that is more interested in keeping you busy than keeping you in suspense about what happens next, or making you feel the consequences of your actions. »

Cela étant dit, on ne s’ennuie pas, et j’y ai joué plus de 90h jusqu’ici sans bouder mon plaisir : oui, dans Mass Effect Andromeda, on s’amuse. Mais on a aussi l’impression de bosser comme un malade pour des récompenses assez faibles. Comme Dragon Age: Inquisition, encore une fois, je trouve que le jeu n’est pas très récompensant : on nous incite à faire tout un tas de trucs sans qu’on ait la sensation d’en tirer quelque chose de vraiment intéressant, du coup, on finit par abandonner sa liste de tâches et de quêtes secondaires pour se consacrer à faire avancer l’histoire.

Déprime sur Port-Kadara.

Déprime sur Port-Kadara.

Laquelle histoire, d’ailleurs, a engendré une grosse frustration. Non pas qu’elle soit bancale ou inexistante : c’est surtout que j’ai eu la sensation, en finissant le jeu, d’avoir enfin terminé une très longue introduction. Je m’attendais à tout un tas de révélations, mais non. J’ai donc joué à un jeu dont l’unique but était l’exploration. J’ai donc exploré, fin de l’histoire (à peu de choses près). Demandez à F., ça m’a mis dans une belle rage :) Le jeu m’a fait le même effet que certains premiers films de grosses trilogies cinématographiques, comme le premier de la dernière trilogie Star Wars, ou le premier Bilbo. Riches en eux mêmes, ils sont tout de même frustrants à regarder, car on vient de passer 2h30 devant un film qui ne fait que démarrer une histoire. On sait que les choses sérieuses viennent après. Mais au moins, au cinéma, il ne faut attendre qu’un an !

Pourquoi Mass Effect: Andromeda est-il fun (ou pas…) ?

Ce quatrième opus n’a ni l’intensité dramatique, ni la qualité épique de la première trilogie, ce qui bien sûr n’est pas un mal en soi. Je disais plus haut que ce côté intimiste m’enthousiasmait. Cela étant dit, je le répète, on est dans de la SF romanesque, de la SF pour les rêveurs. Mince, quoi, on visite Andromède ! La seule idée me file des frissons. Et malheureusement, le jeu échoue à nous communiquer cet enthousiasme. Parfois, la musique est plus à la hauteur de l’idée que la mise en scène et la narration du jeu, comme avec l’un de mes morceaux préférés de la BO :

Vous ne vous voyez pas brandir le drapeau de la Voie Lactée sur une planète inconnue, porté par les vivats de la foule ? Moi, si :)

À mon avis, l’une des raisons de ce sentiment d’indifférence à l’égard de la plus grande aventure épique dont on puisse rêver (partir sur un pari dans une autre galaxie, sachant que vous ne pourrez plus jamais rentrer chez vous, que tous les gens que vous connaissiez dans la Voie Lactée seront morts depuis six cents ans à votre arrivée), c’est que le jeu est mal rythmé. Vu qu’il se concentre sur l’exploration et nous assomme de quêtes secondaires, la mission principale semble toujours pouvoir être remise à demain, exactement comme dans Dragon Age: Inquisition. On n’a aucune notion du temps, et par conséquent, aucune notion d’urgence. Là encore, Mass Effect: Andromeda échoue là où ses prédécesseurs avaient excellé.

À noter cependant : la fin fait la part belle à l’action pure, et en tant que séquence, elle est très bien rythmée, ce qui est d’ailleurs le cas de toutes les séquences. Je m’explique : dans son ensemble, Mass Effect: Andromeda manque de dramaturgie, mais chacun des chapitres de l’histoire est narré avec dynamisme, ne nous laissant pas le temps de nous endormir, et nous faisant oublier depuis combien d’heures on joue.

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« Les gars, vous n’auriez pas vu une barre de raccourcis ? »

On se laisse porter malgré tout par toutes ces petites quêtes, et on s’amuse dans ces combats où on a plein d’autres possibilités que de rester planqué derrière des caisses et tirer sur les ennemis. Grâce à nos micro-propulseurs, on peut faire de la haute voltige et se prendre pour un personnage de manga qui fait des bonds surhumains avant de fondre sur son adversaire pour le coup fatal. Je vous avouerai que le système des « profils », qui permet de switcher entre différentes classes, vous permettant ainsi de donner l’avantage soit à vos pouvoirs biotiques, soit à vos pouvoirs technologiques, etc., me laisse perplexe. Je n’ai toujours pas compris comment me servir de plus de trois compétences. Les menus sont difficiles à comprendre, peu intuitifs, et j’avoue avoir pas mal râlé parce que ME est aussi un jeu de PC, et nous les PCistes, nous avons un truc magique qu’on appelle « clavier ». Et contrairement à nos amis les consoleux, nous disposons donc de pleins de touches sur lesquelles appuyer ! Alors me gonflez pas avec vos menus et laissez-moi attribuer mes pouvoirs à des touches, et me servir de 50 pouvoirs si j’ai envie, c’est mon problème, c’est moi qui organise ma barre de raccourcis.

Les fans hardcore seront heureux de pouvoir jouer avec des armes à cartouches thermiques illimitées, le seul problème étant la surchauffe. Grâce au système de craft, on a un vaste choix d’armes et armures dont on peut booster les statistiques en développant des améliorations. Ce serait un très bon point si les menus n’étaient pas aussi bordéliques. Je n’arrive jamais à savoir ce que j’ai déjà crafté/recherché ou non, et malheureusement, on ne peut identifier avec facilité les équipements qui sont les plus adaptés aux capacités du personnage et à son style de jeu.

Comme beaucoup, je regrette l’utilisation excessive du scanner, d’autant que les informations détectées et transmises par notre IA, SAM, chevauchent parfois des dialogues. Il arrive malheureusement trop souvent dans Mass Effect: Andromeda que plusieurs personnages parlent en même temps. Au vu de la quantité d’infos qu’on reçoit, surtout en début de jeu, où on est en train de s’adapter et d’apprendre, ça amène une certaine regrettable confusion.

Un grand point fort de jeu, qui lui donne son sel, ce sont les décors dans lesquels on évolue. Les planètes à explorer sont accessibles soit à pied, soit avec le Nomade, l’équivalent du Mako. Ces dernières sont celles dont les conditions climatiques sont les plus extrêmes, et aussi les plus vastes. Le Nomade est bien plus facile à conduire que le Mako, et c’est toujours amusant de faire râler son équipage en conduisant très mal (ou tenter de faire en sorte que Jaal ne s’endorme pas, ce qui est difficile). On a des environnements de toute beauté, et j’ai été particulièrement sensible au travail sur la couleur et la lumière. Découvrir et explorer ces nouveaux mondes est un véritable plaisir, et heureusement, vu que l’exploration est le sens même du jeu. Un petit aperçu :

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Je tiens ici à souligner qu’à mon avis, ceux qui se sont plaints d’un certains manque d’imagination pour la galaxie Andromède, car les extraterrestres y semblent fonctionner comme ceux de la Voie Lactée d’un point de vue social et technologique, sont à côté de la plaque. À moins que je me plante totalement, les Kerts, les antagonistes du jeu, sont le lien avec la première trilogie. Ce qui se passe dans la galaxie d’Andromède est lié à ce qui se passe dans la Voie Lactée, et peut potentiellement expliquer les similarités de façon plus que recevable. Non, Mass Effect: Andromeda ne manque pas d’imagination. Il est au contraire assez foisonnant. Pour réellement juger la qualité de l’intrigue, je crains qu’il ne faille attendre le cinquième opus…

Les romances

Comme vous le savez, qui dit BioWare dit romance, pour le plus grand plaisir des fans des développeurs tatoués. Comme depuis quelques années, on nous propose des romances hétéro, gay et lesbiennes, et comme à chaque fois, on en est ravis. Comme je l’ai déjà souligné sur ce blog et comme l’illustre joliment un article du Monde, c’est la force de BioWare que de nous proposer un monde post-homophobie, où son orientation sexuelle n’est pas nécessairement une part de son identité que l’on doit revendiquer face à un monde hostile. Les personnages y sont naturels, et ne bénéficient pas d’un traitement particulier, sauf dans le cas d’un personnage comme Dorian, qui a eu de gros problèmes familiaux en raison de son homosexualité, ou de Crem, qui nous parle ouvertement de pourquoi et comment il est homme dans un corps de femme (les deux, dans Dragon Age: Inquisition). Aussi, quand les joueurs se sont enflammés parce que le personnage de Hainly n’était pas assez développé à leur goût, ça m’a sévèrement gavée. Alors oui, elle te dit comme ça, cash, qu’elle était un homme autrefois. Apparemment, il aurait fallu l’envelopper d’une longue conversation. Quand F. m’a parlé de la polémique, je ne voyais pas du tout de quel personnage il s’agissait, tout simplement parce que ça ne m’avait pas marquée du tout. On est dans un RPG : les PNJ passent leur temps à vous raconter leur vie. Ce n’est pas parce qu’il s’agit de la vie d’une transexuelle que ça mérite plus de détails, à mon sens. Voilà pourquoi j’aime BioWare : les gens sont ce qu’ils sont, pas besoin d’en faire tout une histoire. J’aime justement cette spontanéité, cette absence de recul : dois-je traiter mon personnage de façon particulièrement parce qu’il fait partie d’une minorité ? Chez BioWare, la réponse est non par défaut.

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« Jaal… T’es vraiment sûr que t’es pas gay ? Je veux dire… C’est très romantique, tout ça… Non ? Sûr ? »

Ma première romance, avec le mystérieux Reyes Vidal, m’a beaucoup amusée, mais elle m’a malheureusement semblé très courte. J’ai eu l’impression d’en avoir seulement la moitié. Une fois la romance « terminée », je m’attendais à ce que mon cher et tendre me parle un peu plus de lui. Mais non. J’ai donc commencé et bouclé une romance en l’espace de quelques heures de jeu, ce qui est quelque peu décevant. Je pense que c’est dû au fait que Reyes reste sur sa planète. À mon avis, romancer un membre de son équipage doit être plus récompensant. J’ai commencé celle avec l’ingénieur, mais je ne l’ai pas finie, donc je ne sais pas pour l’instant ! J’avais aussi commencé celle avec Peebee, qui est une sorte de Sera de l’espace, sans le côté « je suis encartée chez Lutte Ouvrière ». Un personnage adorable, vif, drôle, et insaisissable, à mon avis, ça vaut le coup de la romancer jusqu’au bout.

Les points forts et les points faibles

Je ne sais pas si j’ai oublié quelque chose, il me semble qu’il y a toujours beaucoup à dire, mais peut-être qu’il vaut mieux que vous y jouiez pour qu’on en parle plus avant. Alors à vos portefeuilles, PC ou consoles, et plus vite que ça ! Parce que oui, je vous recommande Mass Effect: Andromeda. Pour moi, le pari est réussi dans le sens où il s’inscrit dans la continuité de la première trilogie tout en proposant quelque chose de différent et nouveau. En fait, je rejoins l’avis de jeuxvideo.com, qui estime que le jeu n’a pas à rougir, mais ne se hisse pas à la hauteur du mythe de la première trilogie. Mass Effect: Andromeda est un jeu fun, varié, beau. Si vous aimez Mass Effect, vous y retrouverez plein de choses qui vous rappelleront de bons souvenirs. Et si vous avez aimé Dragon Age: Inquisition, il n’y a aucune raison que ME4 ne vous plaise pas.

Les plus :

  • La beauté des paysages
  • Des personnages bien écrits
  • Des quêtes de loyauté fun et variées, qui collent à la personnalité du personnage.
  • Des combats dynamiques, la bonne idée des micro-propulseurs
  • Une très belle bande originale
  • L’ambiance et le charme de la saga agissent toujours

Les moins :

  • RPG peu récompensant
  • Des menus peu intuitifs
  • Interface développement/recherche incroyablement bordélique
  • Trop de quêtes de remplissage
  • Une histoire qui laisse sur sa faim

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