Je raconte ma vie

« Les projets »

Je viens d’avoir trente-et-un an. C’est un fait. Une simple durée mesurée de façon totalement arbitraire. À 31 ans, je vis seule dans un petit appartement blindé de disques, de livres, d’images collées au mur issues de mes fictions et fanfictions préférées. J’ai un matelas par terre, une douche en plastique, deux plaques électriques, un frigo minuscule et des reliquats de bière et de Cup Noodles un peu partout. Je n’ai pas renouvelé ma garde-robe depuis deux ans, je ne vais pas laver ma voiture. Je me prends des cuites en pleine semaine, et mon temps libre, je le passe à écrire et à jouer aux jeux vidéo. Ce matin, mon banquier m’a appelé et m’a gentiment demandé si j’avais « des projets ». J’ai toujours l’impression que quand on dit « des projets », on utilise une sorte d’euphémisme du même acabit que « faire un enfant », qui signifie en fait « baiser sans contraception avec un minimum de dix-huit ans de bons et loyaux services à la clef ». Parce que qu’est-ce qu’on entend derrière « des projets » ? J’ai comme la sensation que dans la majorité des cas, ça signifie: « comptez-vous devenir propriétaire? » ou « comptez-vous », justement, « faire un enfant ». Je n’écris pas ici pour râler sur des pressions sociales existantes ou construites dans la psyché de l’individu, mais vraiment pour parler du fond du sujet.

Non, je n’ai pas de projet. Mon projet, c’est de ne pas me lever trop tard demain, de faire mon boulot, probablement de picoler le soir avec le casque volume à fond sur les oreilles tandis que j’écris l’une ou l’autre de mes fanfictions. Mon projet, c’est de progresser sur la voie qui m’est propre, d’avoir un peu moins peur, d’être un peu plus sûre de moi, de m’épanouir davantage et par-dessus tout, de profiter d’une vie brève et chaotique avant le tomber de rideau. Mon projet, c’est d’être une meilleure personne qu’hier. Non pas parce que je le dois, mais parce que c’est la promesse qui a présidé à toute ma vie.

Quand j’étais petite, j’avais investi un sens très particulier à cette chanson pop et un peu (très) honteuse :

Pour moi, ça signifiait que mon enfance était cette antichambre de la vie. Qu’un jour viendrait où j’atteindrai une sorte d’état d’harmonie, avec moi-même et avec le monde.

Je ne suis pas telle que je suis faute de mieux. Je n’ai pas de mari, pas d’enfants, pas de maison, même pas de métier stable. Je n’ai que des écrits pop, des goûts pop, une passion irrationnelle pour le shonen, des interrogations lancinantes sur la question du genre, un métier qui bien qu’instable est ma passion, des questions existentielles, très peu d’amis (mais qui valent tout l’or du monde), des journées passées entre procrastination, fébrilité, et brusques poussées de courage. J’ai des nuits d’insomnie, j’ai des matins nus et cruels et profondément angoissants.

Je n’ai que moi. Mes possessions matérielles me sont plus qu’utiles, mais je n’y attache ni valeur morale, ni sentimentale.

Comme dirait encore Jean-Jacques (Goldman, pas Rousseau 😉

J’ai pas choisi de vivre ici
Entre la soumission, la peur ou l’abandon

J’m’en sortirai, je te le jure
À coup de livres, je franchirai tous ces murs

Envole-moi
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi
Remplis ma tête d’autres horizons, d’autres mots
Envole-moi

Me laisse pas là , emmène-moi, envole-moi
Croiser d’autres yeux qui ne se résignent pas
Envole-moi, tire-moi de là !
Montre-moi ces autres vies que je ne sais pas

Cette chanson, dans toutes les soirées où on est émus, on finit par se la passer. Et pas parce qu’elle exprime un truc refoulé qu’on aurait tous échoué à atteindre, une espèce de nostalgie de l’autrefois, mais parce qu’elle continue à traduire nos aspirations présentes, notre volonté de vivre et de ne pas crever dans cette fatalité qui nous colle à la peau.

Pour nous, la vie n’est pas un chemin de croix.

Ce n’est pas une suite de compromis qui vous bouffent avec le temps.
C’est le désir pur de se surpasser, de transcender l’espace étroit dans lequel on est censé vivre et dont on est censés se satisfaire.

Pour nous, c’est se rappeler de qui on était et qui on a envie d’être. C’est aussi se prendre la réalité en pleine gueule et éprouver le besoin profond d’exprimer quelque chose que la chanson suivante et ses paroles traduisent mieux que n’importe quoi et n’importe qui (pas à l’heure où je vous écris, mais récemment, j’ai chialé juste en lisant un commentaire d’une personne disant que son compagnon lui avait envoyé cette chanson au pire moment de sa vie, et que la chanson avait probablement contribué à éviter qu’il ne se suicide) ce qu’on peut avoir envie de dire à quelqu’un qui baisse les bras :

Je n’ai pas de projets. À dix-sept ans, j’étais incapable de me projeter dans l’avenir. Et ça n’a pas changé.

Des nouvelles !

Je n’ai pas écrit ici depuis bien, bien longtemps. Pas seulement ici, d’ailleurs : il y a plusieurs personnes qui attendent toujours un courriel de ma part ! Il y a plusieurs raisons à cela, du moins pour ce blog : tout simplement, je n’avais rien à dire, ou alors j’étais occupée à autre chose. Car si je n’écris guère ici, cette année est pour moi assez exceptionnelle concernant la fiction, alors je commencerai par là.

Ce que j’écris

Mon roman grossit à vue d’œil, et je ne vous parle même pas de la fan-fiction sur Fairy Tail, qui a enflé comme… Attendez, j’essaie de trouver une métaphore adéquate. Comme quand on laisse une casserole de lait sur le feu : dès que ça bout, ça déborde à vitesse grand V. Non, je ne suis toujours pas persuadée du bien-fondé de cette métaphore. Surtout pour un yaoi. Bref !

Un mot concernant le roman, provisoirement intitulé Failles-Mortes, du nom d’une vieille forteresse, mélange de Dros Delnoch dans Légende de David Gemmell (qui reste un roman très cher à mon cœur) et de Fort-Céleste dans Dragon Age : Inquisition. J’ai dû commencer à l’écrire au printemps 2016. Il y a eu des périodes de traversée du désert. Là, je suis dans les trois cent pages et force est de constater que je suis encore très loin d’en avoir terminé ! Mais je vous en parle quand même, histoire que vous ayez une idée de ce qui occupe une bonne partie de mes soirées : il s’agit d’un roman de fantasy, ça tire un peu du côté de l’heroic fantasy, mais c’est loin de ressembler à un David Gemmell (que je lis beaucoup en ce moment). Des batailles, des combats, il y en a, mais il ne s’agit pas du centre du roman. Nous sommes dans un monde technologiquement médiéval. Pas de magie à proprement parler, mais des « esprits », des créatures mystérieuses, invisibles, qui ont le pouvoir de modifier le réel à leur gré, de posséder les gens, et qui ont une fâcheuse tendance à se foutre de la gueule des humains.

Dros Delnoch, par Didier Graffet.

Dros Delnoch, par Didier Graffet.

En très gros, le roman est l’histoire des relations complexes entre les humains et ces entités. J’ai une demi-douzaine de personnages principaux, dont la vision du monde diffère, et donc dont les intérêts divergent. Que penser des esprits ? Faut-il chercher à les contrôler ou à cohabiter ? Vous ajoutez à ça de sombres histoires de famille, des histoires d’amour, des problèmes d’estime de soi et l’obsession de la quête de sens, de justice et de stabilité dans un monde qui ne cesse de changer – littéralement – à cause des esprits, et voilà la matière de base de mon livre.

Inutile de faire un résumé, puisque je n’ai pas terminé, mais voici comment tout ça commence : Sophia, gardienne d’une antique citadelle du nom de Failles-Mortes et liée aux esprits par un pacte dont elle a seule connaissance, est assassinée. En effet, une armée menée par une coalition de représentants de vieilles familles nobles dont les lignées et la gloire sont en train de s’éteindre cherche à s’emparer de la forteresse, persuadée qu’elle y trouvera le pouvoir nécessaire pour rétablir une forme de domination humaine sur un monde qui leur échappe. Trois personnages arrivent sur les lieux presque en même temps que la coalition, mais pour des raisons totalement différentes : un duo de voleurs en quête d’un trésor et un alcoolique possédé en quête de solutions pour se débarrasser de ses hôtes indésirables. Et je ne préfère pas en dire davantage, sachez juste qu’il y a au programme des voyages dans des terres exotiques, des « confessions au coin du feu » dans l’esprit de Warcraft le film mais hopefully en beaucoup mieux, des scènes de sexe torrides (pas si nombreuses que ça, mais bon, on ne se refait pas), et des questionnements et remises en question torturés qui ne surprendront probablement pas ceux qui me connaissent bien.

Voilà. Il me faudrait un agent pour me vendre, non ? Parce que si j’agrafe cette présentation-là à mon manuscrit pour de futurs éditeurs, je suis pas sûre qu’ils prennent…

Oh, et note pour Kalys : attends avant de lire le chapitre sept, Fertesol, je l’ai tellement bricolé qu’il vaut mieux que je te le renvoie avec le chapitre huit, dans l’ordre, et avec une meilleure présentation, je sais comment faire maintenant :)

fanfictionEt pour la fan-fiction, eh bien… J’ai déjà dit que c’est un yaoi (qui comprend aussi quelques scène yuri, soit dit en passant), et que c’est une fan-fiction de Fairy Tail. Donc j’ai déjà dit tout ce qu’il y avait à dire dessus (ce qui ne m’empêche pas d’en être très fière!). Ah, et c’est un Gratsu, les true sauront ce que ça signifie. Si ça vous intrigue, c’est accessible si vous avez plus de dix-huit ans. Ou si vous prétendez avoir plus de dix-huit ans. Personnellement, je ne crois pas qu’il y ait quoi que ce soit de choquant dans ce que j’écris, mais là tout de suite, je n’ai pas envie de me lancer sur un débat sur la censure (bien que j’aie beaucoup de choses à en dire, disons simplement que ce sera pour un autre billet !).

Quand je travaille !

Parce que ça m’arrive, parfois, entre deux scène de yaoi. Les traductions, donc ! J’ai le plaisir de vous dire que ça va bien sur ce plan ! Depuis le début de l’été, je travaille régulièrement avec Exequo, agence française de localisation jeux vidéo. Actuellement à mon palmarès, Outreach, un « walking-simulator », paraît-il qu’il faut appeler ça, et vu que je l’ai traduit en entier, je peux vous dire que vous allez aimer l’intrigue, originale et flippante, Durango, jeu de survie coopératif sur mobile dans un monde avec des dinosaures (trop vaste pour un seul traducteur, on était plusieurs) et Surviving Mars (pareil, à plusieurs), jeu de gestion où il s’agit d’installer une colonie viable sur Pluton. Mais non, sur Mars, évidemment ! J’ai vu que vous ne suiviez pas.

durangoParallèlement, je continue mon travail de sous-titrages pour Visual Data, et le principal client reste Netflix (qui apparemment ont vraiment nagé dans la panade avec leur histoire de test. Et oui, je sais que « nager dans la panade », ça n’existe pas.). En ce moment, encore des vérifications de sous-titres Star Trek, sinon, des séries Disney, des émissions de bagnoles (Drive, oh my god. Si vous êtes fans de voitures, je vous déconseille mes traductions) et de cuisine (Mind of a Chef, ou la branlette pour les fins gourmets) ont été mon boulot quotidien ces derniers mois.

Mes revenus en traduction, quoique toujours un peu justes, m’ont permis de me détacher de toute activité de rédaction. Quitte à bosser dur, j’en ai eu assez de bosser pour des clopinettes, alors j’ai tout arrêté pour me consacrer à la traduction et à l’écriture.

Nouvelles en vrac

  • Esprit critique m’en a donné la confirmation : j’ai un alignement chaotique bon. Chouette vidéo, merci F. !

  • Bonne nouvelle : je crois que mes voisins ont disparu par le portail qui s’est ouvert entre notre monde et le suivant à Halloween et ont été remplacés par des fantômes. Je ne vois aucune autre explication rationnelle au silence qui règne dans l’immeuble.

  • Je regarde trop de films d’horreur. Mais je n’en suis pas encore au point d’avoir vu celui avec Ben Laden qui revient en zombie. Quoique, « The Axis of Evil Dead », c’est tellement bien trouvé que je devrais peut-être.

axis of evil dead

  • Je regarde Log Horizon, et c’est bien, même très bien. J’ai passé tout un épisode à pleurer.

  • Je ne regarde toujours pas, mais je suis devenue totalement accro à l’OST de Naruto Shippuden. Yasuharu Takanashi!! C’était le nom d’un compositeur crié par une fan, pas une insulte en japonais, au cas où vous auriez un doute.

  • J’ai découvert le sens de la vie. Mais je ne vous dirai rien.

Kata ton daimona eaytoy.

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Nourritures spirituelles d’août

Lâchez tout de suite cette serviette de plage et accompagnez-moi dans mon antre. Oubliez la crème solaire, le jogging, les mojitos en terrasse, les barbecues tardifs, venez plutôt goûter aux joies sombres et épicées que je vous ai gardées sous le coude.

La Zone du dehors, Alain Damasio

 

la zone du dehors_alain damasioPour mon anniversaire, ma plus vieille amie (celle que je connais depuis le plus longtemps, sinon, elle a le même âge que moi 😉 ) m’a offert avec beaucoup de perspicacité La Zone du dehors, d’Alain Damasio. Alors oui, je sais ce que vous allez dire : c’est maintenant que tu te mets à Damasio ? Oui, je sais, La Zone date de 1999 et entre temps, il y a eu La Horde du Contre-vent, acclamé par les critiques. Mais voilà, je n’ai jamais lu de Damasio, j’ai lu plein d’autres trucs. En tout cas, voilà, ça y est, j’ai lu La Zone du dehors. Et je n’ai même pas besoin d’avoir lu La Horde pour comprendre pourquoi mon amie a tenu à m’offrir La Zone en particulier. D’une, c’est brillant. C’est vif, voire acéré, au niveau de la pensée. De deux, la langue est parfois presque célinienne, qui ne cesse de se réinventer elle-même et de séduire ses propres limites. De trois, c’est une énorme gifle en pleine figure et dieu sait que mon esprit masochiste apprécie ce genre de claque. Ce dont on a envie vraiment, au fond, c’est d’être ébranlé, non ? Pas conforté, pas rassuré. On a envie qu’on nous engueule, qu’on nous tire des habitudes, qu’on nous… Illumine, ai-je envie de dire. Vous voyez, rien qu’en tentant de parler de ce bouquin, j’en deviens lyrique. Le livre questionne la nature de l’homme et les dérives de la démocratie. C’est un questionnement double, à la fois humain et sociétal, imprégné de pensée nietzschéenne, mais surtout emprunt d’une fureur de vivre qui m’a fait un bien fou. Comme je le disais à mon amie, ça m’a fait à peu près le même effet que la première fois que j’ai vu Le Cercle des poètes disparus. Je me suis retrouvée à pleurer sans même savoir pourquoi, à être juste bouleversée, ni triste, ni heureuse, ni rien, juste bouleversée. Ce n’est qu’après qu’on pose des mots, qu’on conceptualise, qu’on rationalise. Quand bien même, paradoxe qui m’est agréable, ce sont les mots qui vous ont foutu dans cet état.

Je voulais vous trouver de belles citations, et putain que ce livre en regorge, mais tout peut se résumer par cette unique phrase. « Parce que ça fait mal d’être libre. »

Secrets d’histoire, Louis II de Bavière

Ces dernières semaines, j’ai traduit un MMORPG du nom de Durango, par Nexon. C’était une chouette aventure, mais qui dit MMO dit listes sans fin de noms d’armes et de compétences, travail rébarbatif et automatique qui m’a laissé le loisir de laisser un œil et une oreille traîner sur mon écran gauche. Alors, pendant que je traduisais à la chaîne « épée à deux mains, épée à une main, marteau à une main, marteau à deux mains », etc, etc, j’ai regardé plein d’épisodes de Secrets d’histoire, dont le format et la narration conviennent plutôt bien pour une moitié de cerveau (ce n’est pas une insulte, hein, j’apprécie beaucoup l’émission).  Et j’ai particulièrement aimé un épisode consacré à Louis II de Bavière, un drôle de souverain davantage absorbé par sa propre imagination que par sa fonction de roi. Passionné de récits épiques, il s’est servi de son argent et de son pouvoir pour construire l’incroyable château de Neuschwanstein, à l’image de ses rêves. Passionné de musique également, il était à peu près le seul fan de Wagner du royaume et l’a tiré de la misère pour en faire ce qu’il est encore aujourd’hui : l’un des musiciens les plus influents du dix-neuvième siècle. Passionné de jeunes hommes enfin, il s’est peu à peu isolé du reste du monde pour vivre à sa guise dans le monde de ses fantasmes, payant des comédiens pour incarner les rôles épiques qu’il chérissait, oubliant même que ces jeunes hommes avaient besoin de dormir et de se nourrir.

Et, je n’avais même pas pensé à y rêver, F. l’a fait : il m’a déniché un yaoi mettant en scène le fameux roi 😀

neuschwansteinPop Redemption

Non, ce n’est pas du film que je veux vous parler ici (film que j’adore par ailleurs), mais plutôt d’un autre coming-out que je me vois forcée de faire. Il y a quelques temps, j’ai dû avouer haut et fort qu’en fait, j’aimais la romance. Eh bien il s’avère que parfois, en quantité restreinte, et de façon très spécifique, j’adore les génériques d’animes tout kitch. Surtout quand c’est MONSIEUR Pellek qui les interprète (mon deuxième Norvégien préféré, pour rappel, le premier étant MONSIEUR Mustis [F. : la solitude absolue dont je te parlais hier :) ]).

Oui, mesdames et messieurs, je me suis rendue compte que j’étais capable d’écouter ça en boucle pendant plusieurs heures 😀

Et je suis aussi friande de ceci :

Ou encore ça :

Ces musiques ont le don de me coller un sourire durable aux lèvres, et après tout, c’est tout ce qui compte !

Alcest, Nightbringer, Ex Deo, Dark Tranquillity

Rassurez-vous, tout n’est pas perdu. J’écoute toujours de la musique dark et de la musique extrême. J’ai pris un abonnement Spotify et me suis plongée dans la discographie de plusieurs groupes, dont, en premier lieu, Alcest, que j’aurai la joie de voir en concert avec Anthema en octobre prochain à Rennes ! Qualifié par certain que je ne citerais pas de « post-rock« , pour moi c’est avant tout une sensibilité black metal qui s’exprime de manière plus posée, parfois presque langoureuse, presque toujours mélancolique, et une touche de romantisme au sens initial du terme. Alcest, c’est un rêve éveillé, de la poésie lumineuse qui se déploie comme des volutes de fumée dans un appartement vide.

J’ai aussi posé une oreille attentive sur un groupe dont j’avais énormément apprécié l’album Ego Dominus Tuus (et ce titre vertigineux). Cet album-ci, Hierophany of the Open Grave, est dans la même veine, mais plus brut encore. Nightbringer est l’un des groupes de black qui tire son épingle du jeu en proposant des morceaux très denses, mais en même temps très profonds, comme si on pouvait plonger dans les différentes strates de musique jusqu’à l’abysse. Mais honnêtement, ce que je préfère dans cet album, c’est son côté malsain. Il me met subtilement mal à l’aise, comme si j’assistais à une cérémonie occulte aussi sensuelle qu’horrible.

Ensuite, j’ai largement pris mon pied avec un death épique très classe par Ex Deo, de grands fans de l’époque de la Rome antique. Je les avais vu en live lors d’une année où grâce au Hellfest, je m’étais aperçue que j’aimais le death. Pourtant, je n’ai pas réécouté ce groupe pendant des années, et je ne me souviens même pas comment je suis retombée dessus. Les détours étranges que prend l’existence, j’imagine… Personnellement, ce titre me donne envie de rejoindre directement les armées d’Hannibal :

Et enfin, j’ai redécouvert Dark Tranquillity et d’un côté, le premier album que je connais d’eux, Damage Done, et son irrépressible fougue :

Puis jeté une oreille sur des albums plus récents, plus ramassés, plus lents, plus sombres.

Drawing Blood, Poppy Z. Brite

La première fois que j’ai lu ce bouquin, Sang d’encre en français, je devais avoir dans les quinze ans. Je l’ai relu trois fois environ. Récemment, j’ai acheté sur un coup de tête ces deux romans qui avaient hanté mon adolescence, Lost Souls (Âmes perdues, trad. J-D Brèque) et Drawing Blood (traduit par le même, dire que c’est devenu mon maître Yoda de la traduction, c’est quand même incroyable, la vie !). J’ai toujours eu un faible pour Sang d’encre, entre les deux. Âmes perdues est un roman de grande jeunesse (Poppy avait dix-neuf ans au moment de la publication), et ça parle de vampires. Sang d’encre est plus psychologique, et d’une certaine manière, plus sombre. On y suit le parcours de Trevor McGee, 25 ans, traumatisé par un événement inqualifiable qui s’est produit quand il avait 5 ans. Depuis, il suit les traces de son père, et il dessine, et c’est la seule chose qui lui importe au monde. Il ne laisse personne l’approcher, personne le toucher. Il passe sa vie dans les bus, à sillonner les États-Unis jusqu’à ce qu’un jour il décide de revenir à Missing Mile, là où s’est produite cette horrible chose. Il y rencontre Zachary Bosh, un hacker de 19 ans qui s’est fait pincer et fuit la police. Zach est un rebelle qui se la raconte un peu, mais qui n’a jamais été capable de vraiment s’attacher à quiconque à cause de son passé familial de maltraitance. Le reste, c’est l’histoire de deux jeunes hommes amoureux qui affrontent leurs démons.

poppy z brite_drawing bloodJ’ai commencé la lecture, en anglais pour la première fois, et j’ai été presque aussitôt envoûtée par l’écriture empathique, sensuelle de Poppy Z. Brite, par l’atmosphère lourde du Sud des États-Unis, avec tous ces âmes perdues, ces écorchés de tous horizons qui naissent si bien sous sa plume. Mais surtout, j’ai eu la sensation incroyable d’une extrême familiarité, comme si je me souvenais de tous les détails au fur et à mesure que les phrases s’enchaînaient. J’ai eu l’impression de retrouver de vieux amis chers, longtemps perdus de vue. Et je les aime toujours, sinon plus : ado, je ne comprenais pas certaines choses, et je n’ai jamais été capable de bien m’imaginer Zach, alors qu’aujourd’hui, il est haut en couleur et en trois dimensions dans ma tête. Je me suis retrouvée la tête plongée dans le bouquin plusieurs heures d’affilée, incapable de décrocher. L’ancienne magie fonctionne toujours.

Bonus pour les amteurs(-trices)de yaoi !

Je ne vise personne en particulier 😀 Disponibles dans ma bibliothèque :

ludwig-you higuribeast-and-feastmother-spirits-taifuowal_kichiku encount

Encore un message de service…

J’aimerais, j’aimerais vraiment vous écrire le prochain Creepy Nights et terminer ma chronique en cours d’écriture (qui devrait arriver ce week-end…) sur Mass Effect: Andromeda. Au risque de ressembler à mon moustachu de géniteur, je peine à me poser et à trouver le temps. Si vous ajoutez à ça que j’ai été malade une bonne semaine et que j’ai mis presque tout une autre à m’en remettre, et que je suis vieille et qu’à l’heure où je vous écris, j’ai du mal à accommoder, les yeux explosés par la journée devant du texte (direction l’opticien la semaine prochaine…), je suis… frustrée ! Frustrée d’avoir mon roman et ma fan-fiction en stand-by depuis plus d’un mois, frustrée de n’avoir pas eu le temps de participer comme tous les trimestres au comité de lecture de Présence d’Esprits pour le prochain numéro d’Aventures Oniriques et Compagnie, frustrée de ne pas même réussir à écrire ces fichus billets blogs. Cette semaine, j’ai quand même eu le temps d’aller faire un tour à la mystérieuse Vallée des Saints, sur la route de Carhaix. Vous devriez aller y faire un tour !

Évidemment, je suis super heureuse d’avoir plein de taf, un taf que je trouve en plus parfaitement épanouissant. Je n’ai juste pas envie qu’il empiète sur tout le reste de ma vie. J’imagine que les choses vont se tasser au fur et à mesure ! Alors restez à l’affût ce week-end, un autre billet devrait arriver !

Allez, avant la chronique, de la musique stimulante pour le corps et l’esprit.

Quoi de neuf ? Dernières traductions et actualités

Juste un petit billet pour vous dire ce qui se passe.

Je suis en train de préparer un billet pour la catégorie Creepy Nights, où je vais continuer ma chronique du catalogue horreur de Netflix sous l’angle d’une problématique : la réception des films d’horreur pour les amateurs pas encore blasés mais bien rodés du genre.

Cependant, je peine à l’écrire non pas parce que c’est compliqué, mais parce que j’ai beaucoup à faire ces temps-ci. Mes employeurs indiens et californiens de Visual Data me mettent la pression pour traduire une série de documentaires massifs pour le compte de Netflix. J’ai déjà entamé un cycle de trois semaines de boulot 7/7j. De l’évolution d’homo sapiens à la Deuxième Guerre mondiale, j’apprends plein de choses passionnantes, et je vous invite d’ailleurs, pour les abonnés, à faire un tour dans la section « documentaires » de Netflix, qui s’agrandit à vue d’œil et pour laquelle j’ai pas mal travaillé ces derniers temps (notamment pour la traduction du documentaire sur les Rolling Stones Crossfire Hurricane et celui sur le personnage plus qu’étrange de John McAfee (Gringo, The Dangerous Life), créateur du premier antivirus au monde). Et non, ce n’est pas « corporate », Netflix n’est pas mon employeur, simplement, je suis fière de mon boulot, et je trouve ces documentaires réellement intéressants :) J’en ai aussi fait un sur Joe Cocker et sur Bruce Springsteen, pour les amateurs.

C'est pour ça que ça existe, les traducteurs professionnels.

C’est pour ça que ça existe, les traducteurs professionnels.

Notons d’ailleurs ceci : si je vous en parle ouvertement, c’est que j’en ai le droit. D’ordinaire, dans l’industrie de la traduction, on a l’habitude d’être des petites mains de l’ombre sous-payées qui n’ont même pas l’insigne honneur de revendiquer leurs propres traductions. Dans le monde de l’audiovisuel, les choses changent. La norme est devenue d’indiquer le nom du traducteur à la fin de la vidéo. J’ai été très surprise quand mon employeur me l’a annoncé : je suis habituée aux pas en arrière, pas aux avancées. Pour la première fois dans ma jeune carrière, je peux revendiquer ouvertement être l’auteure de ces traductions, alors je ne m’en prive pas. Sur ce même sujet, je prévois un article sur la localisation du jeu Torment: Tides of Numenera, mais pour cela, il faudrait que j’ai le temps d’y jouer, ça va donc devoir attendre. Pourquoi ? Parce qu’on m’a proposé de traduire ce jeu pour 0,04 € du mot, 4 500 mots par jour, avec cette précision apportée par mon collègue qui m’en parlait : « la trad est parfois à réécrire, parfois non. » Il s’agissait en fait de revoir une traduction complètement loupée, et je sais par expérience que ce genre de travail demande souvent plus de temps qu’une simple traduction. Autant vous dire qu’à ce rythme-là, à ce volume-là, avec une deadline d’un mois (sur un RPG old-school, autant dire la taille d’un roman en terme de texte), c’était payé une misère. Le projet a été annulé : ils ont trouvé moins cher. Ce genre de mésaventure dénote pour moi un profond malaise dans le métier, et j’aurai l’occasion de revenir là-dessus en temps voulu.

À côté des activités professionnelles prenantes, j’avance sur mon roman déjà vieux de presque un an, mais fort d’environ 130 pages et très loin de se terminer, et je m’adonne de nouveau aux plaisirs de la fan-fiction avec un yaoi à base de Fairy Tail que je publie ici (quatrième chapitre en cours d’écriture !). Et dans ce qu’il me reste de temps… je dors et je regarde Full Metal Alchimist… Et tout ça, c’est sans compter Mass Effect: Andromeda qui arrive dans quelques jours. Après, j’ai toujours le temps pour un café ou une petite mousse, pas d’inquiétudes ! J’espère que vous allez bien, en tout cas !

Edit du 21 mars : j’ai oublié de vous annoncer quelque chose qui me tenait à cœur. J’ai enfin pu lâcher l’un de mes employeurs chez qui je m’ennuyais depuis deux-trois ans à écrire des articles en rédaction web, payés une misère, grâce à la remontée fulgurante de mes revenus associée à mon travail en sous-titrage. J’ai passé mes trois premières années post-diplôme dans une grosse galère professionnelle et financière, jusqu’au point où j’ai très sérieusement envisagé la réorientation, et je rêvais de voir ce jour arriver. Comme quoi parfois, l’acharnement, ça paie.

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Coup de gueule de début d’année

(parce que ça fait du bien)

Ça fait un moment, comme beaucoup de gens je pense, que je sens une sorte de rage s’accumuler en moi, et je cherche les moyens de l’exprimer sans vraiment y parvenir. Sur un moment de nostalgie, j’ai parcouru mes archives dans la blogosphère, et j’ai décidé de re-publier un billet qui n’est plus guère d’actualité dans sa forme, celle d’une lettre ouverte, mais le fond, en fait, condense toute ma pensée. Alors certains d’entre vous le connaissent déjà, mais j’ai eu envie de le faire remonter, au moins pour la symbolique pour cette nouvelle année. Il s’agit d’une lettre ouverte à Varg Vikernes, figure emblématique du black metal, arrêté en France en 2013 suite à des soupçons de terrorisme. Comme je connaissais son parcours de musicien et les sombres événements auxquels il a été mêlé, je me suis intéressée à son blog, toujours en ligne, le lien à la fin de l’article. Mais Varg n’est pas celui qui m’intéresse aujourd’hui. Je ne republie ce billet que parce qu’il condense des choses que j’ai juste envie de ré-affirmer à l’aube de cette nouvelle année.

 

Varg Vikernes,

Je profite de ce blog pour t’adresser une lettre ouverte.
Je commencerais en disant qu’en tant qu’individu, je n’accepte pas tes paroles. Et même si cela ne dépend pas de toi, je regrette profondément que ton nom continue à être associé au black metal. Que les gens venant te soutenir à ton procès soient filmés par les journalistes. Tout le monde va croire que c’est cela, le black metal.
Tu es paranoïaque, Varg.
Il suffit pour s’en convaincre de parcourir ton blog. Tous les articles « politisés », on les lit, on est d’accord ou non, mais on peut être titillé, curieux, intrigué. Jusqu’à ce que la mention tombe. Juifs. Chrétiens. Et l’amalgame, « judéo-chrétiens ». Tu as trouvé ton bouc émissaire, tu as trouvé ta Cause, celle qui justifie ta notion « d’honneur ». Grand bien t’en fasse. Sache seulement que par ce choix tu as renié l’une des valeurs qui sans aucun doute demeure fondamentale à tes yeux : la liberté. Les valeurs que tu as choisies s’embrouillent et disparaissent derrière un combat contre des moulins à vent que tu prends pour des géants.
Ton manque de lucidité me fend le cœur. Parce que tu fais partie de ces gens qui travestissent les valeurs. Parce que tu as trouvé ta bête noire, exactement à la façon de ces méchants au nez crochu dont tu dresses le portrait, animés d’intentions maléfiques à l’égard de ta grande Europe.
Au fond, si cela me cause autant de colère, c’est parce que je suis déçue. J’étais toute prête à prendre ta défense, toi l’un des héros presque mythologiques du black metal. Je ne parlerai pas ce qui s’est passé à cette époque, parce que je ne connais que les faits, et qu’ils ne suffisent pas. Mais tu restais une sorte de légende, parce que le black était nouveau, révolutionnaire, serais-je même tentée de dire. Je sais à quel point une histoire singulière passée sur la scène médiatique, sous les projetcteurs, peut être lacunaire, voire mensongère. C’est pourquoi j’ai voulu aller voir plus loin.
J’ai parcouru ton blog.
Je t’ai trouvé intelligent, et plus important encore, j’ai trouvé que tu réfléchissais avant d’écrire.
Mais tout ce que tu as d’intéressant à dire se retrouve éclipsé par des monceaux, pardon, des monceaux de conneries.
L’individualisme devient du protectionnisme. La revendication devient de la paranoïa agressive.
Selon moi, ton obsession sur la soi-disant mort de l’Europe est pathétique, et, permets-moi de le dire en utilisant tes propres mots, elle ne fait que démontrer ta faiblesse. Faiblesse, parce que tu n’es qu’un individu perdu dans la masse, qui ne comprend rien à ce monde. Tu l’as avoué toi-même. « Completely lost in this world ». Toute ta campagne contre les grands méchants destructeurs de l’Europe, ce n’est que de la peur. Pure et simple. Nietzsche supposait que le christianisme était à base de haine et de ressentiment. Dis-moi ce que tu exprimes d’autre que du dégoulinant ressentiment ? Dis-moi ce qui t’embarque dans cette croisade anti-juive, anti-chrétienne, si ce n’est ton ressentiment pour un hypothétique paradis perdu, l’image figée et idéalisée d’un passé païen ?
Tu es aussi figé que les ennemis que tu combats. Parce que tu as désigné ton ennemi.
À mon avis, ton ennemi est à l’intérieur de ta tête. Tu les combats eux, parce que tu as peur pour ta propre identité. Tu n’arrives pas à te circonscrire. Le monde moderne ne te donne plus suffisamment de cadres rassurants. Nous vivons dans un monde plein de cette « diversité » que tu défends si maladroitement. La vérité, c’est que tu n’es pas capable de l’assumer, cette diversité. Elle te mine. Tu voudrais bien être plus pur et vivre dans un monde plus pur.
Pourquoi, vous tous, avez-vous besoin de brandir à ce point votre identité, si vous ne vous sentez menacés ?  Et par quoi et par qui êtes-vous réellement menacés ? Qui vous empêche d’être ce que vous êtes ? Vous a-t-on forcés à vous convertir à l’islam ? La vue d’un simple voile suffit-elle à vous donner un sentiment d’insécurité ? Êtes-vous si incertains, si faibles, si peu solides que côtoyer des personnes autres, qui ont d’autres repères que vous, suffit à vous faire monter sur vos grands chevaux ?
Pour moi, faire de l’identité une telle obsession ne dénote rien d’autre qu’un profond sentiment d’insécurité. Vous n’êtes que des gosses terrifiés, qui tremblent dans un monde dont les frontières ne sont plus si sûres. Vous confondez cet affaiblissement des frontières immémoriales avec une indifférenciation. Qu’est-ce qui vous empêche de rester différents ? Qu’est-ce qui vous empêche de vivre comme vous l’avez toujours fait ? Je suis navrée, mais je ne vois absolument rien qui vous en empêche. Derrière vos beaux discours aux grands mots ne se cache qu’une peur terrible. Et cette peur n’a de raison d’être que parce que, aussi individualistes que vous prétendez l’être, vous avez en réalité besoin de barrières sociales, morales, et juridiques, pour vous sentir protégés. C’est pourquoi je vous trouve pathétiques, tous autant que vous êtes. Vous êtes comme des vieux à qui on change les habitudes. Vous gueulez contre l’uniformisation, mais vous êtes juste mal à l’aise avec la diversité, celle que tu oses défendre, Varg. Vous êtes incapables de rester vous-mêmes si le vent tourne. Vous voulez juste vous faciliter les choses, en éloignant de votre vue ce qui est différent. ça évite de trop penser. D’être trop perdu.
Alors oui, cette lettre ouverte prend un autre ton. Ton cas, Varg, n’apparaît pas aujourd’hui par hasard. Il sert bien ta cause. Et si je suis aussi en colère c’est parce qu’il a un contexte. Je n’aurais que faire d’une affaire isolée. Mais tu es représentatif. Et tu es suivi.
Mon idée est que les gens qui composent ton comité de soutien ne sont en rien différents de n’importe qui choisit de se replier sur soi. N’importe qui épousant une cause ou une icône pour mettre un peu d’ordre dans sa vie. La vérité, je le crois – et quiconque le désire peut essayer de me détromper – c’est que très peu de gens réalisent ce qu’être libre signifie, et énormément croient le savoir. J’ai déjà vu ça ado, quand j’ai voulu embrasser la mouvance gothique. Et plus je l’embrassais, plus je m’apercevais que j’avais affaire à un groupe d’épouvantails qui passait son salaire – ou bien l’argent de papa ou de l’État – en vêtements d’apparats. Des gens qui vous dévisageaient quand vous entriez dans leur cercle fermé, leur petite élite intellectuelle et visuelle. Ils n’étaient différents que face à une majorité, mais relativement, c’étaient tous exactement les mêmes. ça en revient à ta critique du satanisme : une norme qui s’oppose à une autre.
Et tu fais la même chose, parce que les solutions aux problèmes que tu brandis sont déjà trouvées. Tu ne laisses aucune place à la subtilité parce que tu connais déjà les coupables. En quoi ta pensée diffère-t-elle de celle de tes Ennemis ? Où est ta liberté ? Tu es asservi comme n’importe qui à la mythologie, et son autre nom, la religion. Ton idéal est ton carcan.

J’en profite pour ajouter une parenthèse sur un sujet qui commence à me souler tout particulièrement. Tu fais partie de ce gens qui semblent se hérisser dès qu’on remet en question la notion de genre sexuel. Qui a dit que cette notion n’existait pas ? Je tiens au passage à souligner que la soi-disant « théorie des genres » est une pure et simple invention. On désigne sous ce nom un ensemble de récentes recherches portant sur la construction sociale du genre. Là encore, on ne cherche pas à uniformiser, mais simplement à savoir à quel point nous sommes hommes ou femmes de fait, et à quel point on nous instruit et nous recommande d’adopter tel ou tel comportement en fonction de notre sexe. Arrêtez de vous effaroucher parce qu’on remet en question des notions millénaires. Ce genre de théorie n’est pas faite pour détruire, mais pour nous permettre d’évoluer en tant qu’individus. Pour que tout un chacun puisse comprendre qu’il n’est pas censé être ou penser quoi que ce soit sous prétexte qu’il soit homme, femme, noir, blanc, et j’en passe. Et ce processus n’est pas, putain, de la conformisation, mais un processus de libération. Pardon, mais à mes yeux, quiconque pense le contraire a juste une trouille de tous les diables. Parce que sans définition, on perd le cadre, la direction à suivre, la règle en générale. J’en ai plus qu’assez qu’on confonde liberté et indifférenciation. La liberté, ce n’est pas revendiquer sa différence. C’est vivre avec sa différence en toute sérénité. Tout le reste n’est que mascarade. J’en ai plus qu’assez de ces discours de replis identitaires. Vous n’êtes que des lâches perdus dans un monde trop vaste. Si vous n’êtes pas capables de l’assumer, ayez au moins l’honnêteté d’avouer la vraie teneur de vos propos, au lieu de vous cacher derrière des idéologies de façades. Vous avez peur. Dites-le, et arrêtez de faire chier le monde.
Je suis une femme. Je suis blanche. Je suis issue des classes moyennes. Et le fait que je veuille savoir ce que ça signifie au-delà des conventions sociales résultant de tous ces paramètres n’implique pas que je veuille être la même chose qu’un homme noir aristocrate. ça signifie que je veux être libre. Et donc être autre chose que ce pour quoi mon environnement social m’a formée et cataloguée. Je ne veux pas être définie par des clauses extérieures qui ne dépendent pas de moi. Parce qu’elles sont toute relatives, historiques, idéologiques. Et que je m’en contrefous. Et abandonner ces paramètres, ces cadres, ne fait pas de moi une anonyme.
Je n’ai pas besoin de me circonscrire. Et si vous en éprouvez le besoin si pressant, c’est que vous n’êtes pas capable de faire face à la liberté. La liberté, c’est ce qu’il reste quand vous avez démonté cette architecture héritée qui fonde votre être. Vous devez seulement choisir votre héritage. Et faire ce choix ne change pas quoique ce soit au reste du monde. Cela ne concerne que vous. Encore une fois, si vous avez besoin que l’ensemble de la société fasse les mêmes choix que vous-mêmes, vous n’êtes que des lâches et des conformistes.

Le véritable individualisme, vous crachez dessus. Tout ce que vous dites ne sont que des belles paroles pour dissimuler votre propre conformisme inavoué. Le véritable individualisme se fout bien des Juifs ou de la remise en question de la différenciation des genres. Le véritable individualiste n’a pas besoin de clamer et surtout de revendiquer sa différence comme un chien aux abois, un chien acculé. Il se contente d’être. Et qui peut l’en empêcher ?

http://thuleanperspective.com/

Nourritures spirituelles de novembre [Fairy Tail]

Hum… Alors en fait, à l’heure où je commence ce billet, je prends des vacances dans deux jours. Le billet ne sera probablement publié qu’au moment où lesdites vacances commenceront. Ce billet, qui conjugue normalement plusieurs domaines artistiques, va cette fois-ci être totalement monomaniaque, et ceci parce que ces temps-ci, quand je ne travaille pas, ne dors pas, ne joue pas (Skyrim nouvelle édition !) ou ne passe pas ma soirée à discuter à bâtons rompus sur le sens de la vie, l’élection de Donald Trump, ou encore les aléas si agaçants et frustrants du monde du travail, je regarde Fairy Tail. J’ai passé deux mois de folie niveau boulot, mon environnement et mon visage se sont progressivement dégradés, et là je vous écris depuis ce qui semble être l’avant-poste du champ de bataille : sur mon bureau, les bouteilles de bière côtoient étrangement un flacon de ciboulette vide, des sous épars, des prospectus en pagaille comme si l’office de tourisme venait d’exploser (cf mon nouveau boulot auprès du Petit Futé), une boîte de doliprane, l’éternelle tasse à thé, une prodigieuse accumulation sur le chevalet de lecture mêlant en vrac cartes de ma main pour mon roman en cours, guidelines Netflix pour mon boulot de sous-titrages (vérification des sous-titres de Star Trek), ainsi notes et brouillons pour ma collection Trois heures du matin.

Bref ! Il n’y a pas très longtemps, je m’ennuyais sur Netflix et je désespérais de trouver quelque chose qui accroche vraiment mon attention. Désireuse de découvrir un peu plus l’animation japonaise, j’ai opté pour Fairy Tail, qui me semblait correspondre à ce dont j’avais besoin : magie, fantasy, humour décalé.

Dès le premier épisode, j’ai flashé. Et je suis devenue très vite complètement fan :)

Bon, si vous êtes fans de manga, sachez qu’il s’agit d’un shonen. Genre qui, à en croire mon compagnon, est extrêmement codifié. Mais, toujours d’après lui, et d’après ce que je lui ai raconté et les épisodes qu’on a vus ensemble, celui-là est un peu à part. Il s’amuse avec les codes du genre et les décale. Contrairement à la plupart des shonen, il n’y a pas à proprement parler un héros. Natsu (le petit mec aux cheveux rose ci-dessus) peut être vu comme le personnage principal, mais il me semble que Lucy (en tenue d’écolière bleue) l’est tout autant, et tous les autres personnages présents sur l’image, et bien d’autres, sont développés au fur et à mesure de l’histoire, et chacun a droit à un épisode, ou une série d’épisodes, qui revient sur son passé, ou tout simplement à un arc narratif dont il est le personnage principal.

En deux mots, le pitch de Fairy Tail

Alors de quoi ça parle, Fairy Tail ? Ça se passe dans un monde fantasy où la magie fait partie du quotidien des gens. À peu près n’importe qui peut apprendre à la maîtriser, et en faire son métier. Ainsi, on a un royaume où fleurissent les guildes de mages, qui sont en fait des mercenaires magiques. Ils effectuent des missions diverses et variées pour de l’argent. L’histoire commence avec Lucy, dont le rêve est d’intégrer la guilde de Fairy Tail. À son arrivée, elle s’aperçoit qu’il s’agit d’une guilde extrêmement soudée remplie de mages excentriques. Quand ils ne travaillent pas (et ça arrive souvent, car ils sont flemmards), ils passent leur temps à boire et à se bagarrer dans le QG de la guilde. Très vite, elle se lie d’amitié avec Natsu, un mage du feu élevé par un dragon, ainsi qu’avec Erza et Grey. Une équipe se forme et c’est parti pour de folles aventures.

Ne me demandez pas pourquoi la guilde s’appelle ainsi, je crois que je n’ai jamais compris l’explication donnée à plusieurs reprises au fil des épisodes :)

Kawaii !!

Il y a un petit moment, j’écrivais ici un article sur le kawaii. Il y a largement de quoi le mettre à jour avec cette série, et notamment avec Happy, qui me fait complètement fondre, surtout dans cet épisode où il est déguisé :

happy4sans-titreLes personnages

La série propose tout un tas de personnages aussi attachants les uns que les autres. Il y a Gajeel, le chasseur de dragon d’acier, et sa manie d’improviser des concerts à base de voix blues et de « shoubidou-bidou-wah ». Grey, le mage de glace qui passe son temps à se désaper (charmante habitude) et à se battre avec Natsu sans raison valable. Natsu, justement, son enthousiasme et son optimisme inébranlables, son tempérament hyperactif et ses crises d’hystérie. Lucy, susceptible, adorable, copine avec des esprits aussi variés qu’un homme-cheval (et non, il ne s’agit pas d’un centaure), une divinité aquatique revêche, un bonhomme de neige de compagnie, ou encore une soubrette sado-maso. Erza, qui associe une discipline de fer à un mental en béton armé, qui prend tout extrêmement au sérieux tout en étant à sa façon complètement kawaii.

lucynatsugreygajeelerza

La musique de Fairy Tail

Il y a un autre truc que j’adore dans cette série, c’est sa musique ! Efficace, dynamique, elle sait toujours vous prendre aux tripes aux moments forts de l’aventure. J’ai toujours les larmes aux yeux dans les épisodes où revient ce thème, et j’ai l’impression qu’il participe autant à l’émotion qu’à ce qui se déroule dans l’épisode. Mais bon, il faut dire que quand on veut me faire pleurer, il suffit de me mettre du biniou et des percus militaires et l’affaire est conclue 😉

De Buffy contre les vampires à Fairy Tail : l’éternelle adolescence

Quand j’avais douze-treize ans, à l’époque où j’enregistrais la Trilogie du samedi soir sur M6 sur VHS, j’étais une énorme fan de Buffy. Il y avait un peu plus que le fait que j’adorais la série. Comme Dragon Age et maintenant Fairy Tail, c’était pour moi l’une de ces fictions qui vous remontent le moral et vous aident à voir les choses sous un meilleur jour. Je sais à quel point ça peut paraître bébête, et peut-être que ça l’est, mais certaines fictions ont pour moi ce pouvoir magique de vous donner de la force pour le quotidien. Buffy, c’était cette jeune fille paumée qui détestait les vampires et pourtant en tombait amoureuse, et qui quoi qu’il arrive sortait toutes les nuits pour accomplir ce devoir qu’elle réprouvait. C’était le courage à l’état brut, l’humour qui désamorce le pire, le décalage offert par la fantaisie et l’imagination, un espace où les personnages apprennent à devenir eux-mêmes et à maîtriser leurs pouvoirs… ou leur absence de pouvoir. Fairy Tail, pour moi, c’est pareil. Comme je le disais en début d’article, Fairy Tail est un shonen, un genre qui s’adresse aux adolescents. De même, Buffy démarre à l’époque où les personnages sont au lycée. Je crois que dans ces deux fictions, c’est ça qui me touche : ça parle aux gens qui sont perdus, qui ont la flamme et qui se brisent les ailes, ça parle aux gens qui sont enterrés sous le carcan des convenances sociales, à ceux qui ne cessent jamais de rêver et cherchent une porte de sortie pour ne pas subir la mort lente de l’âge adulte.

buffy

fairy-tail-ile-de-tenroAlors oui, comme tous les shonen (si j’ai bien appris ma leçon), Fairy Tail vous parle du pouvoir de l’amitié. Mais il vous en parle bien, comme Buffy. L’obstination complètement dingue des personnages finit par devenir contagieuse. Et comme la série use à foison d’un humour très « méta » (coucou les Inrocks et Télérama !), le ton reste léger, sans trop se prendre au sérieux. C’est peut-être ce décalage qui fait aussi que les moments solennels et tristes sont si poignants. Si on me demandait ce qui fait pour moi qu’une fiction est bonne, la réponse serait très simple : je prends mon pied quand une œuvre, quelle qu’elle soit, parvient à me faire passer du rire aux larmes. Parce que je sais que j’ai l’air d’une grosse sensible avec mes derniers billets blog, et c’est sans doute le cas, mais il faut savoir que ce n’est pas souvent que j’éclate de rire et verse des larmes sur la même œuvre.

Je vous invite donc à jeter un œil, si ce n’est déjà fait, sur cette série, en espérant que ça vous amuse autant que moi !

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Le métier de rédacteur web

Aujourd’hui, j’ai envie de parler d’une partie de ma vie professionnelle, celle qui concerne mes activités de rédactrice web. Depuis plus de deux ans, je travaille pour une agence que je n’ai contractuellement pas le droit de citer sur mes différents profils professionnels en ligne. Si le métier vous intéresse, si vous voulez partager vos propres expériences de rédacteur web, ou si vous êtes simplement curieux, n’hésitez pas à réagir ou poser des questions.

La rédaction web, qu’est-ce que c’est ?

Un rédacteur web, c’est une petite main qui travaille dans l’ombre, qui fournit des contenus (généralement des articles) pour des sites web. Quand on est indépendant, on fonctionne de la même manière qu’un traducteur freelance : une entreprise nous recrute et nous intègre à sa base de données, et fait appel à nos services dès qu’elle a un projet qui correspond à notre profil (spécialités, goûts, disponibilités, autant de renseignements que l’on donne à l’embauche).

À la différence d’un traducteur technique (j’entends par traduction technique tout ce qui n’est pas considéré comme de la traduction littéraire, c’est-à-dire la traduction dont les contenus relèvent de la propriété intellectuelle ; mais je n’enterai pas dans les détails car pas mal de choses sont floues et mal encadrées par la loi), on a un statut d’auteur, et nos textes relèvent donc du droit d’auteur, même si dans la réalité, on cède tous ses droits d’exploitation. La loi française protège les œuvres de l’esprit dans le sens où un auteur conserve un droit inaliénable moral sur ses œuvres (elles lui appartiennent toujours sur le plan abstrait et théorique, même s’il n’en tire aucun bénéfice), ce qui entre en contradiction avec de nombreux usages effectifs. Mais là encore, il s’agit d’un large débat, et mon article ne porte pas sur ce sujet.

Travailler en pyjama comme Johnny Depp dans Fenêtre Secrète, c'est chouette.

Devenez rédacteur web et travaillez en pyjama comme Johnny Depp (extrait du film Fenêtre secrète).

Voici concrètement comment ça fonctionne pour moi : quand on a besoin de mes services, on m’envoie un « programme de travail », c’est-à-dire un fichier Excel contenant les thèmes, les titres des articles, et divers champs servant essentiellement à l‘optimisation web (ou SEO pour Search Engine Optimization), comme le méta-titre, la méta-description, les images et leurs légendes, une série de mots-clés, etc. On me fournit également un « mode d’emploi », qui est en fait un cahier des charges (oula j’ai failli inventer un mot : un cahier « d’écharges », avais-je écris !) établi par l’agence avec le client. Qui est ce client, me demandez-vous ? Je ne peux pas vous donner de nom, je n’ai pas le droit. Mais vous verrez assez bien le tableau si je vous dis qu’il s’agit de quelques-uns des grands noms de la presse féminine, de sites de culture gé et d’infos générales, et d’un site marchand de biens généralement culturels (même si parfois, au lieu d’écrire un article sur le nouvel album de Lara Fabian, on se retrouve à vanter les mérites des frigos américains). Dans la majeure partie des cas, j’écris des articles qui présentent une personne ou un produit, ou des articles de conseil dans le domaine vie sociale, vie de couple, vie professionnelle, beauté, mode.

Les contraintes SEO en rédaction web

De nombreux clients font appel à l’agence web pour qui je travaille afin de faire remonter leur site au classement Google. Ils imposent donc parfois des contraintes d’optimisation du référencement assez lourdes. Sur des articles relativement courts (disons l’équivalent d’une page Word, ce qui fait à peu près 500 mots), on nous demande par exemple de répéter le mot-clé dans le chapô, les sous-titres, mais aussi au moins une fois par paragraphe. Il arrive souvent que cela conduise à des redondances qui rendent les textes aussi pénibles à écrire que, j’imagine, à lire. (Rédaction web ! Rédaction web ! Quoi ? Je suis en train de faire du gringue à Google, et ça marche : l’application Yoast vient fièrement de passer à la couleur verte et me félicite pour la densité de mon mot-clé.)

Devenez rédacteur web et comme Paul Sheldon dans Misery, laissez s'exprimer votre créativité.

Devenez rédacteur web et comme Paul Sheldon dans Misery, laissez votre créativité s’exprimer.

Ces contraintes s’expriment aussi sur la forme, le nombre de paragraphes, et surtout les liens. Là encore, cela conduit, par exemple sur différents articles d’un même dossier, à un type de rédaction assez artificiel. En effet, on se retrouve à mettre des liens pour mettre des liens, même si ce n’est pas forcément pertinent. On aboutit donc à un cas de figure où l’on produit des contenus non pas optimisés en terme de qualité, mais conçus pour faire les yeux doux à Google.

La signature des articles

Autant vous prévenir d’avance : si vous voulez être rédacteur web, vous avez intérêt à ne pas avoir trop d’ego. Les clients ne veulent pas qu’on sache qu’ils font rédiger leurs contenus en externe. Une question d’image. Aujourd’hui, j’ai eu la curiosité de me renseigner sur le nom avec lequel on avait signé une série de mes articles pour un site de presse féminine. Verdict : cette personne n’existe pas. S’il ne s’agit pas d’une personne fictive, mes articles sont élégamment signés « La Rédaction », ou du nom du site web sur lequel ils paraissent.

En rédaction web, il est important même si parfois difficile de garder son sang froid.

Devenez rédacteur web, mais faites votre possible pour garder votre sang froid…

Vous êtes dépossédé de votre travail à bien des égards : je ne signe pas mes articles, et je ne peux pas me servir de mes références qu’en contact privé avec un employeur potentiel. Je ne peux donc pas, ici, vous donner des exemples de mon travail et m’exclamer fièrement : « regardez, c’est moi qui l’ai fait ! ». Comme je suis déjà amenée à traiter fréquemment des thématiques qui n’ont rien de particulièrement passionnant, il y a une certaine dose de frustration à gérer.

La joie des petits calibrages

Il existe un autre point de frustration non négligeable : on tape à la main des balises, et sur certains projets, on doit intégrer un certain nombre de contraintes. Ce qui amène fréquemment à effectuer des petites corrections. On me renvoie souvent des fichiers parce que j’ai oublié un lien, une balise, que je n’ai pas mis le mot-clé dans un sous-titre, que je ne dois pas sauter une ligne après le sous-titre, parce que je me suis trompé de code de licence pour des images tirées de bases de photos libres de droit, etc. Heureusement, avec l’habitude de la rédaction web et le temps passé à travailler sur des projets émanant des mêmes clients, il y a de moins en moins de corrections à faire.

Devenez rédacteur web, et comme Garrus, faites de la précision millimétrée votre petit kiff quotidien.

Devenez rédacteur web, et comme Garrus, faites de la précision millimétrée votre petit kiff quotidien.

Une autre difficulté est la gestion du nombre de signes (nombre de caractères, espaces compris). Là encore, tous les articles d’un même projet sont soumis à la même contrainte. Pour moi, le format qu’on m’impose le plus couramment est de 2700 signes pour l’article, et 300 pour le chapô. Selon le sujet traité, j’éprouve parfois des difficultés à compresser toutes les infos dans ce format, ou au contraire, je galère comme une damnée pour remplir ma page Word… Par exemple, j’ai récemment du écrire un article sur un trio de designers dont l’unique accomplissement était d’avoir conçu… une poire. Sur le web, aucun renseignement biographique ni trace quelconque d’autres projets de design à citer. Il m’a donc fallu broder pendant 2700 signes pour vanter les mérites de cette poire, et ça n’a pas été simple.

Un métier pour les amoureux des mots

J’ai souvent lu sur des fils de discussion de traducteurs professionnels l’idée qu’ils n’aimaient pas toujours ce qu’ils traduisaient, mais qu’ils aimaient avant tout traduire. Pour la rédaction web, c’est la même chose. Le plaisir de la phrase bien faite, bien construite, la satisfaction d’écrire un texte correct voire agréable, a toute sa place dans la profession. Les mots sont ma passion et mon métier, et entre mes différentes activités, quand je suis occupée, j’écris plusieurs milliers de mots par jour sur divers supports. En rédaction web, on doit adapter le style et le ton aux demandes du client, et gérer les contraintes formelles de manière à obtenir un texte satisfaisant à l’arrivée, dans un français clair, fluide, qui donne envie de poursuivre sa lecture. En ce sens, chaque nouvelle commande propose son lot de petits défis. Les mots sont votre matériau brut, comme le bois est celui du menuisier. À vous d’en tirer le meilleur parti possible afin de véhiculer des informations qui intéresseront toujours des gens, même si vous, ça ne vous intéresse pas nécessairement.

De plus, on apprend des choses. Tout comme le métier de traducteur, celui de rédacteur web vous amène à traiter des sujets auxquels vous ne vous seriez jamais intéressé de vous-même, et à terme, c’est enrichissant. Je suis notamment devenue un moteur de recherche sur pattes pour mon entourage en quête d’astuces beauté, et j’ai élargi mes perspectives sur l’art contemporain en découvrant le travail de divers designers. J’ai même pu frimer en demandant à mon beau-frère ce qu’il pensait des cloisons alvéolaires.

Une chose est certaine : en dehors des compétences linguistiques, la qualité essentielle pour devenir rédacteur web, c’est la curiosité.

Devenez rédacteur web et prenez votre pied en écrivant

Devenez rédacteur web et prenez votre pied en écrivant.

 

Nourritures spirituelles de février

Quand j’ai commencé à travailler en indépendant à l’obtention de mon diplôme en 2013, je savais que ce genre de moment finirait par arriver. Mais il a fallu deux ans et demi pour y parvenir : jusqu’à la fin de mois, j’ai du travail par-dessus la tête. Je rédige une demi-douzaine de pages tous les jours, partageant mon temps de cerveau disponible entre les conseils beauté (l’huile de ricin est la meilleure alliée pour vos cheveux) et les fiches de révision à l’intention des lycéens paniqués qui n’ont pas lu Balzac, Montesquieu ou Céline à quelques mois des examens de fin d’année.

Peu désireuse de sombrer pour autant dans une routine où j’arrête de travailler à 18h, je m’ouvre une bière et me pose devant The L World jusqu’à l’heure du dîner, après quoi je disparais sous ma couette et pour bouquiner quelques heures, j’ai décidé de rédiger un petit billet pour partager avec vous les trucs du moment.

Et en ce moment, je regarde la nouvelle saison d’X-Files. Peu adepte des réseaux sociaux et assez sélective sur l’actualité, j’avoue ne pas savoir comment ce début de saison a été reçu par les fans et les newbies. Pour ma part, j’ai tout de suite adhéré. La série parvient à redémarrer avec un naturel déconcertant, tout en s’inscrivant dans la tradition. Le générique n’a pas été changé, on retrouve nos deux agents vieillis, un peu tristes, mais ils n’ont rien perdu de leur sens de l’humour. Le premier épisode démarre très fort en reprenant la trame complotiste de X-Files remise au goût du jour, avec les angoisses et les problématiques de notre époque. Il suggère un scénario plutôt complexe et plutôt casse-gueule, j’espère donc ne pas être déçue… J’ai regardé le quatrième épisode tout à l’heure, et c’est du pur X-Files, et c’est toujours aussi bon.

Côté bouquin, j’ai terminé il y a peu le deuxième tome de la série Martyrs d’Olivier Peru, qui m’a charmée tout autant que le premier malgré un petit essoufflement sur la première partie du livre. Le livre raconte l’histoire de deux frères issus d’une race de guerriers, les Arserkers, qui ont la particularité de voir la nuit grâce à leurs yeux dorés, et de ne pas avoir d’égal sur un champ de bataille. Mais les temps ont bien changé à l’époque où commence le livre, et les Arserkers sont presque éteints. Pour gagner leur vie, Helbrand et son frère Irmine opèrent en tant qu’assassins. Mais, évidemment, leur petite histoire va se mêler à la grande, et leurs actes auront une répercussion sur le royaume, en pleine transition et à la veille d’une guerre civile. Olivier Peru a un véritable don pour la narration, et je me suis laissée embarquer au fil des 650 pages sans regret. Un troisième tome est à prévoir, je l’attends de pied ferme.

olivier_peru_martyrsDepuis trois jours, j’ai entamé Le Vide, de Patrick Senécal, après avoir été convaincue par la chronique sur le blog d’Yvan, Émotions Littéraires. Et je ne suis pas déçue ! La jaquette proclame fièrement que le roman a été « la claque littéraire de ces dernières années » pour Franck Thilliez, et cela ne m’étonne pas du tout. Le Vide est un livre vertigineux, où l’angoisse existentielle atteint son paroxysme. On y éprouve une sensation de malaise tout en étant aspiré par l’histoire contée au fil des chapitres qui se succèdent dans le désordre, mais selon une implacable logique narrative.

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Je profite de ce billet pour évoquer un film que j’ai vu il y a quelques semaines, juste avant la mort d’Alan Rickman. Il s’agit du film qu’il a réalisé, Les Jardins du roi (A Little Chaos). Alan Rickman y campe le rôle d’un Louis XIV plutôt attachant, aux côtés de Mathias Schoenaerts dans le rôle de Le Nôtre, et Kate Winslet dans celui de Sabine De Barra. Le film est assez anecdotique dans son contenu : c’est l’histoire de Sabine, qui parvient à se faire embaucher par Le Nôtre pour concevoir le bosquet des Rocailles dans les nouveaux jardins de Versailles. Mais que l’histoire tienne en quelques lignes, ça n’a pas vraiment d’importance. Le film capture un moment dans le temps, dans la vie des différents personnages, avec beaucoup de subtilité et une grande justesse dans le ton et le jeu des acteurs. Ce film n’a rien d’extraordinaire, mais il est… apaisant. Simple et beau.

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Je n’ai pas grand-chose à vous dire concernant la musique, que je n’explore pas en ce moment. Cependant, il y a peu, mon compagnon m’a fait découvrir ce groupe que je vous invite à écouter en ne faisant rien, les yeux dans le vide. On a peu de groupes comme Aquilus, avec des morceaux construits de mille nuances, qui invitent à se perdre en soi-même dans une longue contemplation sans but.

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Sinon, en vrac, j’ai écouté La Tête au carré avec Mathieu Ricard, moine bouddhiste, et Christophe André, psychiatre, sur le thème de la sagesse. J’ai regardé l’intéressant documentaire de Dirtybiology sur l’origine de la richesse. J’ai secoué la tête de dépit plusieurs fois cette semaine en lisant des articles de presse, et notamment cet article du Monde qui raconte comment le conseil régional a retiré sa ridicule subvention de 20 000 euros au Hellfest. En ce moment, j’ai l’impression que tout le monde en France vit dans un univers hermétiquement fermé et que chaque couche de la société ne comprend absolument rien à toutes les autres. Et le pire, c’est que personne ne cherche à comprendre. On préfère apparemment cette cacophonie ridicule alimentée à coup de tweets incendiaires. L’indignation est devenue une espèce de norme étrange, et les réseaux sociaux une arène où les combattants ne cherchent qu’à prouver la supériorité de leur morale (la seule, bien entendu, valable. Le moindre écart à la Morale vous conduira tout droit à la géhenne où brûlent tous ceux qui ont vu leur réputation détruite par le web en quelques heures). À ce sujet, je vous invite à lire cette intéressante analyse-et-je-suis-complètement-objective-en-disant-cela sur le blog de mon compagnon.

De l’art d’être absent

Beaucoup de gens se plaignent de ne pas avoir le temps, d’être trop sollicité, et de ne plus parvenir à se passer de leurs échanges en ligne. Je suis d’ailleurs étonnée de leur addiction aux réseaux sociaux, de leurs multiples abonnements, de leurs systèmes de notifications qui les abreuvent d’informations toute la journée.

Être absent est parfois une nécessité, parfois ce sont des vacances que l’on s’accorde et qui ont le goût délicieux de l’interdit, comme à l’époque où on séchait les cours. Pour moi, c’est au fil du temps devenu un art de vivre que j’ai un peu trop bien cultivé.

J’adore être absente. Indisponible, déconnectée, endormie. Le silence est la meilleure de mes couvertures. Bien évidemment, je ne le suis que dans la mesure où ma vie professionnelle me l’autorise. Mais c’est l’une des choses que j’ai envie de changer en 2016. Je ne vais pas être super présente et super communicative d’un coup de baguette magique, ce n’est pas dans ma nature, de toute façon. Et je crois qu’il est vain de lutter contre sa nature, car chassez le naturel… vous connaissez la suite.

En fait, quand on est absent, on s’exile de sa propre vie, ainsi que de celle des autres. C’est comme dormir. On est plus léger. Sans attaches. On oublie facilement. Les événements et la vie quotidienne glissent sur vous comme l’eau sur les plumes d’un canard (étrange comparaison, certes, mais elle me semble bien décrire le phénomène !).

Le chômage, les difficultés relationnelles et sentimentales, l’isolement progressif renforcent peu à peu le plaisir que l’on a à être absent, jusqu’à ce qu’on soit pris à son propre piège : à force d’ignorer le reste du monde, on finit aussi pour s’ignorer soi-même, et notre propre vie nous apparaît comme un événement extérieur sur lequel nous n’avons aucune emprise, et dans lequel nous n’avons aucun rôle à jouer.

Alors, peut-être qu’au final, je ne maîtrise pas cet art subtil si bien que cela. S’esquiver, prendre du temps pour soi, préserver sa bulle d’intimité, rester disponible pour rêvasser, s’autoriser à ne plus penser, c’est bien, et même nécessaire. Prendre la fuite, non. Alors c’est ma seule bonne résolution : cette année, je serai un peu plus présente. J’ai envie de me rendre plus disponible et d’entretenir davantage de liens, de m’enrichir au contact des autres.

Et vous, maîtrisez-vous l’art d’être absent ?