Littérature

Écriture : avec ou sans méthode ?

«  J’écris pour voir ce que j’écris quand j’écris  »

Non, je ne vais pas vous faire un brief théorique sur les deux grandes tendances des écrivains et tout ce qu’il y a entre les deux  : l’approche structurale consistant à tout planifier, ou l’approche «  improvisation  » où l’histoire se déroule au fur et à mesure qu’on l’écrit. L’idée est plutôt de proposer des réflexions en vrac, dans une démarche empirique, et non pas donner un cours. Je propose simplement de vous parler de la façon dont je travaille, afin de partager mon expérience.

J’ai eu envie d’écrire ce billet en écoutant Agnès Desarthe parler de son nouveau roman, Ce Cœur changeant, qui a reçu le prix littéraire du Monde 2015. Cette dame se réclame de Marguerite Duras, qu’elle cite  : «  J’écris pour voir ce que j’écris quand j’écris  ». Ce à quoi le journaliste lui réplique qu’avec tout le respect qu’il doit à Duras, pour elle cela s’accompagnait de quelques bouteilles de rouge, et Desarthe de rétorquer «  À chacun ses méthodes  ». Cela m’a fait sourire, et je me suis dit que dans une certaine mesure, je pourrais reprendre les mots de Duras à mon compte.

À une époque, je m’étais pas mal intéressée aux différentes techniques d’écriture, convaincue (et je le suis toujours) qu’écrire, cela s’apprend. Mais si on me demandait maintenant de résumer ce que j’ai appris, je ne suis pas sûre que je saurais quoi dire  ! Alors, est-ce que je n’ai rien retenu  ? En fait, je crois plutôt que les outils d’écriture, qui peuvent poser problème au début, deviennent de plus en plus instinctifs, et surtout que l’écriture est quelque chose qui se vit avant d’être une chose qui s’analyse et se met en théorie.

L’écriture et/ou la vie

Lionel Davoust l’a dit  : pour écrire, il faut d’abord se connaître soi-même1. Et ça, c’est un processus qui peut prendre des années. J’écris des nouvelles depuis quinze ans, j’ai écrit une novella reprise et continuée pendant trois ans, puis tenté plusieurs fois l’aventure du roman, jamais vraiment satisfaite de ce que j’avais fait. L’un de mes romans est resté inachevé, un autre est en cours d’écriture. Et à chaque fois, j’aborde l’écriture au long cours d’une façon différente.

Pour le roman, je planifie, mais le strict minimum, sans quoi je m’ennuierais et je m’empêcherais de me surprendre au fur et à mesure. L’inconvénient de cette approche, c’est qu’elle oblige à retravailler le texte énormément, à corriger de multiples choses, revenir en arrière, rectifier des incohérences. Cela dit, il semble bien que ce soit ma méthode  : en traduction, je travaille de la même manière. Le premier jet sort vite  : je n’aime pas me poser un millier de questions qui cassent mon «  flow  », comme le disent mes collègues anglophones. Alors une fois le premier jet terminé, je reprends tous les points problématiques, effectue les recherches non essentielles (celles qui concernent une orthographe, la syntaxe, la terminologie…), je cisèle et reformule mes phrases. Une phrase qui m’embête peut être reformulée une dizaine de fois. Là encore, je préfère être dans l’action que dans la théorie  : je teste. Je choisis ensuite la formulation qui me semble la plus souple, la plus jolie, la plus idiomatique.

En écriture, c’est à peu près la même chose. Il m’arrive cependant aussi d’écrire très lentement, de passer une heure sur un paragraphe, parce que j’ai le sensation d’avoir quelque chose de très précis à écrire. Bien sûr, cela dépend de la nature de la scène concernée. Une scène érotique, par exemple, demande souvent beaucoup d’attention, parce que tout est dans le détail, le rythme, le choix des mots. C’est quelque chose qui demande beaucoup de précision, je trouve. De même pour une scène de combat. J’ai tendance à aller plus vite pour les dialogues, et pour les scènes de monologue intérieur, qui sont celles où je suis le plus à l’aise, car si je m’identifie suffisamment à mon personnage, j’écris alors comme si je rédigeais mon propre journal intime.

L’acte d’écriture est toujours un acte de synthèse. C’est le résumé d’une pensée, d’une émotion, d’une vision. C’est le produit final d’un travail inconscient d’une part, et d’un travail conscient de l’imagination d’autre part. Et là encore, je trouve la phrase de Duras pertinente  : pour ma part, de toute évidence, mon inconscient est un bosseur (il en faut bien un  !), et quand j’écris, je découvre le fruit de son dur labeur. Souvent, mon inconscient m’emmène dans une direction intéressante et inattendue, et c’est bien la raison pour laquelle je lui fais tellement confiance.

Mais l’inconscient a beau être puissant, il a besoin d’un coup de pouce. Je le nourris avec le plus de fictions possible, qu’elles soient littéraires, télévisuelles ou vidéoludiques. Il m’arrive également souvent de réfléchir à la trame narrative d’une œuvre et de l’analyser pour tenter de comprendre pourquoi elle fonctionne si bien ou au contraire, quelles sont les raisons pour lesquelles elle échoue à me donner un sentiment de satisfaction, ou à m’émouvoir.

Cette façon d’apprendre à écrire est sans doute comparable au fait d’améliorer son orthographe en lisant beaucoup  : on apprend par assimilation, à force de se confronter au texte. Et j’avoue que cette approche, finalement, me convient plutôt bien. Pendant longtemps, j’ai vécu mon rapport à l’écriture comme éminemment conflictuel  : pour moi, j’avais deux vies  : une «  normale  », et celle où j’écrivais. Agnès Desarthe relate la même expérience quand, dans son interview, elle parle du phénomène de «  transe  ». Aussi, pendant longtemps, pour moi l’enjeu a été de réconcilier l’art et la vie. Mais comme le disait Stephen King dans son livre Écritures, c’est l’art qui doit s’adapter à la vie, et non l’inverseJe n’entends pas par là que la création est soumise aux aléas de l’existence. Ce que je veux dire, c’est que chacun doit décider de la place qu’il accorde à la création dans sa vie quotidienne, et des modalités selon laquelle elle s’exprime. Plus d’excuses  : il faut déterminer, une fois pour toutes, à quel point on veut écrire. Tout comme, quand on se met en couple, on réfléchit aux modalités de la cohabitation, on établit des limites. L’écriture est comme une amante un peu envahissante  : c’est à vous de fixer les règles si vous voulez voir perdurer la relation. Ce qui importe, donc, c’est de trouver la méthode et la philosophie d’écriture qui correspond le mieux à sa façon d’être… et surtout à sa façon de vivre.

Les cartes mentales

Depuis peu, je me suis initiée à un autre moyen pour faire fleurir les idées et canaliser son imagination  : l’utilisation de la carte mentale (terme calqué sur l’anglais «  mind mapping  », à mon avis bien préférable à une expression absconse telle que «  carte heuristique  »). J’ai téléchargé le logiciel gratuit FreeMind, qui jusqu’ici m’apparaît comme un bon outil au service de la créativité. Par son côté malléable, aisément personnalisable, le logiciel permet de créer des schémas pour non seulement exposer ses idées, mais aussi les relier entre elles. Il paraît que ce genre de représentation mentale est bien plus utile que des listes, car le cerveau possède un modèle de pensée non linéaire. Là, on peut juxtaposer, empiler, construire en cascade, mettre en parallèle ou en opposition des idées. On peut plier la carte mentale à sa propre pensée, inutile que le voisin la comprenne. L’avantage, c’est qu’on peut réaliser un schéma qui nous parle vraiment, même si c’est incompréhensible ou pas très pertinent pour les autres. Nous, on s’y retrouve. Voilà un exemple du travail préparatoire que j’ai fait pour une nouvelle où je voulais faire apparaître la figure d’Odin, sans idée précise de scénario.

carte_mentale

Ce n’est pas forcément aussi bordélique  : ce genre d’outils fait uniquement ce que vous lui demandez. Moi, j’ai besoin de chaos pour m’y retrouver. J’ai besoin que ça fuse, qu’il y en ait partout. Mais cette représentation graphique me permet de visualiser d’un seul coup d’œil l’ensemble de mon désordre psychique, et c’est là sa force.

En conclusion

J’ai appris une chose vraiment essentielle au cours de ces années d’écriture  : il faut toujours, toujours prendre du plaisir. Rien ne doit être forcé, il faut s’amuser. Cela ne signifie pas que c’est toujours facile, mais la difficulté n’est pas forcément synonyme de souffrance, selon le point de vue, elle peut même être source de stimulation. Si je peux me permettre un conseil, n’écrivez que ce que vous aimez. Assumez, et n’essayez pas de plaire, ou de sortir de votre zone de confort juste parce que vous pensez que vous le devez. À mon avis, chaque histoire est par essence une aventure  : il n’y a pas de zone de confort, seulement un long chemin cabossé et sinueux qui croise à multiples reprises des carrefours sans indications.

 

1Si vous voulez vous renseigner sur les différentes techniques d’écriture, je vous recommande chaudement son blog  !

La littérature érotique à succès

Beaux gosses, BDSM et malbouffe littéraire

 

Il est jeune, beau, riche. Elle est jeune, belle, pas forcément riche, souvent naïve, et elle ne rêve que d’une chose : appartenir (l’inverse est rarement vrai) corps et âme à son bad boy d’amant. Ils lient une relation passionnelle, tumultueuse, charnelle, intense, et sexuellement plus ou moins classique.

Voilà ce qui pimente les lectures des jeunes filles, jeunes femmes, femmes mûres, et qui sait, peut-être des séniores aussi ! Je n’ai pas lu de statistiques sur la question, mais j’ai cru comprendre que le public cible tournait autour de la trentaine.

Je m’y suis intéressée parce que, sous ma casquette de rédactrice indépendante, on m’a demandé d’écrire un article sur quatre séries érotiques qui marchent du tonnerre. Et aussi parce que la littérature érotique, ça me botte. Alors voir ce qu’on en fait, ça m’énerve : ce qui pourrait se déguster comme un plat fin et subtil est représenté dans une très large mesure par de la grosse bouffe de fast-food. Du prêt à consommer sans saveur aussi lourdement chargé en clichés que les frites sur lesquelles un employé trop zélé a renversé la salière. Alors vous allez me dire, un petit hamburger bien gras de temps en temps, ça ne fait pas de mal. Sauf quand les chaînes de restauration rapide commencent à supplanter les établissements qui servent de la bonne bouffe. Quand ils deviennent la norme. Et qu’est-ce qu’un best-seller, sinon le porte-étendard de la littérature dominante, le représentant adulé de la culture – et reflet de la pensée – de masse ?

 

Au commencement était Twilight

 

Bien sûr, il fallait s’en douter. Avec le succès fulgurant de 50 nuances de Grey, on allait forcément voir fleurir toute une palanquée de suiveurs. Mais le vrai responsable, ce n’est pas 50 nuances… Linksthesun a bien raison d’en faire une obsession : la racine du mal n’est autre que Twilight[1] ! Car 50 nuances de Grey est à l’origine une fan-fiction, et la série à succès de Christina Lauren, Beautiful, en est également une (Christina Lauren est en réalité une entité à deux têtes composée de Christina Hobbs et Lauren Billings). Il semble que Bella et Edward ont su captiver l’imagination de nombreuses auteures, et il est assez étonnant de voir que certaines de ces fan-fiction, publiées sur le net ou auto-publiées en e-books, ont connu un succès tel que les auteures ont été contactées par les éditeurs papier ! Ainsi, on assiste à la professionnalisation express d’auteures amateurs qui écrivaient probablement sans rêver de gloire. Dès lors, il n’y a aucune raison de s’étonner de la qualité discutable de la littérature qu’elles produisent « professionnellement »… puisque ce sont des auteures amateurs ! Loin de moi l’idée de critiquer l’écriture amateur, ce serait cracher dans la soupe, puisque je la pratique (et la fan-fiction aussi). Je constate juste un fait. Mais il y a pire ! Des auteures professionnelles, qui ont dans leurs bagages des dizaines de best-seller, écrivent elles aussi comme je le ferais si on me tirait du lit alors que j’étais en train de cuver un pack de bières. Ainsi, Maya Banks écrit :

« Soudain, il crispa les paupières.

—Tes yeux, Gabe, commanda-t-elle d’une voix suave, comme il l’avait fait si souvent par le passé. Je veux voir tes yeux quand tu jouis.

Aussitôt, il obéit, pupilles dilatées. Il serra les mâchoires mais ne se détourna pas.

—Tout ce que tu veux, ma belle, murmura-t-il.

Ces quelques mots faillirent lui faire perdre la tête, et elle sentit qu’elle l’inondait tant elle était excitée.

Avec un soupir d’ivresse, elle accéléra la cadence, entraînant Gabe avec elle jusqu’à ce qu’il en soit réduit à bafouiller des paroles inintelligibles, le regard fou. »[2]

(Comme je le disais à mon cher et tendre, j’ai également remarqué ailleurs une « voix chaloupée », un choix de mots très intéressant.)

Bon, d’accord, il y a le passage à la traduction. Trois possibilités méritent considération. 1) Le traducteur ou la traductrice est mauvais(e). 2) Le texte original est mauvais. 3) L’éditeur français a imposé une adaptation. Ce point me semble important. J’ignore la politique d’un éditeur comme Milady (une maison d’édition rattachée au plus gros éditeur de l’imaginaire français, Bragelonne, qui publiait à l’origine de la bit-lit mais qui ratisse aujourd’hui un un public aussi étendu que l’électorat de l’UMP ), qui édite Maya Banks dans la collection Romantica. Ou celle de Hugo & Cie, qui publie les sagas de Christina Lauren et de Katy Evans (Fight for love). Mais je connais celle d’Harlequin.

 

Les enjeux de la traduction de la littérature érotique : réécriture, clichés et stéréotypes

 

Quand j’étais en Master Traduction à Angers, Maïca Sanconi est venue nous parler de son expérience de traducrice aux éditions Harlequin. Ça a été très édifiant. Mme Sanconi nous a montré les extraits originaux en parallèle avec ses traductions, et nous avons constaté que tout ce qu’il y avait d’amusant, de déjanté, tout ce qui semblait relever de la touche personnelle de l’auteur avait été impitoyablement gommé, effacé. Malheureusement, je ne retrouve pas mes cours et je ne peux pas vous donner d’exemple. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que le travail qu’on demande aux traducteurs chez Harlequin, ce n’est pas de la simple traduction, mais de la réécriture. L’éditeur estime que son public-cible a certaines attentes et qu’il ne faut pas sortir du cadre qu’il considère comme étant la zone de confort des lectrices. Résultat : on aligne les clichés en restant dans la plus pure banalité.

Pourtant, le cliché, ou le stéréotype, a toute sa place en littérature, pourvu qu’on l’exploite correctement. Je m’explique : quand vous lisez un Maigret de Georges Simenon et que vous adorez cette série, vous éprouvez du plaisir à retrouver les stéréotypes qui lui sont propres. L’inspecteur bourru et peu loquace, les villes françaises sous la pluie, le chapitre d’explication finale où Maigret prend la parole et rabat le caquet à tous ses interlocuteurs en faisant la preuve de son esprit brillant tout en donnant au lecteur toutes les clés de l’enquête. Ces stéréotypes représentent à la fois les codes du roman policier à énigme, et ceux propres à la série des Maigret. Mais si vous répétez la même formule – sans la moindre subtilité, sans quasiment changer de personnage et de mise en scène – à tous les romans à énigme, le lecteur risque de s’ennuyer ferme. Si vous ne détournez pas les codes à l’avantage de votre intrigue, si vous les respectez scrupuleusement sans jamais chercher à jouer avec, vous ne produirez rien d’intéressant.

Alors oui, il y a toujours des gens pour acheter des romans Harlequin. Mais y en aurait-il moins si l’éditeur autorisait quelques fantaisies ? Franchement, je n’en suis pas si certaine.

Mais laissons-là ce débat et revenons-en à nos romans érotiques. Mise à part la qualité littéraire discutable, pourquoi me hérissé-je donc ? (c’était trop beau pour ne pas l’écrire 😉

Non mais t’as vu ce que tu lis ?[3]

 

Le milieu SM est en émoi, les féministes tournent de l’œil, les gens de bon sens doutent une énième fois du bien-fondé de la démocratie. Des bloggeuses parlent de personnages masculins « romantiques », « attachants », avouent « ne pas être choquées » par ce qu’elles ont lu. Certaines auraient peut-être besoin d’un shoot de lucidité. Je ne peux m’empêcher de tiquer lorsque je lis, à propos de la saga de Maya Banks toujours (À fleur de peau), un commentaire comme celui-ci : « J’ai tout de suite pensé à Cinquante Nuances avec le contrat, mais ça ne m’a pas gênée outre mesure car je pense que c’est une pratique courante dans ce milieu. » Le « contrat » en question est une invitation à la soumission totale. Dites-moi si je me trompe, mais il me semble qu’une relation sado-masochiste n’est pas basée sur un consentement définitif, d’où l’existence des mots de passe, des mots choisis parce qu’on ne risque pas de les crier par accident dans le feu de l’action (spéciale dédicace à Iron Bull de Dragon Age Inquisition ;). Une relation sado-maso ne peut fonctionner de façon saine et mature que dans la mesure où l’on respecte son partenaire. C’est un jeu sexuel, et PAS un mode de vie, et certainement pas un modèle sentimental, parce que si c’était le cas, le dominant serait clairement un dangereux narcissique… Je vous invite chaleureusement à lire cette chronique de Vivien Leigh à propos de Rush qui m’a beaucoup fait rire, et qui contrairement aux autres posts de blog sur le sujet montre sans ambages le véritable contenu du livre, décrit ailleurs comme une belle histoire d’amour.

 

Florilège

 

Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager des morceaux choisis, des extraits copiés-collés que j’ai trouvé sur ce blog[4], et que j’ai envoyés à mon chéri pour le faire rire, en espérant que cela vous divertisse de même :)

 

Beautiful player, Christina Lauren

– Mais que fais-tu?

Il fixe mes bras croisés sur ma poitrine.

– Mes seins me font mal. Je me demande comment font les garçons.

– Eh bien, nous n’avons pas…

Il ponctue ses paroles d’un geste vague vers ma poitrine.

– Oui, mais le reste? Par exemple, tu cours avec un caleçon?

Bordel de merde, que m’arrive-t-il ? Problème n°1 : je dis tout ce qui me passe par la tête.  Je n’ai jamais été très très subtile, et la présence de Will me perturbe assez pour m’empêcher de réfléchir avant d’ouvrir la bouche.

Il me regarde, l’air désorienté, et manque trébucher sur une racine.

– Quoi?

Je répète très distinctement.

– Un caleçon. Ou tu portes quelque chose de spécial pour empêcher tes parties de…

Un énorme éclat de rire m’interrompt, qui résonne dans le parc glacial et silencieux.

– Ciel.

– Je suis seulement curieuse.

– Ouais, pas de caleçons, répond-il après s’être repris. Ça bougerait trop là dessous. Particulièrement dans mon cas.

– Tu as trois couilles?

Il me lance un regard amusé.

– Puisque tu veux tout savoir, je porte un short de course. Conçu pour le confort des hommes.

– J’imagine que les filles ont de la chance. Rien qui… se balance. Tout est compact.

Nous arrivons sur un plat, nous ralentissons pour marcher un peu. Will éclate à nouveau de rire.

– J’ai remarqué.

– Tu es l’expert.

Il a l’air sceptique.

– Quoi ?

Mon cerveau essaie désespérément de m’empêcher d’aller jusqu’au bout de ma pensée. Trop tard.

– L’expert en … chattes. »

 

Fight for love, Katy Evans :

La foule devient dingue, appelant « Riptide ! Riptide ! » sans s’arrêter. Et puis le silence se fait comme si quelque chose d’indescriptible venait de se passer. J’ai a peine le temps de me demande pourquoi que j’entends des pas derrière moi. Une main attrape la mienne, des frissons me parcourent alors que je me retourne.

– Qu’est-ce que…

Je bredouille en avisant un torse d’homme puis, en relevant la tête, des yeux bleus qui brillent. Je perds le contrôle. Il est si près de moi que son odeur me fait l’effet d’un shoot d’adrénaline.

– Ton nom, murmure-t-il, haletant, ses yeux sauvages dans les miens.

– Euh… Brooke.

– Brooke comment ? dit-il sèchement.

Il a un magnétisme animal si puissant que ma voix se brise. Il a envahi mon espace,il est tout autour de moi, il m’absorbe, il prend mon oxygène et je n’arrive plus à contrôler les battements de mon cœur. Je suis là debout, tremblante malgré la chaleur, concentrée sur l’endroit de mon corps où il a posé sa main. Dans un effort surhumain je lève ma main libre et regarde Mélanie qui arrive derrière lui, les yeux écarquillés.

– C’est Brooke Dumas, dit-elle et elle donne joyeusement mon numéro de portable. À mon grand regret.

Ses lèvres se retroussent et il me regarde.

– Brooke Dumas…

Il a prononcé mon nom comme s’il le baisait, et devant Mel en plus. Alors que je sens sa langue s’enrouler autour de ces deux mots, que j’entends sa voix grave, le désir coule entre mes jambes. Ses yeux sont brûlants et j’ai le sentiment de lui appartenir. Personne ne m’avait jamais regardée comme ça avant.

Il fait un pas en avant, et sa main humide glisse sur ma nuque. Mon cœur bat la chamade quand je vois sa tête brune se baisser pour me donner un petit baiser sec sur mes lèvres. J’ai l’impression qu’il pose sa marque. Comme s’il me préparait pour quelque chose d’exceptionnel. Quelque chose qui pourrait à la fois changer et détruire ma vie.

 

Crossfire, Sylvia Day :

« – Votre relation a-t-elle été intensément sexuelle dès le début ? demanda-t-il.

– Nous sommes très attirés l’un par l’autre, acquiesçai-je.

– De toute évidence, commenta-t-il avec un gentil sourire. J’aimerais cependant discuter avec vous de l’éventualité d’une période d’abstinence pendant que nous…

– C’est absolument hors de question, l’interrompit Gideon. Je suggère que nous nous concentrions sur ce qui ne fonctionne pas sans éliminer l’une des rares choses qui fonctionnent.

– Je ne suis pas certain que cela fonctionne vraiment, Gideon, observa le Dr Petersen d’un ton égal. Pas comme cela le devrait.

Gideon cala la cheville sur le genou opposé et se carra dans le canapé – l’image même de l’inflexibilité.

– Docteur Petersen, déclara-t-il d’un ton grave, la seule façon que j’aurais de me retenir de toucher Eva serait de me donner la mort. Trouvez un autre moyen d’arranger les choses entre nous. »

 

Du coup, on lit quoi ?

 

C’est là où le bât blesse : bien qu’intéressée par le sujet, je ne m’y connais guère. Je peux cependant vous orienter vers les sagas de Laurell K. Hamilton. C’est de la bit-lit, donc du fantastique, oui, mais ce n’est pas la seule raison qui me fait apprécier les séries Anita Blake et Meredith Gentry. C’est intelligent, drôle, parfois cruel. Les rapports de force ne se réduisent pas à un homme (ou une femme) dans la position du dominant, qui fait exécuter le moindre de ses caprices au (à la) soumis(e). La saga des Anita Blake développe des rapports complexes entre les différents protagonistes, et aborde la question du pouvoir au sens large (dans la société, dans les relations humaines, entre les différents groupes aussi bien qu’entre les individus). La saga Meredith Gentry est un pur fantasme, mais bourré d’imagination et de situations cocasses. Le côté fantastique fonctionne ici comme un véritable outil, car il permet de créer des personnages hors du commun, et donc des expériences sexuelles plutôt exotiques (comme avec Sholto, le beau gosse à tentacules).

Si quelqu’un passe par là et a une bonne série ou un bon roman à me conseiller sans jeune fille naïve et bad boy plein aux as, je suis preneuse :)

 

 

Après tout ça, il me semble de bon ton d’écouter les maîtres de la reprise pop ironique :)

Become the citizen of the first global state of the universe! (yay!)

 

[1] Pour ceux qui, comme moi, ont toujours un doute sur la prononciation, Wordreference me confirme que c’est bien [twaïlaït] 😉

[2] J’ai trouvé cet extrait ici.

[3] Oui, encore une référence à Links, dont j’apprécie beaucoup la chaîne youtube 😉

[4] Si les auteures de ce blog viennent à me lire : je n’ai aucune intention de vous froisser. J’ai apprécié de lire vos chroniques, qui m’ont d’ailleurs été très utiles pour mon travail, merci !

Un empereur et du rhum

Hier, c’était mon anniversaire. J’ai commencé ma 28ème année avec des chansons sexy et glauques, et en particulier ces deux-là :

J’adore cet album, The Pale Emperor. Une nouvelle fois, Marilyn Manson fait du neuf avec du vieux, visiblement en phase avec Tyler Bates, qui semble avoir compris l’univers musical du Magicien à la perfection. Cet album condense le meilleur de Manson, il a quelque chose de désabusé, de grinçant, il est plein de musique, d’accents rocailleux, de mélopées hypnotiques, de cigarettes consumées.

En écoutant ça toute la journée, j’ai soudain été prise d’une envie de dessiner, et j’ai eu un crayon entre les doigts pour la première fois depuis peut-être dix ans. Et c’était chouette. Je crois que je vais continuer.

Le 10 mai, c’est une date commémorative pour l’abolition de l’esclavage, et là encore c’était en phase puisque ces temps-ci, j’ai d’étranges envies d’Antilles. Je lis un recueil de nouvelles pleines de mystères vaudous, de pirates, et de la lumière des West Indies, de Henry S.Whitehead (les Voodoo Tales).

whitehead

À lire à minuit en sirotant un mojito.

Nourritures spirituelles d’avril

Certains râlent que ce blog n’est guère alimenté, c’est que je n’ai pas grand-chose à raconter ces temps-ci, mais voici tout de même quelques petites choses cool en vrac. (même mon langage se détériore…)

Cette semaine, ou disons les deux dernières semaines, j’ai…

— Passé un test de traduction pour la grande agence SDL (qui édite également le logiciel de TAO de référence, Trados). Le client pour lequel ils me veulent, c’est… Google ! Je croise les doigts.

— Regardé la bande-annonce du prochain Guillermo del Toro, Crimson Peak, que j’ai trop hâte de voir.

 

— Baillé devant Interstellar. Nolan a failli me faire craquer en enchaînant les séquences lentes où la révélation finale était annoncée, repoussée, annoncée, repoussée… Le scénario m’a laissée perplexe, et j’ai été déçue car j’ai trouvé le début de film très prenant, intrigant, grandiose, même. J’ai décroché dès lors que Matt Damon apparaît (ce n’est pas de sa faute, hein !). Et puis quoi, même Scott et moi, sans rien y connaître et sans qu’on se trouve sur la planète, on a vu en une seconde qu’il y avait un tsunami qui se précipitait sur nos héros ! Et grosse déception sur la musique : après Inception et Dark Knight, je m’attendais à mieux…

 

— Beaucoup rigolé devant ce vieil organigramme sur lequel je suis tombée par hasard :

vrai travail

 

— Terminé un bouquin plutôt cool d’Olivier Peru, qui est à la fois auteur, dessinateur, et scénariste. C’est lui qui a fait les dessins dans Hero Corp. Martyrs, dont je viens de lire le premier volume, est une série sans prétention plutôt ciblée jeunes adultes à mon avis, qui se lit très agréablement, dont le rythme est soutenu et l’intrigue bien ficelée. L’histoire se déroule dans un univers medieval fantasy, le héros est un jeune assassin doté de certains pouvoirs surnaturels. Je souligne la qualité de l’écriture, très précise, et notamment pour les scènes d’action dont je suis preneuse.

martyrs

 

— Découvert que j’avais bien un problème de batterie et non d’alternateur, que j’avais un son de ouf dans ma bagnole, et une nouvelle façon révolutionnaire de faire le kéké : de l’aggrotech à fond dans une voiture dégueulasse (vous me connaissez, alors si je vous dis que ma voiture est…blanche, vous imaginez à quoi elle ressemble). Toute la bagnole vibre quand j’écoute ça, de la pure jouissance :

— Craqué sur une promo et acheté The Witcher II. Admirez la cinématique d’intro !

 

Nourritures spirituelles de février

Fatiguée de tourner en rond dans mon bocal de jeune diplômée en galère, je suis allée voir mon ami Gradlon avec qui j’ai passé quelques jours un peu (beaucoup) arrosés durant lesquels il m’a parlé de tout plein de choses intéressantes. Je suis donc revenue avec ma petite liste, et je me suis servi de celle-ci, plus les dernières chroniques de Metallian, et les dernières chroniques DVD d’Allociné, pour faire mon petit marché et aller voir ailleurs si j’y étais. Voici donc un petit bilan de mes investigations jusque-là.

 

Films

Hier soir, j’ai regardé Annabelle. Le film avait fait parler de lui lors de sa sortie en salle, puisqu’il avait apparemment provoqué des scènes de bagarres dans divers cinémas. Moi qui ne vais plus voir de films d’horreur au cinéma, raison de plus pour éviter ! Alors le film en lui-même n’est pas mal. Ce n’est pas un mauvais film, doté de quelques très bonnes idées, et qui réussit à instaurer une ambiance plutôt stressante, surtout sur les deux premiers tiers du film, la dernière ligne droite étant comme d’habitude assez bâclée dans un simulacre de paroxysme qui est en fait de l’horreur un peu spectaculaire au rabais. Pour susciter la peur, le principal ressort du film est le jump scare, et il y réussit plutôt bien, avec des effets sonores et visuels assez intéressants. Par contre, le film est auréolé de bonne morale judéo-chrétienne-américaine qui a le don de m’exaspérer. Et l’actrice principale est aussi expressive qu’une poêle à frire.

[Note du lendemain : hier j’ai fait un putain de cauchemar du genre qui te réveille brusquement, et je crois que c’est de la faute du film, comme quoi tout n’est pas à jeter]

Je passe rapidement sur Délivre-nous du mal car, chose rare, je n’ai même pas réussi à aller jusqu’au bout tellement c’était nul. Il est exceptionnellement peu subtil. Je suis plutôt bon public sur les histoires de possession, là, je n’ai même pas eu le moindre début de frisson. Et le personnage principal mérite des baffes.

 

Musique

J’ai été surprise par un groupe que je connaissais de loin et qui a attiré mon attention dernièrement, Keep of Kalessin. Metallian parle de metal « hybride », et c’est le moins qu’on puisse dire ! Une sacrée originalité, qui peut plaire à un public large tout en étant musicalement très intéressant. Un morceau du dernier album Epistemology, avec un titre qui colle bien à mon état d’esprit du moment :

Et voilà que, intriguée par un titre qui évoque l’un des courts-métrages les plus effrayants du monde (cette opinion n’engage que moi), j’ai décidé d’écouter du punkcore, avec Enabler et leur album La Fin absolue du monde (cf. Cigarette Burns de John Carpenter). Eh bien j’avoue que ça m’a fait son petit effet, et c’est très bon pour le moral, bourré de rage et d’énergie. Et je dois dire que plus j’écoute, plus j’aime !

Quand j’ai dit à Gradlon que la chanson Voyou de Fauve me faisait pleurer, il m’a répliqué avec sa morgue habituelle qu’il préférait largement Psykick Lyrikah (même si ça n’a rien à voir, mais ils ont été déjà comparés). Alors du coup je lui ai demandé de me faire écouter, et ça m’a plu, mais c’est le genre de musique qui s’écoute et donc ne marche pas très bien quand on passe une soirée entre copains. Du coup, rentrée chez moi j’ai demandé à mon revendeur albanais ce qu’il avait, et je suis repartie avec deux albums,  Des Lumières sous la pluie et Jamais trop tard. J’écoute en ce moment le premier, et sur la première chanson, Psykick Lyrikah me prend par les sentiments en faisant un morceau entier consacré à la littérature bourré de référence à de beaux titres. Psykick Lyrikah, c’est un rap introspectif, contemplatif, mélancolique, avec un beau talent poétique. Par contre il y a sacrément de quoi déprimer. Mais une très jolie découverte, merci Gradlon !

 

Sciences et bizarreries

Sur la chaîne Youtube e-penser, on peut regarder les petites émissions de la série élégamment intitulée Breaking Balls, qui abordent avec humour des problèmes scientifiques plutôt ardus.

Mais mon gros coup de cœur, c’est la chaîne d’Axolot, et surtout son site Internet. Il s’est fait une spécialité d’étonner ses lecteurs. Et il y parvient avec brio. Je vous convie à lire cet article qui raconte des histoires tout bonnement incroyables… mais vraies !

http://www.axolot.info/?p=1682

 

Et vous allez me dire, et la lecture alors ! Effectivement, je lis très peu en ce moment (à part la presse et les blogs !), honte à moi, mais promis, je vais m’y remettre. J’ai commencé Fééries pour les ténèbres de Jérôme Noirez, j’en reparlerai.

 

Bonnes découvertes à vous, et parlez-moi des vôtres !

Nourritures spirituelles

En ce moment, je rêve beaucoup de nourriture, des pâtisseries et des desserts surtout.  Selon monsieur Moire, cela signifie que mon esprit se nourrit bien. Alors en vous souhaitant de rêver vous aussi de tartes au citron et de mini-éclairs, voici mes coups de cœur de la semaine.

 

Musique

L’autre jour, j’ai renoué avec un vieux rituel plein de charmes : j’ai pris le bus et je me suis promenée au hasard en centre-ville, en entrant de façon plus ou moins aléatoire dans diverses boutiques. J’ai donc acheté entre autres choses, sur un petit coup de tête, l’album Scarlet’s Walk de Tori Amos. C’était chouette de revenir à la maison et de prendre le temps d’écouter l’album en regardant la pochette.

J’aime la photo de couverture, et tout ce qu’elle évoque.

J’aime la carte des États-Unis, où des trajets en couleur sont légendés selon les chansons auxquels ils correspondent. Un véritable périple sur les routes, comme je rêve d’en faire.

Tori Amos, c’est doux sans être suave, rêveur sans être niais, lumineux, et aussi un peu mélancolique et nostalgique.

 

Littérature

 aliss

Ce livre patientait sur mon étagère depuis près d’un an, et pis un jour, je l’ai tiré de son refuge et je l’ai lu à toute vitesse. Aliss, de Patrick Sénécal. C’est écrit à la première personne, une jeune fille de dix-huit ans, dans un style très oral. Pour une Française, batince, c’était ben fun, j’avais l’impression de lire un livre en argot, et j’ai appris plein d’expressions québécoises. Cette histoire met à mal votre bon gros sens et vous envoie dans un monde qui ressemble au nôtre, dans un miroir déformant. C’est pas pantoute pour les enfants, et vous attendez pas à trouver ça plate. Astheure j’y pense toujours.

Il faut avoir du guts pour s’enfoncer dans les ténèbres avec Aliss. C’est violent, saignant, pornographique. Les références à Lewis Carroll sont partout, mais toujours discrètes, subtiles.

La fin est quasi extraordinaire, juste et un brin grinçante, elle vous laisse danser d’un pied sur l’autre.

Et de façon inattendue, on retrouve un personnage de 5150 Rue des Ormes… (si vous ne voulez pas de spoilers, ne cherchez rien sur ces deux bouquins sur Internet)

Un GRAND bouquin. Si vous vous posez les bonnes questions.

 

Jeux vidéo

J’ai presque terminé Skyrim, du moins la version sans extensions, et j’ai vu poindre un brin de lassitude. Et puis, dimanche dernier, je me suis rappelé que Skyrim n’était pas le seul RPG du monde, et que grâce à Steam, je pouvais en acheter un autre, MAINENANT ! Ni une, ni deux, je vais sur Steam, et là je tombe sur une chouette promo ! J’achète donc Kingdoms of Amalur : Reckoning. On me promet un RPG dans un très grand monde ouvert avec plein de quêtes et un super style de combat facile et intuitif. Pour le peu que j’ai avancé, c’est vrai.

Et regardez-moi ce super Elfe beau gosse qui me sert d’avatar :

elfe

(c’est un vilain voleur)

J’aime la rapidité des combats, la possibilité d’enchaîner des combos et de mixer très facilement magie et coups, et de changer d’arme sans se prendre la tête. Les combats sont véritablement épiques, avec de belles animations, sans faire ramer mon PC. Le monde est riche, plein d’histoires, plein de personnages, les graphismes plutôt jolis. Tout pour un jeu immersif pour celles et ceux qui comme moi, aiment incarner un personnage et plonger dans une histoire sans être forcément très doués aux jeux vidéo.

 

Voilà pour cette fois, en espérant que cette sélection vous a plu !

[Notes de lecture] Au pays de Dieu, Douglas Kennedy

Alors que je passais d’agréables vacances en Provence, en me rendant au supermarché, j’ai été aimantée par le rayon livres judicieusement placé à droite en entrant, avec la presse. Ni une ni deux, mon regard dévore les étagères et je tombe sur un nom et un titre qui attirent illico mon attention. C’est un récit de voyage, d’un écrivain que je connais pour ses romans. Intriguée, je lis le quatrième de couverture. Il ne m’a pas fallu plus de dix secondes pour décider qu’Au pays de Dieu, de Douglas Kennedy, allait rejoindre le rosé et les grillades dans mon panier de courses.

Et je n’ai pas été déçue du voyage. De la Floride au Texas, en passant par l’Alabama, le Tennessee, et la Caroline du Nord, Kennedy nous emmène sur les routes du sud profond, celui éclatant de modernité d’Atlanta ou de Miami, et celui rongé par la pauvreté et le racisme, dans les recoins les plus isolés de la cambrousse américaine. Sa mission : rencontrer ces gens qui disent avoir été « foudroyés dans l’âme », essayer de comprendre ce qui pousse tant d’Américains à se tourner – radicalement – vers Dieu.

La spiritualité, c’est assez visible sur ce blog je pense, est une chose qui m’intéresse énormément. Les États-Unis me passionnent. Le sud de ce pays me fascine. Les évangélistes m’intriguent. Je ne pouvais donc qu’aimer ce bouquin, mais le fait est que je le recommanderais sans arrière-pensée à presque n’importe qui. En effet, il s’agit d’une galerie de personnages rencontrés plus ou moins au hasard. Tous livrent une part de leur histoire à Kennedy, et racontent comment ils en sont venus à nouer une « relation personnelle avec Jésus ». J’ai lu des choses que j’ai trouvées aberrantes, mais c’était là que ça devenait intéressant : ça existe, pour de vrai, c’est arrivé à des gens qui n’ont pratiquement rien en commun, sinon d’être Américains.

Le livre nous aide à comprendre la pluralité du christianisme aujourd’hui aux États-Unis, d’en comprendre les origines, et nous permet de voir que là-bas, la religion et la religiosité se portent très bien. Du coup, ce voyage a un goût exotique inimitable pour la Française laïque et agnostique que je suis. Le phénomène du télévangélisme, par exemple, me donne l’impression que ces gens viennent d’une autre planète. L’association des motards chrétiens, les « récidivistes » soutenus par des associations sous le couvert de l’anonymat qui cherchent à reprendre une vie normale après s’être échappés de mouvements radicaux et sectaires, la mère de famille persuadée que Satan cherche à s’emparer de l’âme de ses enfants, le parc d’attraction chrétien ou les campagnards qui tombent spontanément en transe à la messe… Tout cela a de quoi attirer l’attention de quiconque possède un peu de curiosité.

En conservant une salutaire objectivité sans pour autant édulcorer ses impressions, Kennedy nous livre le récit d’un New-Yorkais non chrétien qui s’immerge dans une région des États-Unis qui lui est complètement étrangère. L’avantage, c’est donc que l’on peut s’identifier à lui, et profiter de son voyage comme s’il s’agissait du nôtre.

 

Au pays de Dieu, Douglas Kennedy, trad. de l’américain par Bernard Cohen, Belfond, 2004 [1989 pour la 1ère ed. américaine], 340 pages.

Nourritures spirituelles

À la manière du Carnet Bleu de Kalys, je vous propose un petit tour d’horizon de tout ce qui me plaît, me fascine, m’interpelle, ces temps-ci.

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On commence tout de suite par de la musique ! La semaine dernière, j’ai été pour la journée du vendredi au Hellfest, où j’ai eu notamment le privilège de voir les Grecs de Septic Flesh en concert. C’est un groupe que je connais de longue date, et j’avais assisté à l’un de leurs concerts à ce même Hellfest en 2010 mais, victime de la foule et de ma petite taille, je n’avais pas vu le bout du nez des musiciens (ni même leurs extrémités capillaires s’envolant dans un headbang sauvage). Cette fois donc je me suis privée de la fin du concert d’Enslaved, pourtant très chouette, pour patienter devant la scène où devait se dérouler la messe, bien nommée The Altar, juste à côté de The Temple, où les rampes de spots en forme de 666 nous informaient de l’essence black metal de la musique qui s’y est jouée :)

Bref, le concert d’Enslaved se termine, il est une heure du matin, la tension monte. Une musique orchestrale démarre dans l’obscurité saturée de chaleur et du frémissement qui anticipe chaque bon concert. Les membres du groupe débarquent et envoient les rafales puissantes de leur musique à la fois brutale et symphonique, et le chanteur se met à émettre les sons gutturaux et mélodieux qui me donnent toujours l’impression que sa voix sort littéralement d’une crevasse. Très fatiguée de ma journée, je n’ai pas pu apprécier autant que je l’aurais voulu, mais c’était tout de même un moment intense et magique. Nager dans les ondes mystiques de la musique de Septic Flesh est une expérience qui vous comble et vous libère :) Ils étaient très contents parce qu’ils sortaient ce jour-là leur nouvel album, Titan, dont voici un extrait !

Malheureusement, le nouvel album a éclipsé des compositions plus anciennes, et je n’ai pas pu entendre mon morceau préféré, l’un des meilleurs morceaux de tous les temps d’ailleurs :

Par contre, j’ai bien entendu cette maudite chanson où je n’arrive plus à entendre autre chose que « Champions du monde », ce qui en fait un curieux hymne black metal à la gloire de la Coupe du Monde 98… (voir à 0:45)

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Je prépare actuellement quelques réflexion sur la science et plus particulièrement la physique, je crois que ça va faire plusieurs articles au final, j’essaie de rassembler mes idées sur le sujet, et je crois que ça va être aussi bordélique que mes évocations de la pensée chamanique…

N’hésitez pas à me reprendre si je raconte des bêtises, et je corrigerai (je rappelle à des lecteurs qui tomberaient ici par hasard que je n’ai pas de formation scientifique, j’apprends en autodidacte).

Enfin bref, toujours est-il que j’ai acheté le dernier numéro de Science&Vie, dont le dossier est consacré à l’idée de Juan Maldacena et Leonard Susskind, une idée qui permet de relier relativité générale et mécanique quantique, de quoi donner le vertige.

Petit rappel : la physique quantique est ainsi nommée parce qu’il s’agit d’une physique où les quantités sont définies, autrement dit, non divisibles à l’infini. Par exemple, le noyau d’un atome est composé de neutrons et de protons, eux-mêmes composés de quarks, lesquels sont des particules élémentaires, parce que non composés d’autres particules. C’est donc une physique du minuscule, mais pas de l’infiniment petit. On travaille au niveau subatomique, tandis que les autres physiciens s’occupent de choses plus grandes et, oserais-je dire, moins compliquées, puisqu’il semble qu’au niveau quantique la matière fasse n’importe quoi, ce qui n’est pas le cas dans la physique « classique ». C’est d’ailleurs ce qui perturbait Einstein, parce que selon lui, Dieu « ne joue pas aux dés », alors qu’en physique quantique, il n’existe que des probabilités, pas de prédictions sûres et certaines.

Le fondement de l’idée de Susskind et Maldacena est assez simple : en physique quantique, l’on constate que deux particules semblables, quel que soit leur éloignement l’une de l’autre, agissent de la même manière et de façon simultanée. Cela s’appelle l’intrication quantique, et Einstein n’en voulait pas, parce que cela constituait pour lui une aberration. Quel rapport avec la relativité générale d’Einstein ? Et bien Einstein prévoit un univers constitué par une trame d’espace-temps déformée par la masse. Autrement dit, l’espace-temps se « plie » à proximité d’une masse, et c’est cette pliure qui est à l’origine des phénomènes de gravité comme le montre cette image :

Geodesik planete

On voit ici que la lune tournant autour de la planète ne fait que suivre la courbure de l’espace-temps. Or, l’idée de Susskind et Maldacena, c’est que chaque particule est capable de plier l’espace-temps… au point de le déchirer. Il se créerait alors un trou de ver, et nos particules qui agissent simultanément ne seraient pas en réalité deux particules distinctes, mais la même, située à deux points différents de l’espace-temps. C’est une hypothèse intéressante parce l’intrication quantique est bien décrite et calculée, mais personne ne la comprend vraiment. Cette théorie permet de l’expliquer, et ouvre la porte à une théorie de la gravitation quantique, autrement dit, une théorie où il serait possible de penser la gravité au niveau quantique.

J’apprends d’ailleurs dans le même temps, à propos des trous de ver, que la Nasa étudie sérieusement le moteur à distorsion qu’utilisent les personnages de… Star Trek ! L’idée est ingénieuse : il s’agit de trouver un moyen de plier l’espace-temps, de façon non pas à aller plus vite, mais tout simplement de réduire les distances ! À lire sur Slate.

Il semble que la science soit en train de se mettre d’accord avec la science-fiction, et personnellement, si vous me permettez l’expression, je trouve ça super cool :)

Au fait, si vous peinez à comprendre et conceptualiser toutes ces idées, je vous recommande chaudement les vidéos de trois-quatre minutes de Jean-Pierre Luminet, qui explique des choses compliquées de manière très pédagogique.

Une petite vidéo détente pour le plaisir, en restant dans le domaine de la physique :

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Question bouquins, je me replonge avec plaisir dans un roman de Douglas Kennedy, que je n’avais pas lu depuis fort longtemps ! Cet instant-là relate la vie du narrateur, un écrivain nommé Thomas Nesbitt. Le livre est truffé d’observations psychologiques très pertinentes qui me rappellent la sensibilité d’un Stephen King. Au début de l’histoire, suite à un divorce, l’écrivain revient sur son passé et surtout l’expérience qu’il a vécu dans le Berlin-Ouest d’avant la chute du Mur. Kennedy a l’art et la manière de raconter des choses simples de manière passionnante. Sans complaisance et sans réalisme sordide, et ça me semble assez rare pour être signalé.

« Quoique cet afflux de réminiscences et d’associations d’idées puisse sembler chaotique à première vue, l’une des grandes vérités concernant la mémoire est qu’elle ne fonctionne jamais de façon complètement arbitraire. Il existe toujours une connexion ou une autre entre les souvenirs, parce que toute chose obéit à une logique narrative. Et le récit sur lequel chacun de nous s’escrime, c’est ce que nous disons être notre vie. »

Under the yum-yum tree

C’est un livre qui a une façon de s’agripper à vous, de planter profondément ses griffes dans votre cage thoracique. D’abord, il est envoûtant, puis, fascinant, et ensuite… Horrible et sublime à la fois, même quand vous le posez pour penser à autre chose, il demeure là dans votre esprit, palpitant, vivant, et c’est impossible de l’oublier complètement. Pire encore, je crois qu’il a une façon de ramper vers l’inconscient, furtivement, secrètement. Il s’y love et y fait son nid, et parfois, des pensées surgissent qui en émanent, ou plutôt de ce qu’il a semé là dans cette pièce obscure, là, dans l’arrière-boutique de l’esprit où l’on stocke les souvenirs et les choses peu présentables.

C’est un livre qui vous emmène à reculons – vous ne voulez pas y aller, vous pressentez que vous ne devez pas – mais vous cédez, pas après pas. Et c’est la dégringolade dans le terrier du lapin, boom ! ça y est, vous y êtes. Aucun retour possible. Vous vous trouvez dans cette pièce obscure où l’écrivain va puiser ses histoires, ou peut-être est-ce davantage comme un lac, un lac très profond, où vous jetez vos filets…

Et puis soudain, après vous avoir éprouvé, retourné, écœuré ; soudain, vous avez envie de rire. C’est comme s’éveiller d’un rêve en pleine lumière estivale. Et pourtant vous n’avez jamais été en train de rêver, parce que dans cette histoire, tout est vrai. Jusqu’aux démons. Jusqu’à Boo’ya Moon.

Ce n’est pas un livre fantastique. Ce n’est pas un livre d’épouvante. Ce n’est pas un livre de « littérature blanche ». C’est à peine un livre, d’ailleurs. Heureusement, notons, que tous les romans ne sont pas comme celui-ci : ce serait émotionnellement et intellectuellement insupportable. Mais si de tels livres n’existaient pas, la littérature ne serait probablement pas davantage qu’un sympathique divertissement…

Je le boude un moment, et puis, il me nargue dans la périphérie de ma vision. Je l’ouvre, et oublie le temps encore une fois. De nouveau, les larmes me prennent à la gorge, mon cœur s’accélère, et je veux en savoir plus.

Par-dessus tout, ce livre me hante. Je ressasse des images et des idées, les mots s’associent et me font dégringoler dans le ravin. Tout ce que je rencontre dans la « vraie vie » créé un réseau d’échos, une toile de sous-entendus, de symboles qui m’y ramènent. Et j’y puise ; j’y bois à satiété.

Mais le plus marquant, peut-être, c’est cette difficulté et dans le même temps cette urgence que j’éprouve à écrire quelque chose sur ce livre. Avant de pouvoir me l’approprier, avant de me remettre à écrire mes propres histoires, je dois passer un long moment avec ce récit, y compris lorsque je ne lis pas. Moi aussi, je dois franchir toutes les stations. Le livre m’y incite, m’y force presque par son insistance à me questionner – un interrogatoire en règle.

Il y a quelque chose d’absolument incroyable dans ce livre qui me semble rejoindre l’idéal romantique de l’œuvre d’art : « Poïétique où le sujet se confond avec sa propre production, et littérature close sur la loi de son propre engendrement, le romantisme (nous, en somme), c’est le moment de l’absolu littéraire ». Absolu littéraire. Voilà qui semble bien qualifier ce roman. Même le mot littéraire est de trop. Les romantiques étaient des élitistes, et je parle ici d’un romancier populaire. C’est peut-être là le plus dingue, dans le sens où les élitistes en question ne l’attendaient certainement pas là. Tant mieux, d’ailleurs. Une belle revanche contre leurs catégorisations à la con. Ce romancier-là défie toutes les étiquettes (de genre ou de catégorie sociale) en atteignant avec ce cette œuvre tout simplement le summum de son art. Mais je reviens un instant sur la définition donnée par Schlegel dans ses Lettres sur le roman. Ce qui me semble si bien coller avec ce roman-là, c’est qu’il est construit par des mises en abîme successives. Il créé, en quelques sortes, son propre infini. C’est un roman sur la vie, et une vie à propos de romans. L’Histoire de Lisey est l’histoire de cette femme, mais c’est aussi l’histoire qui lui est destinée.

Mais King lui-même, après tout, en parle encore mieux que l’intellectuel Schlegel. Un de ses conseils qui m’avait marquée dans son livre Écritures[1], c’était quelque chose d’extrêmement simple et compliqué à la fois, comme le sont tous les bons conseils : « dire la vérité ». Cela demande une honnêteté et une intégrité que très franchement, je ne crois pas personnellement avoir atteint encore. Il faut un courage incroyable, et une humilité certaine, pour dire la vérité. Et pourtant, je suis persuadée avec King que c’est la marque des grands romans. Comme lorsque Flaubert s’écrire « Mme Bovary, c’est moi ! ». S’il n’avait pas été aussi humble, il aurait dit « c’est nous ».

Je ne pourrai jamais oublier ce livre conçu comme une immense farce cruelle, tragique et sublime. Un chemin de croix avec ses stations. Stephen King appelle ça « bool ». Et comme Scott le remarque, c’est comme « book », seulement, sans le k…

L’Histoire de Lisey est mon histoire. La vôtre aussi. Je ne pense pas risquer grand-chose à annoncer que ce livre va devenir un immense classique. Et si ce n’est pas le cas, c’est que l’on sera tombé bien bas.

Stephen King est probablement l’écrivain qui m’a le plus apporté à la fois en tant que personne et en tant qu’aspirante écrivaine.

« La vie n’est pas un système logistique destiné à soutenir l’art. C’est le contraire. », nous dit-il. Une sorte d’aphorisme sur lequel je ne cesse de m’interroger, moi qui ai toujours eu la sensation de mener une double vie. J’y perçois quelque chose comme une lueur d’espoir. Même si j’ai toujours pensé que cette sensation de double vie était une illusion, j’ai continué à vivre avec cette impression. Peut-être ce roman m’aidera-t-il à réconcilier l’art et la vie. Peut-être.

Alors vous le comprenez, ce roman m’a parlé, a touché toutes les fibres de mon être, et, si j’ose dire, mes différentes personnalités.

Je voudrais conclure ce long billet – pardon, mais sur ce sujet, je ne pouvais pas faire plus court – par un autre message d’espoir, à destination de tous ceux qui ont fait le pari fou d’écrire :

« Écrire n’a rien à voir avec gagner de l’argent, devenir célèbre, draguer les filles ou se faire des amis. En fin de compte, écrire revient à enrichir la vie de ceux qui liront vos ouvrages, mais aussi à enrichir votre propre vie. C’est se tenir debout, aller mieux, surmonter les difficultés. Et faire qu’on soit heureux, d’accord ? Oui, faire qu’on soit heureux. Une partie de ce livre, trop longue, peut-être, décrit comment j’ai appris cela. Une autre, plus importante, s’efforce d’expliquer cmoment on peut mieux le faire. Le reste, et peut-être la meilleure partie, est une autorisation en bonne et due forme : vous le pouvez, vous le devez et, si vous êtes assez courageux pour vous lancer, vous y arriverez. Écrire est magique, écrire est l’eau de la vie au même titre que n’importe quel art. L’eau est gratuite. Alors, buvez.

Buvez, buvez à satiété. »



[1] Sur ce livre extraordinaire, voir ma chronique sur le blog de mon asso, Les Chemins de traverse : http://lestraverseurs.blogspot.fr/2012/04/ecritures-memoires-dun-metier-par.html