Écritures

Des nouvelles !

Je n’ai pas écrit ici depuis bien, bien longtemps. Pas seulement ici, d’ailleurs : il y a plusieurs personnes qui attendent toujours un courriel de ma part ! Il y a plusieurs raisons à cela, du moins pour ce blog : tout simplement, je n’avais rien à dire, ou alors j’étais occupée à autre chose. Car si je n’écris guère ici, cette année est pour moi assez exceptionnelle concernant la fiction, alors je commencerai par là.

Ce que j’écris

Mon roman grossit à vue d’œil, et je ne vous parle même pas de la fan-fiction sur Fairy Tail, qui a enflé comme… Attendez, j’essaie de trouver une métaphore adéquate. Comme quand on laisse une casserole de lait sur le feu : dès que ça bout, ça déborde à vitesse grand V. Non, je ne suis toujours pas persuadée du bien-fondé de cette métaphore. Surtout pour un yaoi. Bref !

Un mot concernant le roman, provisoirement intitulé Failles-Mortes, du nom d’une vieille forteresse, mélange de Dros Delnoch dans Légende de David Gemmell (qui reste un roman très cher à mon cœur) et de Fort-Céleste dans Dragon Age : Inquisition. J’ai dû commencer à l’écrire au printemps 2016. Il y a eu des périodes de traversée du désert. Là, je suis dans les trois cent pages et force est de constater que je suis encore très loin d’en avoir terminé ! Mais je vous en parle quand même, histoire que vous ayez une idée de ce qui occupe une bonne partie de mes soirées : il s’agit d’un roman de fantasy, ça tire un peu du côté de l’heroic fantasy, mais c’est loin de ressembler à un David Gemmell (que je lis beaucoup en ce moment). Des batailles, des combats, il y en a, mais il ne s’agit pas du centre du roman. Nous sommes dans un monde technologiquement médiéval. Pas de magie à proprement parler, mais des « esprits », des créatures mystérieuses, invisibles, qui ont le pouvoir de modifier le réel à leur gré, de posséder les gens, et qui ont une fâcheuse tendance à se foutre de la gueule des humains.

Dros Delnoch, par Didier Graffet.

Dros Delnoch, par Didier Graffet.

En très gros, le roman est l’histoire des relations complexes entre les humains et ces entités. J’ai une demi-douzaine de personnages principaux, dont la vision du monde diffère, et donc dont les intérêts divergent. Que penser des esprits ? Faut-il chercher à les contrôler ou à cohabiter ? Vous ajoutez à ça de sombres histoires de famille, des histoires d’amour, des problèmes d’estime de soi et l’obsession de la quête de sens, de justice et de stabilité dans un monde qui ne cesse de changer – littéralement – à cause des esprits, et voilà la matière de base de mon livre.

Inutile de faire un résumé, puisque je n’ai pas terminé, mais voici comment tout ça commence : Sophia, gardienne d’une antique citadelle du nom de Failles-Mortes et liée aux esprits par un pacte dont elle a seule connaissance, est assassinée. En effet, une armée menée par une coalition de représentants de vieilles familles nobles dont les lignées et la gloire sont en train de s’éteindre cherche à s’emparer de la forteresse, persuadée qu’elle y trouvera le pouvoir nécessaire pour rétablir une forme de domination humaine sur un monde qui leur échappe. Trois personnages arrivent sur les lieux presque en même temps que la coalition, mais pour des raisons totalement différentes : un duo de voleurs en quête d’un trésor et un alcoolique possédé en quête de solutions pour se débarrasser de ses hôtes indésirables. Et je ne préfère pas en dire davantage, sachez juste qu’il y a au programme des voyages dans des terres exotiques, des « confessions au coin du feu » dans l’esprit de Warcraft le film mais hopefully en beaucoup mieux, des scènes de sexe torrides (pas si nombreuses que ça, mais bon, on ne se refait pas), et des questionnements et remises en question torturés qui ne surprendront probablement pas ceux qui me connaissent bien.

Voilà. Il me faudrait un agent pour me vendre, non ? Parce que si j’agrafe cette présentation-là à mon manuscrit pour de futurs éditeurs, je suis pas sûre qu’ils prennent…

Oh, et note pour Kalys : attends avant de lire le chapitre sept, Fertesol, je l’ai tellement bricolé qu’il vaut mieux que je te le renvoie avec le chapitre huit, dans l’ordre, et avec une meilleure présentation, je sais comment faire maintenant :)

fanfictionEt pour la fan-fiction, eh bien… J’ai déjà dit que c’est un yaoi (qui comprend aussi quelques scène yuri, soit dit en passant), et que c’est une fan-fiction de Fairy Tail. Donc j’ai déjà dit tout ce qu’il y avait à dire dessus (ce qui ne m’empêche pas d’en être très fière!). Ah, et c’est un Gratsu, les true sauront ce que ça signifie. Si ça vous intrigue, c’est accessible si vous avez plus de dix-huit ans. Ou si vous prétendez avoir plus de dix-huit ans. Personnellement, je ne crois pas qu’il y ait quoi que ce soit de choquant dans ce que j’écris, mais là tout de suite, je n’ai pas envie de me lancer sur un débat sur la censure (bien que j’aie beaucoup de choses à en dire, disons simplement que ce sera pour un autre billet !).

Quand je travaille !

Parce que ça m’arrive, parfois, entre deux scène de yaoi. Les traductions, donc ! J’ai le plaisir de vous dire que ça va bien sur ce plan ! Depuis le début de l’été, je travaille régulièrement avec Exequo, agence française de localisation jeux vidéo. Actuellement à mon palmarès, Outreach, un « walking-simulator », paraît-il qu’il faut appeler ça, et vu que je l’ai traduit en entier, je peux vous dire que vous allez aimer l’intrigue, originale et flippante, Durango, jeu de survie coopératif sur mobile dans un monde avec des dinosaures (trop vaste pour un seul traducteur, on était plusieurs) et Surviving Mars (pareil, à plusieurs), jeu de gestion où il s’agit d’installer une colonie viable sur Pluton. Mais non, sur Mars, évidemment ! J’ai vu que vous ne suiviez pas.

durangoParallèlement, je continue mon travail de sous-titrages pour Visual Data, et le principal client reste Netflix (qui apparemment ont vraiment nagé dans la panade avec leur histoire de test. Et oui, je sais que « nager dans la panade », ça n’existe pas.). En ce moment, encore des vérifications de sous-titres Star Trek, sinon, des séries Disney, des émissions de bagnoles (Drive, oh my god. Si vous êtes fans de voitures, je vous déconseille mes traductions) et de cuisine (Mind of a Chef, ou la branlette pour les fins gourmets) ont été mon boulot quotidien ces derniers mois.

Mes revenus en traduction, quoique toujours un peu justes, m’ont permis de me détacher de toute activité de rédaction. Quitte à bosser dur, j’en ai eu assez de bosser pour des clopinettes, alors j’ai tout arrêté pour me consacrer à la traduction et à l’écriture.

Nouvelles en vrac

  • Esprit critique m’en a donné la confirmation : j’ai un alignement chaotique bon. Chouette vidéo, merci F. !

  • Bonne nouvelle : je crois que mes voisins ont disparu par le portail qui s’est ouvert entre notre monde et le suivant à Halloween et ont été remplacés par des fantômes. Je ne vois aucune autre explication rationnelle au silence qui règne dans l’immeuble.

  • Je regarde trop de films d’horreur. Mais je n’en suis pas encore au point d’avoir vu celui avec Ben Laden qui revient en zombie. Quoique, « The Axis of Evil Dead », c’est tellement bien trouvé que je devrais peut-être.

axis of evil dead

  • Je regarde Log Horizon, et c’est bien, même très bien. J’ai passé tout un épisode à pleurer.

  • Je ne regarde toujours pas, mais je suis devenue totalement accro à l’OST de Naruto Shippuden. Yasuharu Takanashi!! C’était le nom d’un compositeur crié par une fan, pas une insulte en japonais, au cas où vous auriez un doute.

  • J’ai découvert le sens de la vie. Mais je ne vous dirai rien.

Kata ton daimona eaytoy.

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[Ustensiles de style] Ce que j’écoute quand j’écris

Traversant un coup de fatigue hivernal (j’ai deux moments difficiles dans l’année : en plein été, et en plein hiver), je suis en retard sur la parution prévue des nouvelles de Henry S. Whitehead, et ma créativité est en berne.
Je me suis donc dit que comme parler des choses est souvent un bon moyen de les invoquer, j’allais consacrer ce billet à la créativité, à sa définition, à la façon dont elle se manifeste et comment la stimuler. On peut lire ce billet comme une sorte de suite au message consacré à la page blanche, mais cette fois l’angle est moins général et plus personnel.

La musique et l’écriture

Certaine personnes préfèrent le silence, considérant la musique comme une distraction. Pour ma part, elle agit comme un catalyseur. Elle m’aide à penser, à imaginer, à exprimer. C’est simple : je n’écris jamais en silence. Par contre, j’écoute peu de musique à texte, ou avec un texte que je ne discerne guère parce qu’il est hurlé : la voix devient alors un simple instrument de musique, indépendante des mots qu’elle prononce. Il m’arrive aussi d’écouter des chansons dont je comprends les textes, mais je dirais que cela arrive plus en phase de préparation. Ce que je nomme « phase de préparation », ce sont tous ces moments passés les yeux dans le vide à rêvasser, eh oui, je trouve cela capital pour pouvoir entrer dans la phase écriture. Si je me sens particulièrement déprimée, j’écoute cela :

Et pour tous les états d’esprit possibles et imaginables, j’écoute les invocations chamaniques de Jim Morrison :

La musique que j’écoute en phase d’inspiration

Quand je me sens créative, j’ai l’esprit en ébullition. C’est comme si ma pensée s’accélérait. Je me vois un peu (en beaucoup moins intelligente, cela va sans dire) comme Sherlock Holmes quand il résout une enquête dans la série avec Benedict Cumberbach, avec un univers mental foisonnant où une chose en entraîne une autre, où les liens se font et se défont avec une étonnante rapidité. C’est là où mon esprit de synthèse donne tout ce qu’il a, et où je dois parfois réfréner mon lyrisme naturel pour éviter d’écrire des tartines grandiloquentes dans une sorte de pastiche de Victoir Hugo. Mais quand je me sens ainsi, j’écoute des musiques intenses, violentes, tragiques, ou épiques. L’important, c’est qu’elles portent le sentiment de puissance qui m’habite alors.

Le black metal me semble particulièrement approprié pour servir ce sentiment de puissance. Quand j’écoute cela, je me vois bien éclater d’un rire diabolique au sommet d’une falaise battue par les flots en conjurant les plus noirs pouvoirs pour anéantir les flottes ennemies en approche (oui, oui, tout ça !)

Si je suis très très énervée et que la rage est le principal sentiment qui m’habite, je le sublime et l’exacerbe avec de la dark electro.

Si je suis en plein souffle épique et que j’ai envie de belles actions et de scène héroïques, je me tourne vers les bandes originales de films et de jeux vidéo :

La musique pour écrire bien, et longtemps

Mais la créativité ne passe pas seulement par des phases d’effervescence comme je l’ai décrit plus haut. Il faut aussi savoir canaliser son ressenti, et se concentrer. Pour cela, je compte beaucoup sur la musique. Il existe des musiques capables de m’apaiser tout en favorisant la concentration, et qui comportent tout de même la dimension émotionnelle et onirique dont j’ai besoin pour me fondre dans mon propre imaginaire. Voici le top 3 de ce que j’écoute pour écrire calmement mais sûrement :

Et vous, comment la musique vous accompagne-t-elle quand vous avez besoin d’être créatifs ? (que ce soit pour l’écriture, ou autre chose !)

[Ustensiles de style] Lutter contre la page blanche

Souvent, avant de me mettre à écrire, j’ai cet instant d’hésitation, de suspens. Au meilleur des cas, ça en reste là, à cette hésitation comme devant un choix intéressant, potentiellement dangereux, mais suffisamment attirant pour franchir le pas. Au pire des cas, cela se transforme en une sorte de paralysée généralisée qui entraîne culpabilité et autodévaluation, voire une franche déprime. Alors, face à la page blanche, qu’est-ce qu’on fait ?

Comment libérer la créativité ?

La créativité est un vaste mystère et on a beaucoup écrit sur le sujet. Aujourd’hui, j’écoutais l’émission de France Inter La Tête au carré, dont le dossier du jour était consacré à cette question [émission à réécouter ici]. C’est entre autres un extrait où on entendait Daniel Picouly évoquer la page blanche qui m’a donné envie d’écrire cet article (il faut croire que je devrais écouter la radio plus souvent, puisque c’est le deuxième article dont l’idée me vient de ce média !). L’écrivain disait en substance qu’une partie du blocage de la page blanche provient en fait de l’orgueil : nous sommes nombreux à vouloir non seulement écrire, mais en plus, à vouloir écrire sublimement.
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L’auteur nous invitait alors à accepter notre « somptueuse médiocrité » afin de vaincre ce syndrome bien connu des créatifs ; et je trouve son conseil étrangement pertinent. Bien souvent, on n’a pas réellement peur de ne pas y arriver, mais on craint surtout de ne pas être à la hauteur de la barre qu’on s’est plus ou moins consciemment fixée. Dans la majorité des cas, cette barre se situe beaucoup trop haut : tenter de l’atteindre d’un seul coup est tout à fait contre-productif.
Au-delà de l’idée de médiocrité, je crois que le véritable défi, c’est de parvenir à accepter ses propres faiblesses, et ses défauts. Accepter que comme tout un chacun, et même si on s’en cache souvent très bien, on est malmené par des vents contraires. On essaie simplement de garder la tête hors de l’eau. J’ai cette conviction peut-être naïve que le monde irait mieux si on arrêtait de faire semblant et qu’on admettait qu’on est simplement dépassé. Sans essayer de se justifier ou de se trouver des excuses. Pourquoi continuer de faire comme si notre vie était un long fleuve tranquille ? On a le droit de craquer, d’être ébranlé, de ne rien comprendre. Et on doit même s’en servir. Je fais encore appel à Nietzsche : embrasser l’existence, dans ses grandeurs étourdissantes comme dans ses plus frustrantes mesquineries. C’est ça, votre matière. L’art n’est jamais qu’un processus d’alchimie : de la matière brute, informe, parfois répugnante, parfois effrayante, on fait naître un soupçon de beauté. Je crois que c’est là le lot des créatifs, le fardeau et la liberté de l’artiste. Mais quand je parle de la matière, qu’est-ce que j’entends par là ?

Où puiser ses idées et sa matière ?

Un deuxième point qui me semble important, relève du simple bon sens, mais… Pour écrire, il faut de la matière. Et pourtant, nous n’avons pas tous des vies passionnantes, loin s’en faut. Je lisais il y a peu une interview de Marie NDiaye (qui a reçu le prix Goncourt en 2009 pour son roman Trois femmes puissantes) où elle disait ceci : « J’ai lu récemment le journal de Joyce Carol Oates, et elle a la vie la plus régulière, simple, normale, bourgeoise qui soit, et elle écrit des livres de monstre. Il y a cette chose qu’on appelle l’imagination, et ce n’est pas rien. Une imagination qui se construit aussi sur le réel de faits ou de rencontres, d’histoires que j’ai lues dans la presse ou qu’on m’a racontées. Le lieu où je vis m’influence aussi. » (Ce n’est pas ce que vous croyez… Je ne lis pas les Inrocks, c’est vrai, je vous jure, c’était purement professionnel !) J’ai trouvé ça intéressant, car les lecteurs demandent souvent aux écrivains d’où leur viennent leurs idées. Et il est vrai que la vie quotidienne n’offre pas nécessairement un cadre très propice au développement d’idées débridées. Et pourtant elle nous nourrit assez amplement, pour peu qu’on prête attention aux détails sur lesquels on passe d’ordinaire sans s’arrêter.
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Pour écrire, il faut être observateur, garder un œil ouvert en permanence, un œil critique, analytique, mais aussi un œil sensible, capable de capter la nuance et la singularité de ce qui est a priori jugé ordinaire. Et bien sûr, comme le souligne Marie NDiaye, il n’y a pas que le réel de « première main » qui soit utile à l’écrivain. On peut aussi se servir d’histoires entendues, et de toutes les fictions du monde (et il y a de quoi faire !).

C’est en forgeant qu’on…

Cela ressemble à un cliché éculé, mais c’est l’une des vérités presque toujours vraies du monde de l’écriture. Mozart était peut-être capable de composer des symphonies à neuf ans, mais le reste d’entre nous doit s’en tenir à ce vieil adage. Plutôt que de vouloir asséner une nouvelle fois cette formule usée, je vous invite ici à la considérer sous l’angle de notre problème, celui de la page blanche. L’écriture est une gymnastique mentale, qui engage à la fois le raisonnement, la réflexion, les capacités d’analyse ; et l’émotionnel, l’inconscient, l’intuitif. Cet exercice nécessite de se plonger dans un état d’esprit adéquat et demande une certaine préparation mentale, peut-être comparable à celle qu’effectue un sportif avant de se lancer dans la compétition, ou à celle d’un acteur qui attend dans les loges son entrée sur scène.
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Il s’agit de laisser son propre univers déborder de soi, envahir le réel, permettre à l’imagination de s’emparer de vous. Quand on évoque un spectateur ou un lecteur, on parle de « suspension volontaire de l’incrédulité », willing suspension of disbelief en VO, expression inventée par le poète Coleridge en 1817. Ce concept très prisé, entre autres, par les études littéraires, pourrait également s’appliquer à l’artiste lui-même : créer demande un certain lâcher-prise, une vulnérabilité volontaire et même induite. L’acte artistique exige une forme d’abandon. Il faut cesser de penser à soi, museler les doutes, les angoisses, en somme les pensées parasites, un peu de la même manière qu’au moment du coucher, lorsqu’on cherche le sommeil. On doit cesser de s’attacher au réel et à la quotidienneté pour se laisser glisser dans un entre-deux capable de laisser apparaître la silhouette des rêves. À nous, ensuite, de leur donner forme.

Pour en finir avec l’inspiration

Ceci m’amène à ce dernier sujet largement débattu ces dernières années, et mon avis n’a rien de particulièrement original. L’inspiration, dans une certaine mesure, existe. Parce qu’elle se présente comme une expérience intime et subjective. L’erreur est plutôt de croire qu’elle agit en tant que puissance extérieure indépendante du psychisme. À mon avis, l’inspiration est surtout la meilleure et la plus incroyable preuve du travail prodigieux de l’inconscient. Être inspiré, cela revient à dire qu’on est en état de synthétiser, à travers une forme qui nous est propre, les données proprement colossales que nous avons accumulées sur une période de temps donnée. C’est aussi pour cette raison qu’il est vain d’espérer atteindre le sublime, là, tout de suite. La création demande une patience qu’il est impossible d’imaginer quand on se trouve face à une œuvre bouleversante. Cette œuvre nous donne cette incroyable impression de spontanéité, comme si elle avait jailli subitement ex nihilo. Rien n’est plus faux, et plus on s’habitue à cette idée, mieux on crée.

[Pour ceux qui n’auraient pas tilté sur les images, je vous invite à découvrir d’urgence la série Community, avec son humour absurde, son amour la pop-culture, sa surprenante profondeur, et son personnage le plus créatif, Abed ;)]

En guise de conclusion

Je vous propose de terminer par un catalogue très personnel des trucs qui en ce moment, m’inspirent.

Musique : On ne se lasse pas des bonnes choses.

Séries télé : Avec Orange Is the New Black, plongée drôle, usante, captivante et déprimante dans l’univers carcéral féminin. (perso je n’avais pas aimé la bande-annonce, alors je vous renvoie plutôt à la chronique de Nat & Alice, mes Youtubeuses préférées :))

Jeux vidéo : Mass Effect 3, la grosse claque vidéoludique de cet automne. Je n’ai tout simplement jamais rencontré une telle intensité épique et tragique. Et jamais je n’ai joué à un jeu aussi immersif. Je sais, il paraît que la fin… Mais je n’en suis pas encore là. Je suis définitivement une fan absolue de BioWare. Pour toujours. Je serais capable de me faire tatouer le nom de la boîte au creux des reins. Presque.

 

Et vous, qu’est-ce qui vous inspire ? Que faites-vous face à la page blanche ?

Écriture : avec ou sans méthode ?

«  J’écris pour voir ce que j’écris quand j’écris  »

Non, je ne vais pas vous faire un brief théorique sur les deux grandes tendances des écrivains et tout ce qu’il y a entre les deux  : l’approche structurale consistant à tout planifier, ou l’approche «  improvisation  » où l’histoire se déroule au fur et à mesure qu’on l’écrit. L’idée est plutôt de proposer des réflexions en vrac, dans une démarche empirique, et non pas donner un cours. Je propose simplement de vous parler de la façon dont je travaille, afin de partager mon expérience.

J’ai eu envie d’écrire ce billet en écoutant Agnès Desarthe parler de son nouveau roman, Ce Cœur changeant, qui a reçu le prix littéraire du Monde 2015. Cette dame se réclame de Marguerite Duras, qu’elle cite  : «  J’écris pour voir ce que j’écris quand j’écris  ». Ce à quoi le journaliste lui réplique qu’avec tout le respect qu’il doit à Duras, pour elle cela s’accompagnait de quelques bouteilles de rouge, et Desarthe de rétorquer «  À chacun ses méthodes  ». Cela m’a fait sourire, et je me suis dit que dans une certaine mesure, je pourrais reprendre les mots de Duras à mon compte.

À une époque, je m’étais pas mal intéressée aux différentes techniques d’écriture, convaincue (et je le suis toujours) qu’écrire, cela s’apprend. Mais si on me demandait maintenant de résumer ce que j’ai appris, je ne suis pas sûre que je saurais quoi dire  ! Alors, est-ce que je n’ai rien retenu  ? En fait, je crois plutôt que les outils d’écriture, qui peuvent poser problème au début, deviennent de plus en plus instinctifs, et surtout que l’écriture est quelque chose qui se vit avant d’être une chose qui s’analyse et se met en théorie.

L’écriture et/ou la vie

Lionel Davoust l’a dit  : pour écrire, il faut d’abord se connaître soi-même1. Et ça, c’est un processus qui peut prendre des années. J’écris des nouvelles depuis quinze ans, j’ai écrit une novella reprise et continuée pendant trois ans, puis tenté plusieurs fois l’aventure du roman, jamais vraiment satisfaite de ce que j’avais fait. L’un de mes romans est resté inachevé, un autre est en cours d’écriture. Et à chaque fois, j’aborde l’écriture au long cours d’une façon différente.

Pour le roman, je planifie, mais le strict minimum, sans quoi je m’ennuierais et je m’empêcherais de me surprendre au fur et à mesure. L’inconvénient de cette approche, c’est qu’elle oblige à retravailler le texte énormément, à corriger de multiples choses, revenir en arrière, rectifier des incohérences. Cela dit, il semble bien que ce soit ma méthode  : en traduction, je travaille de la même manière. Le premier jet sort vite  : je n’aime pas me poser un millier de questions qui cassent mon «  flow  », comme le disent mes collègues anglophones. Alors une fois le premier jet terminé, je reprends tous les points problématiques, effectue les recherches non essentielles (celles qui concernent une orthographe, la syntaxe, la terminologie…), je cisèle et reformule mes phrases. Une phrase qui m’embête peut être reformulée une dizaine de fois. Là encore, je préfère être dans l’action que dans la théorie  : je teste. Je choisis ensuite la formulation qui me semble la plus souple, la plus jolie, la plus idiomatique.

En écriture, c’est à peu près la même chose. Il m’arrive cependant aussi d’écrire très lentement, de passer une heure sur un paragraphe, parce que j’ai le sensation d’avoir quelque chose de très précis à écrire. Bien sûr, cela dépend de la nature de la scène concernée. Une scène érotique, par exemple, demande souvent beaucoup d’attention, parce que tout est dans le détail, le rythme, le choix des mots. C’est quelque chose qui demande beaucoup de précision, je trouve. De même pour une scène de combat. J’ai tendance à aller plus vite pour les dialogues, et pour les scènes de monologue intérieur, qui sont celles où je suis le plus à l’aise, car si je m’identifie suffisamment à mon personnage, j’écris alors comme si je rédigeais mon propre journal intime.

L’acte d’écriture est toujours un acte de synthèse. C’est le résumé d’une pensée, d’une émotion, d’une vision. C’est le produit final d’un travail inconscient d’une part, et d’un travail conscient de l’imagination d’autre part. Et là encore, je trouve la phrase de Duras pertinente  : pour ma part, de toute évidence, mon inconscient est un bosseur (il en faut bien un  !), et quand j’écris, je découvre le fruit de son dur labeur. Souvent, mon inconscient m’emmène dans une direction intéressante et inattendue, et c’est bien la raison pour laquelle je lui fais tellement confiance.

Mais l’inconscient a beau être puissant, il a besoin d’un coup de pouce. Je le nourris avec le plus de fictions possible, qu’elles soient littéraires, télévisuelles ou vidéoludiques. Il m’arrive également souvent de réfléchir à la trame narrative d’une œuvre et de l’analyser pour tenter de comprendre pourquoi elle fonctionne si bien ou au contraire, quelles sont les raisons pour lesquelles elle échoue à me donner un sentiment de satisfaction, ou à m’émouvoir.

Cette façon d’apprendre à écrire est sans doute comparable au fait d’améliorer son orthographe en lisant beaucoup  : on apprend par assimilation, à force de se confronter au texte. Et j’avoue que cette approche, finalement, me convient plutôt bien. Pendant longtemps, j’ai vécu mon rapport à l’écriture comme éminemment conflictuel  : pour moi, j’avais deux vies  : une «  normale  », et celle où j’écrivais. Agnès Desarthe relate la même expérience quand, dans son interview, elle parle du phénomène de «  transe  ». Aussi, pendant longtemps, pour moi l’enjeu a été de réconcilier l’art et la vie. Mais comme le disait Stephen King dans son livre Écritures, c’est l’art qui doit s’adapter à la vie, et non l’inverseJe n’entends pas par là que la création est soumise aux aléas de l’existence. Ce que je veux dire, c’est que chacun doit décider de la place qu’il accorde à la création dans sa vie quotidienne, et des modalités selon laquelle elle s’exprime. Plus d’excuses  : il faut déterminer, une fois pour toutes, à quel point on veut écrire. Tout comme, quand on se met en couple, on réfléchit aux modalités de la cohabitation, on établit des limites. L’écriture est comme une amante un peu envahissante  : c’est à vous de fixer les règles si vous voulez voir perdurer la relation. Ce qui importe, donc, c’est de trouver la méthode et la philosophie d’écriture qui correspond le mieux à sa façon d’être… et surtout à sa façon de vivre.

Les cartes mentales

Depuis peu, je me suis initiée à un autre moyen pour faire fleurir les idées et canaliser son imagination  : l’utilisation de la carte mentale (terme calqué sur l’anglais «  mind mapping  », à mon avis bien préférable à une expression absconse telle que «  carte heuristique  »). J’ai téléchargé le logiciel gratuit FreeMind, qui jusqu’ici m’apparaît comme un bon outil au service de la créativité. Par son côté malléable, aisément personnalisable, le logiciel permet de créer des schémas pour non seulement exposer ses idées, mais aussi les relier entre elles. Il paraît que ce genre de représentation mentale est bien plus utile que des listes, car le cerveau possède un modèle de pensée non linéaire. Là, on peut juxtaposer, empiler, construire en cascade, mettre en parallèle ou en opposition des idées. On peut plier la carte mentale à sa propre pensée, inutile que le voisin la comprenne. L’avantage, c’est qu’on peut réaliser un schéma qui nous parle vraiment, même si c’est incompréhensible ou pas très pertinent pour les autres. Nous, on s’y retrouve. Voilà un exemple du travail préparatoire que j’ai fait pour une nouvelle où je voulais faire apparaître la figure d’Odin, sans idée précise de scénario.

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Ce n’est pas forcément aussi bordélique  : ce genre d’outils fait uniquement ce que vous lui demandez. Moi, j’ai besoin de chaos pour m’y retrouver. J’ai besoin que ça fuse, qu’il y en ait partout. Mais cette représentation graphique me permet de visualiser d’un seul coup d’œil l’ensemble de mon désordre psychique, et c’est là sa force.

En conclusion

J’ai appris une chose vraiment essentielle au cours de ces années d’écriture  : il faut toujours, toujours prendre du plaisir. Rien ne doit être forcé, il faut s’amuser. Cela ne signifie pas que c’est toujours facile, mais la difficulté n’est pas forcément synonyme de souffrance, selon le point de vue, elle peut même être source de stimulation. Si je peux me permettre un conseil, n’écrivez que ce que vous aimez. Assumez, et n’essayez pas de plaire, ou de sortir de votre zone de confort juste parce que vous pensez que vous le devez. À mon avis, chaque histoire est par essence une aventure  : il n’y a pas de zone de confort, seulement un long chemin cabossé et sinueux qui croise à multiples reprises des carrefours sans indications.

 

1Si vous voulez vous renseigner sur les différentes techniques d’écriture, je vous recommande chaudement son blog  !

Instantané – Août

Le ciel m’appelait aujourd’hui. Sur une pure impulsion, j’ai pris le volant vers nulle part, à la dérive sur les routes bretonnes, sous le ciel creusé par le vent, dans les vallons scintillants de soleil. Le ruban d’asphalte qui se déploie comme une piste de décollage, la musique comme carburant, un bout de ciel fiché dans la poitrine, un fragment d’infini qui palpite sous mes ongles. Août déplie sa paresse faite de vents tièdes et de bruissements d’eau, de nuages en cavale, de parfums de goudron et d’herbe trempée de soleil.

Pourquoi et comment je me suis mise à écrire de la fan-fiction

« Une fanfiction, ou fanfic (parfois écrit fan-fiction), est un récit que certains fans écrivent pour prolonger, amender ou même totalement transformer un produit médiatique qu’ils affectionnent, qu’il s’agisse d’un roman, d’un manga, d’une série télévisée, d’un film, d’un jeu vidéo ou encore d’une célébrité. »

Wikipédia.

C’est un univers qui m’est assez étranger, mais j’ai été régulièrement tentée d’en écrire… Jusqu’à franchir le pas ! Oui, car je n’assume pas vraiment. Assez pour dire publiquement que j’en écris, de là à laisser mon œuvre filtrer hors des fichiers de mon ordinateur… Du coup, j’avais envie de parler aujourd’hui de ce genre particulier, et de réfléchir un peu au pourquoi et au comment de ce type de fiction.

Première remarque : en tant qu’auteure, c’est quelque chose de très agréable à écrire, avec un brin de complaisance salutaire. On a déjà beaucoup de matériel disponible, donc c’est très bien pour les gens flemmards. Ça nous permet de continuer les histoires qui nous ont plu, et de faire vivre d’une autre façon des personnages auxquels on s’est attaché.

Car la fan-fiction, c’est ça : de la tendresse. Du fantasme. Du rêve. Et puis, je crois que ça satisfait une aspiration très enfantine : on s’approprie le jouet d’un autre, on le façonne à son image. La fan-fiction, c’est assez narcissique. C’est calibré pour vous, rien que pour vous. Et c’est extrêmement ludique à écrire. Un peu comme avec les Playmobil : on vous donne des personnages, un décor, et… en avant les histoires !

N’y aurait-il donc que des avantages à écrire de la fan-fiction ? Eh bien, oui, je crois. On s’amuse, on expérimente. On se sent délivré de toute contrainte. Je sais que la fan-fiction regroupe de nombreuses communautés et possède également un aspect pédagogique potentiellement intéressant pour apprendre à écrire, car c’est une communauté dynamique où l’on peut trouver du feedback. Pour ma part, je préfère m’adonner en solo à mon péché, mais il est vrai que ça peut constituer une piste intéressante.

L’exemple d’Anna Todd a même récemment montré que ça pouvait rapporter ! Encore faut-il être un fan de One-Direction

Je n’ai pas grand-chose à dire de la fan-fiction en tant que genre, parce que je n’en lis pas, mais je commence aussi à trouver l’idée intrigante. En français, il existe peu de sites consacrés. La référence est fanfiction.net, un site anglophone qui regroupe les fan-fiction appartenant à tous les styles, et inspirées de tous les supports artistiques imaginables. Après, la plupart des communautés de fans ont une section fan-fiction sur leur forum ou autre. Ce que je peux dire c’est que je trouve chouette de voir autant de créativité, de voir que les histoires sont toujours continuées, réécrites, adaptées, réarrangées… Les grandes histoires imprègnent notre culture et l’imaginaire et l’intellect, et je pense que le phénomène des fan-fictions montre à quel point les gens y sont attachés.

Et si un jour la fan-fiction devenait un genre à part entière ? Est-ce que le succès d’Anna Todd irait dans cette direction ? Bien sûr, faire de la fan-fiction, c’est presque par définition de l’amateurisme. C’est avant tout, je crois, un loisir, mais comme tout divertissement, si on le prenait au sérieux ?

Si un jour je reprends des études, ce qui n’est pas exclu au vu de la tournure de ma vie professionnelle, cela pourrait constituer une piste intéressante pour une thèse. Car je crois que si je devais m’y remettre, ce serait un travail qui s’articulerait autour de la narration pure, et si possible appliquée à différents supports d’expression : littérature, séries télévisées, jeux vidéo. Une thèse de narration comparée dans ces différents domaines, oui, pourquoi pas !

En ce qui concerne ma propre contribution, autant faire mon grand coming-out : j’aime les histoires d’amour. Je suis une grande fan du Dernier des Mohicans, de Titanic, Rob Roy, The Scarlet Letter, en partie parce que leurs histoires d’amour me touchent. Je me demande pourquoi c’est socialement aussi difficile de l’admettre, mais c’est ainsi :) Je suis une grande romantique qui s’ignorait. Ma fan-fiction creuse les personnages et l’intrigue d’origine, et elle est définitivement portée sur le romantisme et l’érotisme.

Ma fan-fiction est basée sur le scénario de Dragon Age : Origins, imagine ce qui se passe ensuite pour le personnage principal, et reprend l’intrigue de Dragon Age : Inquisition en y intégrant mon personnage d’Origins. J’ignore pourquoi je suis tombée amoureuse de ce jeu, mais c’est ainsi, et je prends mon pied à y apporter ma touche personnelle. Voilà, je crois qu’après avoir dévoilé ceci sur mon blog, je n’ai plus rien à vous cacher :)

Et je suis très productive dans ce genre : plus de 30 pages en interligne simple en 20 jours ! Cela m’embarrasse, mais j’adore ça ! Si jamais vous éprouvez de la curiosité pour mon œuvre, on peut peut-être négocier : peut-être vous aussi possédez des écrits destinés au tiroir…

 

Je suis tellement embarrassée qu’il me faut un peu de punk crade et brutal pour retrouver ma fierté. Merci.

To be or not to be écrivain professionnel, la fin du dilemme

Sur la page d’accueil de ce site, il est écrit que je suis « auteure ». D’un point de vue professionnel, je suis « auteure amatrice ». J’ai publié quelques nouvelles, mais ce n’est pas là ce qui fait la différence : je n’ai pas touché d’argent pour cela, et c’est ce qui définit le plus simplement à mon sens une activité professionnelle. Cela implique aussi, à juste titre, une certaine crédibilité aux yeux des autres. Pendant très longtemps je me suis posé cette question : pourrais-je un jour devenir écrivaine professionnelle ? Ce billet est une forme de réponse. Qui suit les trajectoires aléatoires et désordonnées de ma pensée, comme d’habitude 😉

 

Ces derniers mois, je suis dans ce qu’on pourrait appeler un début de vie professionnelle au niveau de la traduction, et c’est une aventure, un vaste horizon qui s’ouvre. Je vais apprendre à naviguer. Et je suis seule capitaine sur mon navire, exactement ce que j’avais voulu. Je crois qu’au fond, ça va me plaire. Je dois simplement veiller à ne pas faire n’importe quoi, me disperser, trop réfléchir, veiller à garder le rythme et le cap, ne pas me laisser entraîner par mes gourmandes angoisses intérieures.

Mais en ce qui concerne l’écriture, professionnelle ou non, j’ai l’impression, si vous me permettez cette trivialité, d’avoir le cul entre deux chaises. J’ai du mal à définir ma pratique de l’écriture : écrire est toute ma vie, j’aimerais publier des bouquins, mais je n’arriverais jamais à en faire une activité rentable. Elle est beaucoup trop sacrée pour moi, et au terme d’une longue réflexion (plusieurs années !), j’ai décidé que je n’avais pas envie de la désacraliser. Cela ne signifie pas qu’elle ne représente pas un travail, et c’est la raison pour laquelle je souhaite la vendre, et non la donner, selon l’idée que tout travail mérite salaire. Mais ce n’est pas un travail au sens ordinaire du terme. Je ne mets pas à écrire comme on va au bureau. Je n’ai pas envie de le faire gratuitement, mais je n’ai pas envie de le faire pour l’argent. Ou les avantages sociaux (je prépare à ce sujet un article pour Itinéraire-Bis, à paraître ce mois-ci).

Être enfin soi-même, c’est un vieux poncif qu’on ressert à toutes les sauces mais dont il est difficile, et même ardu, de saisir la signification profonde. Car être soi-même n’est pas simple, ni même « naturel ». Cela demande de désapprendre des choses, de prendre du recul par rapport à soi, mais aussi à ses proches, à son éducation… On dit que l’adolescence est la période pendant laquelle on devient qui l’on est. Je ne crois pas que cela s’applique spécifiquement à l’adolescence. Cela s’applique à chacun des jours qui ensemble constituent l’existence. Devenir ce que l’on est, c’est un processus qui ne commence pas, et qui ne finit pas.

Peut-être que ces derniers mois, obnubilée par la nécessité de développer mon activité purement professionnelle (la traduction), j’ai « oublié » l’importance de l’écriture. Que j’ai eu trop de doutes, que je l’ai mise en arrière-plan, beaucoup plus que je ne l’aurais dû. L’écriture restera toujours constitutive de ma vie, quand tout le reste aura foutu le camp. Voilà pourquoi je ne pourrais jamais la désacraliser. Cela ne pourra jamais être « simplement » un métier. C’est ma façon de faire de la magie. C’est ma façon d’être au monde. Le biais par lequel mon être se manifeste de la manière la plus fondamentale. Alors non, je ne désacraliserai jamais l’écriture. Car, aussi dramatique que cette déclaration paraisse, j’en perdrais probablement le goût de vivre.

Je ne serai donc jamais écrivain « professionnel », mais, soyons clair, cela ne m’empêchera jamais d’écrire avec le plus grand sérieux et la plus grande rigueur. Mais quand on me demandera mon métier, je dirais que je suis traductrice, et que, parallèlement, j’écris des livres :)

 

PS : Je me suis laissée déborder le mois dernier par le boulot et mon cerveau n’a guère été disponible, même pas pour répondre aux commentaires, ce qui est vraiment nul. Mes plus plates excuses à Kalys et Entdaurog, cela ne se reproduira pas :)

PS 2 : Si des personnes intéressées par l’écriture voire la professionnalisation lisent ces lignes, je ne saurais que vous recommander le blog de Lionel Davoust.

« Travail » et écriture (et création artistique en général)

L’idée de cet article – bien que la question me soit familière – m’est venue en regardant l’émission On n’demande qu’à en rire* sur France 2, où des humoristes débutants viennent faire un sketch et sont notés à la fois par le public et par un jury de professionnels. L’idée est de donner un coup de pouce à leur carrière et de les aider à progresser. Bref, dans cette émission, j‘ai souvent entendu les jurys dire « il y a du travail », ou au contraire, « il n’y a pas de travail ». Parfois c’est pertinent, mais dans une grande partie des cas, il me semble que l’appréciation est à côté de la plaque. Tout simplement parce que ce qu’on appelle « travail » n’est pas une notion univoque.

En création artistique, il ne suffit pas de le vouloir, il ne suffit pas de se motiver et de se donner de la peine. Sinon les plus bosseurs seraient tous des De Vinci. Mais ça ne marche pas comme ça. Il ne suffit pas de « travailler ». Et pire, non seulement il ne suffit pas de travailler au sens commun du terme : dans le cas de l’émission citée en exemple, réfléchir, écrire, répéter, prendre des conseils, corriger, etc ; mais le sens commun du terme « travail » ne suffit pas à couvrir toute la réalité du processus artistique.

Il y a un facteur majeur que toute la motivation et le sérieux du monde ne parviendront pas à changer : le temps. Et je ne parle pas des heures passées à trimer, ces heures où l’on fait quelque chose. Tout simplement parce qu’une grosse partie du processus se déroule inconsciemment. Personne n’a la moindre maîtrise sur ce travail de l’inconscient, ni ne saisit très bien comment ça marche. Pendant qu’on « ne travaille pas », apparemment il se passe beaucoup de choses là-haut, sous la surface, derrière le vernis des pensées conscientes. Il s’agit d’un temps indispensable de maturation. C’est de ce processus que viennent les « bonnes idées ».

Mais ces « bonnes idées » ne proviennent-elles pas également de l’inspiration ?

J’ai une théorie un peu quantique à ce sujet : une partie de ce qu’on appelle « inspiration » est du travail, et une partie de ce qu’on appelle « travail » est de l’inspiration. Les idées – on demande souvent à un écrivain où il va les chercher – se rencontrent par un semblant de hasard, au terme d’un itinéraire labyrinthique apparemment sans queue ni tête. S’il est vrai que rien n’a de sens, l’inverse est tout aussi juste. Je veux dire par-là que dans la vie quotidienne, ce ne sont pas forcément les choses qu’on a remarquées, auxquelles on a prêté attention, qui vont prendre de l’importance ou donner naissance à quelque chose dans l’inconscient. Le processus de création est quelque chose qui se vit beaucoup plus qu’il ne se comprend, et qui s’appréhende… avec le temps.

Cette notion de temps doit également être reliée à celle de la progression : pour progresser, on doit travailler, oui, mais on doit aussi tout simplement vivre. C’est ce vécu, cette expérience, développe des aptitudes que tout le travail du monde, à court terme, n’a pas le pouvoir d’améliorer.

Ce débat me semble rejoindre la notion de « volonté » évoquée précédemment par don Juan dans Voir de Carlos Castaneda. Curieusement, je commence à comprendre la volonté comme quelque chose qui a tout à voir avec le pouvoir, et pas grand-chose avec le vouloir. Peut-être s’agit-il d’un problème de traduction (j’avoue ignorer si don Juan s’adresse à Castaneda en espagnol, et même si c’est le cas, s’il a choisi le bon terme, d’autant plus que je ne suis pas encore sure de bien saisir ce que recouvre le concept de pouvoir dans la pensée de don Juan).

En effet la volonté est une force qui me semble profondément obscure. Qui se développe dans les ténèbres, parallèlement à la vie. Qui est, en dépit de notre complaisance, comme le dirait don Juan. Il  disait que la volonté permet à un sorcier de passer à travers un mur. Je crois que c’est elle qui permet à l’artiste de créer, au-delà du travail et de l’inspiration.

Alors oui, il faut travailler, mais pas travailler bêtement. Il faut travailler de tout son cœur. Mais par-dessus tout, il faut être patient, terriblement patient. Il faut être attentif aux choses insignifiantes, laisser l’inconscient faire son travail, et faire une grande place dans sa vie, dans son quotidien, au hasard et à l’intuition.

 

* Je vous invite à jeter un oeil à cette émission, parce que parfois, on y rigole bien. Comme ici :

Sublime et hiérarchie des arts, Part II

[avec du metal celtique qui colle bien au sentiment de renaissance et de vitalité qui circule dans l’air avec le printemps…]

Après le billet de Kalys, j’ai continué à réfléchir – plus posément – à cette histoire de sublime. Comme souvent, cela s’exprime un peu en forme de journal d’écriture, tandis que je travaille sur mon roman, La Saison sombre.

Je suis presque au bout de mon premier chapitre. Il faut penser concrètement à la suite, à ce qui peut se produire, découler des éléments mis en place dans le premier. Si j’avais tendance à ne pas croire à mon histoire dans le premier roman, je pense que c’est en partie parce qu’elle était inachevée, brouillonne, vraiment trop incertaine et lacunaire. Maintenant, je veux suivre des pistes plus claires, et corriger la tendance au fur et à mesure, et non pas en arrivant à la fin du récit, car ça laisse des traces perceptibles, comme je l’apprends de mes lecteurs;
Et surtout, je veux continuer à prendre un réel plaisir en écrivant cette histoire, et je pense que ça passe par un peu de planification. Pour me donner des directions. Et ensuite, j’explore.
Ce travail revient entre autre à la nécessité de canaliser le désir brut et brutal d’écrire, pour que ce désir s’épanouisse et se développe au sein d’une trame cohérente, dans un cadre contraignant capable de faire jaillir le meilleur de moi-même. Forcément, les délimitations ont toujours quelque chose d’arbitraire, mais on en a besoin pour la cohérence, et quoi que j’y fasse, n’importe quelle forme artistique est cohérente et réfléchie, et donc dans une certaine mesure, intellectualisée, bornée. L’art n’est pas la religion. Même si l’émotion présidant à la nécessité incroyable de créer, à ce sentiment à la fois écrasant et libérateur, est dans mon expérience quelque chose qui tient entièrement et complètement à la mystique et à la foi.

Et je me dis que finalement, il n’existe pas de hiérarchie des arts, dans le sens où tous les créateurs sont dans la même galère : condamnés par une forme de nécessité intérieure à mettre en forme le chaos. Peut-être seulement que l’écriture représente la vocation la plus contradictoire, en cela que les mots par leur nature même semblent contredire l’impulsion, ils sont peut-être la forme la moins adaptée au désir, et pourtant, ils savent également créer des chemins et ouvrir des portes qu’aucune autre forme ne sait faire apparaître. Les mots sont de nature très subtile, et volatile. Mais parfois, parfois seulement, lorsque la magie opère, ils bâtissent un pont. Entre terre et ciel, néant et existence, entre la solitude et l’infini. Entre l’être et la trame. Inlassablement, les mots racontent ces milliards d’histoire qui rappellent autant qu’elles révèlent ce que nous sommes, ce que nous avons été, et probablement aussi ce que nous serons.

PS : et je dois en partie remercier Clive Barker et Weaveworld pour m’avoir aidé à me réconcilier avec les mots :)

AUDACE — Un guide exhaustif des maisons d’édition à l’usage des auteurs et des traducteurs

Monsieur Jacques Finné, traducteur et anthologiste chez José Corti, m’a conseillé cette bible qui vaut son pesant d’or (je l’ai payé 120€, et encore, c’était de l’occasion, l’exemplaire de première main devait valoir près de 150€). Ce fut un achat un peu difficile, un investissement s         ans aucune certitude de retour sur la mise. Mais – car il y a un mais, sinon je n’écrirais pas cet article – je n’ai pas utilisé le mot « bible » par hasard. La huitième édition de 2013 regroupe 1120 éditeurs francophones (cela comprend des éditeurs belges, québécois ou suisses, par exemple), à travers 1120 fiches descriptives pratiques permettant de cibler rapidement les maisons d’édition qui correspondent à notre projet.

J’ai reçu le catalogue aujourd’hui et suis parvenue jusqu’à la lettre M, et j’ai déjà découvert une centaine de maisons d’édition dont j’ignorais l’existence.

Un exemple de fiche :

audace_ca

En haut à gauche, le petit bonhomme qui fait la gueule indique que les prestations sont mauvaises, et le CA, par opposition à CE, signale que la maison édite à compte d’auteur, et non à compte d’éditeur. À noter que dans l’introduction, l’auteur Roger Gaillard explique très bien pourquoi il ne faut pas choisir ce type de contrat.

La lettre G indique qu’il s’agit d’un grand éditeur (par opposition à moyen, petit, et micro), le nombre de titres au catalogue et de nouveautés à l’année permettant de se faire une bonne idée de la teneur des activités de la maison.

Pour les traducteurs, et c’est là ce qui m’intéresse dans l’immédiat, l’on peut d’un seul coup d’œil vérifier que la maison édite bien des traductions, dans quels domaines (jeunesse, essais, romans, etc) et en lisant la description toujours très précise, on peut savoir quelle est la proportion d’ouvrages traduits par rapport au reste du catalogue, et quelles langues sont préférées.

Si on l’on ajoute à ces informations les noms des directeurs de collection, des informations précises sur la ligne éditoriale, et l’histoire récente de l’évolution de la maison, on en conclut inévitablement que l’on a bien en main une bible, non seulement pour ceux qui aspirent à publier leur œuvre, mais pour ceux qui cherchent à travailler en tant que traducteurs, quelle que soit leur langue de travail.

En dépit de son prix élevé, donc, je ne peux que le recommander pour toute personne dont le projet est réellement sérieux, et qui désire le faire aboutir au point de dépenser plus de 100€ sans garanties.

 

EDIT : le lendemain, fini de compulser le catalogue, voici un aperçu du nombre de candidatures que je vais devoir faire… ça donne le tournis !

audace