Spiritualités

[Notes de lecture] Au pays de Dieu, Douglas Kennedy

Alors que je passais d’agréables vacances en Provence, en me rendant au supermarché, j’ai été aimantée par le rayon livres judicieusement placé à droite en entrant, avec la presse. Ni une ni deux, mon regard dévore les étagères et je tombe sur un nom et un titre qui attirent illico mon attention. C’est un récit de voyage, d’un écrivain que je connais pour ses romans. Intriguée, je lis le quatrième de couverture. Il ne m’a pas fallu plus de dix secondes pour décider qu’Au pays de Dieu, de Douglas Kennedy, allait rejoindre le rosé et les grillades dans mon panier de courses.

Et je n’ai pas été déçue du voyage. De la Floride au Texas, en passant par l’Alabama, le Tennessee, et la Caroline du Nord, Kennedy nous emmène sur les routes du sud profond, celui éclatant de modernité d’Atlanta ou de Miami, et celui rongé par la pauvreté et le racisme, dans les recoins les plus isolés de la cambrousse américaine. Sa mission : rencontrer ces gens qui disent avoir été « foudroyés dans l’âme », essayer de comprendre ce qui pousse tant d’Américains à se tourner – radicalement – vers Dieu.

La spiritualité, c’est assez visible sur ce blog je pense, est une chose qui m’intéresse énormément. Les États-Unis me passionnent. Le sud de ce pays me fascine. Les évangélistes m’intriguent. Je ne pouvais donc qu’aimer ce bouquin, mais le fait est que je le recommanderais sans arrière-pensée à presque n’importe qui. En effet, il s’agit d’une galerie de personnages rencontrés plus ou moins au hasard. Tous livrent une part de leur histoire à Kennedy, et racontent comment ils en sont venus à nouer une « relation personnelle avec Jésus ». J’ai lu des choses que j’ai trouvées aberrantes, mais c’était là que ça devenait intéressant : ça existe, pour de vrai, c’est arrivé à des gens qui n’ont pratiquement rien en commun, sinon d’être Américains.

Le livre nous aide à comprendre la pluralité du christianisme aujourd’hui aux États-Unis, d’en comprendre les origines, et nous permet de voir que là-bas, la religion et la religiosité se portent très bien. Du coup, ce voyage a un goût exotique inimitable pour la Française laïque et agnostique que je suis. Le phénomène du télévangélisme, par exemple, me donne l’impression que ces gens viennent d’une autre planète. L’association des motards chrétiens, les « récidivistes » soutenus par des associations sous le couvert de l’anonymat qui cherchent à reprendre une vie normale après s’être échappés de mouvements radicaux et sectaires, la mère de famille persuadée que Satan cherche à s’emparer de l’âme de ses enfants, le parc d’attraction chrétien ou les campagnards qui tombent spontanément en transe à la messe… Tout cela a de quoi attirer l’attention de quiconque possède un peu de curiosité.

En conservant une salutaire objectivité sans pour autant édulcorer ses impressions, Kennedy nous livre le récit d’un New-Yorkais non chrétien qui s’immerge dans une région des États-Unis qui lui est complètement étrangère. L’avantage, c’est donc que l’on peut s’identifier à lui, et profiter de son voyage comme s’il s’agissait du nôtre.

 

Au pays de Dieu, Douglas Kennedy, trad. de l’américain par Bernard Cohen, Belfond, 2004 [1989 pour la 1ère ed. américaine], 340 pages.