Archives de mots clés: chômage

De l’art d’être absent

Beaucoup de gens se plaignent de ne pas avoir le temps, d’être trop sollicité, et de ne plus parvenir à se passer de leurs échanges en ligne. Je suis d’ailleurs étonnée de leur addiction aux réseaux sociaux, de leurs multiples abonnements, de leurs systèmes de notifications qui les abreuvent d’informations toute la journée.

Être absent est parfois une nécessité, parfois ce sont des vacances que l’on s’accorde et qui ont le goût délicieux de l’interdit, comme à l’époque où on séchait les cours. Pour moi, c’est au fil du temps devenu un art de vivre que j’ai un peu trop bien cultivé.

J’adore être absente. Indisponible, déconnectée, endormie. Le silence est la meilleure de mes couvertures. Bien évidemment, je ne le suis que dans la mesure où ma vie professionnelle me l’autorise. Mais c’est l’une des choses que j’ai envie de changer en 2016. Je ne vais pas être super présente et super communicative d’un coup de baguette magique, ce n’est pas dans ma nature, de toute façon. Et je crois qu’il est vain de lutter contre sa nature, car chassez le naturel… vous connaissez la suite.

En fait, quand on est absent, on s’exile de sa propre vie, ainsi que de celle des autres. C’est comme dormir. On est plus léger. Sans attaches. On oublie facilement. Les événements et la vie quotidienne glissent sur vous comme l’eau sur les plumes d’un canard (étrange comparaison, certes, mais elle me semble bien décrire le phénomène !).

Le chômage, les difficultés relationnelles et sentimentales, l’isolement progressif renforcent peu à peu le plaisir que l’on a à être absent, jusqu’à ce qu’on soit pris à son propre piège : à force d’ignorer le reste du monde, on finit aussi pour s’ignorer soi-même, et notre propre vie nous apparaît comme un événement extérieur sur lequel nous n’avons aucune emprise, et dans lequel nous n’avons aucun rôle à jouer.

Alors, peut-être qu’au final, je ne maîtrise pas cet art subtil si bien que cela. S’esquiver, prendre du temps pour soi, préserver sa bulle d’intimité, rester disponible pour rêvasser, s’autoriser à ne plus penser, c’est bien, et même nécessaire. Prendre la fuite, non. Alors c’est ma seule bonne résolution : cette année, je serai un peu plus présente. J’ai envie de me rendre plus disponible et d’entretenir davantage de liens, de m’enrichir au contact des autres.

Et vous, maîtrisez-vous l’art d’être absent ?