Nourritures spirituelles d’août

Lâchez tout de suite cette serviette de plage et accompagnez-moi dans mon antre. Oubliez la crème solaire, le jogging, les mojitos en terrasse, les barbecues tardifs, venez plutôt goûter aux joies sombres et épicées que je vous ai gardées sous le coude.

La Zone du dehors, Alain Damasio

 

la zone du dehors_alain damasioPour mon anniversaire, ma plus vieille amie (celle que je connais depuis le plus longtemps, sinon, elle a le même âge que moi 😉 ) m’a offert avec beaucoup de perspicacité La Zone du dehors, d’Alain Damasio. Alors oui, je sais ce que vous allez dire : c’est maintenant que tu te mets à Damasio ? Oui, je sais, La Zone date de 1999 et entre temps, il y a eu La Horde du Contre-vent, acclamé par les critiques. Mais voilà, je n’ai jamais lu de Damasio, j’ai lu plein d’autres trucs. En tout cas, voilà, ça y est, j’ai lu La Zone du dehors. Et je n’ai même pas besoin d’avoir lu La Horde pour comprendre pourquoi mon amie a tenu à m’offrir La Zone en particulier. D’une, c’est brillant. C’est vif, voire acéré, au niveau de la pensée. De deux, la langue est parfois presque célinienne, qui ne cesse de se réinventer elle-même et de séduire ses propres limites. De trois, c’est une énorme gifle en pleine figure et dieu sait que mon esprit masochiste apprécie ce genre de claque. Ce dont on a envie vraiment, au fond, c’est d’être ébranlé, non ? Pas conforté, pas rassuré. On a envie qu’on nous engueule, qu’on nous tire des habitudes, qu’on nous… Illumine, ai-je envie de dire. Vous voyez, rien qu’en tentant de parler de ce bouquin, j’en deviens lyrique. Le livre questionne la nature de l’homme et les dérives de la démocratie. C’est un questionnement double, à la fois humain et sociétal, imprégné de pensée nietzschéenne, mais surtout emprunt d’une fureur de vivre qui m’a fait un bien fou. Comme je le disais à mon amie, ça m’a fait à peu près le même effet que la première fois que j’ai vu Le Cercle des poètes disparus. Je me suis retrouvée à pleurer sans même savoir pourquoi, à être juste bouleversée, ni triste, ni heureuse, ni rien, juste bouleversée. Ce n’est qu’après qu’on pose des mots, qu’on conceptualise, qu’on rationalise. Quand bien même, paradoxe qui m’est agréable, ce sont les mots qui vous ont foutu dans cet état.

Je voulais vous trouver de belles citations, et putain que ce livre en regorge, mais tout peut se résumer par cette unique phrase. « Parce que ça fait mal d’être libre. »

Secrets d’histoire, Louis II de Bavière

Ces dernières semaines, j’ai traduit un MMORPG du nom de Durango, par Nexon. C’était une chouette aventure, mais qui dit MMO dit listes sans fin de noms d’armes et de compétences, travail rébarbatif et automatique qui m’a laissé le loisir de laisser un œil et une oreille traîner sur mon écran gauche. Alors, pendant que je traduisais à la chaîne « épée à deux mains, épée à une main, marteau à une main, marteau à deux mains », etc, etc, j’ai regardé plein d’épisodes de Secrets d’histoire, dont le format et la narration conviennent plutôt bien pour une moitié de cerveau (ce n’est pas une insulte, hein, j’apprécie beaucoup l’émission).  Et j’ai particulièrement aimé un épisode consacré à Louis II de Bavière, un drôle de souverain davantage absorbé par sa propre imagination que par sa fonction de roi. Passionné de récits épiques, il s’est servi de son argent et de son pouvoir pour construire l’incroyable château de Neuschwanstein, à l’image de ses rêves. Passionné de musique également, il était à peu près le seul fan de Wagner du royaume et l’a tiré de la misère pour en faire ce qu’il est encore aujourd’hui : l’un des musiciens les plus influents du dix-neuvième siècle. Passionné de jeunes hommes enfin, il s’est peu à peu isolé du reste du monde pour vivre à sa guise dans le monde de ses fantasmes, payant des comédiens pour incarner les rôles épiques qu’il chérissait, oubliant même que ces jeunes hommes avaient besoin de dormir et de se nourrir.

Et, je n’avais même pas pensé à y rêver, F. l’a fait : il m’a déniché un yaoi mettant en scène le fameux roi 😀

neuschwansteinPop Redemption

Non, ce n’est pas du film que je veux vous parler ici (film que j’adore par ailleurs), mais plutôt d’un autre coming-out que je me vois forcée de faire. Il y a quelques temps, j’ai dû avouer haut et fort qu’en fait, j’aimais la romance. Eh bien il s’avère que parfois, en quantité restreinte, et de façon très spécifique, j’adore les génériques d’animes tout kitch. Surtout quand c’est MONSIEUR Pellek qui les interprète (mon deuxième Norvégien préféré, pour rappel, le premier étant MONSIEUR Mustis [F. : la solitude absolue dont je te parlais hier :) ]).

Oui, mesdames et messieurs, je me suis rendue compte que j’étais capable d’écouter ça en boucle pendant plusieurs heures 😀

Et je suis aussi friande de ceci :

Ou encore ça :

Ces musiques ont le don de me coller un sourire durable aux lèvres, et après tout, c’est tout ce qui compte !

Alcest, Nightbringer, Ex Deo, Dark Tranquillity

Rassurez-vous, tout n’est pas perdu. J’écoute toujours de la musique dark et de la musique extrême. J’ai pris un abonnement Spotify et me suis plongée dans la discographie de plusieurs groupes, dont, en premier lieu, Alcest, que j’aurai la joie de voir en concert avec Anthema en octobre prochain à Rennes ! Qualifié par certain que je ne citerais pas de « post-rock« , pour moi c’est avant tout une sensibilité black metal qui s’exprime de manière plus posée, parfois presque langoureuse, presque toujours mélancolique, et une touche de romantisme au sens initial du terme. Alcest, c’est un rêve éveillé, de la poésie lumineuse qui se déploie comme des volutes de fumée dans un appartement vide.

J’ai aussi posé une oreille attentive sur un groupe dont j’avais énormément apprécié l’album Ego Dominus Tuus (et ce titre vertigineux). Cet album-ci, Hierophany of the Open Grave, est dans la même veine, mais plus brut encore. Nightbringer est l’un des groupes de black qui tire son épingle du jeu en proposant des morceaux très denses, mais en même temps très profonds, comme si on pouvait plonger dans les différentes strates de musique jusqu’à l’abysse. Mais honnêtement, ce que je préfère dans cet album, c’est son côté malsain. Il me met subtilement mal à l’aise, comme si j’assistais à une cérémonie occulte aussi sensuelle qu’horrible.

Ensuite, j’ai largement pris mon pied avec un death épique très classe par Ex Deo, de grands fans de l’époque de la Rome antique. Je les avais vu en live lors d’une année où grâce au Hellfest, je m’étais aperçue que j’aimais le death. Pourtant, je n’ai pas réécouté ce groupe pendant des années, et je ne me souviens même pas comment je suis retombée dessus. Les détours étranges que prend l’existence, j’imagine… Personnellement, ce titre me donne envie de rejoindre directement les armées d’Hannibal :

Et enfin, j’ai redécouvert Dark Tranquillity et d’un côté, le premier album que je connais d’eux, Damage Done, et son irrépressible fougue :

Puis jeté une oreille sur des albums plus récents, plus ramassés, plus lents, plus sombres.

Drawing Blood, Poppy Z. Brite

La première fois que j’ai lu ce bouquin, Sang d’encre en français, je devais avoir dans les quinze ans. Je l’ai relu trois fois environ. Récemment, j’ai acheté sur un coup de tête ces deux romans qui avaient hanté mon adolescence, Lost Souls (Âmes perdues, trad. J-D Brèque) et Drawing Blood (traduit par le même, dire que c’est devenu mon maître Yoda de la traduction, c’est quand même incroyable, la vie !). J’ai toujours eu un faible pour Sang d’encre, entre les deux. Âmes perdues est un roman de grande jeunesse (Poppy avait dix-neuf ans au moment de la publication), et ça parle de vampires. Sang d’encre est plus psychologique, et d’une certaine manière, plus sombre. On y suit le parcours de Trevor McGee, 25 ans, traumatisé par un événement inqualifiable qui s’est produit quand il avait 5 ans. Depuis, il suit les traces de son père, et il dessine, et c’est la seule chose qui lui importe au monde. Il ne laisse personne l’approcher, personne le toucher. Il passe sa vie dans les bus, à sillonner les États-Unis jusqu’à ce qu’un jour il décide de revenir à Missing Mile, là où s’est produite cette horrible chose. Il y rencontre Zachary Bosh, un hacker de 19 ans qui s’est fait pincer et fuit la police. Zach est un rebelle qui se la raconte un peu, mais qui n’a jamais été capable de vraiment s’attacher à quiconque à cause de son passé familial de maltraitance. Le reste, c’est l’histoire de deux jeunes hommes amoureux qui affrontent leurs démons.

poppy z brite_drawing bloodJ’ai commencé la lecture, en anglais pour la première fois, et j’ai été presque aussitôt envoûtée par l’écriture empathique, sensuelle de Poppy Z. Brite, par l’atmosphère lourde du Sud des États-Unis, avec tous ces âmes perdues, ces écorchés de tous horizons qui naissent si bien sous sa plume. Mais surtout, j’ai eu la sensation incroyable d’une extrême familiarité, comme si je me souvenais de tous les détails au fur et à mesure que les phrases s’enchaînaient. J’ai eu l’impression de retrouver de vieux amis chers, longtemps perdus de vue. Et je les aime toujours, sinon plus : ado, je ne comprenais pas certaines choses, et je n’ai jamais été capable de bien m’imaginer Zach, alors qu’aujourd’hui, il est haut en couleur et en trois dimensions dans ma tête. Je me suis retrouvée la tête plongée dans le bouquin plusieurs heures d’affilée, incapable de décrocher. L’ancienne magie fonctionne toujours.

Bonus pour les amteurs(-trices)de yaoi !

Je ne vise personne en particulier 😀 Disponibles dans ma bibliothèque :

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5 Commentaires

  1. Nath

    Je suis contente que tu rejoignes enfin le clan des neuneus capables de s’époumoner sur les plus mauvaises – mais tellement géniales, en fait – chansons du monde. J’ai passé trop de temps seule à écouter du Modern Talking en boucle, allant jusqu’à chanter Geronimo’s caddillac toute seule devant mon écran, avec les textes qui défilent 😀 Et je dois dire que ce « nanananana -oh ! nanana eh ! » m’a à la fois fait pleurer de rire et donné une patate d’enfer 😛

    Et puis aaah, putain, ce morceau d’Alcest… Enfin, tous les morceaux d’Alcest…
    Je n’avais jamais entendu Nightbringer et… putain… Cette puissance ! Ca, c’est l’expression des ténèbres. Je le réécouterai plus attentivement demain, mais ce rythme percussif au début de Rite of the Slaying Tongue… Comme tu dis, on a l’impression de tomber, strate après strate.

    Les dessins du second clip de Dark Tranquility sont à tomber !

    (tes voisins doivent tellement penser que tu es tarée, à passer de Fairy Tales à Nightbringer…)

    Bon, j’ai une carte de bibli à ton nom, mais personne ne sait que toi c’est pas moi, donc je devrais pouvoir emprunter quelques lectures 😀

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    1. Muriel (Auteur de l'article)

      Oui c’est ça qui est bon, c’est rigolo en plus d’être pêchu :)

      Alcest en effet, une très très belle découverte, un groupe unique en son genre, et c’est tant mieux ! Nigthbringer, je ne peux que te recommander d’en écouter, c’est pas toujours facile d’accès mais pour moi, c’est un groupe de très haut niveau.

      Oui, mes voisins doivent sûrement apprécier l’éclectisme de mes goûts musicaux, j’aimerais en dire autant à leur sujet 😀

      « Personne ne sait que toi c’est pas moi »… Je ne sais pas pourquoi, mais j’adore cette phrase :) En tout cas je parlais de ma bibliothèque personnelle, donc même pas besoin de carte 😉

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      1. Nath

        J’avais compris que tu parlais de ta bibliothèque personnelle, mais je trouvais ça plus rigolo comme ça ^^

        (ouais moi aussi j’aime bien cette phrase, je ne sais pas pourquoi ;))

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  2. Gradlon

    Et faut voir l’intérieur du château de Neuwanstein pour apprécier la douce folie du bonhomme… J’ai trouvé ça encore plus démesurée que le bâtiment lui-même.
    Si tu aimes les mots de Damasio, je ne peux que t’inviter à poursuivre ta lecture avec ses autres oeuvres. Son recueil de nouvelles, que je trouve par ailleurs inégal, propose quelques perles de haute tenue. Et il y a évidemment un certain passage dans la Horde, qui bien que tranchant avec le reste du récit, nous emmène assez loin dans le jeu des mots.

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    1. Muriel (Auteur de l'article)

      Merci pour le conseil, je n’y manquerai pas :) Et j’ai hâte de visiter ce château :)

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