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Attentats à Paris

Je ne fais jamais ce genre de choses.

Pourquoi je le fais aujourd’hui, je ne peux pas vraiment l’expliquer.

Ce matin, quand je me suis réveillée, j’ai cru pendant cinq minutes que j’étais dans un cauchemar. Puis est venue l’incompréhension. La peur.

Mais ces émotions elles aussi se sont vite évanouies. Maintenant, la seule chose à laquelle je peux penser, c’est à ces gens. À ce qu’ils ont enduré, et pour certains, ce à quoi ils ont survécu. Des gens comme moi, comme mon voisin, comme ma famille, comme mes amis.

Aujourd’hui je suis sortie m’acheter des clopes et je me sentais ahurie, hébétée. J’ai marché dans la ville et scruté le visage des passants. La vie s’écoulait normalement. Les gens souriaient.

Je suis rentrée chez moi et j’essaie de penser à autre chose mais tout m’y ramène. C’est juste que mon esprit n’est pas assez large pour concevoir ce genre de choses. Une soirée normale, les gens assis à la terrasse d’un resto, d’autres qui prennent leur pied à un concert. Et tout à coup, le vacarme, les hurlements, puis le silence.

Je ne voulais pas, pas cette fois, que tout ceci reste quelque chose d’abstrait dans mon esprit. Je refusais que les morts restent des chiffres, que les événements demeurent des mots. Je voulais essayer de comprendre. Alors j’ai cliqué sur une vidéo. C’était confus. Un homme criait le nom d’un ami. Sans arrêt. Sans changer de ton. Sans respirer. Je vois un corps ensanglanté traîné à l’abri, j’entends une femme dire « monsieur, s’il vous plaît, je suis enceinte ». Je coupe la vidéo.

J’enchaîne les cigarettes de mon paquet tout neuf, acheté dans cette ville où tout est calme, si calme. Je n’arrive pas à poser mes pensées, à y mettre de l’ordre.

Hier soir j’ai passé ma soirée à discuter sur Skype avec mon chéri, et pendant les trois heures qu’a duré notre conversation, plus de 120 personnes ont été tuées au hasard, dans ce qui semble une tentative pour prouver quelque chose. Tout ce que cela prouve à mes yeux, c’est que si je ne crois pas que les monstres existent dans la nature, ils peuvent de toute évidence se fabriquer. Ce n’était pas quelque chose que j’ignorais. Juste quelque chose que je n’avais pas encore compris.

Il n’y a rien à dire, et pourtant, j’écris ces quelques mots pour dire que la vie ne s’est pas arrêtée, mais que du moins pour moi, elle ne sera plus pareille. Je ne sais pas encore ce qui a changé exactement. Tout ce que je sais, c’est que ça va au-delà de la consternation, de la peur, de l’incompréhension. J’imagine que je voulais juste ajouter ma voix aux autres pour dire que je n’oublierai pas.

 

peace for paris

 

Questionnaire de lecture

Parce que ce questionnaire est sympathique et parce que, avouons-le, c’est toujours agréable de parler de soi, je réponds au questionnaire que Nathalie a publié sur son blog il y a quelques jours.

Livre d’enfance préféré

Le premier livre qui m’a profondément marquée, c’était Le Lion et la sorcière blanche et l’armoire magique, de C.S. Lewis. Oui, les chroniques de Narnia. Si vous pensez aux films, oubliez tout de suite. Lewis écrivait à l’époque de Tolkien, et moi, j’étais enfant pendant les années 90. Je précise parce que le ton et l’imaginaire que je garde de ce livre n’ont pas grand-chose à voir avec une super-production holywoodienne. Et non, je ne suis pas aigrie :)
Il y a bien sûr Alice au pays des merveilles, mais paradoxalement j’en ai tiré toute la saveur beaucoup plus tard, quand j’étais adolescente. Petite, c’est plutôt le dessin animé de Disney qui a imprégné mon imaginaire.

Livre que je suis en train de lire

Commencé il y a peu, The Spook’s Apprentice, de Joseph Delaney. C’est le premier volume d’une loooonnngue saga (douze volumes aux dernières nouvelles) pour la jeunesse sortie en France sous le nom de L’Épouvanteur. Pour l’instant, j’adore. C’est pour la jeunesse, et pourtant ça parvient à me faire peur ! (ce qui est devenu rare, étant bien rodée dans le genre)

Quels livres réservez-vous ou faites-vous commander à la bibliothèque ?

Je n’ai fait ça qu’à l’époque où je rédigeais mon mémoire de Lettres, et où j’ai fait jouer le prêt inter-universitaire pour obtenir plus de bouquins sur Jean Giono, Virginia Woolf et Henry Miller.

Une mauvaise habitude livresque

J’en ai plusieurs, je ne suis pas très soigneuse. Mes pages se retrouvent souvent tachées de café, ont parfois écopé de brûlures de cigarettes, ou bien se sont trouvées imbibées d’huile de massage. Non, vous ne voulez pas savoir.

Que cherchez-vous en ce moment à la bibliothèque ?

Alors à strictement parler en ce moment, rien, mais j’y suis allée récemment en quête d’ouvrages sur le vaudou, à des fins de recherche à la fois pour une nouvelle en cours d’écriture sur Papa Legba, et la traduction des nouvelles de Henry S. Whitehead.

Préférez-vous lire un seul livre à la fois ou plusieurs à la fois ?

Je crois que la question de ce que je préfère n’a guère d’importance puisque quoi que j’y fasse, je me retrouve inévitablement à lire plusieurs livres à la fois :) Deux ou trois, en général, et ça peut aller jusqu’à cinq.

Est-ce que vos habitudes de lecture ont changé depuis que vous avez un blog ?

Vu que je parle assez peu de mes lectures, non, absolument pas.

Le livre le plus décevant que vous ayez lu cette année

Probablement Sorceleur, d’Andrzej Sapkowski qui a inspiré la célèbre saga de jeux vidéo The Witcher. Une écriture paresseuse et brouillonne, un sérieux problème de temps verbaux (à cause de la traduction ?), une intrigue décousue, un Géralt sans profondeur. (Géralt, c’est le sorceleur en question, pour ceux qui ne suivent pas).

Le livre que vous avez préféré cette année

Sans hésiter, Asunder, de David Gaider (encore non traduit). Pour ceux qui ne me connaissent pas ou peu, vous n’avez pas eu l’occasion de m’entendre chanter les louanges de David Gaider, je précise donc qu’il s’agit du scénariste principal de la série Dragon Age, une saga de jeux vidéo développée par Bioware. David Gaider est aussi un écrivain de talent, qui a notamment publié trois romans reprenant l’univers et l’intrigue des jeux. Asunder est le troisième, le plus abouti. Il se situe juste avant Dragon Age: Inquisition et traite de la guerre entre les mages et les templiers et de la véritable nature de Cole, un personnage important dans le jeu cité.

Quel est l’endroit où vous préférez lire ?

Sous ma couette :)

Pouvez-vous lire dans les transports en commun ?

La plupart du temps, oui, mais j’ai tendance à me laisser distraire facilement alors ce n’est pas forcément quelque chose que j’aime beaucoup faire.

Cornez-vous vos livres ?

Comme je l’ai dit je ne suis pas très soigneuse, mais ça, non. Pas plus que je n’écris au stylo ou n’utilise un surligneur :)

Écrivez-vous dans les marges ?

Au crayon à papier, oui, souvent.

Qu’est-ce qui vous fait aimer un livre ?

Le fait de me sentir désarmée, secouée. Quand je ne trouve pas les mots pour en parler. Quand le style et les idées sont assez puissants pour que j’aie besoin d’une période de délayage pour diminuer son influence sur mes propres idées et ma façon d’écrire.

Qu’est-ce qui va faire que vous allez conseiller un livre ?

L’intérêt et le plaisir que j’estime qu’il pourra susciter chez autrui… Ou bien ma certitude absolue qu’il s’agit d’un livre que tout le monde DOIT lire :)

Votre genre favori

Fantastique/épouvante (sans blague ?!)

Citez un cas où l’effet de mode a détruit votre rapport à un livre

Détruit, non, jamais.

Êtes-vous souvent d’accord avec les critiques ?

Comme Nathalie, je n’en lis pas ou peu…

Que ressentez-vous quand vous donnez un avis négatif sur un livre ?

De l’agacement, souvent. Il y a tellement de bons auteurs, de talents inconnus, et on persiste à publier des trucs écrits avec les pieds, c’est frustrant.

Le livre le plus intimidant que vous ayez lu

Il s’agit plutôt d’un livre que je n’ai pas encore lu. Ulysse, de James Joyce, attend toujours patiemment dans ma bibliothèque. Mais en fait, je ne suis pas sure d’oser l’ouvrir un jour.

Nombre de livres empruntés à la bibliothèque que vous avez chez vous, en général

Je vais assez peu à la bibliothèque… j’achète beaucoup de livres… en format papier ou numérique, j’ai déjà un bon approvisionnement, que je n’ai pas encore lu.

Personnage fictif préféré

Le premier qui me vient à l’esprit, c’est Elric de Melniboné, héros du Cycle d’Elric de Michæl Moorcock. Parce que c’est un héros tragique, cruel, fier, et faible. Je pense aussi à Lord Henry dans Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, un hédoniste passionné et un peu désespéré qui cherche toujours à sublimer la moindre expérience.

Méchant fictif préféré

Il s’agit plutôt d’un duo, le père et sa fille meurtriers dans 5150 rue des Ormes, de Patrick Sénécal. Ils sont fascinants par leur folie et leurs ambiguïtés.

Les livres que vous emmèneriez en vacances

Rien de mieux qu’un bon Stephen King :)

La plus grosse somme d’argent que vous ayez dépensé dans une librairie

Je pense que ça devait avoisiner les 80 euros.

Est-ce que vous aimez garder vos livres bien rangés ?

Pas spécialement, non. En fait, j’ai une conception assez personnelle et assez graphique du rangement. Outre le fait que j’aime assez ranger par genre ou par époque, je dispose mes bouquins de sorte que leurs couleurs, leurs formats et leurs matières s’accordent d’une manière qui me plaît :)

Y a-t-il des livres que vous évitez ?

Les pseudo-romances pseudo-érotiques du genre dont je parle dans ce billet, ou les médiocrités pondues par des écrivains très clichés dans leur façon d’écrire, comme ceux cités par Nath.

Citez un livre qui vous a rendu furieux(se)

De nombreux livres m’ont sans doute agacée, mais furieuse, non, là, je ne vois pas :)

Un livre que vous ne vous attendiez pas à aimer

Le Procès, de Franz Kafka. J’avais lu auparavant Le Château, que j’avais trouvé d’un ennui mortel. Mais je dois dire que mon prof de littérature de terminale et l’adaptation cinématographique d’Orson Wells ne sont pas pour rien dans cette petite révélation littéraire :)

Votre petit plaisir littéraire

Un thriller au suspense insoutenable qui se lit en une nuit, du style les bons Franck Thilliez.

Bienvenue sur mon nouveau site !

C’est avec des palpitations et des papillons dans le ventre que je vous présente mon nouveau site ! Merci à Nathalie et à Franck pour leur boulot sur le graphisme et la conception web, sans vous, il aurait sans doute ressemblé à un skyblog :/
Ce nouveau site se met aux couleurs de la collection de nouvelles fantastiques que je lance dans la foulée, Trois heures du matin. J’espère qu’elle vous plaira, et le site aussi !
Niveau contenu, les choses ne vont pas vraiment changer. Je parlerai toujours de mes découvertes culturelles, de problèmes d’écriture et de traduction, de mes diverses aventures et grandes réflexions :) Depuis un moment, je n’écrivais plus beaucoup sur mon blog, et il y a plusieurs raisons à cela. Depuis le début de l’année 2015, je suis passée dans une phase de transition aussi bien d’un point de vue personnel que professionnel. J’espère que l’automne m’apportera la stabilité nécessaire pour retrouver toute ma créativité et productivité, mais pour l’instant, cela s’annonce plutôt bien.
N’hésitez pas à me faire savoir ce que vous pensez de ce nouveau site, et des deux premiers livres numériques de la collection !

Bienvenue chez les Costarmoricains

Adieu Rennes ! J’y ai fait mes études, j’y ai habité pendant dix ans, et il était temps de tourner la page. Je suis partie, pas bien loin… Un peu plus au nord, un peu plus à l’ouest. Me voilà désormais Guingampaise. Drôle que je déménage dans une ville dont la célèbre équipe de football porte les mêmes couleurs que Rennes, et que ces couleurs s’avèrent mes préférées.

Cela faisait un moment que l’idée de partir vivre dans les Côtes d’Armor me chatouillait. J’y retrouve tout ce que j’aime en Bretagne, et puis surtout… Croyez-moi ou non, mais ici la lumière est différente. C’est ce que j’appelle une lumière orageuse, tout en contrastes, dans un ciel qui se métamorphose tout au long de la journée, du gris au bleu, en passant par toutes les nuances de doré.

C’est une ville calme mais animée, avec du monde en terrasse, des petits commerces, des ruelles étranglées entre des maisons penchées, de la glycine et des saules pleureurs.

J’habite au deuxième et dernier étage d’une vieille maison divisée en petits appartements. J’ai investi les lieux et je n’attends plus que quelques éléments nouveaux de déco pour m’y sentir comme dans mon antre. J’avais besoin d’un antre. Un endroit où je puisse donner libre cours à mon instinct d’ours. Où je puisse disposer mes livres, mes disques et bouteilles de bière comme autant de talismans. J’ai le canapé le plus confortable du monde grâce au plaid du dessous et du dessus, noir…et rouge. J’ai la mini-chaîne hi-fi la plus cool du monde, le plus bel assortiment de couteaux, une machine à expressos flambant neuve, des petites bougies qui se consument toute la soirée au son de Fen et d’Immortal tandis que je remplis des pages de mots.

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Aujourd’hui, j’ai reçu mon premier chèque pour ma première traduction littéraire. Quatre heures du matin, Gary Couzens, dans l’anthologie Ténèbres 2015, dirigée par Benoît Domis. J’aime à y voir un beau symbole pour une autre vie qui commence ici, chez les Costarmoricains.

Nourritures spirituelles de février

Fatiguée de tourner en rond dans mon bocal de jeune diplômée en galère, je suis allée voir mon ami Gradlon avec qui j’ai passé quelques jours un peu (beaucoup) arrosés durant lesquels il m’a parlé de tout plein de choses intéressantes. Je suis donc revenue avec ma petite liste, et je me suis servi de celle-ci, plus les dernières chroniques de Metallian, et les dernières chroniques DVD d’Allociné, pour faire mon petit marché et aller voir ailleurs si j’y étais. Voici donc un petit bilan de mes investigations jusque-là.

 

Films

Hier soir, j’ai regardé Annabelle. Le film avait fait parler de lui lors de sa sortie en salle, puisqu’il avait apparemment provoqué des scènes de bagarres dans divers cinémas. Moi qui ne vais plus voir de films d’horreur au cinéma, raison de plus pour éviter ! Alors le film en lui-même n’est pas mal. Ce n’est pas un mauvais film, doté de quelques très bonnes idées, et qui réussit à instaurer une ambiance plutôt stressante, surtout sur les deux premiers tiers du film, la dernière ligne droite étant comme d’habitude assez bâclée dans un simulacre de paroxysme qui est en fait de l’horreur un peu spectaculaire au rabais. Pour susciter la peur, le principal ressort du film est le jump scare, et il y réussit plutôt bien, avec des effets sonores et visuels assez intéressants. Par contre, le film est auréolé de bonne morale judéo-chrétienne-américaine qui a le don de m’exaspérer. Et l’actrice principale est aussi expressive qu’une poêle à frire.

[Note du lendemain : hier j’ai fait un putain de cauchemar du genre qui te réveille brusquement, et je crois que c’est de la faute du film, comme quoi tout n’est pas à jeter]

Je passe rapidement sur Délivre-nous du mal car, chose rare, je n’ai même pas réussi à aller jusqu’au bout tellement c’était nul. Il est exceptionnellement peu subtil. Je suis plutôt bon public sur les histoires de possession, là, je n’ai même pas eu le moindre début de frisson. Et le personnage principal mérite des baffes.

 

Musique

J’ai été surprise par un groupe que je connaissais de loin et qui a attiré mon attention dernièrement, Keep of Kalessin. Metallian parle de metal « hybride », et c’est le moins qu’on puisse dire ! Une sacrée originalité, qui peut plaire à un public large tout en étant musicalement très intéressant. Un morceau du dernier album Epistemology, avec un titre qui colle bien à mon état d’esprit du moment :

Et voilà que, intriguée par un titre qui évoque l’un des courts-métrages les plus effrayants du monde (cette opinion n’engage que moi), j’ai décidé d’écouter du punkcore, avec Enabler et leur album La Fin absolue du monde (cf. Cigarette Burns de John Carpenter). Eh bien j’avoue que ça m’a fait son petit effet, et c’est très bon pour le moral, bourré de rage et d’énergie. Et je dois dire que plus j’écoute, plus j’aime !

Quand j’ai dit à Gradlon que la chanson Voyou de Fauve me faisait pleurer, il m’a répliqué avec sa morgue habituelle qu’il préférait largement Psykick Lyrikah (même si ça n’a rien à voir, mais ils ont été déjà comparés). Alors du coup je lui ai demandé de me faire écouter, et ça m’a plu, mais c’est le genre de musique qui s’écoute et donc ne marche pas très bien quand on passe une soirée entre copains. Du coup, rentrée chez moi j’ai demandé à mon revendeur albanais ce qu’il avait, et je suis repartie avec deux albums,  Des Lumières sous la pluie et Jamais trop tard. J’écoute en ce moment le premier, et sur la première chanson, Psykick Lyrikah me prend par les sentiments en faisant un morceau entier consacré à la littérature bourré de référence à de beaux titres. Psykick Lyrikah, c’est un rap introspectif, contemplatif, mélancolique, avec un beau talent poétique. Par contre il y a sacrément de quoi déprimer. Mais une très jolie découverte, merci Gradlon !

 

Sciences et bizarreries

Sur la chaîne Youtube e-penser, on peut regarder les petites émissions de la série élégamment intitulée Breaking Balls, qui abordent avec humour des problèmes scientifiques plutôt ardus.

Mais mon gros coup de cœur, c’est la chaîne d’Axolot, et surtout son site Internet. Il s’est fait une spécialité d’étonner ses lecteurs. Et il y parvient avec brio. Je vous convie à lire cet article qui raconte des histoires tout bonnement incroyables… mais vraies !

http://www.axolot.info/?p=1682

 

Et vous allez me dire, et la lecture alors ! Effectivement, je lis très peu en ce moment (à part la presse et les blogs !), honte à moi, mais promis, je vais m’y remettre. J’ai commencé Fééries pour les ténèbres de Jérôme Noirez, j’en reparlerai.

 

Bonnes découvertes à vous, et parlez-moi des vôtres !

Consommer responsable – Rdv en terre inconnue : Maloriel à la coopérative bio

Aujourd’hui, je me suis enfin décidée à passer voir à quoi ressemblait la coopérative bio proche de chez moi, dans le centre commercial Grand-Quartier, au nord de Rennes, à côté de Leclerc. Cette coopérative locale adhère au réseau Biocoop présent partout en France, et je me suis dit que, puisque je suis à la recherche d’une alimentation plus en phase avec le monde qui m’entoure, ce serait une bonne idée d’y faire un tour.

Mais je ne suis pas Adriana Karembeu au Kenya, aussi il me manquait mon propre Frédéric Lopez pour faire la visite. Par contre, comme Adriana, je me suis extasiée – ou presque. Allez, je vous raconte mon après-midi.

Après être passée dans un Décathlon géant m’acheter des rollers un peu girly (!) pour me remettre au sport, je me suis dirigée à travers les troupeaux de voitures habituels à ce quartier et je me suis faufilée sans commettre la moindre erreur d’orientation (hourra) dans la petite rue de la zone commerciale abritant la coopérative. J’entre alors dans un magasin qui est un vrai petit supermarché, et j’ai le plaisir de découvrir qu’il possède tout ce dont on peut avoir besoin (alimentation, hygiène, produits d’entretien). J’hésite un moment dans le rayon vrac parce que oui, vous pouvez rigoler, je ne me suis jamais servie de quoi que ce soit en vrac (peut-être à la rigueur des bonbons il y a très très longtemps). Alors comme avec moi les mécanismes les plus simples se montrent parfois fort réticents, j’ai craint un moment de me retrouver bête au milieu du rayon. Mais ouf, ça a bien marché. Perdue devant toutes les céréales, graines, fruits secs, thés, cafés, muesli etc. proposés, je me suis rabattue sur mes pâtes habituelles, mais je crois que le vrac va devenir ma norme, car les prix sont normaux et raisonnables, et c’est un système sympa qui réduit les emballages et permet d’acheter pile les doses dont on a besoin. Même si à ce point de vue, je n’ai pas le compas dans l’œil, et il va me falloir un peu de temps pour savoir jauger les quantités. À ces prix-là, acheter bio est à portée de mon portefeuille.

Ce qui n’est pas le cas de tout le magasin, loin de là. Des saucisses de porc à 18€ le kilo, des packs de 6 bières (33cl) à 13€, de l’huile d’olive à 12€… ça pique un peu. Certains produits, dont des douceurs comme des charmantes nonettes à la framboise sont vraiment onéreux (genre 6€ le paquet, je ne suis plus très sûre, quand j’y repense je me dis que j’aurais dû craquer, ça doit vraiment être divin). Il faut faire un tri, et savoir se faire plaisir avec modération. Mais cela va aussi avec ce que j’essaie de mettre en place dans mon alimentation : manger moins, mais mieux.

Au rayon fruits et légumes, pas besoin de se prendre la tête pour savoir ce qui est de saison : il n’y a que ça, et j’ai découvert des légumes que je ne connaissais pas. Comme des navets jaunes. J’ai été trop timide pour en prendre. Intimidée de même par les cucurbitacées bizarres dont je n’ai pas la moindre idée de la façon dont ça se cuisine. Mais j’apprendrai !

Ce que j’aime : des fruits locaux non-calibrés, comme ceux du jardin !

Les bières m’ont fait envie et j’ai acheté des bières de la brasserie Lancelot (Morbihan) en version blonde, blanche, et rousse, à 2,38€ la bouteille de 33cl. Je déguste la « Nuit rousse » en écrivant ces lignes, elle est très parfumée, je vous la recommande.

Il y a toutes sortes de pâtes, et plein de confitures, coulis, arômes, des trucs sympas pour la pâtisserie. Et du thé et du café à ne plus savoir où donner de la tête.

Alors ça a été une bonne surprise, même si ça va demander des ajustements, de l’apprentissage, et sans aucun doute, de réduire ma consommation de viande (ce qui reste compliqué lorsqu’on n’a pas toujours envie de faire la cuisine et qu’on a l’habitude d’en manger sans se poser de questions).

On peut adhérer à la coopérative (qui s’appelle Scarabée, Société Coopérative Anonyme Rennaise d’Alimentation Biologique Et d’Écoproduits) en achetant une part sociale à hauteur de 30€, ce qui donne droit à une réduction de 5% sur nos achats.

Le réseau Biocoop est partout en France, renseignez-vous pour trouver la coopérative la plus proche de chez vous !

www.biocoop.fr

November Rain

J’adore le mois de novembre. Quand d’autres commencent à ressentir les premiers symptômes de la dépression saisonnière, moi, je retrouve toute mon énergie (si ça se trouve, je fais partie du tout petit pourcentage qui souffrirait de dépression estivale, parce que du soleil et de la chaleur, ça fait trop de bonnes nouvelles pour moi). Sans rire, j’adore le mois de novembre. J’adore le ciel gris, le bruit de la pluie qui tombe sur les feuilles mortes, la brume qui investit la ville à la nuit tombée, l’odeur dans l’air qui donne l’impression que la forêt est juste sous mon balcon. J’adore m’asseoir sur mon bout de canapé près de la fenêtre, enveloppée dans un plaid rouge, et regarder les mésanges que l’hiver rend audacieuses, et qui viennent quêter des miettes sur le balcon.

Bénéficiant d’une baisse de régime niveau travail, je suis retournée me promener dans les Royaumes d’Amalur, et ce jeu est vraiment une bonne surprise. Il m’a fallu un peu de temps pour m’adapter au style de jeu, notamment aux combats très mobiles. Et puis, c’est la première fois que je joue un personnage un minimum subtil (d’habitude, je joue soit un guerrier avec une énorme épée, soit un mage avec des dégâts de foudre, glace ou feu, bref, j’aime bourriner). Mais l’univers et les nombreuses quêtes rendent le jeu plutôt prenant. On s’intéresse à l’histoire, à ce que racontent les PNJ, et toutes les compétences valent la peine d’être développées. Un point particulièrement positif du jeu, pour moi, c’est que les personnages féminins dans l’intrigue sont nombreux, à tous les postes de la société, et elles n’ont pas besoin d’être à moitié nues pour combattre. Et puis la carte est vaste et variée, tout est fait pour qu’on ne s’ennuie pas. La quête principale est particulièrement épique, et on a droit à une ville assiégée style Gouffre de Elm, avec une méga-créature du chaos qui ferait pâlir le Balrog.

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Sur cette image, vous pouvez voir Maloriel, Lamenoire, Exemplaire, Archisage, Roi de la Cour des Enchantements, Char Céleste, Héros de Mel-Senchir (ben oui, ce sont tous mes titres, je suis une star :), qui contemple une armée de Tuathas, des Unseelies corrompus qui s’apprêtent à envahir Amalur.

 

Quand je ne joue pas, je regarde Salem, dont j’ai presque terminé la première saison. Là encore, une bonne surprise. Je suis tombée dessus par hasard en découvrant que Marilyn Manson avait participé au générique (que j’ai en permanence dans le crâne). Une série dont l’intrigue joue avec les apparences et les faux-semblants, avec une esthétique assez poussée, et qui revisite l’affaire des sorcières de Salem avec un parti pris définitivement surnaturel. J’aime beaucoup !

 

 

J’ai également terminé la saison 1 de Hell on Wheels, où l’on change radicalement d’ambiance. L’intrigue tourne autour de la construction d’un chemin de fer, juste après la Guerre de Sécession, dont l’objectif est de rallier la côte Pacifique. Un sacré défi, dans un monde qui sort tout juste du chaos de la guerre, où des gens de cultures et d’idéologies très différentes se retrouvent forcés de travailler ensemble. Des Unionistes, des Confédérés, des Indiens, des Irlandais, des Noirs tout juste affranchis (oui, on dirait le début d’une blague…), et tous les niveaux sociaux concentrés dans un camp boueux et insalubre. Explosif…

 

Enfin, j’ai également achevé 22/11/63, un roman haletant de Stephen King où le héros voyage à travers le temps pour revenir dans le passé et tenter d’empêcher l’assassinat de Kennedy. Une vaste fresque de l’Amérique des années 60, et un excellent suspense en dépit de la longueur du livre. Et contrairement à une fâcheuse habitude de King, un roman avec une bonne fin.

stephen king

Consommer responsable – Les cosmétiques

Après avoir jeté en vrac quelques pistes dans cet article pour des achats alimentaires plus éclairés dans notre monde de supermarchés, je voulais aujourd’hui vous parler rapidement de ce qu’on peut faire au niveau des cosmétiques.

Se faire plaisir, c’est important, mais à quel prix ?

Depuis le mois de juillet, j’ai écris une centaine de fiches beauté pour mon boulot de rédactrice freelance. Alors je ne suis pas pour autant devenue une experte sur le sujet, mais ça m’a amené à m’interroger sur ma propre consommation de produits cosmétiques (je précise que je n’ai jamais été très investie dans ce sujet, mais un petit peu plus qu’il y a quelques années, l’âge me rendant plus coquette ;). Et j’en ai tiré deux conclusions.

La première, c’est que le monde des cosmétiques déploie des trésors d’imagination pour nous faire acheter tout et n’importe quoi. Et en plus de cela, on nous vend ironiquement des produits censés contrer l’effet « agressif »… d’autres produits. De nombreuses substances sont nocives pour l’environnement, à cause des procédés de fabrication ou de la manière dont elles se retrouvent dans la nature par la suite. Sans parler des tests sur les animaux, que je réprouve complètement quand c’est à des fins cosmétiques (je peux difficilement être contre quand il s’agit de la recherche médicale).

La deuxième conclusion, qui découle de la première, c’est que la meilleure méthode à la fois pour notre portefeuille, pour la beauté de notre peau et de nos cheveux, pour notre santé, et pour la planète, c’est de réduire drastiquement la liste de ses cosmétiques. Et de bien choisir ceux qui restent.

Pour moi, la norme est devenue d’acheter des produits labellisés Ecocert, qui portent également dans la majorité des cas le label Cosmebio, sans doute parce que le cahier des charges est pratiquement le même. A priori ces normes sont strictes, ces labels dépendent respectivement du ministère de l’agriculture et de l’industrie. J’ose croire qu’ils sont fiables.

L’exemple des silicones

(grandement inspiré par cet intéressant article)

Les shampoings et masques du commerce pour les cheveux secs contiennent presque tout des silicones. Or, si les silicones (dérivés pétroliers) permettent de « colmater » les brèches d’un cheveu abîmé, ils finissent par l’étouffer, car… on ne s’en débarrasse pas si facilement. Donc, si à court terme l’effet est immédiat, à long terme, les cheveux et le cuir chevelu risquent de plus absorber les graisses… et donc de nécessiter un lavage plus fréquent. De là à dire que les labos qui ont conçu les formules le savaient… il n’y a qu’un pas. En plus, ces substances sont très longues à se dégrader dans la nature.

Les produits bios n’en contiennent pas.

Miser sur les huiles végétales et les huiles essentielles

La rédaction de fiches beauté ayant fini par me donner des idées, j’ai eu envie de tester quelques produits. Et je crois avoir trouvé le bon combo.

Pour le gel douche et le shampoing, j’ai fini par délaisser la notion de produits deux en un offrant un « soin ». À mon sens, la douche, c’est trop rapide pour se faire un soin. J’ai préféré revenir aux basiques. J’ai donc acheté un shampoing et un gel douche Green For Health en format économique 500 ml, 13€ la bouteille. La senteur est subtile et épicée, très agréable. Comme la plupart des produits bios, le shampoing ne mousse pas beaucoup. Mon conseil : appliquer une première fois en petite quantité, rincer rapidement, en remettre. ça mousse beaucoup plus !

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Pour le soin des cheveux et de la peau, j’ai décidé de n’en utiliser qu’un seul. J’ai commencé par l’huile d’argan, malheureusement en tout petit flacon de 30 ml, mais non seulement c’est bio et Ecocert, mais le produit bénéficie aussi du label commerce équitable ! Les gens sont souvent surpris et déçus quand ils achètent ce genre de produit : bien souvent, les huiles végétales pures ne sentent pratiquement rien. Alors, puisque le parfum fait partie du plaisir et de la relaxation supposés aller avec l’application d’un soin cosmétique, mon conseil est d’acheter un flacon d’huile essentielle de sa senteur préférée, et d’en verser une ou deux gouttes dans son huile végétale. Les huiles essentielles sont chères, mais s’utilisent avec beaucoup de parcimonie, donc je pense que ça vaut le coup.

argan

J’ai testé l’huile d’argan en premier, mais il faut savoir que l’on peut trouver des huiles végétales bien moins coûteuses, comme l’huile d’amande douce, qui se trouve même en format 1 litre. Petite recommandation : choisir des huiles pures (juste de l’huile, quoi), et de préférence pressées à froid.

Pour la peau, ces huiles s’appliquent en massage, le soir avant de se coucher de préférence, pour le côté détente. Pour les cheveux, il faut en imprégner les longueurs en prenant soin de ne pas toucher au cuir chevelu, et laisser poser trente minutes avant de faire son shampoing.

*

J’en conviens, cet article était un peu inhabituel par rapport à ce que je blogue d’habitude, mais j’espère qu’il vous a plu quand même ! :)

Le cas Game of Thrones

« C’est comme dans les grandes histoires, monsieur Frodon, celles qui importaient vraiment, celles où il y avait dangers et ténèbres. Parfois, on ne voulait pas connaître la fin car elle ne pouvait pas être heureuse. »

[Sam Gamegie dans le film Les Deux tours, écrit par Fran Walsh, Philippa Boyens, Peter Jackson et Stephen Sinclair]

Je viens de terminer la saison 3. Oui, oui ! C’est parce que, traumatisée par l’épisode 9, j’avais mis de côté la série, sachant de toute façon que j’allais devoir attendre un an avant d’obtenir la suite. Maintenant, en commençant la saison 4, j’ai quelques commentaires à faire.

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Ce que j’ai pensé immédiatement en me remettant dans le bain Game of Thrones, c’est que cette série me semble très décalée par rapport à nombreuses de ses sœurs télévisuelles et cinématographiques qui obtiennent le même succès. En fait, pour dire les choses plus simplement, je suis sciée par le succès de cette série. Je crois que ça devrait donner du grain à moudre aux scénaristes, particulièrement dans le milieu du cinéma. En effet, une grosse partie du cinéma « qui fait rêver », historique, mythologique, fantastique, épique, se résume… à de la soupe. Alors les recettes hollywoodiennes mettent peut-être du beurre dans les épinards de l’industrie du cinéma, mais il me semble que le cas Game of Thrones prouve tout bêtement que l’on peut remporter un immense succès en étant intelligent, sans concessions, violent, intense, cruel. Mais surtout, cette série qui ne se réfère à rien de réel amène sous notre regard des personnages qui ont le don de susciter en nous des émotions violentes, et elle nous raconte une histoire qui nous paraît plus réelle que n’importe quelle bêtise à gros budget (et pourtant, je pense que le budget de cette série est très conséquent). Game of Thrones n’est pas loin de me redonner la foi. En fait, elle y parvient. Nul besoin de vous dissimuler plus longtemps mon enthousiasme sous une attitude blasée style le bonhomme « pas mal » de Télérama.

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Après une année, j’avais un peu oublié. De nombreux personnages m’échappent un peu. La multiplicité des sous-intrigues m’embrouille parfois. Mais d’entrée de jeu, j’ai été happée par l’intensité de chaque scène. Nul besoin d’un massacre à la sauce de l’épisode 9 pour créer cette atmosphère à la fois oppressante et passionnante. Le jeu des acteurs me captive. Chaque dialogue est une sorte de duel. Je me retrouve en pleine tragédie shakespearienne, en pleine épopée homérique. Il se dégage une pureté incroyable de ces tableaux à la fois juxtaposés (un seule épisode est d’une richesse presque étourdissante) et reliés par la trame d’une histoire qui avance cachée, en souterrain, avec un aspect inéluctable quasi-terrifiant. Après ce recul d’une année, chaque personnage me touche, à sa manière (excepté Joffrey, mais je me serais inquiétée dans le cas contraire).

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Dans ces histoires familiales infiniment cruelles, on apprend à aimer presque tous les personnages, exceptés les psychopathes notoires. À travers ce filtre épique et tragique, qui fait ressortir le pire et le meilleur, qui a tendance à magnifier et à géantiser si l’on me permet ce mot inventé la condition humaine et les relations humaines, chacun y trouve son compte. On a tous à y puiser. Cette histoire fait partie des « grandes histoires » qu’évoque Sam Gamegie. De celles dont on se souvient toujours. Celles qui comptent. Celles qui nous disent quelque chose sur nous-même, et sont capables de donner un sentiment de filiation, d’héritage et de continuité, au plus misanthrope.

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Los que no son gente — Carlos Castaneda et moi

« J’ai surmonté tous mes problèmes. Tant pis si maintenant ma vie s’annonce trop courte pour me laisser le temps de décrocher toutes les choses que je désire. Cela n’a pas d’importance. C’est seulement dommage. »

[don Juan dans Voir, par Carlos Castaneda]

 

Castaneda est une sorte de Platon du chamanisme. En effet, il retranscrit la parole de Don Juan, l’organise et y imprime son interprétation de la même façon que Platon l’a fait avec son maître, Socrate, qui quant à lui n’a rien écrit.

Castaneda continue à faire jaser longtemps après sa mort. J’ai commencé à le lire il y a quelques années, je crois que j’ai commencé avec Histoires de pouvoir, et j’avais sans doute à peine vingt ans. Cette lecture m’avait beaucoup marquée, et j’y ai repensé de façon fréquente pendant encore longtemps, jusqu’à ce que j’achète L’Art de rêver, qui m’a paru assez hermétique, et j’ai de nouveau laissé tomber. Puis, retombant sur un de ses textes dans mon anthologie sur le chamanisme, la flamme s’est ravivée, et j’ai acheté Voir.

À cette occasion, pour la première fois j’ai eu la curiosité d’aller voir sur le web ce qu’on disait de Castaneda, sur sa vie et sur ses livres. J’hésite entre la consternation, la colère, et l’envie de rire : je veux parler des polémiques sur la réalité de ses expériences et sur la qualité anthropologique de ses livres.

Pour ce qui est de Voir, Castaneda ne prétend absolument pas faire de l’anthropologie. Je crois que concernant son apprentissage avec don Juan, il a délaissé la notion d’anthropologie après L’Herbe du diable et la petite fumée, qui constituait sa thèse de fin d’études. Tout simplement parce qu’au vu de la teneur des enseignements de don Juan, il aurait été ridicule de continuer à œuvrer dans un cadre universitaire. On a démonté ses livres sous le prétexte de contradictions chronologiques, alors que l’expérience qu’il relate, pour ce que j’en sais pour l’instant, s’étend sur une dizaine d’années (je veux parler de l’écart entre la rédaction de Voir et de L’Herbe…) Dans ces conditions, je vois mal comment on pourrait être parfaitement précis sur la chronologie. En croyant peut-être le défendre, Jodorowski a dit selon Wikipédia que soit Castaneda était un grand initié, soit un grand génie littéraire. Cette déclaration me plonge dans la perplexité car honnêtement, je ne vois pas du tout ce que la littérature a à voir avec les bouquins de Castaneda. Ce sont des livres, oui. Mais ce qui bouleverse en eux n’a à mon sens rien à voir avec leur forme, mais uniquement avec leur contenu. À la limite, il serait un génie tout court, mais certainement pas un génie littéraire. Car il me semble que la littérature est l’art de mettre en forme des mots, de les tailler et les agencer de manière à véhiculer des effets. Je ne vois rien de tel dans un livre de Castaneda, et j’ai lu Voir de la façon dont il le présentait : un reportage. Ni plus, ni moins.

Ces livres sont profonds, ils interpellent. Et franchement, je trouve la question de la véracité très secondaire. Pour moi, questionner le contenu des expériences de Castaneda, le témoignage de ses perceptions, c’est passer à côté de ce qu’il a à nous raconter. Et ce qu’il a à nous raconter, c’est ce que don Juan lui a transmis. L’essence de l’attitude du guerrier, les différents volets du pouvoir, ce qu’est voir, ce qu’est la volonté, ce qu’est le pouvoir.

Avec le temps, le personnage de don Juan m’est devenu familier, et bien que ne l’ayant jamais rencontré, j’ai cette impression de retrouver une personne que je connais. Un aspect propre à la fiction, certes, mais dans le « système » de don Juan, de telles distinctions n’ont aucune importance, de la même façon qu’il considère que les états de consciences « altérés » induits par les drogues sont des réalités au même titre que la perception dite ordinaire. Il me semble tout à fait ridicule et contre-productif de vouloir appliquer aux enseignements d’un sorcier yaqui le filtre de notre propre perception du monde. Il faut essayer, tout comme quand on veut apprendre quoi que ce soit de nouveau et d’inconnu, de le considérer justement comme une chose neuve, et non pas s’y confronter comme on le ferait face à une expérience habituelle. Il s’agit d’une simple disposition d’esprit, même si, effectivement, sa mise en œuvre n’a rien de simple. Mais il me semble bien que quiconque veut connaître, quoi que ce soit, et quel que soit le moyen d’acquérir cette connaissance, doit pouvoir atteindre cette disposition d’esprit, sans quoi il ne parviendra pas à connaître quoi que ce soit, seulement à interpréter en fonction de connaissances déjà acquises. Une belle façon de tourner en rond.

Je pense que le problème avec Castaneda ne vient pas de ses écrits mais peut-être de sa réception : inutile de le lire avec une foi aveugle, dans un cadre new wave de « retour à la nature » et selon la tendance « les Indiens ont tout compris à la vie ». Il faut le lire avec du recul, et y piocher ce qui nous intéresse. Et je ne pense pas qu’il faille lire ses œuvres en dehors de L’Herbe… comme des livres d’anthropologie. À mon avis, le mieux est de les lire comme des essais philosophiques. Alors certes, il y a des scènes de sorcellerie en actes, donc des choses « surnaturelles ». Mais il n’est pas utile de croire aux actions rendues possibles par ce que don Juan appelle la « volonté » pour apprendre de sa vision du monde, laquelle est infiniment riche et profonde.

En bref, le débat sur la véracité des écrits de Castaneda n’a pas lieu d’être.

 

Après avoir clarifié ceci, venons-en au livre proprement dit !

Voir est un livre plein d’ellipses et de lacunes. Au grand jamais Castaneda ne parle de sa vie personnelle en dehors des moments qu’il a passé avec son mentor, don Juan. Je précise à cette occasion pour ceux qui pourraient se poser la question : en espagnol, « don » est une marque de respect pour s’adresser à quelqu’un, et c’est la raison pour laquelle Castaneda l’emploie au lieu de dire simplement « Juan » ou « Juan Matus ».

Donc cet enseignement est fragmenté et s’étale sur de nombreux mois parce qu’entre deux « séances », Castaneda rentre chez lui à Los Angeles, essayant sans doute de digérer ce qu’il a vécu au Mexique. Le livre est divisé par ces « séances » durant lesquelles Castaneda tente de progresser pour parvenir à acquérir la capacité de voir. Alor forcément, vous allez me demander qu’est-ce que « voir » ? Il faut le livre entier pour répondre à cette question, et finalement, le livre en dit très peu, parce que ce n’est pas quelque chose qui se dit, comme, peut-être malheureusement, tout ce qui est fondamental dans notre existence. On peut contourner, évoquer, faire allusion à… Et c’est précisément l’entreprise de Castaneda dans ce livre : tenter de cerner avec des mots ce qu’est voir. Il n’y arrive pas trop mal, à mon avis :)

Voir est grosso modo une façon de percevoir le monde. Le terme est à prendre par opposition à regarder. Regarder fait voir l’apparence des choses, voir permet d’aller au-delà, peut-être à percer ce qu’on appelle l’essence des choses (Nath demande à Mathias il pourra me contredire si je dis des bêtises).

« Chaque fois que tu regardes une chose, tu ne la vois pas. Tu ne fais que la regarder, sans doute pour être certain qu’il y a là quelque chose. Puisque voir ne te concerne pas, chaque fois que tu regardes les choses, elles semblent à peu près identiques. Lorsqu’on apprend à voir, chaque fois qu’on voit une chose elle est différente, et pourtant c’est la même. »

En fait, je crois que le terme de voir est un terme utilisé par défaut, parce qu’il ne s’agit pas vraiment de perception visuelle. Je n’ai pas suivi les enseignements d’un sorcier yaqui alors je ne peux vous renseigner beaucoup, mais j’ai vécu une expérience qui m’a donné l’impression, si ce n’est de voir, de passer un très bref instant par-delà la réalité conventionnelle.

J’étais sur mon balcon par une fin d’après-midi, en train de fixer mon point de fuite favori, à gauche de l’immeuble d’en face, où le regard s’échappe dans une végétation si dense qu’elle paraîtrait presque être une forêt. Là-bas, la lumière a toujours quelque chose de fugitif et de rêveur. En regardant ce point entre le ciel et la frange des arbres, il m’a soudain semblé me projeter dans cet espace, et le voir s’ouvrir et s’agrandir, et dans le ciel se reflétaient des souvenirs, ce ciel qui était plein d’échos revenant puissamment me heurter. Ces échos contenaient des sortes de souvenirs, davantage des impressions que des images. Comme si le temps se concentrait dans ce point de fuite, et que j’y avais trouvé entremêlés passé et présent, et peut-être même futur, puisque le temps était contracté, suspendu. Sans doute est-ce le sens des réminiscences proustiennes, la différence étant dans ce cas que ce n’est pas un élément précis qui a déclenché la mienne, sinon la nuance grise, mauve et argent des nuages, et l’éclat métallique de la lumière sur les feuillages d’été. J’avoue que cette lumière d’orage m’a toujours fascinée. Ces étés figés dans une mélancolie vaporeuse et paresseuse sont ma madeleine, sauf qu’ils ne m’évoquent aucun souvenir précis, seulement une foule d’impressions indissociables et dont l’origine est impossible à discerner.

Alors ce n’est surement pas voir, mais c’était certainement autre chose que regarder. Et ce n’est pas la première fois que je parviens à déclencher cette perception très particulière, qui semble mélanger perceptions sensorielles, mémorielles, et émotionnelles. Je l’évoque ici pour venir à l’appui de don Juan en ce sens que regarder n’est pas la seule manière de percevoir le monde, cela je peux l’assurer.

Mais au final voir n’est pas ce qui m’a le plus intéressée dans le livre.

Ce qui me fascine chez Castaneda, c’est ce mode de vie qu’est celui du guerrier. Et cela n’a rien à voir avec une quelconque tradition ou doctrine, et tout avec un art de vivre indépendant de valeurs temporelles et morales. C’est ce qui m’attire.

L’une des notions les plus intéressantes au sein de la philosophie de don Juan est celle de la volonté. D’abord, Castaneda demande à don Juan de définir la volonté, et pour ce faire, il procède par élimination. Il demande : « La volonté est-elle la maîtrise que nous pourrions avoir sur nous-mêmes ? » Puis : « Pensez-vous que je puisse exercer ma volonté, par exemple en m’abstenant de certaines choses ? » La réponse de don Juan est l’un des passages que je trouve les plus passionnants :

« Non, dit-il. S’abstenir, c’est encore être indulgent et je ne te conseillerai rien de tel. C’est pourquoi je te laisse poser toutes les questions que tu veux. Si je te demandais de cesser de poser des questions, tu risquerais de gauchir ta volonté en essayant d’y parvenir. S’abstenir c’est bien souvent la pire complaisance car cela nous force à croire que nous sommes complètement ancrés en nous-mêmes. Cesser de poser des questions n’a rien à voir avec la volonté dont je parle. La volonté est un pouvoir. Et puisque c’est un pouvoir, il faut la maîtriser et l’accorder avec soi. Cela prend du temps, je le sais, et je suis patient avec toi. Quand j’avais ton âge j’étais aussi impulsif que toi. Cependant, j’ai changé. Notre volonté opère en dépit de notre complaisance. »

En relisant ces mots, je les trouve encore davantage chargés de sens que la première fois. C’est l’essence même de ce que j’essayais d’exprimer dans mon précédent billet, notamment par rapport à la « volonté » d’arrêter de fumer. C’est une autre manière de le formuler. Si je dois le faire, comme toute autre contrainte que je peux m’imposer, cela ne doit pas être comme complaisance. Ne pas gauchir ma volonté avec des contraintes qui ne sont, au fond, qu’indulgence. Envers mon sens moral ou mon sens lui-même gauchi de responsabilité envers les autres.

Don Juan approfondit :

« Ce qu’un sorcier appelle volonté est une force en nous. Ce n’est pas une pensée, ni un objet, ni un souhait. Cesser de poser des questions ce n’est pas de la volonté, car cela exige de penser et de souhaiter.  La volonté, c’est ce qui te permet de vaincre alors même que tes pensées te déclarent vaincu. La volonté c’est qui te rend invulnérable. La volonté, c’est ce qui envoie un sorcier à travers un mur, à travers l’espace, dans la lune s’il le désire. »

Nietzsche nous dit que l’on ne doit pas s’attacher à quoi que ce soit, pas même à son détachement. Don Juan reprend cette idée :

« Un homme détaché, homme qui sait qu’il n’a pas la possibilité d’éviter sa mort, n’a qu’une seule chose sur laquelle il puisse s’appuyer : le pouvoir de ses décisions. Il doit être, pour ainsi dire, le maître de ses choix. Il doit clairement comprendre que son choix dépend de lui seul et qu’une fois fait il n’y a plus de temps pour des regrets ou des lamentations. Ses décisions sont irrévocables simplement parce que la mort ne lui laisse pas le temps de se cramponner à quoi que ce soit. »

Comme la plupart d’entre nous, Castaneda est effrayé par l’idée du détachement. Il craint de perdre tout intérêt pour la vie. De ne plus aimer. Et peut-être pire encore, de ne plus être aimé.

« La seule idée d’être détaché de tout me donne des frissons dans le dos.

— Tu veux plaisanter ! Ce qui devrait te donner des frissons dans le dos c’est de n’avoir pas d’autre perspective que de faire toute ta vie ce que tu as toujours fait. Pense à l’homme qui année après année plante du maïs jusqu’à ce que, trop vieux et trop fatigué pour se lever, il reste écroulé comme un vieux chien. Sa pensée et ses sentiments, c’est-à-dire le meilleur de lui-même, errent sans but parmi la seule chose qu’il ait jamais connue : planter du maïs. Selon moi, c’est le gaspillage le plus effrayant qu’il puisse y avoir. Nous sommes des hommes, et notre lot c’est d’apprendre et d’être projetés dans d’inconcevables nouveaux mondes. »

*

Voilà donc ces quelques notes et ces extraits que j’ai trouvé particulièrement prenants, et qu’il m’importait de partager ici. Si vous voulez en savoir plus et suivre le voyage initiatique de Castaneda, vous partirez avec lui à la rencontre de son mystérieux « allié » et découvrirez séance après séance le monde derrière le monde.

Je vous laisse sur un dialogue énigmatique auquel se réfère mon titre, et qui pourrait titiller votre imagination :

« Voulez-vous dire que parmi les gens que je vois dans la rue certains ne sont pas réellement des gens ? demandai-je complètement déconcerté par ses déclarations.

— Certains n’en sont pas, dit-il en pesant soigneusement ses mots. »