Musique

Nourritures spirituelles d’août

Lâchez tout de suite cette serviette de plage et accompagnez-moi dans mon antre. Oubliez la crème solaire, le jogging, les mojitos en terrasse, les barbecues tardifs, venez plutôt goûter aux joies sombres et épicées que je vous ai gardées sous le coude.

La Zone du dehors, Alain Damasio

 

la zone du dehors_alain damasioPour mon anniversaire, ma plus vieille amie (celle que je connais depuis le plus longtemps, sinon, elle a le même âge que moi 😉 ) m’a offert avec beaucoup de perspicacité La Zone du dehors, d’Alain Damasio. Alors oui, je sais ce que vous allez dire : c’est maintenant que tu te mets à Damasio ? Oui, je sais, La Zone date de 1999 et entre temps, il y a eu La Horde du Contre-vent, acclamé par les critiques. Mais voilà, je n’ai jamais lu de Damasio, j’ai lu plein d’autres trucs. En tout cas, voilà, ça y est, j’ai lu La Zone du dehors. Et je n’ai même pas besoin d’avoir lu La Horde pour comprendre pourquoi mon amie a tenu à m’offrir La Zone en particulier. D’une, c’est brillant. C’est vif, voire acéré, au niveau de la pensée. De deux, la langue est parfois presque célinienne, qui ne cesse de se réinventer elle-même et de séduire ses propres limites. De trois, c’est une énorme gifle en pleine figure et dieu sait que mon esprit masochiste apprécie ce genre de claque. Ce dont on a envie vraiment, au fond, c’est d’être ébranlé, non ? Pas conforté, pas rassuré. On a envie qu’on nous engueule, qu’on nous tire des habitudes, qu’on nous… Illumine, ai-je envie de dire. Vous voyez, rien qu’en tentant de parler de ce bouquin, j’en deviens lyrique. Le livre questionne la nature de l’homme et les dérives de la démocratie. C’est un questionnement double, à la fois humain et sociétal, imprégné de pensée nietzschéenne, mais surtout emprunt d’une fureur de vivre qui m’a fait un bien fou. Comme je le disais à mon amie, ça m’a fait à peu près le même effet que la première fois que j’ai vu Le Cercle des poètes disparus. Je me suis retrouvée à pleurer sans même savoir pourquoi, à être juste bouleversée, ni triste, ni heureuse, ni rien, juste bouleversée. Ce n’est qu’après qu’on pose des mots, qu’on conceptualise, qu’on rationalise. Quand bien même, paradoxe qui m’est agréable, ce sont les mots qui vous ont foutu dans cet état.

Je voulais vous trouver de belles citations, et putain que ce livre en regorge, mais tout peut se résumer par cette unique phrase. « Parce que ça fait mal d’être libre. »

Secrets d’histoire, Louis II de Bavière

Ces dernières semaines, j’ai traduit un MMORPG du nom de Durango, par Nexon. C’était une chouette aventure, mais qui dit MMO dit listes sans fin de noms d’armes et de compétences, travail rébarbatif et automatique qui m’a laissé le loisir de laisser un œil et une oreille traîner sur mon écran gauche. Alors, pendant que je traduisais à la chaîne « épée à deux mains, épée à une main, marteau à une main, marteau à deux mains », etc, etc, j’ai regardé plein d’épisodes de Secrets d’histoire, dont le format et la narration conviennent plutôt bien pour une moitié de cerveau (ce n’est pas une insulte, hein, j’apprécie beaucoup l’émission).  Et j’ai particulièrement aimé un épisode consacré à Louis II de Bavière, un drôle de souverain davantage absorbé par sa propre imagination que par sa fonction de roi. Passionné de récits épiques, il s’est servi de son argent et de son pouvoir pour construire l’incroyable château de Neuschwanstein, à l’image de ses rêves. Passionné de musique également, il était à peu près le seul fan de Wagner du royaume et l’a tiré de la misère pour en faire ce qu’il est encore aujourd’hui : l’un des musiciens les plus influents du dix-neuvième siècle. Passionné de jeunes hommes enfin, il s’est peu à peu isolé du reste du monde pour vivre à sa guise dans le monde de ses fantasmes, payant des comédiens pour incarner les rôles épiques qu’il chérissait, oubliant même que ces jeunes hommes avaient besoin de dormir et de se nourrir.

Et, je n’avais même pas pensé à y rêver, F. l’a fait : il m’a déniché un yaoi mettant en scène le fameux roi 😀

neuschwansteinPop Redemption

Non, ce n’est pas du film que je veux vous parler ici (film que j’adore par ailleurs), mais plutôt d’un autre coming-out que je me vois forcée de faire. Il y a quelques temps, j’ai dû avouer haut et fort qu’en fait, j’aimais la romance. Eh bien il s’avère que parfois, en quantité restreinte, et de façon très spécifique, j’adore les génériques d’animes tout kitch. Surtout quand c’est MONSIEUR Pellek qui les interprète (mon deuxième Norvégien préféré, pour rappel, le premier étant MONSIEUR Mustis [F. : la solitude absolue dont je te parlais hier :) ]).

Oui, mesdames et messieurs, je me suis rendue compte que j’étais capable d’écouter ça en boucle pendant plusieurs heures 😀

Et je suis aussi friande de ceci :

Ou encore ça :

Ces musiques ont le don de me coller un sourire durable aux lèvres, et après tout, c’est tout ce qui compte !

Alcest, Nightbringer, Ex Deo, Dark Tranquillity

Rassurez-vous, tout n’est pas perdu. J’écoute toujours de la musique dark et de la musique extrême. J’ai pris un abonnement Spotify et me suis plongée dans la discographie de plusieurs groupes, dont, en premier lieu, Alcest, que j’aurai la joie de voir en concert avec Anthema en octobre prochain à Rennes ! Qualifié par certain que je ne citerais pas de « post-rock« , pour moi c’est avant tout une sensibilité black metal qui s’exprime de manière plus posée, parfois presque langoureuse, presque toujours mélancolique, et une touche de romantisme au sens initial du terme. Alcest, c’est un rêve éveillé, de la poésie lumineuse qui se déploie comme des volutes de fumée dans un appartement vide.

J’ai aussi posé une oreille attentive sur un groupe dont j’avais énormément apprécié l’album Ego Dominus Tuus (et ce titre vertigineux). Cet album-ci, Hierophany of the Open Grave, est dans la même veine, mais plus brut encore. Nightbringer est l’un des groupes de black qui tire son épingle du jeu en proposant des morceaux très denses, mais en même temps très profonds, comme si on pouvait plonger dans les différentes strates de musique jusqu’à l’abysse. Mais honnêtement, ce que je préfère dans cet album, c’est son côté malsain. Il me met subtilement mal à l’aise, comme si j’assistais à une cérémonie occulte aussi sensuelle qu’horrible.

Ensuite, j’ai largement pris mon pied avec un death épique très classe par Ex Deo, de grands fans de l’époque de la Rome antique. Je les avais vu en live lors d’une année où grâce au Hellfest, je m’étais aperçue que j’aimais le death. Pourtant, je n’ai pas réécouté ce groupe pendant des années, et je ne me souviens même pas comment je suis retombée dessus. Les détours étranges que prend l’existence, j’imagine… Personnellement, ce titre me donne envie de rejoindre directement les armées d’Hannibal :

Et enfin, j’ai redécouvert Dark Tranquillity et d’un côté, le premier album que je connais d’eux, Damage Done, et son irrépressible fougue :

Puis jeté une oreille sur des albums plus récents, plus ramassés, plus lents, plus sombres.

Drawing Blood, Poppy Z. Brite

La première fois que j’ai lu ce bouquin, Sang d’encre en français, je devais avoir dans les quinze ans. Je l’ai relu trois fois environ. Récemment, j’ai acheté sur un coup de tête ces deux romans qui avaient hanté mon adolescence, Lost Souls (Âmes perdues, trad. J-D Brèque) et Drawing Blood (traduit par le même, dire que c’est devenu mon maître Yoda de la traduction, c’est quand même incroyable, la vie !). J’ai toujours eu un faible pour Sang d’encre, entre les deux. Âmes perdues est un roman de grande jeunesse (Poppy avait dix-neuf ans au moment de la publication), et ça parle de vampires. Sang d’encre est plus psychologique, et d’une certaine manière, plus sombre. On y suit le parcours de Trevor McGee, 25 ans, traumatisé par un événement inqualifiable qui s’est produit quand il avait 5 ans. Depuis, il suit les traces de son père, et il dessine, et c’est la seule chose qui lui importe au monde. Il ne laisse personne l’approcher, personne le toucher. Il passe sa vie dans les bus, à sillonner les États-Unis jusqu’à ce qu’un jour il décide de revenir à Missing Mile, là où s’est produite cette horrible chose. Il y rencontre Zachary Bosh, un hacker de 19 ans qui s’est fait pincer et fuit la police. Zach est un rebelle qui se la raconte un peu, mais qui n’a jamais été capable de vraiment s’attacher à quiconque à cause de son passé familial de maltraitance. Le reste, c’est l’histoire de deux jeunes hommes amoureux qui affrontent leurs démons.

poppy z brite_drawing bloodJ’ai commencé la lecture, en anglais pour la première fois, et j’ai été presque aussitôt envoûtée par l’écriture empathique, sensuelle de Poppy Z. Brite, par l’atmosphère lourde du Sud des États-Unis, avec tous ces âmes perdues, ces écorchés de tous horizons qui naissent si bien sous sa plume. Mais surtout, j’ai eu la sensation incroyable d’une extrême familiarité, comme si je me souvenais de tous les détails au fur et à mesure que les phrases s’enchaînaient. J’ai eu l’impression de retrouver de vieux amis chers, longtemps perdus de vue. Et je les aime toujours, sinon plus : ado, je ne comprenais pas certaines choses, et je n’ai jamais été capable de bien m’imaginer Zach, alors qu’aujourd’hui, il est haut en couleur et en trois dimensions dans ma tête. Je me suis retrouvée la tête plongée dans le bouquin plusieurs heures d’affilée, incapable de décrocher. L’ancienne magie fonctionne toujours.

Bonus pour les amteurs(-trices)de yaoi !

Je ne vise personne en particulier 😀 Disponibles dans ma bibliothèque :

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Nourritures spirituelles de février

Quand j’ai commencé à travailler en indépendant à l’obtention de mon diplôme en 2013, je savais que ce genre de moment finirait par arriver. Mais il a fallu deux ans et demi pour y parvenir : jusqu’à la fin de mois, j’ai du travail par-dessus la tête. Je rédige une demi-douzaine de pages tous les jours, partageant mon temps de cerveau disponible entre les conseils beauté (l’huile de ricin est la meilleure alliée pour vos cheveux) et les fiches de révision à l’intention des lycéens paniqués qui n’ont pas lu Balzac, Montesquieu ou Céline à quelques mois des examens de fin d’année.

Peu désireuse de sombrer pour autant dans une routine où j’arrête de travailler à 18h, je m’ouvre une bière et me pose devant The L World jusqu’à l’heure du dîner, après quoi je disparais sous ma couette et pour bouquiner quelques heures, j’ai décidé de rédiger un petit billet pour partager avec vous les trucs du moment.

Et en ce moment, je regarde la nouvelle saison d’X-Files. Peu adepte des réseaux sociaux et assez sélective sur l’actualité, j’avoue ne pas savoir comment ce début de saison a été reçu par les fans et les newbies. Pour ma part, j’ai tout de suite adhéré. La série parvient à redémarrer avec un naturel déconcertant, tout en s’inscrivant dans la tradition. Le générique n’a pas été changé, on retrouve nos deux agents vieillis, un peu tristes, mais ils n’ont rien perdu de leur sens de l’humour. Le premier épisode démarre très fort en reprenant la trame complotiste de X-Files remise au goût du jour, avec les angoisses et les problématiques de notre époque. Il suggère un scénario plutôt complexe et plutôt casse-gueule, j’espère donc ne pas être déçue… J’ai regardé le quatrième épisode tout à l’heure, et c’est du pur X-Files, et c’est toujours aussi bon.

Côté bouquin, j’ai terminé il y a peu le deuxième tome de la série Martyrs d’Olivier Peru, qui m’a charmée tout autant que le premier malgré un petit essoufflement sur la première partie du livre. Le livre raconte l’histoire de deux frères issus d’une race de guerriers, les Arserkers, qui ont la particularité de voir la nuit grâce à leurs yeux dorés, et de ne pas avoir d’égal sur un champ de bataille. Mais les temps ont bien changé à l’époque où commence le livre, et les Arserkers sont presque éteints. Pour gagner leur vie, Helbrand et son frère Irmine opèrent en tant qu’assassins. Mais, évidemment, leur petite histoire va se mêler à la grande, et leurs actes auront une répercussion sur le royaume, en pleine transition et à la veille d’une guerre civile. Olivier Peru a un véritable don pour la narration, et je me suis laissée embarquer au fil des 650 pages sans regret. Un troisième tome est à prévoir, je l’attends de pied ferme.

olivier_peru_martyrsDepuis trois jours, j’ai entamé Le Vide, de Patrick Senécal, après avoir été convaincue par la chronique sur le blog d’Yvan, Émotions Littéraires. Et je ne suis pas déçue ! La jaquette proclame fièrement que le roman a été « la claque littéraire de ces dernières années » pour Franck Thilliez, et cela ne m’étonne pas du tout. Le Vide est un livre vertigineux, où l’angoisse existentielle atteint son paroxysme. On y éprouve une sensation de malaise tout en étant aspiré par l’histoire contée au fil des chapitres qui se succèdent dans le désordre, mais selon une implacable logique narrative.

patrick_senécal_le_vide

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Je profite de ce billet pour évoquer un film que j’ai vu il y a quelques semaines, juste avant la mort d’Alan Rickman. Il s’agit du film qu’il a réalisé, Les Jardins du roi (A Little Chaos). Alan Rickman y campe le rôle d’un Louis XIV plutôt attachant, aux côtés de Mathias Schoenaerts dans le rôle de Le Nôtre, et Kate Winslet dans celui de Sabine De Barra. Le film est assez anecdotique dans son contenu : c’est l’histoire de Sabine, qui parvient à se faire embaucher par Le Nôtre pour concevoir le bosquet des Rocailles dans les nouveaux jardins de Versailles. Mais que l’histoire tienne en quelques lignes, ça n’a pas vraiment d’importance. Le film capture un moment dans le temps, dans la vie des différents personnages, avec beaucoup de subtilité et une grande justesse dans le ton et le jeu des acteurs. Ce film n’a rien d’extraordinaire, mais il est… apaisant. Simple et beau.

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Je n’ai pas grand-chose à vous dire concernant la musique, que je n’explore pas en ce moment. Cependant, il y a peu, mon compagnon m’a fait découvrir ce groupe que je vous invite à écouter en ne faisant rien, les yeux dans le vide. On a peu de groupes comme Aquilus, avec des morceaux construits de mille nuances, qui invitent à se perdre en soi-même dans une longue contemplation sans but.

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Sinon, en vrac, j’ai écouté La Tête au carré avec Mathieu Ricard, moine bouddhiste, et Christophe André, psychiatre, sur le thème de la sagesse. J’ai regardé l’intéressant documentaire de Dirtybiology sur l’origine de la richesse. J’ai secoué la tête de dépit plusieurs fois cette semaine en lisant des articles de presse, et notamment cet article du Monde qui raconte comment le conseil régional a retiré sa ridicule subvention de 20 000 euros au Hellfest. En ce moment, j’ai l’impression que tout le monde en France vit dans un univers hermétiquement fermé et que chaque couche de la société ne comprend absolument rien à toutes les autres. Et le pire, c’est que personne ne cherche à comprendre. On préfère apparemment cette cacophonie ridicule alimentée à coup de tweets incendiaires. L’indignation est devenue une espèce de norme étrange, et les réseaux sociaux une arène où les combattants ne cherchent qu’à prouver la supériorité de leur morale (la seule, bien entendu, valable. Le moindre écart à la Morale vous conduira tout droit à la géhenne où brûlent tous ceux qui ont vu leur réputation détruite par le web en quelques heures). À ce sujet, je vous invite à lire cette intéressante analyse-et-je-suis-complètement-objective-en-disant-cela sur le blog de mon compagnon.

[Ustensiles de style] Ce que j’écoute quand j’écris

Traversant un coup de fatigue hivernal (j’ai deux moments difficiles dans l’année : en plein été, et en plein hiver), je suis en retard sur la parution prévue des nouvelles de Henry S. Whitehead, et ma créativité est en berne.
Je me suis donc dit que comme parler des choses est souvent un bon moyen de les invoquer, j’allais consacrer ce billet à la créativité, à sa définition, à la façon dont elle se manifeste et comment la stimuler. On peut lire ce billet comme une sorte de suite au message consacré à la page blanche, mais cette fois l’angle est moins général et plus personnel.

La musique et l’écriture

Certaine personnes préfèrent le silence, considérant la musique comme une distraction. Pour ma part, elle agit comme un catalyseur. Elle m’aide à penser, à imaginer, à exprimer. C’est simple : je n’écris jamais en silence. Par contre, j’écoute peu de musique à texte, ou avec un texte que je ne discerne guère parce qu’il est hurlé : la voix devient alors un simple instrument de musique, indépendante des mots qu’elle prononce. Il m’arrive aussi d’écouter des chansons dont je comprends les textes, mais je dirais que cela arrive plus en phase de préparation. Ce que je nomme « phase de préparation », ce sont tous ces moments passés les yeux dans le vide à rêvasser, eh oui, je trouve cela capital pour pouvoir entrer dans la phase écriture. Si je me sens particulièrement déprimée, j’écoute cela :

Et pour tous les états d’esprit possibles et imaginables, j’écoute les invocations chamaniques de Jim Morrison :

La musique que j’écoute en phase d’inspiration

Quand je me sens créative, j’ai l’esprit en ébullition. C’est comme si ma pensée s’accélérait. Je me vois un peu (en beaucoup moins intelligente, cela va sans dire) comme Sherlock Holmes quand il résout une enquête dans la série avec Benedict Cumberbach, avec un univers mental foisonnant où une chose en entraîne une autre, où les liens se font et se défont avec une étonnante rapidité. C’est là où mon esprit de synthèse donne tout ce qu’il a, et où je dois parfois réfréner mon lyrisme naturel pour éviter d’écrire des tartines grandiloquentes dans une sorte de pastiche de Victoir Hugo. Mais quand je me sens ainsi, j’écoute des musiques intenses, violentes, tragiques, ou épiques. L’important, c’est qu’elles portent le sentiment de puissance qui m’habite alors.

Le black metal me semble particulièrement approprié pour servir ce sentiment de puissance. Quand j’écoute cela, je me vois bien éclater d’un rire diabolique au sommet d’une falaise battue par les flots en conjurant les plus noirs pouvoirs pour anéantir les flottes ennemies en approche (oui, oui, tout ça !)

Si je suis très très énervée et que la rage est le principal sentiment qui m’habite, je le sublime et l’exacerbe avec de la dark electro.

Si je suis en plein souffle épique et que j’ai envie de belles actions et de scène héroïques, je me tourne vers les bandes originales de films et de jeux vidéo :

La musique pour écrire bien, et longtemps

Mais la créativité ne passe pas seulement par des phases d’effervescence comme je l’ai décrit plus haut. Il faut aussi savoir canaliser son ressenti, et se concentrer. Pour cela, je compte beaucoup sur la musique. Il existe des musiques capables de m’apaiser tout en favorisant la concentration, et qui comportent tout de même la dimension émotionnelle et onirique dont j’ai besoin pour me fondre dans mon propre imaginaire. Voici le top 3 de ce que j’écoute pour écrire calmement mais sûrement :

Et vous, comment la musique vous accompagne-t-elle quand vous avez besoin d’être créatifs ? (que ce soit pour l’écriture, ou autre chose !)

[Ustensiles de style] Lutter contre la page blanche

Souvent, avant de me mettre à écrire, j’ai cet instant d’hésitation, de suspens. Au meilleur des cas, ça en reste là, à cette hésitation comme devant un choix intéressant, potentiellement dangereux, mais suffisamment attirant pour franchir le pas. Au pire des cas, cela se transforme en une sorte de paralysée généralisée qui entraîne culpabilité et autodévaluation, voire une franche déprime. Alors, face à la page blanche, qu’est-ce qu’on fait ?

Comment libérer la créativité ?

La créativité est un vaste mystère et on a beaucoup écrit sur le sujet. Aujourd’hui, j’écoutais l’émission de France Inter La Tête au carré, dont le dossier du jour était consacré à cette question [émission à réécouter ici]. C’est entre autres un extrait où on entendait Daniel Picouly évoquer la page blanche qui m’a donné envie d’écrire cet article (il faut croire que je devrais écouter la radio plus souvent, puisque c’est le deuxième article dont l’idée me vient de ce média !). L’écrivain disait en substance qu’une partie du blocage de la page blanche provient en fait de l’orgueil : nous sommes nombreux à vouloir non seulement écrire, mais en plus, à vouloir écrire sublimement.
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L’auteur nous invitait alors à accepter notre « somptueuse médiocrité » afin de vaincre ce syndrome bien connu des créatifs ; et je trouve son conseil étrangement pertinent. Bien souvent, on n’a pas réellement peur de ne pas y arriver, mais on craint surtout de ne pas être à la hauteur de la barre qu’on s’est plus ou moins consciemment fixée. Dans la majorité des cas, cette barre se situe beaucoup trop haut : tenter de l’atteindre d’un seul coup est tout à fait contre-productif.
Au-delà de l’idée de médiocrité, je crois que le véritable défi, c’est de parvenir à accepter ses propres faiblesses, et ses défauts. Accepter que comme tout un chacun, et même si on s’en cache souvent très bien, on est malmené par des vents contraires. On essaie simplement de garder la tête hors de l’eau. J’ai cette conviction peut-être naïve que le monde irait mieux si on arrêtait de faire semblant et qu’on admettait qu’on est simplement dépassé. Sans essayer de se justifier ou de se trouver des excuses. Pourquoi continuer de faire comme si notre vie était un long fleuve tranquille ? On a le droit de craquer, d’être ébranlé, de ne rien comprendre. Et on doit même s’en servir. Je fais encore appel à Nietzsche : embrasser l’existence, dans ses grandeurs étourdissantes comme dans ses plus frustrantes mesquineries. C’est ça, votre matière. L’art n’est jamais qu’un processus d’alchimie : de la matière brute, informe, parfois répugnante, parfois effrayante, on fait naître un soupçon de beauté. Je crois que c’est là le lot des créatifs, le fardeau et la liberté de l’artiste. Mais quand je parle de la matière, qu’est-ce que j’entends par là ?

Où puiser ses idées et sa matière ?

Un deuxième point qui me semble important, relève du simple bon sens, mais… Pour écrire, il faut de la matière. Et pourtant, nous n’avons pas tous des vies passionnantes, loin s’en faut. Je lisais il y a peu une interview de Marie NDiaye (qui a reçu le prix Goncourt en 2009 pour son roman Trois femmes puissantes) où elle disait ceci : « J’ai lu récemment le journal de Joyce Carol Oates, et elle a la vie la plus régulière, simple, normale, bourgeoise qui soit, et elle écrit des livres de monstre. Il y a cette chose qu’on appelle l’imagination, et ce n’est pas rien. Une imagination qui se construit aussi sur le réel de faits ou de rencontres, d’histoires que j’ai lues dans la presse ou qu’on m’a racontées. Le lieu où je vis m’influence aussi. » (Ce n’est pas ce que vous croyez… Je ne lis pas les Inrocks, c’est vrai, je vous jure, c’était purement professionnel !) J’ai trouvé ça intéressant, car les lecteurs demandent souvent aux écrivains d’où leur viennent leurs idées. Et il est vrai que la vie quotidienne n’offre pas nécessairement un cadre très propice au développement d’idées débridées. Et pourtant elle nous nourrit assez amplement, pour peu qu’on prête attention aux détails sur lesquels on passe d’ordinaire sans s’arrêter.
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Pour écrire, il faut être observateur, garder un œil ouvert en permanence, un œil critique, analytique, mais aussi un œil sensible, capable de capter la nuance et la singularité de ce qui est a priori jugé ordinaire. Et bien sûr, comme le souligne Marie NDiaye, il n’y a pas que le réel de « première main » qui soit utile à l’écrivain. On peut aussi se servir d’histoires entendues, et de toutes les fictions du monde (et il y a de quoi faire !).

C’est en forgeant qu’on…

Cela ressemble à un cliché éculé, mais c’est l’une des vérités presque toujours vraies du monde de l’écriture. Mozart était peut-être capable de composer des symphonies à neuf ans, mais le reste d’entre nous doit s’en tenir à ce vieil adage. Plutôt que de vouloir asséner une nouvelle fois cette formule usée, je vous invite ici à la considérer sous l’angle de notre problème, celui de la page blanche. L’écriture est une gymnastique mentale, qui engage à la fois le raisonnement, la réflexion, les capacités d’analyse ; et l’émotionnel, l’inconscient, l’intuitif. Cet exercice nécessite de se plonger dans un état d’esprit adéquat et demande une certaine préparation mentale, peut-être comparable à celle qu’effectue un sportif avant de se lancer dans la compétition, ou à celle d’un acteur qui attend dans les loges son entrée sur scène.
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Il s’agit de laisser son propre univers déborder de soi, envahir le réel, permettre à l’imagination de s’emparer de vous. Quand on évoque un spectateur ou un lecteur, on parle de « suspension volontaire de l’incrédulité », willing suspension of disbelief en VO, expression inventée par le poète Coleridge en 1817. Ce concept très prisé, entre autres, par les études littéraires, pourrait également s’appliquer à l’artiste lui-même : créer demande un certain lâcher-prise, une vulnérabilité volontaire et même induite. L’acte artistique exige une forme d’abandon. Il faut cesser de penser à soi, museler les doutes, les angoisses, en somme les pensées parasites, un peu de la même manière qu’au moment du coucher, lorsqu’on cherche le sommeil. On doit cesser de s’attacher au réel et à la quotidienneté pour se laisser glisser dans un entre-deux capable de laisser apparaître la silhouette des rêves. À nous, ensuite, de leur donner forme.

Pour en finir avec l’inspiration

Ceci m’amène à ce dernier sujet largement débattu ces dernières années, et mon avis n’a rien de particulièrement original. L’inspiration, dans une certaine mesure, existe. Parce qu’elle se présente comme une expérience intime et subjective. L’erreur est plutôt de croire qu’elle agit en tant que puissance extérieure indépendante du psychisme. À mon avis, l’inspiration est surtout la meilleure et la plus incroyable preuve du travail prodigieux de l’inconscient. Être inspiré, cela revient à dire qu’on est en état de synthétiser, à travers une forme qui nous est propre, les données proprement colossales que nous avons accumulées sur une période de temps donnée. C’est aussi pour cette raison qu’il est vain d’espérer atteindre le sublime, là, tout de suite. La création demande une patience qu’il est impossible d’imaginer quand on se trouve face à une œuvre bouleversante. Cette œuvre nous donne cette incroyable impression de spontanéité, comme si elle avait jailli subitement ex nihilo. Rien n’est plus faux, et plus on s’habitue à cette idée, mieux on crée.

[Pour ceux qui n’auraient pas tilté sur les images, je vous invite à découvrir d’urgence la série Community, avec son humour absurde, son amour la pop-culture, sa surprenante profondeur, et son personnage le plus créatif, Abed ;)]

En guise de conclusion

Je vous propose de terminer par un catalogue très personnel des trucs qui en ce moment, m’inspirent.

Musique : On ne se lasse pas des bonnes choses.

Séries télé : Avec Orange Is the New Black, plongée drôle, usante, captivante et déprimante dans l’univers carcéral féminin. (perso je n’avais pas aimé la bande-annonce, alors je vous renvoie plutôt à la chronique de Nat & Alice, mes Youtubeuses préférées :))

Jeux vidéo : Mass Effect 3, la grosse claque vidéoludique de cet automne. Je n’ai tout simplement jamais rencontré une telle intensité épique et tragique. Et jamais je n’ai joué à un jeu aussi immersif. Je sais, il paraît que la fin… Mais je n’en suis pas encore là. Je suis définitivement une fan absolue de BioWare. Pour toujours. Je serais capable de me faire tatouer le nom de la boîte au creux des reins. Presque.

 

Et vous, qu’est-ce qui vous inspire ? Que faites-vous face à la page blanche ?

Un empereur et du rhum

Hier, c’était mon anniversaire. J’ai commencé ma 28ème année avec des chansons sexy et glauques, et en particulier ces deux-là :

J’adore cet album, The Pale Emperor. Une nouvelle fois, Marilyn Manson fait du neuf avec du vieux, visiblement en phase avec Tyler Bates, qui semble avoir compris l’univers musical du Magicien à la perfection. Cet album condense le meilleur de Manson, il a quelque chose de désabusé, de grinçant, il est plein de musique, d’accents rocailleux, de mélopées hypnotiques, de cigarettes consumées.

En écoutant ça toute la journée, j’ai soudain été prise d’une envie de dessiner, et j’ai eu un crayon entre les doigts pour la première fois depuis peut-être dix ans. Et c’était chouette. Je crois que je vais continuer.

Le 10 mai, c’est une date commémorative pour l’abolition de l’esclavage, et là encore c’était en phase puisque ces temps-ci, j’ai d’étranges envies d’Antilles. Je lis un recueil de nouvelles pleines de mystères vaudous, de pirates, et de la lumière des West Indies, de Henry S.Whitehead (les Voodoo Tales).

whitehead

À lire à minuit en sirotant un mojito.

Nourritures spirituelles d’avril

Certains râlent que ce blog n’est guère alimenté, c’est que je n’ai pas grand-chose à raconter ces temps-ci, mais voici tout de même quelques petites choses cool en vrac. (même mon langage se détériore…)

Cette semaine, ou disons les deux dernières semaines, j’ai…

— Passé un test de traduction pour la grande agence SDL (qui édite également le logiciel de TAO de référence, Trados). Le client pour lequel ils me veulent, c’est… Google ! Je croise les doigts.

— Regardé la bande-annonce du prochain Guillermo del Toro, Crimson Peak, que j’ai trop hâte de voir.

 

— Baillé devant Interstellar. Nolan a failli me faire craquer en enchaînant les séquences lentes où la révélation finale était annoncée, repoussée, annoncée, repoussée… Le scénario m’a laissée perplexe, et j’ai été déçue car j’ai trouvé le début de film très prenant, intrigant, grandiose, même. J’ai décroché dès lors que Matt Damon apparaît (ce n’est pas de sa faute, hein !). Et puis quoi, même Scott et moi, sans rien y connaître et sans qu’on se trouve sur la planète, on a vu en une seconde qu’il y avait un tsunami qui se précipitait sur nos héros ! Et grosse déception sur la musique : après Inception et Dark Knight, je m’attendais à mieux…

 

— Beaucoup rigolé devant ce vieil organigramme sur lequel je suis tombée par hasard :

vrai travail

 

— Terminé un bouquin plutôt cool d’Olivier Peru, qui est à la fois auteur, dessinateur, et scénariste. C’est lui qui a fait les dessins dans Hero Corp. Martyrs, dont je viens de lire le premier volume, est une série sans prétention plutôt ciblée jeunes adultes à mon avis, qui se lit très agréablement, dont le rythme est soutenu et l’intrigue bien ficelée. L’histoire se déroule dans un univers medieval fantasy, le héros est un jeune assassin doté de certains pouvoirs surnaturels. Je souligne la qualité de l’écriture, très précise, et notamment pour les scènes d’action dont je suis preneuse.

martyrs

 

— Découvert que j’avais bien un problème de batterie et non d’alternateur, que j’avais un son de ouf dans ma bagnole, et une nouvelle façon révolutionnaire de faire le kéké : de l’aggrotech à fond dans une voiture dégueulasse (vous me connaissez, alors si je vous dis que ma voiture est…blanche, vous imaginez à quoi elle ressemble). Toute la bagnole vibre quand j’écoute ça, de la pure jouissance :

— Craqué sur une promo et acheté The Witcher II. Admirez la cinématique d’intro !

 

Nourritures spirituelles de février

Fatiguée de tourner en rond dans mon bocal de jeune diplômée en galère, je suis allée voir mon ami Gradlon avec qui j’ai passé quelques jours un peu (beaucoup) arrosés durant lesquels il m’a parlé de tout plein de choses intéressantes. Je suis donc revenue avec ma petite liste, et je me suis servi de celle-ci, plus les dernières chroniques de Metallian, et les dernières chroniques DVD d’Allociné, pour faire mon petit marché et aller voir ailleurs si j’y étais. Voici donc un petit bilan de mes investigations jusque-là.

 

Films

Hier soir, j’ai regardé Annabelle. Le film avait fait parler de lui lors de sa sortie en salle, puisqu’il avait apparemment provoqué des scènes de bagarres dans divers cinémas. Moi qui ne vais plus voir de films d’horreur au cinéma, raison de plus pour éviter ! Alors le film en lui-même n’est pas mal. Ce n’est pas un mauvais film, doté de quelques très bonnes idées, et qui réussit à instaurer une ambiance plutôt stressante, surtout sur les deux premiers tiers du film, la dernière ligne droite étant comme d’habitude assez bâclée dans un simulacre de paroxysme qui est en fait de l’horreur un peu spectaculaire au rabais. Pour susciter la peur, le principal ressort du film est le jump scare, et il y réussit plutôt bien, avec des effets sonores et visuels assez intéressants. Par contre, le film est auréolé de bonne morale judéo-chrétienne-américaine qui a le don de m’exaspérer. Et l’actrice principale est aussi expressive qu’une poêle à frire.

[Note du lendemain : hier j’ai fait un putain de cauchemar du genre qui te réveille brusquement, et je crois que c’est de la faute du film, comme quoi tout n’est pas à jeter]

Je passe rapidement sur Délivre-nous du mal car, chose rare, je n’ai même pas réussi à aller jusqu’au bout tellement c’était nul. Il est exceptionnellement peu subtil. Je suis plutôt bon public sur les histoires de possession, là, je n’ai même pas eu le moindre début de frisson. Et le personnage principal mérite des baffes.

 

Musique

J’ai été surprise par un groupe que je connaissais de loin et qui a attiré mon attention dernièrement, Keep of Kalessin. Metallian parle de metal « hybride », et c’est le moins qu’on puisse dire ! Une sacrée originalité, qui peut plaire à un public large tout en étant musicalement très intéressant. Un morceau du dernier album Epistemology, avec un titre qui colle bien à mon état d’esprit du moment :

Et voilà que, intriguée par un titre qui évoque l’un des courts-métrages les plus effrayants du monde (cette opinion n’engage que moi), j’ai décidé d’écouter du punkcore, avec Enabler et leur album La Fin absolue du monde (cf. Cigarette Burns de John Carpenter). Eh bien j’avoue que ça m’a fait son petit effet, et c’est très bon pour le moral, bourré de rage et d’énergie. Et je dois dire que plus j’écoute, plus j’aime !

Quand j’ai dit à Gradlon que la chanson Voyou de Fauve me faisait pleurer, il m’a répliqué avec sa morgue habituelle qu’il préférait largement Psykick Lyrikah (même si ça n’a rien à voir, mais ils ont été déjà comparés). Alors du coup je lui ai demandé de me faire écouter, et ça m’a plu, mais c’est le genre de musique qui s’écoute et donc ne marche pas très bien quand on passe une soirée entre copains. Du coup, rentrée chez moi j’ai demandé à mon revendeur albanais ce qu’il avait, et je suis repartie avec deux albums,  Des Lumières sous la pluie et Jamais trop tard. J’écoute en ce moment le premier, et sur la première chanson, Psykick Lyrikah me prend par les sentiments en faisant un morceau entier consacré à la littérature bourré de référence à de beaux titres. Psykick Lyrikah, c’est un rap introspectif, contemplatif, mélancolique, avec un beau talent poétique. Par contre il y a sacrément de quoi déprimer. Mais une très jolie découverte, merci Gradlon !

 

Sciences et bizarreries

Sur la chaîne Youtube e-penser, on peut regarder les petites émissions de la série élégamment intitulée Breaking Balls, qui abordent avec humour des problèmes scientifiques plutôt ardus.

Mais mon gros coup de cœur, c’est la chaîne d’Axolot, et surtout son site Internet. Il s’est fait une spécialité d’étonner ses lecteurs. Et il y parvient avec brio. Je vous convie à lire cet article qui raconte des histoires tout bonnement incroyables… mais vraies !

http://www.axolot.info/?p=1682

 

Et vous allez me dire, et la lecture alors ! Effectivement, je lis très peu en ce moment (à part la presse et les blogs !), honte à moi, mais promis, je vais m’y remettre. J’ai commencé Fééries pour les ténèbres de Jérôme Noirez, j’en reparlerai.

 

Bonnes découvertes à vous, et parlez-moi des vôtres !

Nourritures spirituelles

En ce moment, je rêve beaucoup de nourriture, des pâtisseries et des desserts surtout.  Selon monsieur Moire, cela signifie que mon esprit se nourrit bien. Alors en vous souhaitant de rêver vous aussi de tartes au citron et de mini-éclairs, voici mes coups de cœur de la semaine.

 

Musique

L’autre jour, j’ai renoué avec un vieux rituel plein de charmes : j’ai pris le bus et je me suis promenée au hasard en centre-ville, en entrant de façon plus ou moins aléatoire dans diverses boutiques. J’ai donc acheté entre autres choses, sur un petit coup de tête, l’album Scarlet’s Walk de Tori Amos. C’était chouette de revenir à la maison et de prendre le temps d’écouter l’album en regardant la pochette.

J’aime la photo de couverture, et tout ce qu’elle évoque.

J’aime la carte des États-Unis, où des trajets en couleur sont légendés selon les chansons auxquels ils correspondent. Un véritable périple sur les routes, comme je rêve d’en faire.

Tori Amos, c’est doux sans être suave, rêveur sans être niais, lumineux, et aussi un peu mélancolique et nostalgique.

 

Littérature

 aliss

Ce livre patientait sur mon étagère depuis près d’un an, et pis un jour, je l’ai tiré de son refuge et je l’ai lu à toute vitesse. Aliss, de Patrick Sénécal. C’est écrit à la première personne, une jeune fille de dix-huit ans, dans un style très oral. Pour une Française, batince, c’était ben fun, j’avais l’impression de lire un livre en argot, et j’ai appris plein d’expressions québécoises. Cette histoire met à mal votre bon gros sens et vous envoie dans un monde qui ressemble au nôtre, dans un miroir déformant. C’est pas pantoute pour les enfants, et vous attendez pas à trouver ça plate. Astheure j’y pense toujours.

Il faut avoir du guts pour s’enfoncer dans les ténèbres avec Aliss. C’est violent, saignant, pornographique. Les références à Lewis Carroll sont partout, mais toujours discrètes, subtiles.

La fin est quasi extraordinaire, juste et un brin grinçante, elle vous laisse danser d’un pied sur l’autre.

Et de façon inattendue, on retrouve un personnage de 5150 Rue des Ormes… (si vous ne voulez pas de spoilers, ne cherchez rien sur ces deux bouquins sur Internet)

Un GRAND bouquin. Si vous vous posez les bonnes questions.

 

Jeux vidéo

J’ai presque terminé Skyrim, du moins la version sans extensions, et j’ai vu poindre un brin de lassitude. Et puis, dimanche dernier, je me suis rappelé que Skyrim n’était pas le seul RPG du monde, et que grâce à Steam, je pouvais en acheter un autre, MAINENANT ! Ni une, ni deux, je vais sur Steam, et là je tombe sur une chouette promo ! J’achète donc Kingdoms of Amalur : Reckoning. On me promet un RPG dans un très grand monde ouvert avec plein de quêtes et un super style de combat facile et intuitif. Pour le peu que j’ai avancé, c’est vrai.

Et regardez-moi ce super Elfe beau gosse qui me sert d’avatar :

elfe

(c’est un vilain voleur)

J’aime la rapidité des combats, la possibilité d’enchaîner des combos et de mixer très facilement magie et coups, et de changer d’arme sans se prendre la tête. Les combats sont véritablement épiques, avec de belles animations, sans faire ramer mon PC. Le monde est riche, plein d’histoires, plein de personnages, les graphismes plutôt jolis. Tout pour un jeu immersif pour celles et ceux qui comme moi, aiment incarner un personnage et plonger dans une histoire sans être forcément très doués aux jeux vidéo.

 

Voilà pour cette fois, en espérant que cette sélection vous a plu !

Nourritures spirituelles

À la manière du Carnet Bleu de Kalys, je vous propose un petit tour d’horizon de tout ce qui me plaît, me fascine, m’interpelle, ces temps-ci.

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On commence tout de suite par de la musique ! La semaine dernière, j’ai été pour la journée du vendredi au Hellfest, où j’ai eu notamment le privilège de voir les Grecs de Septic Flesh en concert. C’est un groupe que je connais de longue date, et j’avais assisté à l’un de leurs concerts à ce même Hellfest en 2010 mais, victime de la foule et de ma petite taille, je n’avais pas vu le bout du nez des musiciens (ni même leurs extrémités capillaires s’envolant dans un headbang sauvage). Cette fois donc je me suis privée de la fin du concert d’Enslaved, pourtant très chouette, pour patienter devant la scène où devait se dérouler la messe, bien nommée The Altar, juste à côté de The Temple, où les rampes de spots en forme de 666 nous informaient de l’essence black metal de la musique qui s’y est jouée :)

Bref, le concert d’Enslaved se termine, il est une heure du matin, la tension monte. Une musique orchestrale démarre dans l’obscurité saturée de chaleur et du frémissement qui anticipe chaque bon concert. Les membres du groupe débarquent et envoient les rafales puissantes de leur musique à la fois brutale et symphonique, et le chanteur se met à émettre les sons gutturaux et mélodieux qui me donnent toujours l’impression que sa voix sort littéralement d’une crevasse. Très fatiguée de ma journée, je n’ai pas pu apprécier autant que je l’aurais voulu, mais c’était tout de même un moment intense et magique. Nager dans les ondes mystiques de la musique de Septic Flesh est une expérience qui vous comble et vous libère :) Ils étaient très contents parce qu’ils sortaient ce jour-là leur nouvel album, Titan, dont voici un extrait !

Malheureusement, le nouvel album a éclipsé des compositions plus anciennes, et je n’ai pas pu entendre mon morceau préféré, l’un des meilleurs morceaux de tous les temps d’ailleurs :

Par contre, j’ai bien entendu cette maudite chanson où je n’arrive plus à entendre autre chose que « Champions du monde », ce qui en fait un curieux hymne black metal à la gloire de la Coupe du Monde 98… (voir à 0:45)

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Je prépare actuellement quelques réflexion sur la science et plus particulièrement la physique, je crois que ça va faire plusieurs articles au final, j’essaie de rassembler mes idées sur le sujet, et je crois que ça va être aussi bordélique que mes évocations de la pensée chamanique…

N’hésitez pas à me reprendre si je raconte des bêtises, et je corrigerai (je rappelle à des lecteurs qui tomberaient ici par hasard que je n’ai pas de formation scientifique, j’apprends en autodidacte).

Enfin bref, toujours est-il que j’ai acheté le dernier numéro de Science&Vie, dont le dossier est consacré à l’idée de Juan Maldacena et Leonard Susskind, une idée qui permet de relier relativité générale et mécanique quantique, de quoi donner le vertige.

Petit rappel : la physique quantique est ainsi nommée parce qu’il s’agit d’une physique où les quantités sont définies, autrement dit, non divisibles à l’infini. Par exemple, le noyau d’un atome est composé de neutrons et de protons, eux-mêmes composés de quarks, lesquels sont des particules élémentaires, parce que non composés d’autres particules. C’est donc une physique du minuscule, mais pas de l’infiniment petit. On travaille au niveau subatomique, tandis que les autres physiciens s’occupent de choses plus grandes et, oserais-je dire, moins compliquées, puisqu’il semble qu’au niveau quantique la matière fasse n’importe quoi, ce qui n’est pas le cas dans la physique « classique ». C’est d’ailleurs ce qui perturbait Einstein, parce que selon lui, Dieu « ne joue pas aux dés », alors qu’en physique quantique, il n’existe que des probabilités, pas de prédictions sûres et certaines.

Le fondement de l’idée de Susskind et Maldacena est assez simple : en physique quantique, l’on constate que deux particules semblables, quel que soit leur éloignement l’une de l’autre, agissent de la même manière et de façon simultanée. Cela s’appelle l’intrication quantique, et Einstein n’en voulait pas, parce que cela constituait pour lui une aberration. Quel rapport avec la relativité générale d’Einstein ? Et bien Einstein prévoit un univers constitué par une trame d’espace-temps déformée par la masse. Autrement dit, l’espace-temps se « plie » à proximité d’une masse, et c’est cette pliure qui est à l’origine des phénomènes de gravité comme le montre cette image :

Geodesik planete

On voit ici que la lune tournant autour de la planète ne fait que suivre la courbure de l’espace-temps. Or, l’idée de Susskind et Maldacena, c’est que chaque particule est capable de plier l’espace-temps… au point de le déchirer. Il se créerait alors un trou de ver, et nos particules qui agissent simultanément ne seraient pas en réalité deux particules distinctes, mais la même, située à deux points différents de l’espace-temps. C’est une hypothèse intéressante parce l’intrication quantique est bien décrite et calculée, mais personne ne la comprend vraiment. Cette théorie permet de l’expliquer, et ouvre la porte à une théorie de la gravitation quantique, autrement dit, une théorie où il serait possible de penser la gravité au niveau quantique.

J’apprends d’ailleurs dans le même temps, à propos des trous de ver, que la Nasa étudie sérieusement le moteur à distorsion qu’utilisent les personnages de… Star Trek ! L’idée est ingénieuse : il s’agit de trouver un moyen de plier l’espace-temps, de façon non pas à aller plus vite, mais tout simplement de réduire les distances ! À lire sur Slate.

Il semble que la science soit en train de se mettre d’accord avec la science-fiction, et personnellement, si vous me permettez l’expression, je trouve ça super cool :)

Au fait, si vous peinez à comprendre et conceptualiser toutes ces idées, je vous recommande chaudement les vidéos de trois-quatre minutes de Jean-Pierre Luminet, qui explique des choses compliquées de manière très pédagogique.

Une petite vidéo détente pour le plaisir, en restant dans le domaine de la physique :

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Question bouquins, je me replonge avec plaisir dans un roman de Douglas Kennedy, que je n’avais pas lu depuis fort longtemps ! Cet instant-là relate la vie du narrateur, un écrivain nommé Thomas Nesbitt. Le livre est truffé d’observations psychologiques très pertinentes qui me rappellent la sensibilité d’un Stephen King. Au début de l’histoire, suite à un divorce, l’écrivain revient sur son passé et surtout l’expérience qu’il a vécu dans le Berlin-Ouest d’avant la chute du Mur. Kennedy a l’art et la manière de raconter des choses simples de manière passionnante. Sans complaisance et sans réalisme sordide, et ça me semble assez rare pour être signalé.

« Quoique cet afflux de réminiscences et d’associations d’idées puisse sembler chaotique à première vue, l’une des grandes vérités concernant la mémoire est qu’elle ne fonctionne jamais de façon complètement arbitraire. Il existe toujours une connexion ou une autre entre les souvenirs, parce que toute chose obéit à une logique narrative. Et le récit sur lequel chacun de nous s’escrime, c’est ce que nous disons être notre vie. »