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The Old Woman of Beare

J’ai envoyé ce poème, The Old Woman of Beare, à Nathalie qui m’a dit ne pas avoir tout saisi, et ça m’a donné envie de le traduire dans sa version intégrale. J’ai été marquée par l’intensité de ce texte, sa poésie qui m’a semblé extrêmement moderne, alors qu’on parle d’une œuvre anonyme du 9ème siècle.

Du coup, j’ai tenté l’exercice d’abord en toute candeur, puisque je ne connais rien à la poésie irlandaise de cette époque, et en toute humilité : je n’ai aucune prétention en présentant cette traduction, j’avais juste envie d’essayer. Je ne propose qu’une interprétation personnelle essentiellement basée sur ma sensibilité. J’ai simplement fait en sorte de rester cohérente dans mes choix, d’avoir une grammaire correcte, bref, de faire mon boulot de base de traductrice, tout le reste est sujet à caution :). (et j’ai suivi scrupuleusement la ponctuation donnée dans la retranscription de Brendan Kenneally)

J’espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ce texte que j’en eu à le découvrir puis le traduire. Honneur à la version originale pour commencer :

The sea crawls from the shore
Leaving there
The despicable weed,
A corpse’s hair.
In me,
The desolate withdrawing sea.

The Old Woman of Beare am I
Who once was beautiful.
Now all I know is how to die.
I’ll do it well.

Look at my skin
Stretched tight on the bone.
Where kings have pressed their lips,
The pain, the pain.

I don’t hate the men
Who swore the truth was in their lies.
One thing alone I hate–
Women’s eyes.

The young sun
Gives its youth to everyone,
Touching everything with gold.
In me, the cold.

The cold. Yet still a seed
Burns there.
Women love only money now.
But when
I loved, I loved
Young men.

Young men whose horses galloped
On many an open plain
Beating lightning from the ground.
I loved such men.

And still the sea
Rears and plunges into me,
Shoving, rolling through my head
Images of the drifting dead.

A soldier cries
Pitifully about his plight;
A king fades
Into the shivering night.

Does not every season prove
That the acorn hits the ground?
Have I not known enough of love
To know it’s lost as soon as found?

I drank my fill of wine with kings,
Their eyes fixed on my hair.
Now among the stinking hags
I chew the cud of prayer.

Time was the sea
Brought kings as slaves to me.
Now I hear the face of God
And the crab crawls through my blood.

I loved the wine
That thrilled me to my fingertips;
Now the mean wind
Stitches salt into my lips.

The coward sea
Slouches away from me.
Fear brings back the tide
That made me stretch at the side
Of him who’d take me briefly for his bride.

The sea grows smaller, smaller now.
Farther, farther it goes
Leaving me here where the foam dries
On the deserted land,
Dry as my shrunken thighs,
As the tongue that presses my lips,
As the veins that break through my hands.

Irish Gaelic; trans. Brendan Kenneally

 

Et ma traduction :

La mer reflue le long du rivage
Dans sa traîne,
Les algues méprisables,
La chevelure d’un cadavre.
En moi,
La mer désolée qui se retire.

Je suis la Vieille Femme de Beare
Qui un jour fut belle.
À présent je sais seulement comment mourir.
Je me montrerai digne.

Regardez ma peau
Tendue sur les os.
Là où les rois ont pressé leurs lèvres,
La douleur, la douleur.

Je ne hais point les hommes
Qui ont juré que leurs mensonges disaient vrai
Une seule chose j’abhorre —
Les yeux des femmes.

Le soleil naissant
Octroie à tous sa jeunesse,
Tout ce qu’il touche est d’or.
En moi, le froid.

Le froid. Et pourtant une graine
Brûle encore en dedans.
Les femmes aujourd’hui n’aiment que l’argent.
Mais autrefois
J’ai aimé, j’ai aimé
Les jeunes hommes.

Les jeunes hommes dont les chevaux galopaient
À l’assaut de plus d’une vaste plaine
Les éclairs jaillissant sous les sabots.
J’aimais cette sorte d’hommes.

Et toujours la mer
Monte et descend en moi
Et dans ma tête roulent et se bousculent
Les images des morts à la dérive.

Un soldat pleure à fendre l’âme
Sur sa détresse ;
Un roi disparaît
Dans la nuit qui frissonne.

Chaque saison ne prouve-t-elle pas
Que le gland finit par tomber de l’arbre ?
Ne sais-je pas assez de l’amour
Pour comprendre qu’il est perdu aussitôt qu’on le trouve ?

J’ai bu mon content de vin en compagnie des rois,
Leurs yeux rivés à ma chevelure.
Et maintenant parmi les vieillardes puantes
Je rumine mes prières.

Il fut un temps où la mer
Jetait les rois à mes pieds.
Maintenant j’entends la musique de Dieu
Et un crabe rampe dans mes veines.

J’aimais le vin
Dont je frémissais jusqu’au bout des doigts ;
Maintenant le vent mauvais
Plante des épines de sel sur mes lèvres.

La mer peureuse
S’éloigne de moi en rampant.
L’effroi rappelle la marée
Qui me fit m’étendre à ses côtés
Lui dont je fus l’épouse éphémère.

D’heure en heure, la mer s’étrécit
Se retire loin, de plus en plus loin
M’abandonnant là où l’écume s’assèche
Sur la terre désertée,
Aussi aride que mes cuisses décharnées,
Que la langue qui se presse mes lèvres,
Que les veines qui se brisent dans mes mains.

Losing my religion – again!

Petite précision : j’ai beaucoup hésité à poster ce billet ici. Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Mais je crois qu’il faut assumer qui l’on est, le plus possible. Éviter de trop diviser sa vie sous peine de voir éclore de multiples personnalités qui cohabitent mal. Alors oui, c’est un billet très personnel. Mais après tout, je ne fais pas autre chose lorsque j’écris de la fiction, ce ne sont que les noms et les situations qui changent. Dans la vie comme dans l’art, j’essaie désormais de m’en tenir au précepte de King : dire la vérité. C’est moi, et ça le restera quels que soient mes différents statuts sociaux. J’éprouve le besoin de réunifier tout cela. L’être humain est un feuillage, disait Giono. Ça suffit, les ruptures en tous sens. Je suis à la recherche d’harmonie. Et vous ?

 

*

 

Le ciel est d’un vaste gris et la pluie ne cesse de tomber. J’ignore presque tout de moi et du reste. Je ne sais pas ce que me veut le monde, et vice versa.

Je lutte contre le froid et l’ennui, contre l’effroi et la nuit aussi.

J’ai l’impression d’être une pute démaquillée à cinq heures du matin qui se retrouve toute seule sur le trottoir.

J’ai l’impression d’avoir mis un bazar incroyable dans mes affaires comme un enfant capricieux, et de me retrouver assise au milieu du chaos à me demander combien d’années il va me falloir pour tout ranger.

J’ai l’impression d’avoir décidé de prendre un vol pour la Lune et d’hésiter en chemin, prisonnière dans ma minuscule capsule, et de regarder par le hublot la Terre qui s’éloigne.

J’ai l’impression d’avoir dix ans et d’avoir mis les fringues trop grandes de ma grande sœur.

J’ai l’impression d’avoir embrassé un garçon sans savoir si je l’aimais vraiment.

J’ai l’impression d’avoir vu un concert que j’attendais depuis des mois et d’en sortir déçue.

J’ai l’impression d’écrire une histoire qui ne raconte rien.

De m’être rasé la tête.

D’aller au collège de nouveau.

D’offrir un cadeau qui ne plaît pas.

 

J’ai l’impression de peiner sur un problème de mathématique, de calculer des probabilités. De gommer des phrases mal faites. De parler une langue étrangère. J’ai l’impression de me promener toute nue dans une galerie des glaces. J’ai l’impression d’enterrer des talismans et des tabous. De faire de la magie noire. De cette sorte insidieuse et perverse pour laquelle il y a toujours un prix à payer.

 

J’ai l’impression de me trouver derrière une porte fermée. La gorge nouée, la bouche sèche, le sang qui bat dans mes tempes. Comme si de l’autre côté, Dieu lui-même m’attendait, assis derrière son imposant bureau de chêne. Je suis dans un vestibule noir, et le silence est si compact que ma respiration le remplit tout entier d’accents tremblotants comme un vent qui hésite à se lever. Comme des mots que l’on ne parvient pas à prononcer. Tous ces soupirs et silences qui ont remplacé ce qu’on avait prévu de dire.

 

Et pendant que cette porte muette me dévisage en se marrant, j’ai le cœur serré, contracté sous le poids d’un chagrin que j’ai traîné toute ma vie, sous le poids aussi d’une joie que j’ai éprouvé toute ma vie, sous le poids d’un désir qui ne trouve pas le moyen de sortir de mon corps.

 

Et pendant que j’attends d’avoir le courage d’ouvrir la porte, je vois ma vie défiler.

J’ai ce sentiment de fin qui me poursuit, jour après jour.

À mon avis, la mort pense à moi.

C’est ce qu’on veut dire, je crois, quand on dit que « quelqu’un marche sur votre tombe ».

 

Je ne sais même plus ce qui m’arrive, et comme toujours une seule chose m’évite l’abysse qui guette dans toutes les minuscules fêlures invisibles du quotidien : que j’ai encore le pouvoir de m’emparer de cette matière brute, et juste d’en faire quelque chose de beau.

C’est ma solution existentielle, elle vaut ce qu’elle vaut, mais c’est la seule que j’ai trouvée.

 

Le Hobbit entrelacé

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Je rentre de ma séance de cinéma où j’ai vu le deuxième volet du Hobbit, et j’ai regardé des critiques sur Allo Ciné, et je me suis dit en lisant les moins bonnes : c’est drôle, je comprends pourquoi les gens n’ont pas aimé, mais… je pense qu’ils ont tort :) Du moins, en partie.

En effet, dans les critiques, une chose revenait souvent : c’est trop long, la multiplication des scènes fonctionne comme du remplissage. Le film aurait pu être davantage resserré. Le scénario multiplie les intrigues sans approfondir les personnages. Oui, mais…

Ce type de narration est tout à fait justifié et valable, et ce n’est pas nécessairement du remplissage. Je m’explique.

Le Hobbit, comme chacun le sait, est une adaptation de Tolkien. Si on compare le Hobbit et Le Seigneur des anneaux, en termes d’adaptation cinématographique, on va trouver des similitudes, peut-être moins marquées dans SdA concernant la multiplicité des intrigues. Mais c’est exactement le même genre de narration. Et ce type de narration est vieux d’environ huit siècles. Peut-être à l’époque accusait-on Chrétien de Troyes de faire du remplissage, je ne sais pas. Mais il procédait exactement de la même manière que Peter Jackson dans ses films.

On appelle cela la technique de l’entrelacement, ou pourquoi pas, conjointure romanesque. Je vais parler du roman de Chrétien de Troyes que je connais le mieux, Le Conte du Graal. C’est très simple : dans Le Conte du Graal, nous suivons conjointement les aventures de Perceval et de son collègue coureur de jupons Gauvain. Les deux histoires sont entrelacées dans le sens où elles sont articulées. En effet, ce ne sont pas simplement deux histoires indépendantes, elles sont vouées à se fondre en une seule. Pour cela, il faut soigneusement préparer son intrigue, et concrètement, cela fonctionne par des éléments communs d’intrigue, des allusions, des effets d’échos, des dialogues dans lesquels les protagonistes parlent de l’un ou de l’autre en son absence[1].

Sda comme le Hobbit ne multiplient pas les péripéties – que ce soit dans l’œuvre romanesque ou cinématographique – purement fortuitement. Voyons ça comme un jeu de rôle : des quêtes secondaires articulées autour d’une quête principale. Que ça ennuie certains spectateurs, c’est d’accord, mais ce n’est pas de la faute de Peter Jackson ou de Tolkien. C’est le genre qui veut ça. En principe, chaque quête secondaire a une importance pour la quête principale. D’où un autre élément capital à prendre en compte : ce genre de narration se déploie sur le long terme. Alors dans le Hobbit, avant de dire que le personnage de Tauriel est inutile, ou que sa romance avec Kili l’est, attendons. Le fait qu’elle prenne le temps de le guérir est peut-être capital. Que ce serait-il passé si Kili était mort ? Attendons le troisième volet[2].

Du coup, je dirais que le problème ne vient pas tellement de la scénarisation du Hobbit mais de sa répartition en trois volets séparés par une année entière. Et le problème s’approfondit encore quand l’on songe que Peter Jackson semble avoir conçu le Hobbit comme une préquelle à SdA. Je pense qu’en effet il a l’ambition de concevoir une série comparable à Star Wars.

Moi, je ne vois qu’une solution, c’est regarder les six épisodes à la suite :)



[1] À ce propos, je vous recommande de consulter ce court pdf instructif.

[2] Je me réfère ici uniquement au film.

Bienvenue !

Je suis fière et ravie de vous présenter mon site, réalisé par les soins de ma sœur ! Cela fait longtemps qu’on y réfléchit, et tel que vous le voyez aujourd’hui, il reflète ma volonté d’offrir une « vitrine » qui ne soit ni un site perso, ni un site pro. En effet, c’est le site de Muriel Georges, traductrice et rédactrice, mais c’est aussi celui de Maloriel, auteure, et celui de Muriel, simple habitante de la planète Terre.

Dans ce blog, on parlera très bientôt de voyages, où je raconterai un peu ce que j’ai retiré de mon expédition en Inde cet été, en forme de bilan, et avec des photos ! Mais de manière générale, on y parlera d’écriture, de traduction, et de bien d’autres choses que je trouverai assez intéressantes pour vouloir les partager. La diversité des billets reflétera mon incurable curiosité, et vous y trouverez aussi bien évidemment mon actualité.

Au plaisir de vous lire peut-être dans les commentaires ou par courriels, je vous souhaite une agréable visite !

PS : Vous trouverez ci-dessous les articles de blog que j’ai écrit cet été sur mon blog perso, et que je reporte ici.