Je ne lis que des auteurs morts (ou presque)

C’est la révélation qui m’a frappée cette après-midi, tandis que j’achevais une fiche de lecture sur une pièce incroyable de Sartre, Les Mouches (oui, Sartre, c’est incroyable. Non, je n’ai pas lu L’Être et le néant. Je savais que j’aurais envie de me suicider après la cinquième page.).

En fait, derrière ce titre un brin provocateur, il y a surtout le constat qu’en dehors de quelques auteurs de thrillers, d’épouvante, ou de fantasy, ma culture littéraire était faite d’une kyrielle de morts. Alors, je me suis posé des questions.

Est-ce que les gens qui attendaient avec impatience le prochain épisode des Trois Mousquetaires dans leur hebdomadaire favori lisaient d’autres auteurs contemporains, ou bien connaissaient-ils mieux Voltaire, Montesquieu, Racine, et d’autres classiques des siècles précédents ?

Est-ce qu’aujourd’hui se cache, parmi les auteurs populaires de notre temps, le sujet de futures fiches de lecture qu’un moi version futuriste rédigera avec autant de passion en se disant « putain, c’était canon, le 21ème siècle ! » (bien que je doute qu’il emploie l’expression « c’est canon », sauf s’il veut donner une tonalité charmante et désuète très « 21ème ») ? Sur son blog, Laurent Sagalovitsch émet l’idée que notre époque est trop paisible pour voir apparaître de grands romans. Je n’ai pourtant pas la sensation, comme lui, de vivre dans une société qui a « le ventre plein et la certitude que demain ressemblera à aujourd’hui. » Alors certes, quoi qu’en dise Manuel Valls, je n’ai pas non plus la sensation que nous soyons en guerre. Mais j’ai bien l’impression de vivre dans une société caractérisée par l’incertitude et la peur.

Connaissant finalement peu la littérature contemporaine, je ne sais pas vraiment quels seraient les meilleurs candidats pour une glorieuse postérité. Je suis persuadée que Stephen King deviendra un classique. À part ça, non, je ne sais pas. Qu’est-ce qui caractérisera la littérature de notre siècle ? Comment qualifiera-t-on notre époque ? Sera-t-elle célinienne, flaubertienne, ou plutôt hugolienne ? Qui aura l’élégance verbale d’un Beaumarchais, de qui brandira-t-on les vers contre le prochain totalitarisme ? À qui rétorquera-t-on qu’il n’y a « que les petits hommes qui craignent les petits écrits » ? Qui défendra la liberté avec autant de hargne que Jean-Paul Sartre ?

« ORESTE : Tu es le roi des Dieux, Jupiter, le roi des pierres et des étoiles, le roi des vagues de la mer. Mais tu n’es pas le roi des hommes.

JUPITER : Je ne suis pas ton roi, larve impudente. Qui donc t’a créé ?

ORESTE : Toi. Mais il ne fallait pas me créer libre. (…) Je ne suis ni le maître ni l’esclave, Jupiter. Je suis ma liberté ! À peine m’as-tu créé que j’ai cessé de t’appartenir. (…) Les mots que je dis sont trop gros pour ma bouche, ils la déchirent ; le destin que je porte est trop lourd pour ma jeunesse, il l’a brisée. »

Quel poète aura l’humour macabre d’un Tristan Corbière, dans sa réponse impertinente à l’Oceano Nox de Victor Hugo ? (le poème qui commence par « Oh ! Combien de marins, combien de capitaines/Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines/Dans ce morne horizon se sont évanouis ! ») (et je recopie le poème en entier parce que je le trouve génial) :

Eh bien, tous ces marins — matelots, capitaines,
Dans leur grand Océan à jamais engloutis…
Partis insoucieux pour leurs courses lointaines
Sont morts — absolument comme ils étaient partis.

Allons ! c’est leur métier ; ils sont morts dans leurs bottes !

Leur boujaron au cœur, tout vifs dans leurs capotes…
— Morts… Merci : la Camarade a pas le pied marin ;
Qu’elle couche avec vous : c’est votre bonne-femme…
— Eux, allons donc : Entiers ! enlevés par la lame !
Ou perdus dans un grain…

Un grain… est-ce la mort ça ? la basse voilure
Battant à travers l’eau ! — Ça se dit encombrer
Un coup de mer plombé, puis la haute mâture
Fouettant les flots ras — et ça se dit sombrer.

— Sombrer — Sondez ce mot. Votre mort est bien pâle
Et pas grand’chose à bord, sous la lourde rafale…
Pas grand’chose devant le grand sourire amer
Du matelot qui lutte. — Allons donc, de la place ! —
Vieux fantôme éventé, la Mort change de face :
La Mer !…

Noyés ? — Eh allons donc ! Les noyés sont d’eau douce.
— Coulés ! corps et biens ! Et, jusqu’au petit mousse,
Le défi dans les yeux, dans les dents le juron !
À l’écume crachant une chique râlée,

Buvant sans hauts-de-cœur la grand’tasse salée
— Comme ils ont bu leur boujaron. —
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

— Pas de fond de six pieds, ni rats de cimetière :
Eux ils vont aux requins ! L’âme d’un matelot
Au lieu de suinter dans vos pommes de terre,
Respire à chaque flot.

— Voyez à l’horizon se soulever la houle ;
On dirait le ventre amoureux
D’une fille de joie en rut, à moitié soûle…
Ils sont là ! — La houle a du creux. —

— Écoutez, écoutez la tourmente qui beugle !…
C’est leur anniversaire — Il revient bien souvent —
Ô poète, gardez pour vous vos chants d’aveugle ;
— Eux : le De profundis que leur corne le vent.

… Qu’ils roulent infinis dans les espaces vierges !…
Qu’ils roulent verts et nus,
Sans clous et sans sapin, sans couvercle, sans cierges…
— Laissez-les donc rouler, terriens parvenus !

Est-ce que, même, la poésie existe encore en dehors du Printemps des Poètes et des éditions de Minuit ? Où y a-t-il un autre Tristan Corbière, qui, comme lui, écrit tout seul et publie à compte d’auteur des écrits que personne ne lira jusqu’à ce qu’un nouveau Verlaine le tire de l’oubli ? (car c’est ce qu’a fait Corbière et pour la précision, publier à compte d’auteur, c’est faire ce qu’on appelle couramment de l’auto-édition). Pouvez-vous me citer un seul poète contemporain qui ait le talent d’un Baudelaire ? Le 20ème siècle a brisé allègrement les codes de la poésie et sa rigidité formelle pour sortir la créativité de ce carcan. Le problème, c’est que maintenant, on est trop flemmard pour écrire sous une quelconque contrainte. Qui possède encore la maîtrise et la technique nécessaire à un Racine pour écrire une tragédie entière en alexandrins parfaitement réguliers, tout en insufflant la force poétique et la violence émotionnelle d’une pièce comme Andromaque ?

Non, je ne vous fais pas grâce de Racine, et de l’une des plus belles tirades jamais écrites. Oreste, encore :

« Grâce aux dieux ! Mon malheur passe mon espérance !
Oui, je te loue, ô ciel, de ta persévérance !
Appliqué sans relâche au soin de me punir,
Au comble des douleurs tu m’as fait parvenir.
Ta haine a pris plaisir à former ma misère ;
J’étais né pour servir d’exemple à ta colère,
Pour être du malheur un modèle accompli.
Hé bien ! je meurs content, et mon sort est rempli.
Où sont ces deux amants ? Pour couronner ma joie,
Dans leur sang, dans le mien, il faut que je me noie ;
L’un et l’autre en mourant je les veux regarder :
Réunissons trois cœurs qui n’ont pu s’accorder…
Mais quelle épaisse nuit tout à coup m’environne ?
De quel côté sortir ? D’où vient que je frissonne ?
Quelle horreur me saisit ! Grâce au ciel j’entrevois…
Dieux ! quels ruisseaux de sang coulent autour de moi ! »

 

Je ne suis pas en train de vous dire que c’était mieux avant. Je ne fais que poser des questions. On peut sans doute m’opposer que j’avoue moi-même mon ignorance, et qu’il existe des auteurs vivants d’une telle trempe. Mais où sont-ils ? La poésie et le théâtre font-ils vraiment encore partie intégrante de notre vie culturelle, où sont-ils plutôt en marge ?

Et quant au roman… J’ai l’impression qu’on est bloqué depuis quelques années dans une sorte de post-modernisme où la littérature est centrée sur elle-même et sur ses acquis, sans véritable volonté de dépassement. Coïncidence, certainement pas, c’est aussi l’impression que me donne la société où je vis. On s’ennuie, on a peur, et on est frileux. On se donne moins, par peur de trop (se) dépenser. En fait, peut-être bien que les écrits passionnés des auteurs morts me semblent plus vivants que la morne prose des auteurs contemporains. Je me prends toujours en pleine figure la violence blasphématoire et joyeuse d’un Henry Miller, et je me prends à bâiller sur un prix Goncourt (Au revoir là-haut de Pierre Lemaître, si vous voulez des noms). Je n’évoque pas Henry Miller au hasard, d’ailleurs. Lui-même abhorrait la rigidité cadavérique de la littérature française, il préférait la discordance d’un Walt Whitman. Et avec Miller, on dépense sans compter. Un passage de Tropique du Cancer qui expose sa vision de l’artiste, une sorte de prophète hugolien version trash (traduction de Paul Rivert) :

« Côte à côte avec la race humaine, coule une autre race d’individus, les inhumains, la race des artistes qui, aiguillonnés par des impulsions inconnues, prennent la masse amorphe de l’humanité et, par la fièvre et le ferment qu’ils lui infusent, changent cette pâte détrempée en pain et le pain en vin et le vin en chansons. De ce compost mort et de ces scories inertes ils font lever un chant qui contamine. Je vois cette autre race d’individus mettre l’univers à sac, tourner tout sens dessus dessous, leurs pieds toujours pataugeant dans le sang et les larmes, leurs mains toujours vides, toujours essayant de saisir, d’agripper l’au-delà, le dieu hors d’atteinte : massacrant tout à leur portée afin de calmer le monstre qui ronge leurs parties vitales. Je vois que lorsqu’ils s’arrachent les cheveux de l’effort de comprendre, de saisir l’à-jamais inaccessible, je vois que lorsqu’ils mugissent comme des bêtes affolées et qu’ils éventrent de leurs griffes et de leurs cornes, je vois que c’est bien ainsi, et qu’il n’y a pas d’autre voie. Un homme qui appartient à cette race doit se dresser sur les sommets, le charabia à la bouche, et se déchirer les entrailles. C’est bien et c’est juste, parce qu’il le faut! Et tout ce qui reste en dehors de ce spectacle effrayant, tout ce qui est moins terrifiant, moins épouvantable, moins fou, moins délirant, moins contaminant, n’est pas de l’art. Tout le reste est contrefaçon. Le reste est humain. Le reste appartient à la vie et à l’absence de vie. »

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Ce qui me frappe le plus, c’est le décalage entre la littérature populaire et la « grande littérature » prescrite par l’institution. De nombreux « classiques » d’aujourd’hui étaient très populaires à leur époque. Toutes proportions gardées en tenant compte du nombre de gens alphabétisés et des capacités de production de l’objet livre de leur époque, Dumas, Hugo, Corneille, Beaumarchais, etc, étaient des best-sellers !

La littérature n’est ni dépassée, ni poussiéreuse. C’est nous qui le sommes. Avec nos petites inquiétudes et nos petits maux. Avec notre vision formatée et élitiste de la culture, toujours censée être grande, bien davantage noble et respectable que vivante.

D’autres formes d’expression artistique, plus en adéquation avec nos modes de vie, s’en sortent mieux. Pour moi, c’est surtout les séries télévisées et les jeux vidéo qui y parviennent. J’y trouve ce remue-ménage, ces idées qui fusent, ces tentatives de dépassement que la littérature, mon premier amour, peine à me proposer. Mais après tout, n’est-ce pas le destin des premières amours que de se flétrir dans la désillusion ? Je ne pense pas que ce serait Flaubert, en tout cas, qui me contredirait, si l’on en croit son Éducation sentimentale.

Je veux être étonnée au sens cornélien du terme, au sens fort. L’art ne prend toute sa saveur que lorsqu’il vous maltraite. L’art est tout l’opposé de la tranquillité. Il n’y a de sublime qu’au sens sacré du terme, que l’on croit en Dieu ou non.

Nourritures spirituelles de février

Quand j’ai commencé à travailler en indépendant à l’obtention de mon diplôme en 2013, je savais que ce genre de moment finirait par arriver. Mais il a fallu deux ans et demi pour y parvenir : jusqu’à la fin de mois, j’ai du travail par-dessus la tête. Je rédige une demi-douzaine de pages tous les jours, partageant mon temps de cerveau disponible entre les conseils beauté (l’huile de ricin est la meilleure alliée pour vos cheveux) et les fiches de révision à l’intention des lycéens paniqués qui n’ont pas lu Balzac, Montesquieu ou Céline à quelques mois des examens de fin d’année.

Peu désireuse de sombrer pour autant dans une routine où j’arrête de travailler à 18h, je m’ouvre une bière et me pose devant The L World jusqu’à l’heure du dîner, après quoi je disparais sous ma couette et pour bouquiner quelques heures, j’ai décidé de rédiger un petit billet pour partager avec vous les trucs du moment.

Et en ce moment, je regarde la nouvelle saison d’X-Files. Peu adepte des réseaux sociaux et assez sélective sur l’actualité, j’avoue ne pas savoir comment ce début de saison a été reçu par les fans et les newbies. Pour ma part, j’ai tout de suite adhéré. La série parvient à redémarrer avec un naturel déconcertant, tout en s’inscrivant dans la tradition. Le générique n’a pas été changé, on retrouve nos deux agents vieillis, un peu tristes, mais ils n’ont rien perdu de leur sens de l’humour. Le premier épisode démarre très fort en reprenant la trame complotiste de X-Files remise au goût du jour, avec les angoisses et les problématiques de notre époque. Il suggère un scénario plutôt complexe et plutôt casse-gueule, j’espère donc ne pas être déçue… J’ai regardé le quatrième épisode tout à l’heure, et c’est du pur X-Files, et c’est toujours aussi bon.

Côté bouquin, j’ai terminé il y a peu le deuxième tome de la série Martyrs d’Olivier Peru, qui m’a charmée tout autant que le premier malgré un petit essoufflement sur la première partie du livre. Le livre raconte l’histoire de deux frères issus d’une race de guerriers, les Arserkers, qui ont la particularité de voir la nuit grâce à leurs yeux dorés, et de ne pas avoir d’égal sur un champ de bataille. Mais les temps ont bien changé à l’époque où commence le livre, et les Arserkers sont presque éteints. Pour gagner leur vie, Helbrand et son frère Irmine opèrent en tant qu’assassins. Mais, évidemment, leur petite histoire va se mêler à la grande, et leurs actes auront une répercussion sur le royaume, en pleine transition et à la veille d’une guerre civile. Olivier Peru a un véritable don pour la narration, et je me suis laissée embarquer au fil des 650 pages sans regret. Un troisième tome est à prévoir, je l’attends de pied ferme.

olivier_peru_martyrsDepuis trois jours, j’ai entamé Le Vide, de Patrick Senécal, après avoir été convaincue par la chronique sur le blog d’Yvan, Émotions Littéraires. Et je ne suis pas déçue ! La jaquette proclame fièrement que le roman a été « la claque littéraire de ces dernières années » pour Franck Thilliez, et cela ne m’étonne pas du tout. Le Vide est un livre vertigineux, où l’angoisse existentielle atteint son paroxysme. On y éprouve une sensation de malaise tout en étant aspiré par l’histoire contée au fil des chapitres qui se succèdent dans le désordre, mais selon une implacable logique narrative.

patrick_senécal_le_vide

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Je profite de ce billet pour évoquer un film que j’ai vu il y a quelques semaines, juste avant la mort d’Alan Rickman. Il s’agit du film qu’il a réalisé, Les Jardins du roi (A Little Chaos). Alan Rickman y campe le rôle d’un Louis XIV plutôt attachant, aux côtés de Mathias Schoenaerts dans le rôle de Le Nôtre, et Kate Winslet dans celui de Sabine De Barra. Le film est assez anecdotique dans son contenu : c’est l’histoire de Sabine, qui parvient à se faire embaucher par Le Nôtre pour concevoir le bosquet des Rocailles dans les nouveaux jardins de Versailles. Mais que l’histoire tienne en quelques lignes, ça n’a pas vraiment d’importance. Le film capture un moment dans le temps, dans la vie des différents personnages, avec beaucoup de subtilité et une grande justesse dans le ton et le jeu des acteurs. Ce film n’a rien d’extraordinaire, mais il est… apaisant. Simple et beau.

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Je n’ai pas grand-chose à vous dire concernant la musique, que je n’explore pas en ce moment. Cependant, il y a peu, mon compagnon m’a fait découvrir ce groupe que je vous invite à écouter en ne faisant rien, les yeux dans le vide. On a peu de groupes comme Aquilus, avec des morceaux construits de mille nuances, qui invitent à se perdre en soi-même dans une longue contemplation sans but.

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Sinon, en vrac, j’ai écouté La Tête au carré avec Mathieu Ricard, moine bouddhiste, et Christophe André, psychiatre, sur le thème de la sagesse. J’ai regardé l’intéressant documentaire de Dirtybiology sur l’origine de la richesse. J’ai secoué la tête de dépit plusieurs fois cette semaine en lisant des articles de presse, et notamment cet article du Monde qui raconte comment le conseil régional a retiré sa ridicule subvention de 20 000 euros au Hellfest. En ce moment, j’ai l’impression que tout le monde en France vit dans un univers hermétiquement fermé et que chaque couche de la société ne comprend absolument rien à toutes les autres. Et le pire, c’est que personne ne cherche à comprendre. On préfère apparemment cette cacophonie ridicule alimentée à coup de tweets incendiaires. L’indignation est devenue une espèce de norme étrange, et les réseaux sociaux une arène où les combattants ne cherchent qu’à prouver la supériorité de leur morale (la seule, bien entendu, valable. Le moindre écart à la Morale vous conduira tout droit à la géhenne où brûlent tous ceux qui ont vu leur réputation détruite par le web en quelques heures). À ce sujet, je vous invite à lire cette intéressante analyse-et-je-suis-complètement-objective-en-disant-cela sur le blog de mon compagnon.

[Ustensiles de style] Ce que j’écoute quand j’écris

Traversant un coup de fatigue hivernal (j’ai deux moments difficiles dans l’année : en plein été, et en plein hiver), je suis en retard sur la parution prévue des nouvelles de Henry S. Whitehead, et ma créativité est en berne.
Je me suis donc dit que comme parler des choses est souvent un bon moyen de les invoquer, j’allais consacrer ce billet à la créativité, à sa définition, à la façon dont elle se manifeste et comment la stimuler. On peut lire ce billet comme une sorte de suite au message consacré à la page blanche, mais cette fois l’angle est moins général et plus personnel.

La musique et l’écriture

Certaine personnes préfèrent le silence, considérant la musique comme une distraction. Pour ma part, elle agit comme un catalyseur. Elle m’aide à penser, à imaginer, à exprimer. C’est simple : je n’écris jamais en silence. Par contre, j’écoute peu de musique à texte, ou avec un texte que je ne discerne guère parce qu’il est hurlé : la voix devient alors un simple instrument de musique, indépendante des mots qu’elle prononce. Il m’arrive aussi d’écouter des chansons dont je comprends les textes, mais je dirais que cela arrive plus en phase de préparation. Ce que je nomme « phase de préparation », ce sont tous ces moments passés les yeux dans le vide à rêvasser, eh oui, je trouve cela capital pour pouvoir entrer dans la phase écriture. Si je me sens particulièrement déprimée, j’écoute cela :

Et pour tous les états d’esprit possibles et imaginables, j’écoute les invocations chamaniques de Jim Morrison :

La musique que j’écoute en phase d’inspiration

Quand je me sens créative, j’ai l’esprit en ébullition. C’est comme si ma pensée s’accélérait. Je me vois un peu (en beaucoup moins intelligente, cela va sans dire) comme Sherlock Holmes quand il résout une enquête dans la série avec Benedict Cumberbach, avec un univers mental foisonnant où une chose en entraîne une autre, où les liens se font et se défont avec une étonnante rapidité. C’est là où mon esprit de synthèse donne tout ce qu’il a, et où je dois parfois réfréner mon lyrisme naturel pour éviter d’écrire des tartines grandiloquentes dans une sorte de pastiche de Victoir Hugo. Mais quand je me sens ainsi, j’écoute des musiques intenses, violentes, tragiques, ou épiques. L’important, c’est qu’elles portent le sentiment de puissance qui m’habite alors.

Le black metal me semble particulièrement approprié pour servir ce sentiment de puissance. Quand j’écoute cela, je me vois bien éclater d’un rire diabolique au sommet d’une falaise battue par les flots en conjurant les plus noirs pouvoirs pour anéantir les flottes ennemies en approche (oui, oui, tout ça !)

Si je suis très très énervée et que la rage est le principal sentiment qui m’habite, je le sublime et l’exacerbe avec de la dark electro.

Si je suis en plein souffle épique et que j’ai envie de belles actions et de scène héroïques, je me tourne vers les bandes originales de films et de jeux vidéo :

La musique pour écrire bien, et longtemps

Mais la créativité ne passe pas seulement par des phases d’effervescence comme je l’ai décrit plus haut. Il faut aussi savoir canaliser son ressenti, et se concentrer. Pour cela, je compte beaucoup sur la musique. Il existe des musiques capables de m’apaiser tout en favorisant la concentration, et qui comportent tout de même la dimension émotionnelle et onirique dont j’ai besoin pour me fondre dans mon propre imaginaire. Voici le top 3 de ce que j’écoute pour écrire calmement mais sûrement :

Et vous, comment la musique vous accompagne-t-elle quand vous avez besoin d’être créatifs ? (que ce soit pour l’écriture, ou autre chose !)

[Des nouvelles de R’lyeh] Henry S. Whitehead

En guise d’amuse-bouche, une semaine avant la parution du troisième volume de la collection Trois heures du matin consacré à des nouvelles de Henry S. Whitehead, je vous propose de découvrir l’analyse de Sean Eaton, spécialiste de Lovecraft, sur deux des nouvelles que je proposerai dans mon livre numérique. Afin de préserver le plaisir de lecture pour ceux qui voudraient lire les textes de Whitehead, je n’ai pas traduit les passages qui donnent des informations sur l’intrigue. Bonne lecture !

Les articles originaux :

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Passing of a God

passing of a god

 

H.P. Lovecraft considérait La Mort d’un dieu (1931) comme représentant « peut-être l’apogée de son génie créatif. » L’histoire implique de nombreux thèmes qui préoccupaient Whitehead, notamment la rencontre avec des croyances liées au surnaturel et une culture étrangère : le vaudou. En 1931, Whitehead a publié six récits. Presque tous abordaient le sujet des pratiques vaudou. La Mort d’un dieu est paru dans l’édition de janvier de Weird Tales, et Whitehead termina l’année en novembre, avec Cassius, publié dans Strange Tales. Ce dernier récit a fait l’objet d’une analyse dans le premier article de la série.

Gerald Canevin est à nouveau le narrateur, comme dans de nombreuses histoires de Whitehead. Il occupe une position similaire à celle de Randolph Carter chez Lovecraft, ainsi que John Astane chez Clark Ashton Smith, et tous les « John » (Kirowan, Conrad ou O’Donnel) dans quelques-unes des histoires d’épouvante de Robert E. Howard. Il constitue un simple spectateur intéressé, qui reconstitue les pièces du puzzle pour le lecteur et observe les terribles événements qui mènent à la conclusion. (Selon une source, « Canevin » serait dérivé de « Cærnavon », le nom ancestral de la famille de Whitehead.)

La majeure partie du récit consiste en une conversation entre Canevin et son ami le docteur Pelletier, « du corps médical de la marine, à présent stationnée dans les îles Vierges ». Mais quelle conversation ! Comme dans Cassius, Canevin doit encourager son ami à plusieurs reprises pour qu’il livre toute l’histoire, impatient comme l’est sans doute le lecteur d’en entendre davantage. Mais Pelletier se montre étrangement hésitant. Dans des termes froids et cliniques, le docteur commence à décrire ce qu’il a trouvé lors d’une opération chirurgicale réalisée sur un gentleman nommé Carswell. La juxtaposition de la conversation rationnelle avec la découverte de la bizarrerie du récit amplifie l’horreur.

L’objectif de l’opération – décrite avec un luxe de détails visuels écœurants – est de retirer une grosse tumeur, apparemment bénigne, du ventre du gentleman. Pelletier introduit son récit avec une théorie sur la nature du cancer :

« …quelqu’un a proposé il y a quelques années une hypothèse assez “folle” pour expliquer l’origine des tumeurs malignes. Cette théorie n’a pas vraiment fait l’unanimité au sein de la profession médicale, mais elle avait au moins le mérite de l’originalité – et elle était nouvelle. Elle bénéficie donc d’un certain crédit et d’aucuns y croient toujours, qu’ils appartiennent ou non à la profession. Elle prétend qu’il existe certains nuclei, ou certaines masses, pour ainsi dire, formées au stade prénatal et qui persistent par la suite. Ce n’est pas un phénomène commun, vous comprenez, mais qui se produit dans certains cas chez les personnes prédisposées à cette horrible maladie. Au stade prénatal, ces amas de tissu ne se développent pas complètement, ou pas normalement. Pour être clair, il s’agit de petites structures corporelles qui ne se sont pas développées. »

Mais il y a plus. Carswell, qui a monté un commerce et vécu en Haïti, est devenu avec le temps un fin connaisseur d’une branche locale du vaudou, qui implique le culte du serpent. Cependant, à l’occasion d’une remarque qui trahit la xénophobie et le chauvinisme américain de la fin des années 20, Carswell déclare :

« Je suis Américain, comme vous. Même après sept ans passés dans les marais, à chasser des canards la majeure partie du temps, sans aucune activité ou habitude me rappelant ma culture blanche pendant un bon paquet d’années, je ne me suis pas “naturalisé” ou quoi que ce soit dans le genre. Je ne voudrais pas que vous pensiez que je suis l’un de ces fainéants. »

Sauf que Carswell s’est, de fait, naturalisé – une inquiétude récurrente chez les représentants des puissances coloniales ou impérialistes qui vivent et interagissent avec les natifs. Il devient un personnage familier et populaire auprès des habitants, et surtout après un étrange incident durant lequel il s’évanouit dans son jardin. Lorsqu’il s’éveille, il se retrouve bardé d’anneaux et de colliers, et est devenu l’objet de la vénération d’une sorte de cérémonie religieuse dont le sens lui échappe. Plus dérangeant encore, une excroissance abdominale – un cancer, selon le diagnostic délivré sept ans plus tôt – a recommencé à grandir, bien que le phénomène ne provoque aucun inconfort.

La Mort d’un dieu constitue une métaphore des dangers de l’intégration raciale et culturelle, dangers qui devaient être nombreux à cette époque. (Voir aussi The Shadow of the Beast, de Robert E. Howard, analysée dans A Racist Nightmare). Il s’agit d’une image frappante : un homme blanc imprégné dans son essence par un symbole des croyances religieuses d’une autre culture. Et plus encore, cette maladie, portée en lui pendant des années et qui aurait pu le tuer, se transforme en une chose vivante, indépendante, qui croît en lui. Le changement peut se révéler terrifiant, et plus encore lorsqu’il provient de l’intérieur.

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Jumbee

Jumbee

Henry S. Whitehead était un ami et un correspondant de H.P. Lovecraft. Avant de déménager à Dunedin en Floride – où Lovecraft est venu lui rendre visite –, il occupait un poste de diacre épiscopal dans une paroisse des Îles Vierges. Plusieurs de ses nouvelles s’y déroulent et impliquent généralement la rencontre avec la culture vaudou.

La plupart du temps, les nouvelles de Whitehead sont bien écrites, sans grandiloquence, et montrent une maîtrise du dialogue et de la structure de la narration plutôt bonne par rapport à d’autres auteurs pulp de la même époque. L’un des enjeux récurrents chez Whitehead est le danger de la fraternisation avec la population indigène des îles : des hommes blancs qui se « naturalisent ».

Jumbee a été publié pour la première fois dans Weird Tales en 1926. Ce numéro contenait d’autres nouvelles, notamment He de H.P. Lovecraft, et la novella d’Edmond Hamilton, Across Space. Il s’agit de l’un des premiers récits de Whitehead sur le vaudou.

Dans Jumbee, « Mr Granville Lee, un Virginien pure souche », c’est-à-dire un fils de la Confédération, consulte un certain Jaffray Da Silva à propos des légendes et pratiques magiques locales. Il désire notamment en savoir plus sur les « jumbees », ces esprits hostiles qui poursuivent les actions malveillantes d’une mauvaise personne après sa mort. Dans l’espoir de guérir de son exposition au gaz moutarde durant la Grande Guerre encore récente, Lee est venu passer l’hiver à Ste Croix.

Da Silva accède à la demande de Lee en lui faisant le récit des événements qui entourent la mort de son ami Hilmar Ivsersen. Lui et Iversen ont passé un pacte : « Celui qui partirait en premier devait tenter d’avertir l’autre ».

Whitehead se sert de son narrateur pour montrer sa connaissance du système religieux local, et sa tendresse pour ses croyances. Celles-ci sont soigneusement décrites par l’auteur, qui parvient à créer ici et là une sensation d’horreur exotique. L’effet est similaire dans le ton à celui de Manly Wade Welleman dans son inventaire des « choses-qui-bondissent-dans-la-nuit » du folklore des Appalaches dans son récit The Desrick on Yandro (1952). Da Silva et son auditeur enthousiaste tiennent pour acquis le fait que tous les éléments qui concernent les Jumbees sont vrais, et aisément observables.

Le portrait que Whitehead fait de son narrateur, Jaffray Da Silva, est intéressant. Au début de l’histoire, il présente à son lecteur une remarquable explication des divisions raciales :

« Mr Jaffray Da Silva possédait un huitième de sang africain. C’était par conséquent, selon les usages de l’île, un homme “de couleur”. Dans les Antilles, ce statut n’a rien à voir avec celui de “Noir”. Mr Da Silva avait reçu une éducation à la mode européenne. Chacun de ses mots et de ses gestes reflétait ses racines du Vieux Continent. Selon les règles et la coutume antillaises, Mr Da Silva était un gentleman de couleur, un statut social aussi net et précis qu’une miniature.
Les Antilles sont abondamment peuplées de personnes comme Mr Da Silva. Bien que différent de celui des gentlemans de couleur en Amérique du Nord, ce statut comporte tout de même certains avantages, dont celui de la logique. Pour un esprit antillais, un homme appartenant à l’élite aux sept huitièmes, même sans les armoiries, doit être traité de la manière qui convient. »

Un peu plus loin, Whitehead relate cette interaction entre Lee, le gentleman sudiste, et Da Silva : « Je vous en prie, continuez, monsieur », pressa Mr Lee, sans s’apercevoir qu’il venait d’utiliser un mot qu’on réservait aux gentlemans de pur sang caucasien dans son Sud natal. »

À quoi assiste-t-on ici ? Whiteman met en scène un homme d’ascendance africaine pour raconter son histoire – c’est Da Silva l’expert – et analyse avec soin ses origines raciales. Le cœur du récit se situe dans l’accomplissement d’une promesse entre cet homme et un ami blanc. Enfin, Whitehead fait dire « monsieur » à son Confédéré lorsque celui-ci s’adresse à Da Silva. Le lecteur moderne peut grimacer devant les préjugés implicites présentés avec nonchalance dans cette histoire, et s’interroger sur cette pseudoscience qui prétend catégoriser les gens à un huitième près de leur lignée sanguine. Que ces idées aient été populaires et largement acceptées à l’époque de Whitehead est un maigre réconfort pour ceux dont les ancêtres ont été opprimés au nom de tels préjugés.

Et pourtant, à la différence de Lovecraft dont les préjugés raciaux et ethniques étaient irrationnels et irréfléchis (et n’avaient substantiellement pas changé à la fin de sa vie), Whitehead fait preuve d’un racisme plus timide, et de davantage de sensibilité à la nuance et aux relations paradoxales entre les Anglo-Saxons et les gens d’ascendance africaine. On est encore loin des droits civiques et de l’éducation à la diversité, mais cette attitude dénote les prémisses des changements de mentalité dans l’Amérique du milieu des années 20.

Kawaii !

Quand j’ai eu l’idée de ce billet, je me suis rappelé une émission de France Inter (oui, encore !) que j’avais écoutée il y a bien… deux ans, je pense ! Après vérification, je m’aperçois que c’était il y a quatre ans. Étrange comme Internet, et Google dans son rôle de Passeur non pas de l’Achéron, mais du flux éternel de l’information, nous servent parfois de mémoire… Bref, malheureusement l’émission n’est plus disponible (existe-t-il des archives consultables ? Je trouve dommage de perdre tout ce savoir.). Je vous mets quand même le lien vers le descriptif de l’émission : http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-le-lien-qui-nous-rattache-aux-autres-2
En tout cas, le thème était le « kawaii ». Je ne me suis jamais spécialement intéressée à la question, mais j’avais aimé l’émission (apparemment assez pour m’en souvenir quatre ans après !). Et j’y reviens tout simplement parce que j’ai passé une partie de l’après-midi à regarder les aventures des héros de la série Dragons. Il y a tout juste quelques jours en effet, Netflix nous a proposé la saison 2 de la série dérivée des films How to train your dragon. J’éprouve un plaisir intense à regarder cette série, alors la nouvelle m’a mis en joie, tout comme les épisodes que j’ai commencé à regarder.
Et ceci en premier lieu parce que je ne me lasse pas de Ruff and Tuff, les jumeaux qui ont dédié leur vie au dieu du chaos et des mauvaises blagues : Loki !

rufftuff

La série Dragons: Race to the Edge, recommandez-la à vos enfants ! Elle est très éducative, et par des moyens détournés, enseigne des notions d’écologie en montrant comment différentes espèces dépendent des unes et des autres pour leur survie. Et pour vous, les adultes, Ruff et Tuff vous apporteront cette touche délurée d’absurdité dont vous aurez besoin pour survivre à la dose obligatoire de bons sentiments nécessaire au succès d’une série tous publics.
Et bien sûr, je dois bien avouer que je fais partie des innombrables fans de Croquemou/Toothless, une Furie Nocturne adorable qui, comme tous les propriétaires de félins, me rappelle mon chat (décédé, pour le coup).

 

toothless
Avec mon compagnon, nous nous battons depuis un moment pour savoir quelle créature est la plus mignonne de l’univers, et même si je plébiscite son choix, je reste fidèle à Croquemou.
Son choix :

wall-e

Ces adorables créations se disputent la première place sur l’échelle du kawaii avec une autre créature qui me rappelle mon chat (et ses terribles instincts de destruction) :

stitch
Stitch, du dessin animé de Disney Lilo et Stitch, pour ceux qui ne suivent pas. Je vous défie de ne pas fondre comme un morceau de sucre dans une poêle en entendant ce petit monstre bleu déclarer : « Je suis perdu. ». Et puis quand je pense à Stitch, je le revois toujours se mettre en boule et se mettre à rouler à toute vitesse… (en plus il fait un bruit de boule de bowling… enfin, faut le voir, quoi :)

Les chats en tant que chats ne sont pas en reste dans le domaine du kawaii. Voyez plutôt :

kiki
« Regarde, Kiki, c’est moi ! » (dans Kiki la petite sorcière, de Miyazaki)

Il y a aussi Mimi, le chat de Voyage vers Agartha (un animé magnifique, d’une poésie incroyable, teinté de mélancolie… Si vous ne l’avez pas vu, je vous le recommande très vivement) :

mimi

En restant dans les animés japonais, je suis assez fan de Calcifer, l’esprit du feu dans Le Château Ambulant, l’un de mes Miyazaki préférés :

calcifer

Quelques candidats humains peuvent cependant concurrencer ces créatures animées mignonnes à se damner :

petite_fille_pacific_rim
Quoique vous pensiez de Pacific Rim, cette petite fille au manteau bleu, je l’aurais adoptée direct, même si je ne veux pas d’enfants !

Elle devance de pas très loin cette petite fille :
Lucy - Narnia

C’est Lucy, dans Le Monde Narnia, la digne héritière d’une certaine Alice… Sa curiosité la pousse à explorer une armoire. Je me souviens toujours de cette scène dans le livre : elle avance dans le noir, les bras tendus, elle repousse des rangées de manteau et commence à trouver étrange de ne pas rencontrer le fond quand tout à coup, elle entend la neige craquer sous ses pas… Peu de temps après, elle voit briller une lanterne au loin, et la voilà passée dans le royaume de la Sorcière Blanche. L’un de mes plus grands moments littéraires :)

Bon, il ne peut pas y en avoir que pour les petites filles, ce serait injuste, quand même. Alors le petit garçon le plus craquant du cinéma, pour moi, c’est lui :

Harry Potter

Je vous mets au défi de ne pas pousser des « ohhh » d’adoration en entendant ce petit garçon joufflu aux grosses lunettes rondes s’exclamer « J’adore la magie ! » avec des étoiles plein les yeux. Et vu la teigne qu’il devient ado, je pense avoir une idée de la désillusion que doivent vivre les parents en voyant grandir leurs enfants 😉

Je ne crois pas vraiment à l’existence d’un instinct maternel, surtout parce que cet instinct me semble surtout un bon prétexte pour confier la charge des enfants aux femmes : c’est comme le ménage et la vaisselle, c’est naturel ! Par contre, et comme le montrait l’émission de France Inter, les adultes ont une attitude de protection instinctive envers tout ce qui leur apparaît comme immature. Comme vous le savez sans doute, les petits mammifères ont des caractéristiques communes : grands yeux, petit nez, bouille ronde. Et il y a plus. D’après une étude citée dans l’émission de France Inter et résumée ici, regarder des trucs mignons aident à se concentrer et à être plus attentif à son environnement. Raison de plus pour se refaire l’intégrale de Disney et Pixar, non ?

Et vous, vous êtes-vous déjà sentis réduits à l’état de marshmallow fondu à la vue d’un personnage de fiction ?

Allez… Je vous laisse avec un petit bonus !

De l’art d’être absent

Beaucoup de gens se plaignent de ne pas avoir le temps, d’être trop sollicité, et de ne plus parvenir à se passer de leurs échanges en ligne. Je suis d’ailleurs étonnée de leur addiction aux réseaux sociaux, de leurs multiples abonnements, de leurs systèmes de notifications qui les abreuvent d’informations toute la journée.

Être absent est parfois une nécessité, parfois ce sont des vacances que l’on s’accorde et qui ont le goût délicieux de l’interdit, comme à l’époque où on séchait les cours. Pour moi, c’est au fil du temps devenu un art de vivre que j’ai un peu trop bien cultivé.

J’adore être absente. Indisponible, déconnectée, endormie. Le silence est la meilleure de mes couvertures. Bien évidemment, je ne le suis que dans la mesure où ma vie professionnelle me l’autorise. Mais c’est l’une des choses que j’ai envie de changer en 2016. Je ne vais pas être super présente et super communicative d’un coup de baguette magique, ce n’est pas dans ma nature, de toute façon. Et je crois qu’il est vain de lutter contre sa nature, car chassez le naturel… vous connaissez la suite.

En fait, quand on est absent, on s’exile de sa propre vie, ainsi que de celle des autres. C’est comme dormir. On est plus léger. Sans attaches. On oublie facilement. Les événements et la vie quotidienne glissent sur vous comme l’eau sur les plumes d’un canard (étrange comparaison, certes, mais elle me semble bien décrire le phénomène !).

Le chômage, les difficultés relationnelles et sentimentales, l’isolement progressif renforcent peu à peu le plaisir que l’on a à être absent, jusqu’à ce qu’on soit pris à son propre piège : à force d’ignorer le reste du monde, on finit aussi pour s’ignorer soi-même, et notre propre vie nous apparaît comme un événement extérieur sur lequel nous n’avons aucune emprise, et dans lequel nous n’avons aucun rôle à jouer.

Alors, peut-être qu’au final, je ne maîtrise pas cet art subtil si bien que cela. S’esquiver, prendre du temps pour soi, préserver sa bulle d’intimité, rester disponible pour rêvasser, s’autoriser à ne plus penser, c’est bien, et même nécessaire. Prendre la fuite, non. Alors c’est ma seule bonne résolution : cette année, je serai un peu plus présente. J’ai envie de me rendre plus disponible et d’entretenir davantage de liens, de m’enrichir au contact des autres.

Et vous, maîtrisez-vous l’art d’être absent ?

Bonne année !

2015 : le début de la fin, ou la fin d’un début ?

Un article sans queue ni tête sur les débuts et les fins, garanti sans spoilers !

Et voilà, nous sommes en 2016 ! Après une fin d’année (trop) riche en festivités qui m’ont tenue éloignée de mes préoccupations habituelles, je me demande comment ouvrir le premier post de cette année. D’autant plus que je suis en retard à force de tergiversations !
J’écris quelques trucs, jette des réflexions en vrac, me dis que je devais organiser le chaos, mais finalement, non. Les bilans sont des mosaïques d’expériences, et je ne suis pas sure que la continuité et le sens leur préexistent. Les expériences ont le sens qu’on leur donne, et je ne suis pas sure non plus de vouloir leur en donner un.

Et puis en fait, j’aime pas les bilans.

Toutes les fins sont des débuts

Cette année, finalement, j’ai assez peu écrit sur mon blog. Je me suis dispersée, j’ai voyagé à Albi et j’ai essayé de me remettre sur les rails au printemps après un hiver vraiment difficile. J’ai déménagé et changé pas mal d’habitudes de vie. Je suis venue m’installer en Côtes d’Armor et suis très vite tombée amoureuse de la région qui foisonne de recoins secrets et de vastes horizons.
Cette année a marqué la publication de mes deux premières traductions professionnelles dans le domaine de la littérature, pour l’anthologie Ténèbres et le magazine Bifrost. J’ai également lancé ma collection de livres numériques, Trois heures du matin. Je croise les doigts pour que ce ne soit qu’un début !

L’année des connaissances inutiles

Cette année, je suis devenue un Wikipédia à moi toute seule concernant la trilogie Dragon Age, mais aussi sur les astuces et tutos beauté en écrivant pour divers magazines féminins.
Si vous voulez découvrir comment traiter votre peau grasse, tout savoir sur le peeling ou comment obtenir un teint parfait, j’ai probablement des solutions à vous proposer. Je peux également m’improviser coach de couple grâce aux conseils psycho soigneusement rédigés pour cette même presse féminine. J’ai aussi acquis pas mal de connaissances de seconde main sur la littérature érotique et les grandes tendances de bouquins en écrivant des articles pour une grande enseigne culturelle qui vend aussi des aspirateurs. J’ai même écrit des tutos pour monter soi-même ses cloisons, repeindre ses vieux meubles, ou poser des moulures !

2015, l’année BioWare

Chaque fois que j’écoute cette musique, j’en ai la chair de poule. J’ai terminé 2015 comme je l’avais commencé : en jouant à Dragon Age. Après avoir terminé pour la troisième fois (à fond) DAI, j’ai ouvert le chapitre The Witcher: Wild Hunt. Je ne suis pas sure que mon cher et tendre ait eu l’idée du siècle en me l’offrant pour Noël parce que je le trouve tellement immersif que je suis devenue très vite totalement accro !
Et donc, DAI… Une fin tout simplement magistrale, le dernier mouvement d’une symphonie qui s’était essoufflée, et retrouve dans le dernier DLC, Trespasser, toute la puissance qui lui manquait, le temps d’un épilogue qui m’a angoissée à profusion, qui m’a bouleversée et qui a porté son petit lot de révélations brutales qui ont changé ma vision du monde de Dragon Age.

La musique est toujours composée par Trevor Morris, qui a souvent bossé avec Hans Zimmer sur des musiques de film, et a créé la bande originale des Tudors et de Vikings pour la télévision. Il s’est à mon sens surpassé pour ce morceau final. L’ambiance et la tonalité m’ont fait pensé à celle de ME3, dont la dernière partie m’a procuré le même genre d’émotions. Difficile de rester indifférent devant une vision d’apocalypse tout en écoutant ça :

Cette bande originale est composée par Clint Mansell, celui qui est à l’origine de la plupart des musiques des films de Darren Aronofsky.

Oui, cette année, j’ai beaucoup, beaucoup joué. J’ai fait : la trilogie Mass Effect, la trilogie Dragon Age, et The Witcher II. Sachant que j’ai recommencé plusieurs fois chacun des Dragon Age, et qu’en parallèle, j’ai joué à des jeux que j’avais déjà terminé, comme Kingdom of Amalur et Heroes VI (et j’ai entamé le VII en fin d’année). Cette année est l’année où j’ai découvert que le RPG était fait pour moi, et que j’aime aussi beaucoup faire du jeu de rôle autour d’une table, grâce aux talents de MJ de mon beauf (coucou !).

Et c’est aussi l’année où je me suis lancée dans la fan-fiction, et que j’ai même osé l’annoncer à la face du monde. Je n’ai malheureusement pas encore terminé le petit monstre de 330 pages, mais je pense savoir comment cela va se terminer, et commence à songer à mon prochain roman (qui ne sera pas une fan-fiction).

En 2016, j’écris un nouveau roman ?

Commencer quelque chose, c’est toujours excitant. Tout est neuf, tout est à faire. On n’a pas eu le temps de douter, de remettre en question, de se lasser, d’être frustré, de s’énerver. On est même presque persuadé que l’ensemble de l’immense tâche devant nous va être vécu de la même manière, tout en douceur et en légèreté. Tout en catharsis. Les idées qui fusent, les mots qui se délient sous les doigts, la musicalité de la langue qui entre en résonance harmonique avec les mécanismes les plus abscons de la pensée.
Finir quelque chose, s’accompagne parfois d’une sensation d’accomplissement, mais le plus souvent on est triste et on fait surtout l’expérience de la dépossession : dépossession de son propre vécu qui fout le camp.
Cette année, je vais faire en sorte de vivre les deux. Une fin, et un début.

Le début de 2016

D’après une démonstration du Petit Journal, nos présidents successifs disent toujours la même chose lors de leurs vœux annuels : l’année qui vient de s’écouler a été difficile. S’ensuivent des exhortations au courage et à l’espoir. Pour ma part, je n’ai pas une conscience collective suffisamment développée pour que je puisse honnêtement dire que l’année a été difficile parce que des événements tragiques s’y sont déroulés. Je ne peux faire de bilan que personnel. Pour moi, ça a été une année folle, compliquée, marquée par le changement. Une année plutôt riche, en somme.

Oui, en un sens, 2015 a été une année difficile. Toutes les années le sont. Les mêmes histoires tournent en boucle. Et pourtant, on ne se lasse pas de les raconter.
J’ai toujours été une rêveuse, et je crois que ça s’aggrave avec l’âge. Je me perds dans les histoires, dans le fantasme, dans la Fiction. Et j’en rapporte toujours quelque chose : j’en tire la fameuse matière dont je vous parlais l’autre jour dans un article sur l’écriture. J’écris mes histoires en rêvant le plus possible, un peu comme les devins et le chamans doivent se plonger en état de transe pour accéder aux visions et aux sortilèges de guérison. Pour acquérir cette lucidité qui les rend si précieux, ils doivent désapprendre le réel, ouvrir toutes les portes fermées, même celles qui sont verrouillées. Le voyage dans la fiction est toujours un voyage initiatique, un vaste songe truffé de pièges et de séductions morbides. Mais je reste convaincue que l’on en revient avec les fils qui constituent l’étoffe même du rêve. Aux conteurs de les nouer, de les tisser jusqu’à temps d’être capable de piéger les autres dans ce même monde où ils ont à la fois égaré leur esprit et leur âme, mais retrouvé cette petite chose insignifiante et inqualifiable qui leur permet de rester vivants.

Ce que je vous souhaite ? Je vous souhaite d’être pris en chasse par vos propres rêves. Et surtout, qu’ils vous rattrapent.

[Ustensiles de style] Lutter contre la page blanche

Souvent, avant de me mettre à écrire, j’ai cet instant d’hésitation, de suspens. Au meilleur des cas, ça en reste là, à cette hésitation comme devant un choix intéressant, potentiellement dangereux, mais suffisamment attirant pour franchir le pas. Au pire des cas, cela se transforme en une sorte de paralysée généralisée qui entraîne culpabilité et autodévaluation, voire une franche déprime. Alors, face à la page blanche, qu’est-ce qu’on fait ?

Comment libérer la créativité ?

La créativité est un vaste mystère et on a beaucoup écrit sur le sujet. Aujourd’hui, j’écoutais l’émission de France Inter La Tête au carré, dont le dossier du jour était consacré à cette question [émission à réécouter ici]. C’est entre autres un extrait où on entendait Daniel Picouly évoquer la page blanche qui m’a donné envie d’écrire cet article (il faut croire que je devrais écouter la radio plus souvent, puisque c’est le deuxième article dont l’idée me vient de ce média !). L’écrivain disait en substance qu’une partie du blocage de la page blanche provient en fait de l’orgueil : nous sommes nombreux à vouloir non seulement écrire, mais en plus, à vouloir écrire sublimement.
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L’auteur nous invitait alors à accepter notre « somptueuse médiocrité » afin de vaincre ce syndrome bien connu des créatifs ; et je trouve son conseil étrangement pertinent. Bien souvent, on n’a pas réellement peur de ne pas y arriver, mais on craint surtout de ne pas être à la hauteur de la barre qu’on s’est plus ou moins consciemment fixée. Dans la majorité des cas, cette barre se situe beaucoup trop haut : tenter de l’atteindre d’un seul coup est tout à fait contre-productif.
Au-delà de l’idée de médiocrité, je crois que le véritable défi, c’est de parvenir à accepter ses propres faiblesses, et ses défauts. Accepter que comme tout un chacun, et même si on s’en cache souvent très bien, on est malmené par des vents contraires. On essaie simplement de garder la tête hors de l’eau. J’ai cette conviction peut-être naïve que le monde irait mieux si on arrêtait de faire semblant et qu’on admettait qu’on est simplement dépassé. Sans essayer de se justifier ou de se trouver des excuses. Pourquoi continuer de faire comme si notre vie était un long fleuve tranquille ? On a le droit de craquer, d’être ébranlé, de ne rien comprendre. Et on doit même s’en servir. Je fais encore appel à Nietzsche : embrasser l’existence, dans ses grandeurs étourdissantes comme dans ses plus frustrantes mesquineries. C’est ça, votre matière. L’art n’est jamais qu’un processus d’alchimie : de la matière brute, informe, parfois répugnante, parfois effrayante, on fait naître un soupçon de beauté. Je crois que c’est là le lot des créatifs, le fardeau et la liberté de l’artiste. Mais quand je parle de la matière, qu’est-ce que j’entends par là ?

Où puiser ses idées et sa matière ?

Un deuxième point qui me semble important, relève du simple bon sens, mais… Pour écrire, il faut de la matière. Et pourtant, nous n’avons pas tous des vies passionnantes, loin s’en faut. Je lisais il y a peu une interview de Marie NDiaye (qui a reçu le prix Goncourt en 2009 pour son roman Trois femmes puissantes) où elle disait ceci : « J’ai lu récemment le journal de Joyce Carol Oates, et elle a la vie la plus régulière, simple, normale, bourgeoise qui soit, et elle écrit des livres de monstre. Il y a cette chose qu’on appelle l’imagination, et ce n’est pas rien. Une imagination qui se construit aussi sur le réel de faits ou de rencontres, d’histoires que j’ai lues dans la presse ou qu’on m’a racontées. Le lieu où je vis m’influence aussi. » (Ce n’est pas ce que vous croyez… Je ne lis pas les Inrocks, c’est vrai, je vous jure, c’était purement professionnel !) J’ai trouvé ça intéressant, car les lecteurs demandent souvent aux écrivains d’où leur viennent leurs idées. Et il est vrai que la vie quotidienne n’offre pas nécessairement un cadre très propice au développement d’idées débridées. Et pourtant elle nous nourrit assez amplement, pour peu qu’on prête attention aux détails sur lesquels on passe d’ordinaire sans s’arrêter.
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Pour écrire, il faut être observateur, garder un œil ouvert en permanence, un œil critique, analytique, mais aussi un œil sensible, capable de capter la nuance et la singularité de ce qui est a priori jugé ordinaire. Et bien sûr, comme le souligne Marie NDiaye, il n’y a pas que le réel de « première main » qui soit utile à l’écrivain. On peut aussi se servir d’histoires entendues, et de toutes les fictions du monde (et il y a de quoi faire !).

C’est en forgeant qu’on…

Cela ressemble à un cliché éculé, mais c’est l’une des vérités presque toujours vraies du monde de l’écriture. Mozart était peut-être capable de composer des symphonies à neuf ans, mais le reste d’entre nous doit s’en tenir à ce vieil adage. Plutôt que de vouloir asséner une nouvelle fois cette formule usée, je vous invite ici à la considérer sous l’angle de notre problème, celui de la page blanche. L’écriture est une gymnastique mentale, qui engage à la fois le raisonnement, la réflexion, les capacités d’analyse ; et l’émotionnel, l’inconscient, l’intuitif. Cet exercice nécessite de se plonger dans un état d’esprit adéquat et demande une certaine préparation mentale, peut-être comparable à celle qu’effectue un sportif avant de se lancer dans la compétition, ou à celle d’un acteur qui attend dans les loges son entrée sur scène.
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Il s’agit de laisser son propre univers déborder de soi, envahir le réel, permettre à l’imagination de s’emparer de vous. Quand on évoque un spectateur ou un lecteur, on parle de « suspension volontaire de l’incrédulité », willing suspension of disbelief en VO, expression inventée par le poète Coleridge en 1817. Ce concept très prisé, entre autres, par les études littéraires, pourrait également s’appliquer à l’artiste lui-même : créer demande un certain lâcher-prise, une vulnérabilité volontaire et même induite. L’acte artistique exige une forme d’abandon. Il faut cesser de penser à soi, museler les doutes, les angoisses, en somme les pensées parasites, un peu de la même manière qu’au moment du coucher, lorsqu’on cherche le sommeil. On doit cesser de s’attacher au réel et à la quotidienneté pour se laisser glisser dans un entre-deux capable de laisser apparaître la silhouette des rêves. À nous, ensuite, de leur donner forme.

Pour en finir avec l’inspiration

Ceci m’amène à ce dernier sujet largement débattu ces dernières années, et mon avis n’a rien de particulièrement original. L’inspiration, dans une certaine mesure, existe. Parce qu’elle se présente comme une expérience intime et subjective. L’erreur est plutôt de croire qu’elle agit en tant que puissance extérieure indépendante du psychisme. À mon avis, l’inspiration est surtout la meilleure et la plus incroyable preuve du travail prodigieux de l’inconscient. Être inspiré, cela revient à dire qu’on est en état de synthétiser, à travers une forme qui nous est propre, les données proprement colossales que nous avons accumulées sur une période de temps donnée. C’est aussi pour cette raison qu’il est vain d’espérer atteindre le sublime, là, tout de suite. La création demande une patience qu’il est impossible d’imaginer quand on se trouve face à une œuvre bouleversante. Cette œuvre nous donne cette incroyable impression de spontanéité, comme si elle avait jailli subitement ex nihilo. Rien n’est plus faux, et plus on s’habitue à cette idée, mieux on crée.

[Pour ceux qui n’auraient pas tilté sur les images, je vous invite à découvrir d’urgence la série Community, avec son humour absurde, son amour la pop-culture, sa surprenante profondeur, et son personnage le plus créatif, Abed ;)]

En guise de conclusion

Je vous propose de terminer par un catalogue très personnel des trucs qui en ce moment, m’inspirent.

Musique : On ne se lasse pas des bonnes choses.

Séries télé : Avec Orange Is the New Black, plongée drôle, usante, captivante et déprimante dans l’univers carcéral féminin. (perso je n’avais pas aimé la bande-annonce, alors je vous renvoie plutôt à la chronique de Nat & Alice, mes Youtubeuses préférées :))

Jeux vidéo : Mass Effect 3, la grosse claque vidéoludique de cet automne. Je n’ai tout simplement jamais rencontré une telle intensité épique et tragique. Et jamais je n’ai joué à un jeu aussi immersif. Je sais, il paraît que la fin… Mais je n’en suis pas encore là. Je suis définitivement une fan absolue de BioWare. Pour toujours. Je serais capable de me faire tatouer le nom de la boîte au creux des reins. Presque.

 

Et vous, qu’est-ce qui vous inspire ? Que faites-vous face à la page blanche ?

Du nouveau à venir !

Je souhaite par la présente vous informer du nouveau qui va débarquer dans les prochains jours sur mon blog !

D’abord, un design revu et corrigé par Nathalie, avec lequel on devrait notamment ne plus avoir de soucis d’affichage, de manière à rendre le site agréablement lisible par tous les écrans.

Ensuite, j’ai l’intention de reprendre avec assiduité la catégorie Ustensiles de style, qui est une rubrique consacrée à l’écriture et à toutes les questions qu’elle soulève, en y apportant des réponses issues de ma propre expérience. L’article à venir sera consacré à la question épineuse de la page blanche.

Enfin, l’apparition d’une nouvelle catégorie intitulée Creepy Nights, dans laquelle je propose de parler de mon genre favori, l’épouvante, dans la fiction en général. Chroniques et réflexions diverses sur le genre sont à prévoir.

J’espère que ça vous plaira, rendez-vous très vite !

Travailler à domicile

Dans le même esprit que mon billet sur l’écriture, aujourd’hui j’aimerais parler du travail à domicile. Les avantages, les inconvénients, les difficultés rencontrées… Bref, une nouvelle fois, partager mon expérience sur le sujet !

L’organisation de la journée et les joies de l’improvisation

Les avantages du travail à la maison sont nombreux : personne ne fait les frais de votre mauvaise humeur le matin, vous pouvez travailler en pyjama, pas de patron pour vous surveiller… Quand on aime son chez-soi, on est heureux !
Mais pour moi, il y a un autre avantage de taille : pouvoir improviser. Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’avoir envie d’aller me balader en plein milieu de la journée : je l’ai fait sans me poser de questions ! Car en ce qui concerne l’organisation de l’emploi du temps, je fais tout simplement ce que je veux. Avoir la possibilité de s’échapper, à presque n’importe quel moment, pour aller respirer l’air de la forêt et écouter la rivière s’écouler sans rien faire, à mes yeux, ça n’a pas de prix.
Cela dit, je ne suis pas un oiseau de nuit, je préfère les horaires « normaux ». Alors les heures non travaillées parce que je n’avais pas envie ou que j’avais autre chose à faire, je ne les reporte pas le soir, mais le week-end, ou le lendemain matin en commençant un peu plus tôt. Comme chacun sait, le travailleur indépendant est soumis à des lois extérieures, et doit parfois faire face à plusieurs semaines de chômage technique. Mais quand il y a du travail, je bosse en général six jours sur sept, et parfois sept jours sur sept. Je préfère travailler un peu tous les jours que beaucoup sur peu de jours. Comme je vis seule, ma pause-déjeuner se réduit au strict minimum, ce qui me fait gagner du temps. Je ne mange pas mal pour autant : ma technique, c’est de cuisiner plusieurs fois par semaine des plats prévus pour plusieurs repas.

Maintenir sa concentration

À la maison, c’est encore plus facile de se laisser distraire par les sirènes d’Internet, et notamment, dans mon cas, de Youtube… Paradoxalement, c’est de Youtube dont je me sers pour m’aider à me concentrer. Il y a peu, mon cher et tendre m’a fait découvrir quelque chose qui a changé ma vie : l’ambient noise. Je ne dis pas que ça marche pour tout le monde ! Mais pour moi, c’est magique. Les ambiances de vaisseaux spatiaux sont idéales, je trouve qu’elles ont un côté rassurant et enveloppant. Avoir l’impression de travailler à bord de l’Entreprise ou du Normandy, je vous assure, c’est chouette !

Sinon, il paraît que certains sont fascinés par le pouvoir du logiciel Focus@will, qui proposent différentes musiques d’ambiance censées s’accorder avec nos ondes cérébrales. J’ai essayé, mais je préfère l’ambiance du pont du Normandy… On est geek, ou on ne l’est pas ! 😉

L’isolement

Un réel danger guette les travailleurs indépendants, c’est l’isolement. Certaines personnes, dont je fais partie, aiment être seules et se passent plutôt bien de la compagnie des autres. Mais cela ne signifie pas qu’on est prêt à affronter la solide entière et totale. On a toujours besoin des autres. De nos amis proches aux simples connaissances, en passant par un bref échange de mots avec d’illustres inconnus, on a toujours besoin de contact humain. Quand on n’en bénéficie pas ou très peu pendant de longues périodes, on a tendance à se replier sur soi et à développer toutes sortes de pensées négatives. On tombe très vite dans un cercle vicieux. En effet, quand on n’a que soi dans sa vie, on devient auto-centré et cela entraîne toutes sortes de conséquences néfastes : on se met à exagérer les choses, on devient un peu parano, et surtout, on est putain de triste. C’est pourquoi certains travailleurs indépendants décident de louer des locaux pour travailler en compagnie d’autres freelance, histoire d’être dans la même pièce et d’avoir des gens avec qui discuter pendant la pause café, et aussi pour pouvoir s’entraider directement, au lieu de passer par les forums, réseaux sociaux ou mailing lists.
Pour ma part, j’entretiens des contacts virtuels avec des collègues et des amis, et j’ai changé de ville pour habiter plus près de ma sœur et de son compagnon, et pouvoir ainsi les voir plus souvent !

Faire face aux angoisses

Être travailleur indépendant, c’est accepter un rythme de travail pour le moins fluctuant et, comme j’y faisais allusion plus haut, à l’absence de travail. On est toujours dans l’incertitude, et quand on débute, c’est encore pire. Il faut du temps pour se constituer une petite réputation, et il faut être prêt à se battre sur une longue durée pour se constituer un portfolio digne de ce nom. Comment démarrer dans la traduction quand on n’a jamais rien traduit ? La plupart du temps, c’est un petit coup de pouce que quelqu’un vous donne. Ou un coup de chance. En rédaction, j’ai répondu à une annonce, et ça a fonctionné. Aujourd’hui, cette activité ne me rapporte pas suffisamment et je suis donc à la recherche d’une autre agence pour augmenter mon activité. Deux ans d’expérience, ça permet de donner quelque chose, une certaine garantie. Je ne sais pas si ça aidera, mais c’est en tout cas nettement plus facile d’écrire mes lettres de motivation que ça ne l’était au début, quand je n’avais pour moi que mes diplômes. Car de nos jours, les diplômes, c’est bien beau, mais les recruteurs ne jurent que par l’expérience… Or, la possibilité de faire des stages reste assez limitée par la durée de nos études et la place qu’elles y laissent. Pour ma part, une fois sortie du système éducatif, il était hors de question que je continue à faire des stages, plus ou moins légaux d’ailleurs. Mais je dois avouer avoir été plutôt surprise par l’hostilité du monde du travail. Tous ceux qui ont accumulé les refus polis – ou les postulations demeurées sans réponse – voient sans doute très bien ce que je veux dire. Je pensais avec une certaine naïveté que ma licence et mes deux masters seraient un atout… Cela fait deux ans et demi que je suis officiellement dans la vie active, et je ne suis plus du tout sûre que cela soit vraiment le cas. Soit on demande des gens hyper-spécialisés, soit il faut deux ans d’expérience dans le poste convoité. Et encore, on est mis en compétition avec tellement d’autres personnes que cela peut parfois sembler sans espoir !

En conclusion…

Être travailleur indépendant, ça tient à la fois du paradis et de l’enfer. Il faut impérativement aimer la solitude, savoir un minimum s’auto-réguler, et ne pas être trop inquiet de nature. Et avec les conditions du marché du travail actuel, la concurrence est rude, trop rude. D’un autre côté, c’est amusant, cela offre beaucoup de liberté, et c’est très pratique. Et confortable.
Mais quelles que soient vos conditions de travail…

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