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Wakefield – Nathaniel Hawthorne

Je vous propose de découvrir ou re-découvrir ce récit de Nathaniel Hawthorne, qui figure parmi les nouvelles les plus étranges que j’ai pu lire jusqu’ici. On y est invités à s’immiscer dans l’esprit de Wakefield, un homme plutôt banal, qui décide un jour de faire une « plaisanterie » à sa femme. Il lui annonce qu’il va s’absenter une semaine à la campagne, au lieu de quoi il loue un appartement dans la rue voisine. Mais au lieu d’y séjourner une semaine comme prévu, il va y passer vingt ans de sa vie…

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Splendeurs et misères du monde de la traduction littéraire

Depuis quelques jours, je sens en moi monter une irrépressible envie de râler, aussi, j’ai décidé de m’adonner à ce sport national en essayant d’être constructive. En lisant mon titre, je suis sûre que vous vous trompez sur l’objet de mon mécontentement. Car non, je ne vais pas parler de chômage, de tarifs tirés vers le bas, de sécurité sociale précaire, ou de retraite ; mais plutôt de snobisme, de mauvaise foi, de guerre d’égos, et de jeunes traducteurs naïfs. Allons-y !

Ce week-end, j’ai pris le train pour Arles, où je devais assister aux 31èmes Assises de la Traduction. C’était la première fois que je me rendais à cet événement annuel, espérant en tirer un quelconque profit pour ma carrière de traductrice littéraire. J’en reviens avec des sentiments mitigés, mais je suis contente d’avoir fait le déplacement.

D’abord parce que Arles, que je ne connaissais pas, est une jolie ville. En arrivant, j’ai rejoint le centre en longeant le Rhône, puis découvert les multiples petites ruelles entourées par de hautes maisons aux façades claires. Problème, elles se ressemblent toutes, et quoique l’hyper-centre soit très peu étendu, il est étonnamment facile d’y perdre son chemin. Puis, au bout d’une rue, je suis tombée nez-à-nez avec l’imposant amphithéâtre, et les plus imposantes encore arènes, dont la pierre presque blanche se découpait avec une assurance impériale sur le ciel d’un bleu dur. Et puis, j’aime tout particulièrement la Provence quand l’automne tire sur l’hiver : le paysage, encore très vert, prend des notes cuivrées, et la douceur de la lumière rase allonge les silhouettes des vieux arbres, pins, cyprès, platanes, trembles, oliviers, qui déclinent le vert de l’argenté à l’obscur. Et même si la richesse des parfums du sud s’attiédit un peu cette saison, il suffit d’une averse pour les ressusciter.

Ensuite, parce que ça a son importance en voyage, j’ai aimé mon hôtel. Il s’agissait plus exactement d’une auberge de jeunesse à l’architecture éminemment casse-gueule en raison des volées de marches étroites et inégales à tous les endroits du bâtiment, qui possédait une salle de séjour avec une grande table, une cuisine où se faire ses propres repas, et de petits dortoirs à quatre lits. J’y ai rencontré des gens sympathiques et intéressants, ce qui m’a permis de passer deux bonnes soirées.

 

Littérature « blanche » et littérature « de genre » : une guerre qui est aussi celle des traducteurs

Concernant le festival en lui-même, au-delà de l’impression d’être un peu perdue et désorientée, qui me semble naturelle en arrivant dans un environnement nouveau plein de visages inconnus, j’ai appris des choses et apprécié les discussions, mais j’ai également ressenti un certain snobisme. C’est ce snobisme qui explique en partie, je crois, la scission dont je viens de prendre conscience entre les traducteurs des littératures de l’imaginaire et ceux qui traduisent la littérature parfois dite « blanche », autrement dit, la littérature qui n’est pas « de genre ». En fait, pour aller plus loin, je dirais que les traducteurs de l’imaginaire qualifient avec un certain dédain l’autre littérature de « blanche », tandis que les autres traducteurs qualifient avec le même dédain la littérature de l’imaginaire (ainsi que le policier, l’érotique, etc.), de littérature « de genre ». Et chacun tourne en rond de son bocal respectif. C’est triste, mais les faits sont là.

En effet, la semaine dernière, j’étais aux Utopiales, et j’ai appris que très peu de traducteurs de l’imaginaire étaient inscrits à l’Association des Traducteurs Littéraires de France (ATLF), mais qu’ils avaient leur propre communauté, et liste de diffusion. Ça m’a étonnée. La semaine suivante, j’étais donc à Arles, et l’atmosphère change du tout au tout : là où règne une certaine détente et convivialité, plus un petit côté rock’n’roll et passionné chez les traducteurs de l’imaginaire (ainsi qu’un certain corporatisme et occasionnellement un côté mondain), on trouve une communauté socialement beaucoup plus reconnaissable et homogène : petite bourgeoisie, hautes études, et cette espèce d’assurance élitiste d’exercer un métier noble, et de faire partie des meilleurs. Ce que moi, provinciale, avec mon petit racisme commun, j’appelle un côté parisien, hype, snob, petit bourgeois. Que cela soit clair : personne n’a été désagréable ou hautain. C’est plus une impression générale.

À une exception près, et pas des moindres. Mona de Pracontal, traductrice et membre de l’ATLAS, interrogeait Isabelle Stoufflet, directrice de collection chez Gallimard jeunesse. Puisque le thème des Assises cette année était « Traduire la guerre », la question était de savoir quel genre de livre jeunesse on publiait sur le sujet. Premier motif de grief : l’anticipation, la science-fiction, l’uchronie, la fantasy, bien qu’éminemment populaires (et pas seulement, chère Madame, auprès des adolescents et jeunes adultes), ont été à peine évoqués. Et quand cela a été fait, ça a été pour demander avec un dédain à peine dissimulé si cette littérature de « divertissement » pouvait elle aussi avoir un intérêt pédagogique pour les jeunes sur le sujet de la guerre. Si Mme de Pracontal avait eu le même respect pour cette littérature « de genre » que pour ces romans réalistes dont certains étaient franchement niais, de toute évidence elle n’aurait pas posé cette question. Si c’est pour entendre ce genre de chose, je ne peux que comprendre l’absence des traducteurs de l’imaginaire à ce type d’événement.

Autre élément qui va dans le sens d’un certain snobisme, c’est ce qui a fini par se produire lors de l’atelier de traduction auquel j’ai participé. Mes professeurs de Lettres auraient hurlé, et je ne les en aurais pas blâmé. Je m’explique : comme les bons traducteurs que nous sommes, nous commençons à nous questionner sur le choix du vouvoiement ou du tutoiement dans le dialogue que nous avions sous les yeux. Il s’agit d’une question souvent difficile à trancher, et selon moi, il faut tendre vers ce qui paraîtrait le plus naturel. Or, ici la discussion a complètement dérivé, en cessant de prendre en compte l’usage et les normes sociales. Et plouf, on a sauté à pieds joints dans la mare vaseuse de la psychologie des personnages. À essayer de démêler ce que pensait ou ressentait tel ou tel personnage. Toujours en s’éloignant davantage du texte, en l’intellectualisant complètement. Chacun y allait de sa petite opinion. Mais lorsqu’on traduit, on travaille sur un texte, qui est notre seule ressource dans le cas (comme celui-ci) où l’auteur est décédé. Tordre le texte pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas est la pire injure qu’on puisse lui faire.

 

Jeunes traducteurs, à quoi vous attendiez-vous ?

Au cours du festival, j’ai assisté à une réunion de jeunes traducteurs qui m’a permis de réaliser que les autres jeunes diplômés rencontraient exactement les mêmes difficultés que moi, et que nous avions des parcours plutôt similaires. Cependant, la grogne globale que l’on sentait poindre au cours de la réunion m’a agacée. Voici pourquoi.

Oui, moi aussi j’ai été surprise, décontenancée, voire carrément déprimée, à ma sortie d’études. Parce que c’était pire que je l’avais imaginé. Mais s’il vous plaît, faites la part des choses : on a d’un côté un marché en crise, qui n’embauche pas beaucoup, et de l’autre, une profession qui de toute façon n’a jamais été facile. Alors certes, nous avons été mis en confiance (plus ou moins, car on a été suffisamment avertis je crois) par nos formations et nos diplômes, et dur est le retour à la réalité. Et alors ? Allons-nous descendre dans la rue et exiger qu’on nous obtienne des emplois qui n’existent pas ? Si vous trouvez ça difficile, écoutez ce qu’on vous dit : changez de métier. Ou alors, n’en changez pas, mais arrêtez de gémir qu’on ne cesse de vous répéter de changer de métier. Assumez vos choix, et battez-vous.

 

Les éditeurs ont bon dos

À l’occasion de cette petite poussée de mauvaise humeur, je voulais évoquer ce qu’on pourrait appeler le bashing d’éditeurs, malheureusement trop commun dans cette profession qui aurait parfois besoin d’une bonne dose d’humilité. Souvent, il semble qu’on aime à faire figurer les éditeurs dans le rôle du bourgeois capitaliste qui n’entend rien aux affaires intellectuelles et encore moins à l’art. Il est bon de rappeler que ce monde est rempli d’éditeurs compétents et qu’à la base, c’est quand même grâce à eux (et à leur argent !) que les livres sont publiés et donc rendus accessibles à ceux pour qui ils sont écrits. Il y a des cons parmi eux, mais il y en a autant chez les traducteurs. Certains d’entre eux, du côté de l’imaginaire ou de la blanche, arriveraient mieux à marcher s’ils prenaient des mesures contre ces petits kilos d’égo en trop.