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[Creepy Nights] Défi cinéma : le catalogue horreur de Netflix

Toujours à la recherche d’un nouveau film d’horreur à regarder, je profite allègrement de l’abonnement Netflix dont je bénéficie depuis quelques mois pour m’aventurer le long de pistes cinématographiques que je n’aurais pas arpentées autrement. Et j’ai vu quelques trucs dont j’ai envie de parler, en bien ou en mal. Alors au lieu de faire un défi lecture, voici un défi cinéma : m’envoyer l’intégralité du catalogue horreur de Netflix (je sais, c’est une mauvaise idée…). Je l’ai déjà pas mal saigné, sans compter les films que j’avais déjà vus avant ma découverte du site. Je ne parlerai pas de tous les films car il y en a certains à propos desquels je n’ai rien à dire. Par exemple, si vous me demandez de parler de Tremors, je pourrais juste dire : « ha ha, c’était rigolo ». Aujourd’hui en tout cas, j’ai envie de commencer avec des bonnes surprises.

Honeymoon, de Leigh Janiak (2014)

Honeymoon_film_posterUne jeune réalisatrice américaine dans le milieu du film d’épouvante ? Alléluia, c’est pas tous les jours que ça arrive. Et pour son premier film, Leigh Janiak montre un potentiel qui laisse rêveuse l’amatrice de genre que je suis. On y retrouve la charmante Rose Leslie avec sa jolie voix cassée (« you-know-nothing-jon-snow ») et Harry Treadaway (le maladif et légèrement psychopathe docteur Frankenstein dans la série Penny Dreadful). Honeymoon est un film intimiste, intelligent, qui fonctionne parce qu’il demeure dans la retenue. Il commence comme un pur film de fantastique, en filmant des changements de comportement subtils mais indéniables chez la jeune épouse. L’histoire bascule progressivement du point de vue de son compagnon, désemparé, impuissant, et doutant de lui-même. Petit à petit, le surnaturel s’invite et quand il le fait, c’est avec le gore dérangeant et gerbant d’une saga Alien ou bien d’un David Cronenberg. Il y a probablement diverses manières de lire ce film et je préfère vous laisser vous faire votre idée :)

Cloverfield, de Matt Reeves (2008)

cloverfieldJe n’avais jamais pris la peine de regarder ce film sorti il y a déjà huit ans. Je n’étais pas trop sûre d’adhérer à la réalisation façon caméra amateur dans le cadre d’un scénario catastrophe, car je me suis dis que ça allait beaucoup trop bouger. Alors oui, ça bouge trop pour les personnes atteintes de motion sickness au dernier degré (pour ma part la 3D peut me retourner l’estomac, mais le found footage, ça passe), mais la caméra ne fait pas n’importe quoi comme je l’avais crains, en prenant pour excuse le fait que c’est une personne lambda paniquée qui filme. En fait, je dirais même que l’on sent bien que c’est du faux amateurisme. C’est du réalisme soigneusement manipulé : on ne voit pas ce qu’une personne lambda paniquée filmerait, mais précisément ce que Matt Reeves veut qu’on voit, exactement de la manière dont il l’a prévu. Cloverfield n’est pas un film où le scénario compte. La seule chose qui compte, c’est l’immersion aussi brutale que violente dans une situation incompréhensible pour ceux qui la vivent. Le début du film est assez long, prenant patiemment le temps de nous présenter les personnages – les futures victimes – en train de profiter de leur soirée et de se débattre avec leurs histoires de famille, d’amitié, ou de cœur. C’est au moment précis où je commençais à m’en agacer que le film bascule. Sans m’en apercevoir, j’avais plongé dans cette atmosphère de normalité dont je connais les codes, et la rupture, ce moment où les repères familiers foutent le camp et où l’on se retrouve propulsé dans un monde inconnu, a été d’une brutalité saisissante. Par la suite, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde et oui, j’ai eu peur ! (C’est digne d’être noté parce que je suis une vieille routarde de l’horreur, j’adore avoir peur, mais j’y parviens rarement :) )

Creep, de et avec Patrick Brice (2014)

creepVoilà un film tout à fait creepy. Je ne m’attendais à rien en le regardant, la description sur Netflix étant assez sibylline, du genre « quand on l’a embauché pour ce job de caméraman, il était loin de se douter de ce qui allait lui arriver »… A priori, avec cette accroche et à en juger par l’affiche, je pensais à un film de psychopathe bien gore. En fait, ce film m’a terrifiée. Et surtout ce type. Si je le croisais dans la rue, je me sauverais en courant.

Mark Duplass, je te hais.

Mark Duplass, je te hais.

Alors c’est donc l’histoire de Aaron, un caméraman professionnel embauché par Josef, qui souhaite qu’on réalise un documentaire sur lui. Ce n’est l’affaire que d’une journée, c’est très bien payé. Une fois sur place, Aaron apprend que le pauvre Josef est atteint d’un cancer au stade terminal, et souhaite réaliser un film à l’intention de son fils qui n’est pas encore né. C’est triste et glauque, mais ça paraît louable. Et puis… Comment vous décrire cela ? Tout, tout dans l’attitude de Josef vous donne la chair de poule, sans que vous puissiez exactement mettre le doigt dessus. On s’identifie totalement à Aaron, subtilement mal à l’aise : on se dit qu’on imagine des choses. Mais plus le film avance, plus il est évident que Josef est complètement et irrémédiablement fou à lier. Rien que d’y repenser, j’en ai des frissons dans le dos. C’était une expérience cinématographique rare. Je me souviens d’une scène où Josef disparaît dans la maison après avoir subtilisé les clefs de voiture d’Aaron, qui n’a qu’une hâte, se tirer. Je crois que je n’ai jamais autant redouté les prochaines minutes en regardant un film d’horreur. Je ne voulais pas que ça arrive, je voulais que ça s’arrête, et en même temps, j’étais fascinée, hypnotisée. Ce film est diabolique. De plus, la folie de Josef ne ressemble pas à ce dont vous avez l’habitude. Le personnage est comme le film : insaisissable, indescriptible. Ce qui est vraiment intéressant, c’est qu’une relation se crée entre le psychopathe et sa victime. Josef entretient une espèce de fascination morbide pour Aaron, il le traque à la manière d’un érotomane. Et à aucun moment, Aaron ne peut être sûr de ce que cet homme lui veut vraiment, et jusqu’où il est réellement prêt à aller, parce que Aaron est un type sensé, mais aussi un type gentil et empathique, qui veut voir le meilleur chez autrui. En bref, une histoire fascinante et horrible qui m’a fait forte impression !

*

Ce sera tout pour aujourd’hui, j’espère que ça vous aura plu et que je vous aurai donné envie de voir ces films ! À bientôt pour d’autres chroniques :)

Le métier de rédacteur web

Aujourd’hui, j’ai envie de parler d’une partie de ma vie professionnelle, celle qui concerne mes activités de rédactrice web. Depuis plus de deux ans, je travaille pour une agence que je n’ai contractuellement pas le droit de citer sur mes différents profils professionnels en ligne. Si le métier vous intéresse, si vous voulez partager vos propres expériences de rédacteur web, ou si vous êtes simplement curieux, n’hésitez pas à réagir ou poser des questions.

La rédaction web, qu’est-ce que c’est ?

Un rédacteur web, c’est une petite main qui travaille dans l’ombre, qui fournit des contenus (généralement des articles) pour des sites web. Quand on est indépendant, on fonctionne de la même manière qu’un traducteur freelance : une entreprise nous recrute et nous intègre à sa base de données, et fait appel à nos services dès qu’elle a un projet qui correspond à notre profil (spécialités, goûts, disponibilités, autant de renseignements que l’on donne à l’embauche).

À la différence d’un traducteur technique (j’entends par traduction technique tout ce qui n’est pas considéré comme de la traduction littéraire, c’est-à-dire la traduction dont les contenus relèvent de la propriété intellectuelle ; mais je n’enterai pas dans les détails car pas mal de choses sont floues et mal encadrées par la loi), on a un statut d’auteur, et nos textes relèvent donc du droit d’auteur, même si dans la réalité, on cède tous ses droits d’exploitation. La loi française protège les œuvres de l’esprit dans le sens où un auteur conserve un droit inaliénable moral sur ses œuvres (elles lui appartiennent toujours sur le plan abstrait et théorique, même s’il n’en tire aucun bénéfice), ce qui entre en contradiction avec de nombreux usages effectifs. Mais là encore, il s’agit d’un large débat, et mon article ne porte pas sur ce sujet.

Travailler en pyjama comme Johnny Depp dans Fenêtre Secrète, c'est chouette.

Devenez rédacteur web et travaillez en pyjama comme Johnny Depp (extrait du film Fenêtre secrète).

Voici concrètement comment ça fonctionne pour moi : quand on a besoin de mes services, on m’envoie un « programme de travail », c’est-à-dire un fichier Excel contenant les thèmes, les titres des articles, et divers champs servant essentiellement à l‘optimisation web (ou SEO pour Search Engine Optimization), comme le méta-titre, la méta-description, les images et leurs légendes, une série de mots-clés, etc. On me fournit également un « mode d’emploi », qui est en fait un cahier des charges (oula j’ai failli inventer un mot : un cahier « d’écharges », avais-je écris !) établi par l’agence avec le client. Qui est ce client, me demandez-vous ? Je ne peux pas vous donner de nom, je n’ai pas le droit. Mais vous verrez assez bien le tableau si je vous dis qu’il s’agit de quelques-uns des grands noms de la presse féminine, de sites de culture gé et d’infos générales, et d’un site marchand de biens généralement culturels (même si parfois, au lieu d’écrire un article sur le nouvel album de Lara Fabian, on se retrouve à vanter les mérites des frigos américains). Dans la majeure partie des cas, j’écris des articles qui présentent une personne ou un produit, ou des articles de conseil dans le domaine vie sociale, vie de couple, vie professionnelle, beauté, mode.

Les contraintes SEO en rédaction web

De nombreux clients font appel à l’agence web pour qui je travaille afin de faire remonter leur site au classement Google. Ils imposent donc parfois des contraintes d’optimisation du référencement assez lourdes. Sur des articles relativement courts (disons l’équivalent d’une page Word, ce qui fait à peu près 500 mots), on nous demande par exemple de répéter le mot-clé dans le chapô, les sous-titres, mais aussi au moins une fois par paragraphe. Il arrive souvent que cela conduise à des redondances qui rendent les textes aussi pénibles à écrire que, j’imagine, à lire. (Rédaction web ! Rédaction web ! Quoi ? Je suis en train de faire du gringue à Google, et ça marche : l’application Yoast vient fièrement de passer à la couleur verte et me félicite pour la densité de mon mot-clé.)

Devenez rédacteur web et comme Paul Sheldon dans Misery, laissez s'exprimer votre créativité.

Devenez rédacteur web et comme Paul Sheldon dans Misery, laissez votre créativité s’exprimer.

Ces contraintes s’expriment aussi sur la forme, le nombre de paragraphes, et surtout les liens. Là encore, cela conduit, par exemple sur différents articles d’un même dossier, à un type de rédaction assez artificiel. En effet, on se retrouve à mettre des liens pour mettre des liens, même si ce n’est pas forcément pertinent. On aboutit donc à un cas de figure où l’on produit des contenus non pas optimisés en terme de qualité, mais conçus pour faire les yeux doux à Google.

La signature des articles

Autant vous prévenir d’avance : si vous voulez être rédacteur web, vous avez intérêt à ne pas avoir trop d’ego. Les clients ne veulent pas qu’on sache qu’ils font rédiger leurs contenus en externe. Une question d’image. Aujourd’hui, j’ai eu la curiosité de me renseigner sur le nom avec lequel on avait signé une série de mes articles pour un site de presse féminine. Verdict : cette personne n’existe pas. S’il ne s’agit pas d’une personne fictive, mes articles sont élégamment signés « La Rédaction », ou du nom du site web sur lequel ils paraissent.

En rédaction web, il est important même si parfois difficile de garder son sang froid.

Devenez rédacteur web, mais faites votre possible pour garder votre sang froid…

Vous êtes dépossédé de votre travail à bien des égards : je ne signe pas mes articles, et je ne peux pas me servir de mes références qu’en contact privé avec un employeur potentiel. Je ne peux donc pas, ici, vous donner des exemples de mon travail et m’exclamer fièrement : « regardez, c’est moi qui l’ai fait ! ». Comme je suis déjà amenée à traiter fréquemment des thématiques qui n’ont rien de particulièrement passionnant, il y a une certaine dose de frustration à gérer.

La joie des petits calibrages

Il existe un autre point de frustration non négligeable : on tape à la main des balises, et sur certains projets, on doit intégrer un certain nombre de contraintes. Ce qui amène fréquemment à effectuer des petites corrections. On me renvoie souvent des fichiers parce que j’ai oublié un lien, une balise, que je n’ai pas mis le mot-clé dans un sous-titre, que je ne dois pas sauter une ligne après le sous-titre, parce que je me suis trompé de code de licence pour des images tirées de bases de photos libres de droit, etc. Heureusement, avec l’habitude de la rédaction web et le temps passé à travailler sur des projets émanant des mêmes clients, il y a de moins en moins de corrections à faire.

Devenez rédacteur web, et comme Garrus, faites de la précision millimétrée votre petit kiff quotidien.

Devenez rédacteur web, et comme Garrus, faites de la précision millimétrée votre petit kiff quotidien.

Une autre difficulté est la gestion du nombre de signes (nombre de caractères, espaces compris). Là encore, tous les articles d’un même projet sont soumis à la même contrainte. Pour moi, le format qu’on m’impose le plus couramment est de 2700 signes pour l’article, et 300 pour le chapô. Selon le sujet traité, j’éprouve parfois des difficultés à compresser toutes les infos dans ce format, ou au contraire, je galère comme une damnée pour remplir ma page Word… Par exemple, j’ai récemment du écrire un article sur un trio de designers dont l’unique accomplissement était d’avoir conçu… une poire. Sur le web, aucun renseignement biographique ni trace quelconque d’autres projets de design à citer. Il m’a donc fallu broder pendant 2700 signes pour vanter les mérites de cette poire, et ça n’a pas été simple.

Un métier pour les amoureux des mots

J’ai souvent lu sur des fils de discussion de traducteurs professionnels l’idée qu’ils n’aimaient pas toujours ce qu’ils traduisaient, mais qu’ils aimaient avant tout traduire. Pour la rédaction web, c’est la même chose. Le plaisir de la phrase bien faite, bien construite, la satisfaction d’écrire un texte correct voire agréable, a toute sa place dans la profession. Les mots sont ma passion et mon métier, et entre mes différentes activités, quand je suis occupée, j’écris plusieurs milliers de mots par jour sur divers supports. En rédaction web, on doit adapter le style et le ton aux demandes du client, et gérer les contraintes formelles de manière à obtenir un texte satisfaisant à l’arrivée, dans un français clair, fluide, qui donne envie de poursuivre sa lecture. En ce sens, chaque nouvelle commande propose son lot de petits défis. Les mots sont votre matériau brut, comme le bois est celui du menuisier. À vous d’en tirer le meilleur parti possible afin de véhiculer des informations qui intéresseront toujours des gens, même si vous, ça ne vous intéresse pas nécessairement.

De plus, on apprend des choses. Tout comme le métier de traducteur, celui de rédacteur web vous amène à traiter des sujets auxquels vous ne vous seriez jamais intéressé de vous-même, et à terme, c’est enrichissant. Je suis notamment devenue un moteur de recherche sur pattes pour mon entourage en quête d’astuces beauté, et j’ai élargi mes perspectives sur l’art contemporain en découvrant le travail de divers designers. J’ai même pu frimer en demandant à mon beau-frère ce qu’il pensait des cloisons alvéolaires.

Une chose est certaine : en dehors des compétences linguistiques, la qualité essentielle pour devenir rédacteur web, c’est la curiosité.

Devenez rédacteur web et prenez votre pied en écrivant

Devenez rédacteur web et prenez votre pied en écrivant.

 

[Creepy Nights] La maison hantée

Je vous parlais fin 2015 d’une nouvelle catégorie, Creepy Nights, consacrée à mon genre favori, l’épouvante. Cela a mis du temps, mais voici le premier billet, où nous allons parler d’une thématique qui m’est chère et qui fait partie des plus courantes dans la fiction horrifique, celle de la maison hantée.

Le lieu, point de départ de l’imaginaire

Hier, en proie à l’insomnie, (vous savez, celle où on pense à sa carte grise, à son compte en banque, à ses amis, à ses erreurs, à son travail…), je me suis levée pour taper quelques mots dans mon dossier « projet 2016 », qui contient en fait les documents préparatoires de ce qui va, je l’espère, devenir un roman.

Pour ce roman, je voulais, au début, commencer par les personnages. Ceci pour deux raisons : je voulais qu’ils soient très travaillés, que je les connaisse par cœur avant de me mettre à écrire, quitte à n’utiliser que quelques informations parmi toutes celles que j’aurais collectées sur eux. Ensuite, je me disais que cela pourrait être intéressant de voir si le fait d’avoir à disposition des personnages très construits me permettrait d’élaborer une intrigue à partir de leur identité et de leurs relations, qu’ils soient à l’origine de l’histoire, et son moteur principal.

J’ai jeté quelques idées sur mon clavier. Et puis, au bout d’un moment, je me suis aperçu que j’avais bien plus d’imagination quand il s’agissait de planter le décor. Les lieux m’inspirent. Les lieux me racontent davantage d’histoires que les gens. Alors j’ai changé de cap et j’ai décidé que le lieu, une forteresse du nom de Failles-Mortes, serait le point de départ de mon histoire. Et que mes personnages seraient tous, d’une façon ou d’une autre, liés à ce lieu.

Et ceci m’amène à parler de l’importance du lieu dans la fiction. Je vais tout particulièrement parler des maisons hantées, car ce genre d’histoire figure tout en haut de ma liste de thématiques favorites, et donc que je connais un peu le sujet. Et puis, j’ai vu Crimson Peak il y a peu. Petite précision : mon analyse reste trop générale pour vous spoiler les intrigues, n’ayez pas peur ;-).

La maison hantée, topos de la fiction gothique

J’ignore s’il y a eu un livre ou un film qui aurait joué une sorte d’effet déclencheur dans ma passion des maisons hantées, car j’ai toujours aimé le sujet aussi loin que je m’en souvienne. Je suppose que le fait de grandir dans une maison où l’on jurerait entendre des bruits de pas résonner dans les pièces vides au-dessus de sa tête, avec une maçonnerie ancienne qui aime grincer et craquer, et une vaste cage d’escalier plongée dans l’obscurité, ça peut aider à forger son imaginaire !

Je me souviens cependant, dans les premières œuvres qui m’ont beaucoup marquées, d’un roman qui ne relève pas à proprement parler de cette thématique, mais qui me semble pertinent pour mon sujet. En effet, le manoir de Manderley est un lieu énigmatique empli de souvenirs…

rebecca-daphné-du-maurierDans ce livre fascinant publié en 1938 (1939 pour la traduction française de Denise Van Moppès), la narratrice épouse un homme sombre et mélancolique, Maxim de Winter, et le suit en Cornouailles pour vivre dans son vaste manoir, Manderley. Maxim est veuf, et la présence de Rebecca, sa défunte épouse, est si forte qu’on assiste pratiquement à un phénomène de hantise.

« Il ne m’appartenait pas du tout, il appartenait à Rebecca. Elle était toujours dans la maison, comme Mrs Danvers l’avait dit, elle était dans cette chambre de l’aile ouest, elle était dans la bibliothèque, dans le petit salon, dans la galerie au dessus du hall. Même dans le petit vestiaire où pendait son imperméable. Et dans le jardin, et dans les bois, et dans la maisonnette en pierre sur la plage. Ses pas résonnaient dans le corridor, son parfum traînait dans l’escalier. Les domestiques continuaient à suivre ses ordres, les plats que nous mangions étaient les plats qu’elle aimait. Ses fleurs préférées remplissaient les chambres. Rebecca était toujours Mme de Winter. Je n’avais rien à faire ici. »

L’attitude distante de l’homme aimé, le comportement tyrannique et méchant de la gouvernante (ici sous les traits de Mrs Danvers) envers une héroïne livrée à elle-même sont des marqueurs assez récurrents du roman gothique. Et comme dans d’autres romans gothiques, tel Les Hauts de Hurlevent de Charlotte Brontë, le lieu où se déroule l’intrigue est un lieu puissant, impressionnant, voire carrément imposant, et tout à fait isolé. Il sert de bulle pour l’intrigue, un endroit hors du temps et hors du monde dans lequel les personnages se retrouvent face à eux-mêmes et à leurs propres hantises.

rebecca-alfred-hitchcockLa présence de Rebecca est telle que, symboliquement, la narratrice n’est jamais nommée au cours du roman. Si le livre contient une véritable intrigue, qui raconte la difficile enquête menée par la narratrice pour découvrir les circonstances de la mort de Rebecca, sa puissance réside surtout dans la profondeur du drame psychologique. La narratrice est écrasée par le souvenir de la défunte, et le manoir fonctionne comme un tout, ses habitants sont comme les serviteurs de son invisible maîtresse qui a conservé son pouvoir intact après sa mort.

L’adaptation de Hitchcock, en 1940, est particulièrement réussie, car elle préserve l’aspect malsain et inquiétant de ce manoir où toute vie s’est figée avec la mort de Rebecca.

*

Quand j’ai choisi un roman de Shirley Jackson pour mon mémoire de traduction et que j’ai demandé à Jean-Daniel Brèque s’il voulait bien superviser mon travail, j’ai su qu’on allait s’entendre dès lors qu’il a affirmé que les premières lignes de The Haunting of Hill House comptaient parmi les plus belles de la littérature américaine.

« No live organism can continue for long to exist sanely under conditions of absolute reality; even larks and katydids are supposed, by some, to dream. Hill House, not sane, stood by itself against its hills, holding darkness within; it had stood so for eighty years and might stand for eighty more. Within, walls continued upright, bricks met neatly, floors were firm, and doors were sensibly shut; silence lay steadily against the wood and stone of Hill House, and whatever walked there, walked alone. »

« Aucun organisme vivant ne peut connaître longtemps une existence saine dans des conditions de réalité absolue. Les alouettes et les sauterelles elles-mêmes, au dire de certains, ne feraient que rêver. Hill House se dressait toute seule, malsaine, adossée à ses collines. En son sein, les ténèbres. Il y avait quatre-vingts ans qu’elle se dressait là et elle y était peut-être encore pour quatre-vingts ans. A l’intérieur, les murs étaient toujours debout, les briques toujours jointives, les planchers solides et les portes bien closes. Le silence s’étalait hermétiquement le long des boiseries et des pierres de Hill House. Et ce qui y déambulait, y déambulait tout seul. » (Traduction de Dominique Mols)

maison-hantée-shirley-jacksonComme dans Rebecca, l’accent est mis sur la psychologie des personnages. En revanche, on est bien dans un roman fantastique, mais son plus grand intérêt, ce qui le différencie de n’importe quelle autre histoire de maison hantée, c’est l’idée sous-jacente que les phénomènes qui se produisent dans la demeure sont intimement liés à un personnage, Eleanore. La maison se comporte comme une sorte de réceptacle où ses émotions se manifestent sous une forme physique, tangible. Le lieu devient au sens littéral l’expression de la psyché. La hantise peut se comprendre comme une confrontation à soi, à son inconscient, à la part d’inconnu et d’incontrôlable que l’on porte en soi. La maison fait figure de métaphore pour le labyrinthe psychique où l’héroïne se retrouve prise au piège.

la-maison-du-diable-robert-wiseLà encore, un livre où le fantastique est très intériorisé a pourtant donné lieu à une adaptation d’une grande qualité, La Maison du diable, de Robert Wise, en 1963. Je ne peux que vous recommander le film, tout comme le livre.

Afin que la maison devienne ainsi le reflet des hantises intérieures, elle a besoin d’une forte personnalité. Le décor est à la fois le catalyseur du cauchemar et son expression. La littérature et le cinéma regorgent de lieux chargés de symboles et d’une atmosphère pesante. Récemment, Guillermo del Toro a tout misé sur son décor pour son film Crimson Peak. Le lieu, par son omniprésence et son omnipotence dans la vie des personnages, apparaît à ce titre comme un personnage à part entière.

crimson-peak-guillermo-del-toroJe ne peux parler de ce film sans rendre d’abord hommage au talent de Guillermo del Toro, dont l’esthétique est reconnaissable à des kilomètres sans pour autant qu’il sombre dans sa propre parodie. Je suis amoureuse de son imagination baroque, romantique et gothique, de ses couleurs très tranchées entre le vert, le jaune, le bleu, et le rouge, et de sa sensibilité romanesque ainsi que de son attirance pour la poésie macabre. Dans Crimson Peak, la bâtisse possède des traits très reconnaissables, un univers à elle toute seule. L’argile de sous sous-sol lui donne son nom, et la folle entreprise de minage menée par ses habitants est aussi ce qui les lie à elle, dans tous les sens du terme. Liens d’affection tout comme de nécessité. Lieu de vie, et source de vie. C’est le point de rencontre des personnages, qui affrontent chacun leur démon intime. Le film est très référencé, et Paul Éluard ne fait pas partie de ces références, et pourtant, je ne sais pas pourquoi, il m’y fait penser. Sans doute parce que l’amour, la mort, la poésie, figurent parmi ses thématiques favorites.

Plus c’était un baiser

Moins les mains sur les yeux

Les halos de la lumière

Aux lèvres de l’horizon

Et des tourbillons de sang

Qui se livraient au silence.

[L’Amour la poésiePremièrement – V]

Le pouvoir de l’inquiétante étrangeté

En fiction, on relève deux façons de traiter la maison hantée. Comme on l’a vu plus haut, il peut s’agir d’un lieu très esthétisé, baroque et inquiétant. C’est là l’apanage de la fiction gothique. Mais on peut au contraire susciter la peur en la faisant surgir au cœur d’un environnement familier. L’épouvante fonctionne en grande partie sur le décalage. Le glissement qui s’opère entre une réalité connue et rassurante vers une réalité inconnue, dont on ne maîtrise aucun code, qui nous est étrangère, permet de créer cette fameuse « inquiétante étrangeté » théorisée par Freud. Le pouvoir d’épouvante repose ici non pas dans l’aspect atypique du lieu, mais au contraire, dans sa banalité.

En littérature, l’un des exemples les plus flagrants de cette intrusion de l’étrange au cœur du quotidien est sans aucun doute Le Horla, de Maupassant.

le-horla-maupassantUn homme perd peu à peu l’esprit, persuadé qu’une présence invisible le tourmente, jusqu’à le faire agir contre son gré. Le Horla est écrit sous la forme d’un journal, ce qui renforce encore cet aspect « réaliste » d’où surgit le fantastique. Le cadre est celui d’une maison au cœur de la campagne normande, sous un beau soleil d’été. Rien de plus paisible et rassurant. Mais c’est bien dans ce décor charmant que le narrateur va peu à peu sombrer dans la folie, la dépression et la paranoïa, en remettant en cause ses conceptions du réel et de la nature de la réalité les plus ancrées.

« On y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans la glace !… Elle était vide, claire, profonde, pleine de lumière! Mon image n’était pas dedans… et j’étais en face, moi ! Je voyais le grand verre limpide du haut en bas. et je regardais cela avec des yeux affolés ; et je n’osais plus avancer, je n’osais plus faire un mouvement, sentant bien pourtant qu’il était là, mais qu’il m’échapperait encore, lui dont le corps imperceptible avait dévoré mon reflet. »

Le narrateur découvre une réalité sous la réalité, un monde empli de créatures inconnaissables, qui méprisent notre ignorance et notre petitesse. Pas étonnant que Maupassant ait été une source d’inspiration pour le mythique Lovecraft !

« The horror-tales of the powerful and cynical Guy de Maupassant, written as his final madness gradually overtook him, present individualities of their own; being rather the morbid outpourings of a realistic mind in a pathological state than the healthy imaginative products of a vision naturally disposed toward phantasy and sensitive to the normal illusions of the unseen. Nevertheless they are of the keenest interest and poignancy; suggesting with marvellous force the imminence of nameless terrors, and the relentless dogging of an ill-starred individual by hideous and menacing representatives of the outer blackness. »

« Les récits d’épouvante narrés par la plume puissante et cynique de Guy de Maupassant, alors que la folie le gagnait peu à peu au terme de sa vie, possèdent leur propre originalité ; qu’ils relèvent des divagations morbides d’un esprit réaliste plongé dans un état pathologique, ou du produit d’une vision naturellement encline à la fantaisie et sensible aux illusions banales de l’invisible. Quoi qu’il en soit, ces récits présentent le plus grand intérêt et possèdent une intensité rare : ils suggèrent, avec une force incroyable, l’avènement imminent de terreurs sans nom, et la lutte incessante d’un personnage infortuné contre les représentants horribles et menaçants des ténèbres extérieures. »

[Supernatural Horror in Literature, traduction par mes soins]

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Ces dernières années, le cinéma d’épouvante a exploité à de nombreuses reprises la thématique de la maison hantée, et bien souvent dans un décor tout à fait familier et banal. Dans la saga Paranormal Activity, le concept est poussé à son extrême. Un peu comme de Le Horla, on ne voit quasiment rien. La présence s’impose peu à peu par des événements insignifiants. La fixité des caméras incite le spectateur à rechercher ces signes, et comme il les attend, comme il sait que quelque chose va nécessairement se produire, il entre dans un état de tension qui monte en puissance avec la violence des phénomènes. Je ne parle pas de violence dans le sens spectaculaire, mais plutôt dans la brutalité inattendue, dans la rapidité dans laquelle on passe du normal à l’anormal. Et aussi dans l’aspect dérangeant de certaines manifestations, comme dans la scène ci-dessous.

C’est un film qui nécessite une attention soutenue, et beaucoup d’imagination. On ne nous sert pas des effets spéciaux sur un plateau, on doit construire, combler les vides (ce que je dis ne concerne que les trois premiers volets de la saga). Tous les effets reposent sur le décalage. Le danger s’immisce et la présence invisible peut littéralement vous tirer par les pieds hors de votre lit. Vous ne la verrez pas venir, et vous n’avez aucun refuge.

Je peux aussi évoquer à ce sujet la saga des Freddy, qui se fait un jeu de détourner des scènes et des environnements quotidiens. Dans les films Freddy, un lit peut littéralement vous avaler, un téléphone se doter d’une langue libidineuse pour vous lécher l’oreille, une baignoire perdre son fond pour vous noyer. La perversité et l’imagination de Freddy sont sans limites. Il s’introduit par le rêve et peut, comme dans un rêve, vous faire croire que vous êtes réveillé pour mieux vous piéger. C’est lui le maître du jeu, et ce qu’il imagine pour vous est à la hauteur de vos propres peurs et fantasmes.

Les Griffes de la Nuit - Wes Craven

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Dans le film Dark Skies, une famille est victime d’une rencontre du troisième type particulièrement désagréable. La scène ci-dessous montre comment l’étrangeté la plus totale se manifeste avec une soudaineté dérangeante en plein cœur de la maison, dans la cuisine. Les objets familiers sont soudain sortis de leur contexte, les choses que l’on connaît deviennent subitement autres, pratiquement sous nos yeux. Mais on n’a pas été témoin de la transition, on ne peut que constater les dégâts : la réalité familière a été déformée par une force extérieure, qui nous fait savoir qu’elle est là. Comme dans Paranormal Activity, la maison n’appartient plus à ses habitants, mais à la force inconnue qui s’en est emparée. Le foyer, équivalent psychique de la forteresse, qui nous protège et nous isole de l’hostilité du monde extérieur, devient inhabitable.

Dans les exemples donnés ci-dessus, les choses deviennent angoissantes parce qu’elles sont sorties de leur contexte, détournées, décalées, déformées. Il y a d’ailleurs une parenté assez intrigante entre les mécanismes de la peur et ceux du rire : en effet, le comique semble lui aussi reposer sur un léger travestissement du réel.

En conclusion : la maison hantée, un mécanisme cathartique

La maison hantée est un terrain de jeu pour l’imagination. Le lieu peut être modelé, exploité, détourné, singularisé, à l’envi. C’est le cadre idéal pour peindre nos fantasmes et jouer à nous perdre dans le labyrinthe dans notre esprit. La maison est la structure la plus familière, celle que l’on maîtrise le mieux. Et que l’on croit connaître… Découvrir un aspect inquiétant à sa propre maison, prendre conscience de présences inconnues, c’est comme se confronter aux surgissements de l’inconscient, cette part insondable de l’esprit qui travaille à notre insu et produit ses propres fantômes. Les histoires de maison hantée peuvent se lire comme une projection fantasmatique d’une hantise plus intériorisée, une façon de donner du sens à des processus mentaux sur lesquels on n’a pas une entière maîtrise. La fiction accomplit alors l’une de ses fonctions premières : donner du sens, faire d’un réel non-verbal et brut une construction symbolique que l’on puisse déchiffrer et circonscrire.

Nourritures spirituelles d’avril

Aujourd’hui, il fait beau, les oiseaux chantent, les gens ont l’air de bonne humeur. Et moi aussi ! Alors une fois n’est pas coutume, j’ai envie de vous parler de choses légères, amusantes.

 

Je commence tout de suite en chanson, certains d’entre vous ont déjà eu le plaisir de déguster la vidéo que je vais vous proposer. J’ai découvert le film récemment après avoir visionné cette vidéo :

Ça m’avait intriguée, ça avait l’air plutôt cool, alors j’ai regardé mon deuxième ou troisième film Bollywood de ma vie, je ne suis pas bien sûre… Et c’était une très bonne surprise ! Le film dure près de trois heures mais c’est très rythmé, c’est une réécriture plutôt pertinente du mythe de Roméo et Juliette, et j’ai plus d’une fois éclaté de rire une fois l’effet de stupeur dissipé, comme dans le passage qui va suivre. Enjoy :)

 

Au début de l’année, j’ai traversé quelques moments un peu sombres, et je me suis vengée sur les séries de comédie. Je ne suis normalement pas très friande du genre, mais j’ai vu des choses sympas. J’ai regardé avec plaisir les épisodes de New Girl, parce que c’est frais, et que les personnages, surtout les garçons, sont très attachants.

Mais la série qui m’a vraiment plu, c’est Love, une série produite par Netflix. Cela faisait trèèès longtemps que je n’avais pas regardé une série dans laquelle tous les protagonistes me semblent normaux, et non des stéréotypes, ou des gens tellement caractéristiques d’une classe sociale que je ne pouvais guère m’y identifier. Love évite les écueils d’une énième série sur les démêlés des jeunes trentenaires, même si c’est effectivement son sujet. Seulement, le trait n’est pas forcé, et la série n’est pas formatée sur le principe d’une vanne toutes les minutes. Elle flirte plutôt avec le dramatique, mais on est très loin des drames sentimentaux complaisants et grandiloquents d’une série comme The L World.

 

Tout à l’heure, je suis allée m’asseoir sur les bords du Trieux pour prendre le temps de respirer l’air tiède chargé de senteurs printanières, un vieux monsieur m’a joyeusement accusée de boire plus que de raison étant donné que mon banc gisait au milieu des bouteilles vides (pas les miennes !), et j’ai ouvert un livre d’un auteur classique de science-fiction, Robert Heinlein. Je ne m’attendais pas à éclater de rire plusieurs fois sur les premières pages, tout en trouvant le texte poétique, émouvant, et le narrateur immédiatement sympathique. Le roman s’ouvre sur les souvenirs de ce dernier, qui raconte qu’autrefois, il vivait dans une ferme du Connecticut avec son chat Petronius, et que la maison avait la particularité de posséder onze portes d’entrée. À chaque hiver, le chat refusait de sortir par les chatières aménagées exprès pour lui et attendait que son maître lui ouvre chaque porte, dans l’espoir que l’une d’elle ouvre l’été (d’où le titre du roman, Une porte sur l’été, ici dans la traduction de Régine Vivier). Je vous recopie le passage qui suit cette ouverture :

« Mais il n’abandonna jamais sa recherche de la porte ouvrant sur l’été.

Le 3 décembre 1970, je la cherchais, moi aussi.

Ma quête était à peu près aussi désespérée que l’avait été celle de Pete en ces hivers du Connecticut. Le peu de neige existant en Californie du Sud se cantonnait sur les montagnes, pour les skieurs, non loin de Los Angeles. Elle ne serait d’ailleurs pas parvenue à traverser le brouillard de fumées qui planait sur la ville. Cependant, l’hiver était dans mon cœur.

Non que je fusse malade (mis à part une gueule de bois permanente) : j’étais du bon côté de la trentaine pour quelques jours encore, et loin d’être dans la dèche. Ni police, ni mari outragé, ni plaignant d’aucune sorte ne me cherchait. En fait, je n’avais rien qu’un peu d’amnésie n’eût guéri. Mais l’hiver était dans mon cœur, et je cherchais la porte qui aurait donné sur le soleil.

Si je vous fais l’effet d’un homme qui s’apitoie complaisamment sur son sort, vous êtes dans le vrai. J’aurais pu me dire qu’il existait sur cette planète plus de deux milliards de gens en plus mauvaise forme que moi. N’empêche, je cherchais cette porte sur l’été. »

Alors je sais ce n’est pas fantastiquement joyeux, mais je me suis immédiatement identifiée à ce personnage qui, dans le passage suivant, va boire un scotch dans un bar en emmenant son chat dans son sac, et ce chat a la particularité de boire de la ginger ale. Quand le barman le découvre, il met le narrateur dehors et ce dernier réplique :

« Sans rancune. J’avais projeté d’amener boire mon cheval, mais puisque c’est comme ça, vous n’aurez pas notre clientèle.

– Comme vous voudrez. Notre règlement ne mentionne pas les chevaux. Mais permettez, encore une petite chose : ce chat boit-il vraiment du ginger ale ? »

Je sens que je vais apprécier ce ton décalé :-)

 

Plusieurs centaines d’heure plus tard, je passe toujours d’excellents moments sur Dragon Age: Inquisition, où j’ai enfin réussi à tuer tous les dragons du jeu, yeah (sérieusement, tuer des dragons est l’un de mes passe-temps favori dans ce jeu, l’autre jour Cassandra a passé vingt minutes seule contre un dragon qui montait sa garde sans arrêt, totalement épique). Et je ne suis pas peu fière de mon dernier Inquisiteur, baptisé en l’honneur de Kaidan de Mass Effect :

ScreenshotWin32_0293_FinalBon cela dit ma version elfique n’est pas mal non plus :-)

ScreenshotWin32_0332_FinalJe n’ai pas joué qu’à ça, hein. J’ai entamé Alice: Madness Returns, et j’ai enfin terminé cette monstruosité qu’est The Witcher III, très bon jeu dans l’ensemble, une fin spectaculaire mais qui ne m’a malheureusement pas surprise.

 

Enfin, je vous laisse avec un vidéaste qui a encore des progrès à faire mais qui a su m’attendrir par sa jeunesse, son enthousiasme, et ses efforts pour produire des contenus de qualité. Si vous voulez UNE LEÇON D’HISTOIRE EN MODE ÉPIQUE, essayez :-)

Oh, et petit ajout de dernière minute, Lionel a partagé ça sur Facebook… Je pense souscrire un contrat ! 😀

Nourritures spirituelles de février

Quand j’ai commencé à travailler en indépendant à l’obtention de mon diplôme en 2013, je savais que ce genre de moment finirait par arriver. Mais il a fallu deux ans et demi pour y parvenir : jusqu’à la fin de mois, j’ai du travail par-dessus la tête. Je rédige une demi-douzaine de pages tous les jours, partageant mon temps de cerveau disponible entre les conseils beauté (l’huile de ricin est la meilleure alliée pour vos cheveux) et les fiches de révision à l’intention des lycéens paniqués qui n’ont pas lu Balzac, Montesquieu ou Céline à quelques mois des examens de fin d’année.

Peu désireuse de sombrer pour autant dans une routine où j’arrête de travailler à 18h, je m’ouvre une bière et me pose devant The L World jusqu’à l’heure du dîner, après quoi je disparais sous ma couette et pour bouquiner quelques heures, j’ai décidé de rédiger un petit billet pour partager avec vous les trucs du moment.

Et en ce moment, je regarde la nouvelle saison d’X-Files. Peu adepte des réseaux sociaux et assez sélective sur l’actualité, j’avoue ne pas savoir comment ce début de saison a été reçu par les fans et les newbies. Pour ma part, j’ai tout de suite adhéré. La série parvient à redémarrer avec un naturel déconcertant, tout en s’inscrivant dans la tradition. Le générique n’a pas été changé, on retrouve nos deux agents vieillis, un peu tristes, mais ils n’ont rien perdu de leur sens de l’humour. Le premier épisode démarre très fort en reprenant la trame complotiste de X-Files remise au goût du jour, avec les angoisses et les problématiques de notre époque. Il suggère un scénario plutôt complexe et plutôt casse-gueule, j’espère donc ne pas être déçue… J’ai regardé le quatrième épisode tout à l’heure, et c’est du pur X-Files, et c’est toujours aussi bon.

Côté bouquin, j’ai terminé il y a peu le deuxième tome de la série Martyrs d’Olivier Peru, qui m’a charmée tout autant que le premier malgré un petit essoufflement sur la première partie du livre. Le livre raconte l’histoire de deux frères issus d’une race de guerriers, les Arserkers, qui ont la particularité de voir la nuit grâce à leurs yeux dorés, et de ne pas avoir d’égal sur un champ de bataille. Mais les temps ont bien changé à l’époque où commence le livre, et les Arserkers sont presque éteints. Pour gagner leur vie, Helbrand et son frère Irmine opèrent en tant qu’assassins. Mais, évidemment, leur petite histoire va se mêler à la grande, et leurs actes auront une répercussion sur le royaume, en pleine transition et à la veille d’une guerre civile. Olivier Peru a un véritable don pour la narration, et je me suis laissée embarquer au fil des 650 pages sans regret. Un troisième tome est à prévoir, je l’attends de pied ferme.

olivier_peru_martyrsDepuis trois jours, j’ai entamé Le Vide, de Patrick Senécal, après avoir été convaincue par la chronique sur le blog d’Yvan, Émotions Littéraires. Et je ne suis pas déçue ! La jaquette proclame fièrement que le roman a été « la claque littéraire de ces dernières années » pour Franck Thilliez, et cela ne m’étonne pas du tout. Le Vide est un livre vertigineux, où l’angoisse existentielle atteint son paroxysme. On y éprouve une sensation de malaise tout en étant aspiré par l’histoire contée au fil des chapitres qui se succèdent dans le désordre, mais selon une implacable logique narrative.

patrick_senécal_le_vide

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Je profite de ce billet pour évoquer un film que j’ai vu il y a quelques semaines, juste avant la mort d’Alan Rickman. Il s’agit du film qu’il a réalisé, Les Jardins du roi (A Little Chaos). Alan Rickman y campe le rôle d’un Louis XIV plutôt attachant, aux côtés de Mathias Schoenaerts dans le rôle de Le Nôtre, et Kate Winslet dans celui de Sabine De Barra. Le film est assez anecdotique dans son contenu : c’est l’histoire de Sabine, qui parvient à se faire embaucher par Le Nôtre pour concevoir le bosquet des Rocailles dans les nouveaux jardins de Versailles. Mais que l’histoire tienne en quelques lignes, ça n’a pas vraiment d’importance. Le film capture un moment dans le temps, dans la vie des différents personnages, avec beaucoup de subtilité et une grande justesse dans le ton et le jeu des acteurs. Ce film n’a rien d’extraordinaire, mais il est… apaisant. Simple et beau.

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Je n’ai pas grand-chose à vous dire concernant la musique, que je n’explore pas en ce moment. Cependant, il y a peu, mon compagnon m’a fait découvrir ce groupe que je vous invite à écouter en ne faisant rien, les yeux dans le vide. On a peu de groupes comme Aquilus, avec des morceaux construits de mille nuances, qui invitent à se perdre en soi-même dans une longue contemplation sans but.

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Sinon, en vrac, j’ai écouté La Tête au carré avec Mathieu Ricard, moine bouddhiste, et Christophe André, psychiatre, sur le thème de la sagesse. J’ai regardé l’intéressant documentaire de Dirtybiology sur l’origine de la richesse. J’ai secoué la tête de dépit plusieurs fois cette semaine en lisant des articles de presse, et notamment cet article du Monde qui raconte comment le conseil régional a retiré sa ridicule subvention de 20 000 euros au Hellfest. En ce moment, j’ai l’impression que tout le monde en France vit dans un univers hermétiquement fermé et que chaque couche de la société ne comprend absolument rien à toutes les autres. Et le pire, c’est que personne ne cherche à comprendre. On préfère apparemment cette cacophonie ridicule alimentée à coup de tweets incendiaires. L’indignation est devenue une espèce de norme étrange, et les réseaux sociaux une arène où les combattants ne cherchent qu’à prouver la supériorité de leur morale (la seule, bien entendu, valable. Le moindre écart à la Morale vous conduira tout droit à la géhenne où brûlent tous ceux qui ont vu leur réputation détruite par le web en quelques heures). À ce sujet, je vous invite à lire cette intéressante analyse-et-je-suis-complètement-objective-en-disant-cela sur le blog de mon compagnon.

De l’art d’être absent

Beaucoup de gens se plaignent de ne pas avoir le temps, d’être trop sollicité, et de ne plus parvenir à se passer de leurs échanges en ligne. Je suis d’ailleurs étonnée de leur addiction aux réseaux sociaux, de leurs multiples abonnements, de leurs systèmes de notifications qui les abreuvent d’informations toute la journée.

Être absent est parfois une nécessité, parfois ce sont des vacances que l’on s’accorde et qui ont le goût délicieux de l’interdit, comme à l’époque où on séchait les cours. Pour moi, c’est au fil du temps devenu un art de vivre que j’ai un peu trop bien cultivé.

J’adore être absente. Indisponible, déconnectée, endormie. Le silence est la meilleure de mes couvertures. Bien évidemment, je ne le suis que dans la mesure où ma vie professionnelle me l’autorise. Mais c’est l’une des choses que j’ai envie de changer en 2016. Je ne vais pas être super présente et super communicative d’un coup de baguette magique, ce n’est pas dans ma nature, de toute façon. Et je crois qu’il est vain de lutter contre sa nature, car chassez le naturel… vous connaissez la suite.

En fait, quand on est absent, on s’exile de sa propre vie, ainsi que de celle des autres. C’est comme dormir. On est plus léger. Sans attaches. On oublie facilement. Les événements et la vie quotidienne glissent sur vous comme l’eau sur les plumes d’un canard (étrange comparaison, certes, mais elle me semble bien décrire le phénomène !).

Le chômage, les difficultés relationnelles et sentimentales, l’isolement progressif renforcent peu à peu le plaisir que l’on a à être absent, jusqu’à ce qu’on soit pris à son propre piège : à force d’ignorer le reste du monde, on finit aussi pour s’ignorer soi-même, et notre propre vie nous apparaît comme un événement extérieur sur lequel nous n’avons aucune emprise, et dans lequel nous n’avons aucun rôle à jouer.

Alors, peut-être qu’au final, je ne maîtrise pas cet art subtil si bien que cela. S’esquiver, prendre du temps pour soi, préserver sa bulle d’intimité, rester disponible pour rêvasser, s’autoriser à ne plus penser, c’est bien, et même nécessaire. Prendre la fuite, non. Alors c’est ma seule bonne résolution : cette année, je serai un peu plus présente. J’ai envie de me rendre plus disponible et d’entretenir davantage de liens, de m’enrichir au contact des autres.

Et vous, maîtrisez-vous l’art d’être absent ?

Bonne année !

2015 : le début de la fin, ou la fin d’un début ?

Un article sans queue ni tête sur les débuts et les fins, garanti sans spoilers !

Et voilà, nous sommes en 2016 ! Après une fin d’année (trop) riche en festivités qui m’ont tenue éloignée de mes préoccupations habituelles, je me demande comment ouvrir le premier post de cette année. D’autant plus que je suis en retard à force de tergiversations !
J’écris quelques trucs, jette des réflexions en vrac, me dis que je devais organiser le chaos, mais finalement, non. Les bilans sont des mosaïques d’expériences, et je ne suis pas sure que la continuité et le sens leur préexistent. Les expériences ont le sens qu’on leur donne, et je ne suis pas sure non plus de vouloir leur en donner un.

Et puis en fait, j’aime pas les bilans.

Toutes les fins sont des débuts

Cette année, finalement, j’ai assez peu écrit sur mon blog. Je me suis dispersée, j’ai voyagé à Albi et j’ai essayé de me remettre sur les rails au printemps après un hiver vraiment difficile. J’ai déménagé et changé pas mal d’habitudes de vie. Je suis venue m’installer en Côtes d’Armor et suis très vite tombée amoureuse de la région qui foisonne de recoins secrets et de vastes horizons.
Cette année a marqué la publication de mes deux premières traductions professionnelles dans le domaine de la littérature, pour l’anthologie Ténèbres et le magazine Bifrost. J’ai également lancé ma collection de livres numériques, Trois heures du matin. Je croise les doigts pour que ce ne soit qu’un début !

L’année des connaissances inutiles

Cette année, je suis devenue un Wikipédia à moi toute seule concernant la trilogie Dragon Age, mais aussi sur les astuces et tutos beauté en écrivant pour divers magazines féminins.
Si vous voulez découvrir comment traiter votre peau grasse, tout savoir sur le peeling ou comment obtenir un teint parfait, j’ai probablement des solutions à vous proposer. Je peux également m’improviser coach de couple grâce aux conseils psycho soigneusement rédigés pour cette même presse féminine. J’ai aussi acquis pas mal de connaissances de seconde main sur la littérature érotique et les grandes tendances de bouquins en écrivant des articles pour une grande enseigne culturelle qui vend aussi des aspirateurs. J’ai même écrit des tutos pour monter soi-même ses cloisons, repeindre ses vieux meubles, ou poser des moulures !

2015, l’année BioWare

Chaque fois que j’écoute cette musique, j’en ai la chair de poule. J’ai terminé 2015 comme je l’avais commencé : en jouant à Dragon Age. Après avoir terminé pour la troisième fois (à fond) DAI, j’ai ouvert le chapitre The Witcher: Wild Hunt. Je ne suis pas sure que mon cher et tendre ait eu l’idée du siècle en me l’offrant pour Noël parce que je le trouve tellement immersif que je suis devenue très vite totalement accro !
Et donc, DAI… Une fin tout simplement magistrale, le dernier mouvement d’une symphonie qui s’était essoufflée, et retrouve dans le dernier DLC, Trespasser, toute la puissance qui lui manquait, le temps d’un épilogue qui m’a angoissée à profusion, qui m’a bouleversée et qui a porté son petit lot de révélations brutales qui ont changé ma vision du monde de Dragon Age.

La musique est toujours composée par Trevor Morris, qui a souvent bossé avec Hans Zimmer sur des musiques de film, et a créé la bande originale des Tudors et de Vikings pour la télévision. Il s’est à mon sens surpassé pour ce morceau final. L’ambiance et la tonalité m’ont fait pensé à celle de ME3, dont la dernière partie m’a procuré le même genre d’émotions. Difficile de rester indifférent devant une vision d’apocalypse tout en écoutant ça :

Cette bande originale est composée par Clint Mansell, celui qui est à l’origine de la plupart des musiques des films de Darren Aronofsky.

Oui, cette année, j’ai beaucoup, beaucoup joué. J’ai fait : la trilogie Mass Effect, la trilogie Dragon Age, et The Witcher II. Sachant que j’ai recommencé plusieurs fois chacun des Dragon Age, et qu’en parallèle, j’ai joué à des jeux que j’avais déjà terminé, comme Kingdom of Amalur et Heroes VI (et j’ai entamé le VII en fin d’année). Cette année est l’année où j’ai découvert que le RPG était fait pour moi, et que j’aime aussi beaucoup faire du jeu de rôle autour d’une table, grâce aux talents de MJ de mon beauf (coucou !).

Et c’est aussi l’année où je me suis lancée dans la fan-fiction, et que j’ai même osé l’annoncer à la face du monde. Je n’ai malheureusement pas encore terminé le petit monstre de 330 pages, mais je pense savoir comment cela va se terminer, et commence à songer à mon prochain roman (qui ne sera pas une fan-fiction).

En 2016, j’écris un nouveau roman ?

Commencer quelque chose, c’est toujours excitant. Tout est neuf, tout est à faire. On n’a pas eu le temps de douter, de remettre en question, de se lasser, d’être frustré, de s’énerver. On est même presque persuadé que l’ensemble de l’immense tâche devant nous va être vécu de la même manière, tout en douceur et en légèreté. Tout en catharsis. Les idées qui fusent, les mots qui se délient sous les doigts, la musicalité de la langue qui entre en résonance harmonique avec les mécanismes les plus abscons de la pensée.
Finir quelque chose, s’accompagne parfois d’une sensation d’accomplissement, mais le plus souvent on est triste et on fait surtout l’expérience de la dépossession : dépossession de son propre vécu qui fout le camp.
Cette année, je vais faire en sorte de vivre les deux. Une fin, et un début.

Le début de 2016

D’après une démonstration du Petit Journal, nos présidents successifs disent toujours la même chose lors de leurs vœux annuels : l’année qui vient de s’écouler a été difficile. S’ensuivent des exhortations au courage et à l’espoir. Pour ma part, je n’ai pas une conscience collective suffisamment développée pour que je puisse honnêtement dire que l’année a été difficile parce que des événements tragiques s’y sont déroulés. Je ne peux faire de bilan que personnel. Pour moi, ça a été une année folle, compliquée, marquée par le changement. Une année plutôt riche, en somme.

Oui, en un sens, 2015 a été une année difficile. Toutes les années le sont. Les mêmes histoires tournent en boucle. Et pourtant, on ne se lasse pas de les raconter.
J’ai toujours été une rêveuse, et je crois que ça s’aggrave avec l’âge. Je me perds dans les histoires, dans le fantasme, dans la Fiction. Et j’en rapporte toujours quelque chose : j’en tire la fameuse matière dont je vous parlais l’autre jour dans un article sur l’écriture. J’écris mes histoires en rêvant le plus possible, un peu comme les devins et le chamans doivent se plonger en état de transe pour accéder aux visions et aux sortilèges de guérison. Pour acquérir cette lucidité qui les rend si précieux, ils doivent désapprendre le réel, ouvrir toutes les portes fermées, même celles qui sont verrouillées. Le voyage dans la fiction est toujours un voyage initiatique, un vaste songe truffé de pièges et de séductions morbides. Mais je reste convaincue que l’on en revient avec les fils qui constituent l’étoffe même du rêve. Aux conteurs de les nouer, de les tisser jusqu’à temps d’être capable de piéger les autres dans ce même monde où ils ont à la fois égaré leur esprit et leur âme, mais retrouvé cette petite chose insignifiante et inqualifiable qui leur permet de rester vivants.

Ce que je vous souhaite ? Je vous souhaite d’être pris en chasse par vos propres rêves. Et surtout, qu’ils vous rattrapent.

[Ustensiles de style] Lutter contre la page blanche

Souvent, avant de me mettre à écrire, j’ai cet instant d’hésitation, de suspens. Au meilleur des cas, ça en reste là, à cette hésitation comme devant un choix intéressant, potentiellement dangereux, mais suffisamment attirant pour franchir le pas. Au pire des cas, cela se transforme en une sorte de paralysée généralisée qui entraîne culpabilité et autodévaluation, voire une franche déprime. Alors, face à la page blanche, qu’est-ce qu’on fait ?

Comment libérer la créativité ?

La créativité est un vaste mystère et on a beaucoup écrit sur le sujet. Aujourd’hui, j’écoutais l’émission de France Inter La Tête au carré, dont le dossier du jour était consacré à cette question [émission à réécouter ici]. C’est entre autres un extrait où on entendait Daniel Picouly évoquer la page blanche qui m’a donné envie d’écrire cet article (il faut croire que je devrais écouter la radio plus souvent, puisque c’est le deuxième article dont l’idée me vient de ce média !). L’écrivain disait en substance qu’une partie du blocage de la page blanche provient en fait de l’orgueil : nous sommes nombreux à vouloir non seulement écrire, mais en plus, à vouloir écrire sublimement.
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L’auteur nous invitait alors à accepter notre « somptueuse médiocrité » afin de vaincre ce syndrome bien connu des créatifs ; et je trouve son conseil étrangement pertinent. Bien souvent, on n’a pas réellement peur de ne pas y arriver, mais on craint surtout de ne pas être à la hauteur de la barre qu’on s’est plus ou moins consciemment fixée. Dans la majorité des cas, cette barre se situe beaucoup trop haut : tenter de l’atteindre d’un seul coup est tout à fait contre-productif.
Au-delà de l’idée de médiocrité, je crois que le véritable défi, c’est de parvenir à accepter ses propres faiblesses, et ses défauts. Accepter que comme tout un chacun, et même si on s’en cache souvent très bien, on est malmené par des vents contraires. On essaie simplement de garder la tête hors de l’eau. J’ai cette conviction peut-être naïve que le monde irait mieux si on arrêtait de faire semblant et qu’on admettait qu’on est simplement dépassé. Sans essayer de se justifier ou de se trouver des excuses. Pourquoi continuer de faire comme si notre vie était un long fleuve tranquille ? On a le droit de craquer, d’être ébranlé, de ne rien comprendre. Et on doit même s’en servir. Je fais encore appel à Nietzsche : embrasser l’existence, dans ses grandeurs étourdissantes comme dans ses plus frustrantes mesquineries. C’est ça, votre matière. L’art n’est jamais qu’un processus d’alchimie : de la matière brute, informe, parfois répugnante, parfois effrayante, on fait naître un soupçon de beauté. Je crois que c’est là le lot des créatifs, le fardeau et la liberté de l’artiste. Mais quand je parle de la matière, qu’est-ce que j’entends par là ?

Où puiser ses idées et sa matière ?

Un deuxième point qui me semble important, relève du simple bon sens, mais… Pour écrire, il faut de la matière. Et pourtant, nous n’avons pas tous des vies passionnantes, loin s’en faut. Je lisais il y a peu une interview de Marie NDiaye (qui a reçu le prix Goncourt en 2009 pour son roman Trois femmes puissantes) où elle disait ceci : « J’ai lu récemment le journal de Joyce Carol Oates, et elle a la vie la plus régulière, simple, normale, bourgeoise qui soit, et elle écrit des livres de monstre. Il y a cette chose qu’on appelle l’imagination, et ce n’est pas rien. Une imagination qui se construit aussi sur le réel de faits ou de rencontres, d’histoires que j’ai lues dans la presse ou qu’on m’a racontées. Le lieu où je vis m’influence aussi. » (Ce n’est pas ce que vous croyez… Je ne lis pas les Inrocks, c’est vrai, je vous jure, c’était purement professionnel !) J’ai trouvé ça intéressant, car les lecteurs demandent souvent aux écrivains d’où leur viennent leurs idées. Et il est vrai que la vie quotidienne n’offre pas nécessairement un cadre très propice au développement d’idées débridées. Et pourtant elle nous nourrit assez amplement, pour peu qu’on prête attention aux détails sur lesquels on passe d’ordinaire sans s’arrêter.
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Pour écrire, il faut être observateur, garder un œil ouvert en permanence, un œil critique, analytique, mais aussi un œil sensible, capable de capter la nuance et la singularité de ce qui est a priori jugé ordinaire. Et bien sûr, comme le souligne Marie NDiaye, il n’y a pas que le réel de « première main » qui soit utile à l’écrivain. On peut aussi se servir d’histoires entendues, et de toutes les fictions du monde (et il y a de quoi faire !).

C’est en forgeant qu’on…

Cela ressemble à un cliché éculé, mais c’est l’une des vérités presque toujours vraies du monde de l’écriture. Mozart était peut-être capable de composer des symphonies à neuf ans, mais le reste d’entre nous doit s’en tenir à ce vieil adage. Plutôt que de vouloir asséner une nouvelle fois cette formule usée, je vous invite ici à la considérer sous l’angle de notre problème, celui de la page blanche. L’écriture est une gymnastique mentale, qui engage à la fois le raisonnement, la réflexion, les capacités d’analyse ; et l’émotionnel, l’inconscient, l’intuitif. Cet exercice nécessite de se plonger dans un état d’esprit adéquat et demande une certaine préparation mentale, peut-être comparable à celle qu’effectue un sportif avant de se lancer dans la compétition, ou à celle d’un acteur qui attend dans les loges son entrée sur scène.
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Il s’agit de laisser son propre univers déborder de soi, envahir le réel, permettre à l’imagination de s’emparer de vous. Quand on évoque un spectateur ou un lecteur, on parle de « suspension volontaire de l’incrédulité », willing suspension of disbelief en VO, expression inventée par le poète Coleridge en 1817. Ce concept très prisé, entre autres, par les études littéraires, pourrait également s’appliquer à l’artiste lui-même : créer demande un certain lâcher-prise, une vulnérabilité volontaire et même induite. L’acte artistique exige une forme d’abandon. Il faut cesser de penser à soi, museler les doutes, les angoisses, en somme les pensées parasites, un peu de la même manière qu’au moment du coucher, lorsqu’on cherche le sommeil. On doit cesser de s’attacher au réel et à la quotidienneté pour se laisser glisser dans un entre-deux capable de laisser apparaître la silhouette des rêves. À nous, ensuite, de leur donner forme.

Pour en finir avec l’inspiration

Ceci m’amène à ce dernier sujet largement débattu ces dernières années, et mon avis n’a rien de particulièrement original. L’inspiration, dans une certaine mesure, existe. Parce qu’elle se présente comme une expérience intime et subjective. L’erreur est plutôt de croire qu’elle agit en tant que puissance extérieure indépendante du psychisme. À mon avis, l’inspiration est surtout la meilleure et la plus incroyable preuve du travail prodigieux de l’inconscient. Être inspiré, cela revient à dire qu’on est en état de synthétiser, à travers une forme qui nous est propre, les données proprement colossales que nous avons accumulées sur une période de temps donnée. C’est aussi pour cette raison qu’il est vain d’espérer atteindre le sublime, là, tout de suite. La création demande une patience qu’il est impossible d’imaginer quand on se trouve face à une œuvre bouleversante. Cette œuvre nous donne cette incroyable impression de spontanéité, comme si elle avait jailli subitement ex nihilo. Rien n’est plus faux, et plus on s’habitue à cette idée, mieux on crée.

[Pour ceux qui n’auraient pas tilté sur les images, je vous invite à découvrir d’urgence la série Community, avec son humour absurde, son amour la pop-culture, sa surprenante profondeur, et son personnage le plus créatif, Abed ;)]

En guise de conclusion

Je vous propose de terminer par un catalogue très personnel des trucs qui en ce moment, m’inspirent.

Musique : On ne se lasse pas des bonnes choses.

Séries télé : Avec Orange Is the New Black, plongée drôle, usante, captivante et déprimante dans l’univers carcéral féminin. (perso je n’avais pas aimé la bande-annonce, alors je vous renvoie plutôt à la chronique de Nat & Alice, mes Youtubeuses préférées :))

Jeux vidéo : Mass Effect 3, la grosse claque vidéoludique de cet automne. Je n’ai tout simplement jamais rencontré une telle intensité épique et tragique. Et jamais je n’ai joué à un jeu aussi immersif. Je sais, il paraît que la fin… Mais je n’en suis pas encore là. Je suis définitivement une fan absolue de BioWare. Pour toujours. Je serais capable de me faire tatouer le nom de la boîte au creux des reins. Presque.

 

Et vous, qu’est-ce qui vous inspire ? Que faites-vous face à la page blanche ?

Du nouveau à venir !

Je souhaite par la présente vous informer du nouveau qui va débarquer dans les prochains jours sur mon blog !

D’abord, un design revu et corrigé par Nathalie, avec lequel on devrait notamment ne plus avoir de soucis d’affichage, de manière à rendre le site agréablement lisible par tous les écrans.

Ensuite, j’ai l’intention de reprendre avec assiduité la catégorie Ustensiles de style, qui est une rubrique consacrée à l’écriture et à toutes les questions qu’elle soulève, en y apportant des réponses issues de ma propre expérience. L’article à venir sera consacré à la question épineuse de la page blanche.

Enfin, l’apparition d’une nouvelle catégorie intitulée Creepy Nights, dans laquelle je propose de parler de mon genre favori, l’épouvante, dans la fiction en général. Chroniques et réflexions diverses sur le genre sont à prévoir.

J’espère que ça vous plaira, rendez-vous très vite !

Travailler à domicile

Dans le même esprit que mon billet sur l’écriture, aujourd’hui j’aimerais parler du travail à domicile. Les avantages, les inconvénients, les difficultés rencontrées… Bref, une nouvelle fois, partager mon expérience sur le sujet !

L’organisation de la journée et les joies de l’improvisation

Les avantages du travail à la maison sont nombreux : personne ne fait les frais de votre mauvaise humeur le matin, vous pouvez travailler en pyjama, pas de patron pour vous surveiller… Quand on aime son chez-soi, on est heureux !
Mais pour moi, il y a un autre avantage de taille : pouvoir improviser. Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’avoir envie d’aller me balader en plein milieu de la journée : je l’ai fait sans me poser de questions ! Car en ce qui concerne l’organisation de l’emploi du temps, je fais tout simplement ce que je veux. Avoir la possibilité de s’échapper, à presque n’importe quel moment, pour aller respirer l’air de la forêt et écouter la rivière s’écouler sans rien faire, à mes yeux, ça n’a pas de prix.
Cela dit, je ne suis pas un oiseau de nuit, je préfère les horaires « normaux ». Alors les heures non travaillées parce que je n’avais pas envie ou que j’avais autre chose à faire, je ne les reporte pas le soir, mais le week-end, ou le lendemain matin en commençant un peu plus tôt. Comme chacun sait, le travailleur indépendant est soumis à des lois extérieures, et doit parfois faire face à plusieurs semaines de chômage technique. Mais quand il y a du travail, je bosse en général six jours sur sept, et parfois sept jours sur sept. Je préfère travailler un peu tous les jours que beaucoup sur peu de jours. Comme je vis seule, ma pause-déjeuner se réduit au strict minimum, ce qui me fait gagner du temps. Je ne mange pas mal pour autant : ma technique, c’est de cuisiner plusieurs fois par semaine des plats prévus pour plusieurs repas.

Maintenir sa concentration

À la maison, c’est encore plus facile de se laisser distraire par les sirènes d’Internet, et notamment, dans mon cas, de Youtube… Paradoxalement, c’est de Youtube dont je me sers pour m’aider à me concentrer. Il y a peu, mon cher et tendre m’a fait découvrir quelque chose qui a changé ma vie : l’ambient noise. Je ne dis pas que ça marche pour tout le monde ! Mais pour moi, c’est magique. Les ambiances de vaisseaux spatiaux sont idéales, je trouve qu’elles ont un côté rassurant et enveloppant. Avoir l’impression de travailler à bord de l’Entreprise ou du Normandy, je vous assure, c’est chouette !

Sinon, il paraît que certains sont fascinés par le pouvoir du logiciel Focus@will, qui proposent différentes musiques d’ambiance censées s’accorder avec nos ondes cérébrales. J’ai essayé, mais je préfère l’ambiance du pont du Normandy… On est geek, ou on ne l’est pas ! 😉

L’isolement

Un réel danger guette les travailleurs indépendants, c’est l’isolement. Certaines personnes, dont je fais partie, aiment être seules et se passent plutôt bien de la compagnie des autres. Mais cela ne signifie pas qu’on est prêt à affronter la solide entière et totale. On a toujours besoin des autres. De nos amis proches aux simples connaissances, en passant par un bref échange de mots avec d’illustres inconnus, on a toujours besoin de contact humain. Quand on n’en bénéficie pas ou très peu pendant de longues périodes, on a tendance à se replier sur soi et à développer toutes sortes de pensées négatives. On tombe très vite dans un cercle vicieux. En effet, quand on n’a que soi dans sa vie, on devient auto-centré et cela entraîne toutes sortes de conséquences néfastes : on se met à exagérer les choses, on devient un peu parano, et surtout, on est putain de triste. C’est pourquoi certains travailleurs indépendants décident de louer des locaux pour travailler en compagnie d’autres freelance, histoire d’être dans la même pièce et d’avoir des gens avec qui discuter pendant la pause café, et aussi pour pouvoir s’entraider directement, au lieu de passer par les forums, réseaux sociaux ou mailing lists.
Pour ma part, j’entretiens des contacts virtuels avec des collègues et des amis, et j’ai changé de ville pour habiter plus près de ma sœur et de son compagnon, et pouvoir ainsi les voir plus souvent !

Faire face aux angoisses

Être travailleur indépendant, c’est accepter un rythme de travail pour le moins fluctuant et, comme j’y faisais allusion plus haut, à l’absence de travail. On est toujours dans l’incertitude, et quand on débute, c’est encore pire. Il faut du temps pour se constituer une petite réputation, et il faut être prêt à se battre sur une longue durée pour se constituer un portfolio digne de ce nom. Comment démarrer dans la traduction quand on n’a jamais rien traduit ? La plupart du temps, c’est un petit coup de pouce que quelqu’un vous donne. Ou un coup de chance. En rédaction, j’ai répondu à une annonce, et ça a fonctionné. Aujourd’hui, cette activité ne me rapporte pas suffisamment et je suis donc à la recherche d’une autre agence pour augmenter mon activité. Deux ans d’expérience, ça permet de donner quelque chose, une certaine garantie. Je ne sais pas si ça aidera, mais c’est en tout cas nettement plus facile d’écrire mes lettres de motivation que ça ne l’était au début, quand je n’avais pour moi que mes diplômes. Car de nos jours, les diplômes, c’est bien beau, mais les recruteurs ne jurent que par l’expérience… Or, la possibilité de faire des stages reste assez limitée par la durée de nos études et la place qu’elles y laissent. Pour ma part, une fois sortie du système éducatif, il était hors de question que je continue à faire des stages, plus ou moins légaux d’ailleurs. Mais je dois avouer avoir été plutôt surprise par l’hostilité du monde du travail. Tous ceux qui ont accumulé les refus polis – ou les postulations demeurées sans réponse – voient sans doute très bien ce que je veux dire. Je pensais avec une certaine naïveté que ma licence et mes deux masters seraient un atout… Cela fait deux ans et demi que je suis officiellement dans la vie active, et je ne suis plus du tout sûre que cela soit vraiment le cas. Soit on demande des gens hyper-spécialisés, soit il faut deux ans d’expérience dans le poste convoité. Et encore, on est mis en compétition avec tellement d’autres personnes que cela peut parfois sembler sans espoir !

En conclusion…

Être travailleur indépendant, ça tient à la fois du paradis et de l’enfer. Il faut impérativement aimer la solitude, savoir un minimum s’auto-réguler, et ne pas être trop inquiet de nature. Et avec les conditions du marché du travail actuel, la concurrence est rude, trop rude. D’un autre côté, c’est amusant, cela offre beaucoup de liberté, et c’est très pratique. Et confortable.
Mais quelles que soient vos conditions de travail…

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