Archive mensuelles: février 2016

Nourritures spirituelles de février

Quand j’ai commencé à travailler en indépendant à l’obtention de mon diplôme en 2013, je savais que ce genre de moment finirait par arriver. Mais il a fallu deux ans et demi pour y parvenir : jusqu’à la fin de mois, j’ai du travail par-dessus la tête. Je rédige une demi-douzaine de pages tous les jours, partageant mon temps de cerveau disponible entre les conseils beauté (l’huile de ricin est la meilleure alliée pour vos cheveux) et les fiches de révision à l’intention des lycéens paniqués qui n’ont pas lu Balzac, Montesquieu ou Céline à quelques mois des examens de fin d’année.

Peu désireuse de sombrer pour autant dans une routine où j’arrête de travailler à 18h, je m’ouvre une bière et me pose devant The L World jusqu’à l’heure du dîner, après quoi je disparais sous ma couette et pour bouquiner quelques heures, j’ai décidé de rédiger un petit billet pour partager avec vous les trucs du moment.

Et en ce moment, je regarde la nouvelle saison d’X-Files. Peu adepte des réseaux sociaux et assez sélective sur l’actualité, j’avoue ne pas savoir comment ce début de saison a été reçu par les fans et les newbies. Pour ma part, j’ai tout de suite adhéré. La série parvient à redémarrer avec un naturel déconcertant, tout en s’inscrivant dans la tradition. Le générique n’a pas été changé, on retrouve nos deux agents vieillis, un peu tristes, mais ils n’ont rien perdu de leur sens de l’humour. Le premier épisode démarre très fort en reprenant la trame complotiste de X-Files remise au goût du jour, avec les angoisses et les problématiques de notre époque. Il suggère un scénario plutôt complexe et plutôt casse-gueule, j’espère donc ne pas être déçue… J’ai regardé le quatrième épisode tout à l’heure, et c’est du pur X-Files, et c’est toujours aussi bon.

Côté bouquin, j’ai terminé il y a peu le deuxième tome de la série Martyrs d’Olivier Peru, qui m’a charmée tout autant que le premier malgré un petit essoufflement sur la première partie du livre. Le livre raconte l’histoire de deux frères issus d’une race de guerriers, les Arserkers, qui ont la particularité de voir la nuit grâce à leurs yeux dorés, et de ne pas avoir d’égal sur un champ de bataille. Mais les temps ont bien changé à l’époque où commence le livre, et les Arserkers sont presque éteints. Pour gagner leur vie, Helbrand et son frère Irmine opèrent en tant qu’assassins. Mais, évidemment, leur petite histoire va se mêler à la grande, et leurs actes auront une répercussion sur le royaume, en pleine transition et à la veille d’une guerre civile. Olivier Peru a un véritable don pour la narration, et je me suis laissée embarquer au fil des 650 pages sans regret. Un troisième tome est à prévoir, je l’attends de pied ferme.

olivier_peru_martyrsDepuis trois jours, j’ai entamé Le Vide, de Patrick Senécal, après avoir été convaincue par la chronique sur le blog d’Yvan, Émotions Littéraires. Et je ne suis pas déçue ! La jaquette proclame fièrement que le roman a été « la claque littéraire de ces dernières années » pour Franck Thilliez, et cela ne m’étonne pas du tout. Le Vide est un livre vertigineux, où l’angoisse existentielle atteint son paroxysme. On y éprouve une sensation de malaise tout en étant aspiré par l’histoire contée au fil des chapitres qui se succèdent dans le désordre, mais selon une implacable logique narrative.

patrick_senécal_le_vide

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Je profite de ce billet pour évoquer un film que j’ai vu il y a quelques semaines, juste avant la mort d’Alan Rickman. Il s’agit du film qu’il a réalisé, Les Jardins du roi (A Little Chaos). Alan Rickman y campe le rôle d’un Louis XIV plutôt attachant, aux côtés de Mathias Schoenaerts dans le rôle de Le Nôtre, et Kate Winslet dans celui de Sabine De Barra. Le film est assez anecdotique dans son contenu : c’est l’histoire de Sabine, qui parvient à se faire embaucher par Le Nôtre pour concevoir le bosquet des Rocailles dans les nouveaux jardins de Versailles. Mais que l’histoire tienne en quelques lignes, ça n’a pas vraiment d’importance. Le film capture un moment dans le temps, dans la vie des différents personnages, avec beaucoup de subtilité et une grande justesse dans le ton et le jeu des acteurs. Ce film n’a rien d’extraordinaire, mais il est… apaisant. Simple et beau.

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Je n’ai pas grand-chose à vous dire concernant la musique, que je n’explore pas en ce moment. Cependant, il y a peu, mon compagnon m’a fait découvrir ce groupe que je vous invite à écouter en ne faisant rien, les yeux dans le vide. On a peu de groupes comme Aquilus, avec des morceaux construits de mille nuances, qui invitent à se perdre en soi-même dans une longue contemplation sans but.

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Sinon, en vrac, j’ai écouté La Tête au carré avec Mathieu Ricard, moine bouddhiste, et Christophe André, psychiatre, sur le thème de la sagesse. J’ai regardé l’intéressant documentaire de Dirtybiology sur l’origine de la richesse. J’ai secoué la tête de dépit plusieurs fois cette semaine en lisant des articles de presse, et notamment cet article du Monde qui raconte comment le conseil régional a retiré sa ridicule subvention de 20 000 euros au Hellfest. En ce moment, j’ai l’impression que tout le monde en France vit dans un univers hermétiquement fermé et que chaque couche de la société ne comprend absolument rien à toutes les autres. Et le pire, c’est que personne ne cherche à comprendre. On préfère apparemment cette cacophonie ridicule alimentée à coup de tweets incendiaires. L’indignation est devenue une espèce de norme étrange, et les réseaux sociaux une arène où les combattants ne cherchent qu’à prouver la supériorité de leur morale (la seule, bien entendu, valable. Le moindre écart à la Morale vous conduira tout droit à la géhenne où brûlent tous ceux qui ont vu leur réputation détruite par le web en quelques heures). À ce sujet, je vous invite à lire cette intéressante analyse-et-je-suis-complètement-objective-en-disant-cela sur le blog de mon compagnon.

[Ustensiles de style] Ce que j’écoute quand j’écris

Traversant un coup de fatigue hivernal (j’ai deux moments difficiles dans l’année : en plein été, et en plein hiver), je suis en retard sur la parution prévue des nouvelles de Henry S. Whitehead, et ma créativité est en berne.
Je me suis donc dit que comme parler des choses est souvent un bon moyen de les invoquer, j’allais consacrer ce billet à la créativité, à sa définition, à la façon dont elle se manifeste et comment la stimuler. On peut lire ce billet comme une sorte de suite au message consacré à la page blanche, mais cette fois l’angle est moins général et plus personnel.

La musique et l’écriture

Certaine personnes préfèrent le silence, considérant la musique comme une distraction. Pour ma part, elle agit comme un catalyseur. Elle m’aide à penser, à imaginer, à exprimer. C’est simple : je n’écris jamais en silence. Par contre, j’écoute peu de musique à texte, ou avec un texte que je ne discerne guère parce qu’il est hurlé : la voix devient alors un simple instrument de musique, indépendante des mots qu’elle prononce. Il m’arrive aussi d’écouter des chansons dont je comprends les textes, mais je dirais que cela arrive plus en phase de préparation. Ce que je nomme « phase de préparation », ce sont tous ces moments passés les yeux dans le vide à rêvasser, eh oui, je trouve cela capital pour pouvoir entrer dans la phase écriture. Si je me sens particulièrement déprimée, j’écoute cela :

Et pour tous les états d’esprit possibles et imaginables, j’écoute les invocations chamaniques de Jim Morrison :

La musique que j’écoute en phase d’inspiration

Quand je me sens créative, j’ai l’esprit en ébullition. C’est comme si ma pensée s’accélérait. Je me vois un peu (en beaucoup moins intelligente, cela va sans dire) comme Sherlock Holmes quand il résout une enquête dans la série avec Benedict Cumberbach, avec un univers mental foisonnant où une chose en entraîne une autre, où les liens se font et se défont avec une étonnante rapidité. C’est là où mon esprit de synthèse donne tout ce qu’il a, et où je dois parfois réfréner mon lyrisme naturel pour éviter d’écrire des tartines grandiloquentes dans une sorte de pastiche de Victoir Hugo. Mais quand je me sens ainsi, j’écoute des musiques intenses, violentes, tragiques, ou épiques. L’important, c’est qu’elles portent le sentiment de puissance qui m’habite alors.

Le black metal me semble particulièrement approprié pour servir ce sentiment de puissance. Quand j’écoute cela, je me vois bien éclater d’un rire diabolique au sommet d’une falaise battue par les flots en conjurant les plus noirs pouvoirs pour anéantir les flottes ennemies en approche (oui, oui, tout ça !)

Si je suis très très énervée et que la rage est le principal sentiment qui m’habite, je le sublime et l’exacerbe avec de la dark electro.

Si je suis en plein souffle épique et que j’ai envie de belles actions et de scène héroïques, je me tourne vers les bandes originales de films et de jeux vidéo :

La musique pour écrire bien, et longtemps

Mais la créativité ne passe pas seulement par des phases d’effervescence comme je l’ai décrit plus haut. Il faut aussi savoir canaliser son ressenti, et se concentrer. Pour cela, je compte beaucoup sur la musique. Il existe des musiques capables de m’apaiser tout en favorisant la concentration, et qui comportent tout de même la dimension émotionnelle et onirique dont j’ai besoin pour me fondre dans mon propre imaginaire. Voici le top 3 de ce que j’écoute pour écrire calmement mais sûrement :

Et vous, comment la musique vous accompagne-t-elle quand vous avez besoin d’être créatifs ? (que ce soit pour l’écriture, ou autre chose !)