Archive mensuelles: janvier 2016

[Des nouvelles de R’lyeh] Henry S. Whitehead

En guise d’amuse-bouche, une semaine avant la parution du troisième volume de la collection Trois heures du matin consacré à des nouvelles de Henry S. Whitehead, je vous propose de découvrir l’analyse de Sean Eaton, spécialiste de Lovecraft, sur deux des nouvelles que je proposerai dans mon livre numérique. Afin de préserver le plaisir de lecture pour ceux qui voudraient lire les textes de Whitehead, je n’ai pas traduit les passages qui donnent des informations sur l’intrigue. Bonne lecture !

Les articles originaux :

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Passing of a God

passing of a god

 

H.P. Lovecraft considérait La Mort d’un dieu (1931) comme représentant « peut-être l’apogée de son génie créatif. » L’histoire implique de nombreux thèmes qui préoccupaient Whitehead, notamment la rencontre avec des croyances liées au surnaturel et une culture étrangère : le vaudou. En 1931, Whitehead a publié six récits. Presque tous abordaient le sujet des pratiques vaudou. La Mort d’un dieu est paru dans l’édition de janvier de Weird Tales, et Whitehead termina l’année en novembre, avec Cassius, publié dans Strange Tales. Ce dernier récit a fait l’objet d’une analyse dans le premier article de la série.

Gerald Canevin est à nouveau le narrateur, comme dans de nombreuses histoires de Whitehead. Il occupe une position similaire à celle de Randolph Carter chez Lovecraft, ainsi que John Astane chez Clark Ashton Smith, et tous les « John » (Kirowan, Conrad ou O’Donnel) dans quelques-unes des histoires d’épouvante de Robert E. Howard. Il constitue un simple spectateur intéressé, qui reconstitue les pièces du puzzle pour le lecteur et observe les terribles événements qui mènent à la conclusion. (Selon une source, « Canevin » serait dérivé de « Cærnavon », le nom ancestral de la famille de Whitehead.)

La majeure partie du récit consiste en une conversation entre Canevin et son ami le docteur Pelletier, « du corps médical de la marine, à présent stationnée dans les îles Vierges ». Mais quelle conversation ! Comme dans Cassius, Canevin doit encourager son ami à plusieurs reprises pour qu’il livre toute l’histoire, impatient comme l’est sans doute le lecteur d’en entendre davantage. Mais Pelletier se montre étrangement hésitant. Dans des termes froids et cliniques, le docteur commence à décrire ce qu’il a trouvé lors d’une opération chirurgicale réalisée sur un gentleman nommé Carswell. La juxtaposition de la conversation rationnelle avec la découverte de la bizarrerie du récit amplifie l’horreur.

L’objectif de l’opération – décrite avec un luxe de détails visuels écœurants – est de retirer une grosse tumeur, apparemment bénigne, du ventre du gentleman. Pelletier introduit son récit avec une théorie sur la nature du cancer :

« …quelqu’un a proposé il y a quelques années une hypothèse assez “folle” pour expliquer l’origine des tumeurs malignes. Cette théorie n’a pas vraiment fait l’unanimité au sein de la profession médicale, mais elle avait au moins le mérite de l’originalité – et elle était nouvelle. Elle bénéficie donc d’un certain crédit et d’aucuns y croient toujours, qu’ils appartiennent ou non à la profession. Elle prétend qu’il existe certains nuclei, ou certaines masses, pour ainsi dire, formées au stade prénatal et qui persistent par la suite. Ce n’est pas un phénomène commun, vous comprenez, mais qui se produit dans certains cas chez les personnes prédisposées à cette horrible maladie. Au stade prénatal, ces amas de tissu ne se développent pas complètement, ou pas normalement. Pour être clair, il s’agit de petites structures corporelles qui ne se sont pas développées. »

Mais il y a plus. Carswell, qui a monté un commerce et vécu en Haïti, est devenu avec le temps un fin connaisseur d’une branche locale du vaudou, qui implique le culte du serpent. Cependant, à l’occasion d’une remarque qui trahit la xénophobie et le chauvinisme américain de la fin des années 20, Carswell déclare :

« Je suis Américain, comme vous. Même après sept ans passés dans les marais, à chasser des canards la majeure partie du temps, sans aucune activité ou habitude me rappelant ma culture blanche pendant un bon paquet d’années, je ne me suis pas “naturalisé” ou quoi que ce soit dans le genre. Je ne voudrais pas que vous pensiez que je suis l’un de ces fainéants. »

Sauf que Carswell s’est, de fait, naturalisé – une inquiétude récurrente chez les représentants des puissances coloniales ou impérialistes qui vivent et interagissent avec les natifs. Il devient un personnage familier et populaire auprès des habitants, et surtout après un étrange incident durant lequel il s’évanouit dans son jardin. Lorsqu’il s’éveille, il se retrouve bardé d’anneaux et de colliers, et est devenu l’objet de la vénération d’une sorte de cérémonie religieuse dont le sens lui échappe. Plus dérangeant encore, une excroissance abdominale – un cancer, selon le diagnostic délivré sept ans plus tôt – a recommencé à grandir, bien que le phénomène ne provoque aucun inconfort.

La Mort d’un dieu constitue une métaphore des dangers de l’intégration raciale et culturelle, dangers qui devaient être nombreux à cette époque. (Voir aussi The Shadow of the Beast, de Robert E. Howard, analysée dans A Racist Nightmare). Il s’agit d’une image frappante : un homme blanc imprégné dans son essence par un symbole des croyances religieuses d’une autre culture. Et plus encore, cette maladie, portée en lui pendant des années et qui aurait pu le tuer, se transforme en une chose vivante, indépendante, qui croît en lui. Le changement peut se révéler terrifiant, et plus encore lorsqu’il provient de l’intérieur.

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Jumbee

Jumbee

Henry S. Whitehead était un ami et un correspondant de H.P. Lovecraft. Avant de déménager à Dunedin en Floride – où Lovecraft est venu lui rendre visite –, il occupait un poste de diacre épiscopal dans une paroisse des Îles Vierges. Plusieurs de ses nouvelles s’y déroulent et impliquent généralement la rencontre avec la culture vaudou.

La plupart du temps, les nouvelles de Whitehead sont bien écrites, sans grandiloquence, et montrent une maîtrise du dialogue et de la structure de la narration plutôt bonne par rapport à d’autres auteurs pulp de la même époque. L’un des enjeux récurrents chez Whitehead est le danger de la fraternisation avec la population indigène des îles : des hommes blancs qui se « naturalisent ».

Jumbee a été publié pour la première fois dans Weird Tales en 1926. Ce numéro contenait d’autres nouvelles, notamment He de H.P. Lovecraft, et la novella d’Edmond Hamilton, Across Space. Il s’agit de l’un des premiers récits de Whitehead sur le vaudou.

Dans Jumbee, « Mr Granville Lee, un Virginien pure souche », c’est-à-dire un fils de la Confédération, consulte un certain Jaffray Da Silva à propos des légendes et pratiques magiques locales. Il désire notamment en savoir plus sur les « jumbees », ces esprits hostiles qui poursuivent les actions malveillantes d’une mauvaise personne après sa mort. Dans l’espoir de guérir de son exposition au gaz moutarde durant la Grande Guerre encore récente, Lee est venu passer l’hiver à Ste Croix.

Da Silva accède à la demande de Lee en lui faisant le récit des événements qui entourent la mort de son ami Hilmar Ivsersen. Lui et Iversen ont passé un pacte : « Celui qui partirait en premier devait tenter d’avertir l’autre ».

Whitehead se sert de son narrateur pour montrer sa connaissance du système religieux local, et sa tendresse pour ses croyances. Celles-ci sont soigneusement décrites par l’auteur, qui parvient à créer ici et là une sensation d’horreur exotique. L’effet est similaire dans le ton à celui de Manly Wade Welleman dans son inventaire des « choses-qui-bondissent-dans-la-nuit » du folklore des Appalaches dans son récit The Desrick on Yandro (1952). Da Silva et son auditeur enthousiaste tiennent pour acquis le fait que tous les éléments qui concernent les Jumbees sont vrais, et aisément observables.

Le portrait que Whitehead fait de son narrateur, Jaffray Da Silva, est intéressant. Au début de l’histoire, il présente à son lecteur une remarquable explication des divisions raciales :

« Mr Jaffray Da Silva possédait un huitième de sang africain. C’était par conséquent, selon les usages de l’île, un homme “de couleur”. Dans les Antilles, ce statut n’a rien à voir avec celui de “Noir”. Mr Da Silva avait reçu une éducation à la mode européenne. Chacun de ses mots et de ses gestes reflétait ses racines du Vieux Continent. Selon les règles et la coutume antillaises, Mr Da Silva était un gentleman de couleur, un statut social aussi net et précis qu’une miniature.
Les Antilles sont abondamment peuplées de personnes comme Mr Da Silva. Bien que différent de celui des gentlemans de couleur en Amérique du Nord, ce statut comporte tout de même certains avantages, dont celui de la logique. Pour un esprit antillais, un homme appartenant à l’élite aux sept huitièmes, même sans les armoiries, doit être traité de la manière qui convient. »

Un peu plus loin, Whitehead relate cette interaction entre Lee, le gentleman sudiste, et Da Silva : « Je vous en prie, continuez, monsieur », pressa Mr Lee, sans s’apercevoir qu’il venait d’utiliser un mot qu’on réservait aux gentlemans de pur sang caucasien dans son Sud natal. »

À quoi assiste-t-on ici ? Whiteman met en scène un homme d’ascendance africaine pour raconter son histoire – c’est Da Silva l’expert – et analyse avec soin ses origines raciales. Le cœur du récit se situe dans l’accomplissement d’une promesse entre cet homme et un ami blanc. Enfin, Whitehead fait dire « monsieur » à son Confédéré lorsque celui-ci s’adresse à Da Silva. Le lecteur moderne peut grimacer devant les préjugés implicites présentés avec nonchalance dans cette histoire, et s’interroger sur cette pseudoscience qui prétend catégoriser les gens à un huitième près de leur lignée sanguine. Que ces idées aient été populaires et largement acceptées à l’époque de Whitehead est un maigre réconfort pour ceux dont les ancêtres ont été opprimés au nom de tels préjugés.

Et pourtant, à la différence de Lovecraft dont les préjugés raciaux et ethniques étaient irrationnels et irréfléchis (et n’avaient substantiellement pas changé à la fin de sa vie), Whitehead fait preuve d’un racisme plus timide, et de davantage de sensibilité à la nuance et aux relations paradoxales entre les Anglo-Saxons et les gens d’ascendance africaine. On est encore loin des droits civiques et de l’éducation à la diversité, mais cette attitude dénote les prémisses des changements de mentalité dans l’Amérique du milieu des années 20.

Kawaii !

Quand j’ai eu l’idée de ce billet, je me suis rappelé une émission de France Inter (oui, encore !) que j’avais écoutée il y a bien… deux ans, je pense ! Après vérification, je m’aperçois que c’était il y a quatre ans. Étrange comme Internet, et Google dans son rôle de Passeur non pas de l’Achéron, mais du flux éternel de l’information, nous servent parfois de mémoire… Bref, malheureusement l’émission n’est plus disponible (existe-t-il des archives consultables ? Je trouve dommage de perdre tout ce savoir.). Je vous mets quand même le lien vers le descriptif de l’émission : http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-le-lien-qui-nous-rattache-aux-autres-2
En tout cas, le thème était le « kawaii ». Je ne me suis jamais spécialement intéressée à la question, mais j’avais aimé l’émission (apparemment assez pour m’en souvenir quatre ans après !). Et j’y reviens tout simplement parce que j’ai passé une partie de l’après-midi à regarder les aventures des héros de la série Dragons. Il y a tout juste quelques jours en effet, Netflix nous a proposé la saison 2 de la série dérivée des films How to train your dragon. J’éprouve un plaisir intense à regarder cette série, alors la nouvelle m’a mis en joie, tout comme les épisodes que j’ai commencé à regarder.
Et ceci en premier lieu parce que je ne me lasse pas de Ruff and Tuff, les jumeaux qui ont dédié leur vie au dieu du chaos et des mauvaises blagues : Loki !

rufftuff

La série Dragons: Race to the Edge, recommandez-la à vos enfants ! Elle est très éducative, et par des moyens détournés, enseigne des notions d’écologie en montrant comment différentes espèces dépendent des unes et des autres pour leur survie. Et pour vous, les adultes, Ruff et Tuff vous apporteront cette touche délurée d’absurdité dont vous aurez besoin pour survivre à la dose obligatoire de bons sentiments nécessaire au succès d’une série tous publics.
Et bien sûr, je dois bien avouer que je fais partie des innombrables fans de Croquemou/Toothless, une Furie Nocturne adorable qui, comme tous les propriétaires de félins, me rappelle mon chat (décédé, pour le coup).

 

toothless
Avec mon compagnon, nous nous battons depuis un moment pour savoir quelle créature est la plus mignonne de l’univers, et même si je plébiscite son choix, je reste fidèle à Croquemou.
Son choix :

wall-e

Ces adorables créations se disputent la première place sur l’échelle du kawaii avec une autre créature qui me rappelle mon chat (et ses terribles instincts de destruction) :

stitch
Stitch, du dessin animé de Disney Lilo et Stitch, pour ceux qui ne suivent pas. Je vous défie de ne pas fondre comme un morceau de sucre dans une poêle en entendant ce petit monstre bleu déclarer : « Je suis perdu. ». Et puis quand je pense à Stitch, je le revois toujours se mettre en boule et se mettre à rouler à toute vitesse… (en plus il fait un bruit de boule de bowling… enfin, faut le voir, quoi :)

Les chats en tant que chats ne sont pas en reste dans le domaine du kawaii. Voyez plutôt :

kiki
« Regarde, Kiki, c’est moi ! » (dans Kiki la petite sorcière, de Miyazaki)

Il y a aussi Mimi, le chat de Voyage vers Agartha (un animé magnifique, d’une poésie incroyable, teinté de mélancolie… Si vous ne l’avez pas vu, je vous le recommande très vivement) :

mimi

En restant dans les animés japonais, je suis assez fan de Calcifer, l’esprit du feu dans Le Château Ambulant, l’un de mes Miyazaki préférés :

calcifer

Quelques candidats humains peuvent cependant concurrencer ces créatures animées mignonnes à se damner :

petite_fille_pacific_rim
Quoique vous pensiez de Pacific Rim, cette petite fille au manteau bleu, je l’aurais adoptée direct, même si je ne veux pas d’enfants !

Elle devance de pas très loin cette petite fille :
Lucy - Narnia

C’est Lucy, dans Le Monde Narnia, la digne héritière d’une certaine Alice… Sa curiosité la pousse à explorer une armoire. Je me souviens toujours de cette scène dans le livre : elle avance dans le noir, les bras tendus, elle repousse des rangées de manteau et commence à trouver étrange de ne pas rencontrer le fond quand tout à coup, elle entend la neige craquer sous ses pas… Peu de temps après, elle voit briller une lanterne au loin, et la voilà passée dans le royaume de la Sorcière Blanche. L’un de mes plus grands moments littéraires :)

Bon, il ne peut pas y en avoir que pour les petites filles, ce serait injuste, quand même. Alors le petit garçon le plus craquant du cinéma, pour moi, c’est lui :

Harry Potter

Je vous mets au défi de ne pas pousser des « ohhh » d’adoration en entendant ce petit garçon joufflu aux grosses lunettes rondes s’exclamer « J’adore la magie ! » avec des étoiles plein les yeux. Et vu la teigne qu’il devient ado, je pense avoir une idée de la désillusion que doivent vivre les parents en voyant grandir leurs enfants 😉

Je ne crois pas vraiment à l’existence d’un instinct maternel, surtout parce que cet instinct me semble surtout un bon prétexte pour confier la charge des enfants aux femmes : c’est comme le ménage et la vaisselle, c’est naturel ! Par contre, et comme le montrait l’émission de France Inter, les adultes ont une attitude de protection instinctive envers tout ce qui leur apparaît comme immature. Comme vous le savez sans doute, les petits mammifères ont des caractéristiques communes : grands yeux, petit nez, bouille ronde. Et il y a plus. D’après une étude citée dans l’émission de France Inter et résumée ici, regarder des trucs mignons aident à se concentrer et à être plus attentif à son environnement. Raison de plus pour se refaire l’intégrale de Disney et Pixar, non ?

Et vous, vous êtes-vous déjà sentis réduits à l’état de marshmallow fondu à la vue d’un personnage de fiction ?

Allez… Je vous laisse avec un petit bonus !

De l’art d’être absent

Beaucoup de gens se plaignent de ne pas avoir le temps, d’être trop sollicité, et de ne plus parvenir à se passer de leurs échanges en ligne. Je suis d’ailleurs étonnée de leur addiction aux réseaux sociaux, de leurs multiples abonnements, de leurs systèmes de notifications qui les abreuvent d’informations toute la journée.

Être absent est parfois une nécessité, parfois ce sont des vacances que l’on s’accorde et qui ont le goût délicieux de l’interdit, comme à l’époque où on séchait les cours. Pour moi, c’est au fil du temps devenu un art de vivre que j’ai un peu trop bien cultivé.

J’adore être absente. Indisponible, déconnectée, endormie. Le silence est la meilleure de mes couvertures. Bien évidemment, je ne le suis que dans la mesure où ma vie professionnelle me l’autorise. Mais c’est l’une des choses que j’ai envie de changer en 2016. Je ne vais pas être super présente et super communicative d’un coup de baguette magique, ce n’est pas dans ma nature, de toute façon. Et je crois qu’il est vain de lutter contre sa nature, car chassez le naturel… vous connaissez la suite.

En fait, quand on est absent, on s’exile de sa propre vie, ainsi que de celle des autres. C’est comme dormir. On est plus léger. Sans attaches. On oublie facilement. Les événements et la vie quotidienne glissent sur vous comme l’eau sur les plumes d’un canard (étrange comparaison, certes, mais elle me semble bien décrire le phénomène !).

Le chômage, les difficultés relationnelles et sentimentales, l’isolement progressif renforcent peu à peu le plaisir que l’on a à être absent, jusqu’à ce qu’on soit pris à son propre piège : à force d’ignorer le reste du monde, on finit aussi pour s’ignorer soi-même, et notre propre vie nous apparaît comme un événement extérieur sur lequel nous n’avons aucune emprise, et dans lequel nous n’avons aucun rôle à jouer.

Alors, peut-être qu’au final, je ne maîtrise pas cet art subtil si bien que cela. S’esquiver, prendre du temps pour soi, préserver sa bulle d’intimité, rester disponible pour rêvasser, s’autoriser à ne plus penser, c’est bien, et même nécessaire. Prendre la fuite, non. Alors c’est ma seule bonne résolution : cette année, je serai un peu plus présente. J’ai envie de me rendre plus disponible et d’entretenir davantage de liens, de m’enrichir au contact des autres.

Et vous, maîtrisez-vous l’art d’être absent ?

Bonne année !

2015 : le début de la fin, ou la fin d’un début ?

Un article sans queue ni tête sur les débuts et les fins, garanti sans spoilers !

Et voilà, nous sommes en 2016 ! Après une fin d’année (trop) riche en festivités qui m’ont tenue éloignée de mes préoccupations habituelles, je me demande comment ouvrir le premier post de cette année. D’autant plus que je suis en retard à force de tergiversations !
J’écris quelques trucs, jette des réflexions en vrac, me dis que je devais organiser le chaos, mais finalement, non. Les bilans sont des mosaïques d’expériences, et je ne suis pas sure que la continuité et le sens leur préexistent. Les expériences ont le sens qu’on leur donne, et je ne suis pas sure non plus de vouloir leur en donner un.

Et puis en fait, j’aime pas les bilans.

Toutes les fins sont des débuts

Cette année, finalement, j’ai assez peu écrit sur mon blog. Je me suis dispersée, j’ai voyagé à Albi et j’ai essayé de me remettre sur les rails au printemps après un hiver vraiment difficile. J’ai déménagé et changé pas mal d’habitudes de vie. Je suis venue m’installer en Côtes d’Armor et suis très vite tombée amoureuse de la région qui foisonne de recoins secrets et de vastes horizons.
Cette année a marqué la publication de mes deux premières traductions professionnelles dans le domaine de la littérature, pour l’anthologie Ténèbres et le magazine Bifrost. J’ai également lancé ma collection de livres numériques, Trois heures du matin. Je croise les doigts pour que ce ne soit qu’un début !

L’année des connaissances inutiles

Cette année, je suis devenue un Wikipédia à moi toute seule concernant la trilogie Dragon Age, mais aussi sur les astuces et tutos beauté en écrivant pour divers magazines féminins.
Si vous voulez découvrir comment traiter votre peau grasse, tout savoir sur le peeling ou comment obtenir un teint parfait, j’ai probablement des solutions à vous proposer. Je peux également m’improviser coach de couple grâce aux conseils psycho soigneusement rédigés pour cette même presse féminine. J’ai aussi acquis pas mal de connaissances de seconde main sur la littérature érotique et les grandes tendances de bouquins en écrivant des articles pour une grande enseigne culturelle qui vend aussi des aspirateurs. J’ai même écrit des tutos pour monter soi-même ses cloisons, repeindre ses vieux meubles, ou poser des moulures !

2015, l’année BioWare

Chaque fois que j’écoute cette musique, j’en ai la chair de poule. J’ai terminé 2015 comme je l’avais commencé : en jouant à Dragon Age. Après avoir terminé pour la troisième fois (à fond) DAI, j’ai ouvert le chapitre The Witcher: Wild Hunt. Je ne suis pas sure que mon cher et tendre ait eu l’idée du siècle en me l’offrant pour Noël parce que je le trouve tellement immersif que je suis devenue très vite totalement accro !
Et donc, DAI… Une fin tout simplement magistrale, le dernier mouvement d’une symphonie qui s’était essoufflée, et retrouve dans le dernier DLC, Trespasser, toute la puissance qui lui manquait, le temps d’un épilogue qui m’a angoissée à profusion, qui m’a bouleversée et qui a porté son petit lot de révélations brutales qui ont changé ma vision du monde de Dragon Age.

La musique est toujours composée par Trevor Morris, qui a souvent bossé avec Hans Zimmer sur des musiques de film, et a créé la bande originale des Tudors et de Vikings pour la télévision. Il s’est à mon sens surpassé pour ce morceau final. L’ambiance et la tonalité m’ont fait pensé à celle de ME3, dont la dernière partie m’a procuré le même genre d’émotions. Difficile de rester indifférent devant une vision d’apocalypse tout en écoutant ça :

Cette bande originale est composée par Clint Mansell, celui qui est à l’origine de la plupart des musiques des films de Darren Aronofsky.

Oui, cette année, j’ai beaucoup, beaucoup joué. J’ai fait : la trilogie Mass Effect, la trilogie Dragon Age, et The Witcher II. Sachant que j’ai recommencé plusieurs fois chacun des Dragon Age, et qu’en parallèle, j’ai joué à des jeux que j’avais déjà terminé, comme Kingdom of Amalur et Heroes VI (et j’ai entamé le VII en fin d’année). Cette année est l’année où j’ai découvert que le RPG était fait pour moi, et que j’aime aussi beaucoup faire du jeu de rôle autour d’une table, grâce aux talents de MJ de mon beauf (coucou !).

Et c’est aussi l’année où je me suis lancée dans la fan-fiction, et que j’ai même osé l’annoncer à la face du monde. Je n’ai malheureusement pas encore terminé le petit monstre de 330 pages, mais je pense savoir comment cela va se terminer, et commence à songer à mon prochain roman (qui ne sera pas une fan-fiction).

En 2016, j’écris un nouveau roman ?

Commencer quelque chose, c’est toujours excitant. Tout est neuf, tout est à faire. On n’a pas eu le temps de douter, de remettre en question, de se lasser, d’être frustré, de s’énerver. On est même presque persuadé que l’ensemble de l’immense tâche devant nous va être vécu de la même manière, tout en douceur et en légèreté. Tout en catharsis. Les idées qui fusent, les mots qui se délient sous les doigts, la musicalité de la langue qui entre en résonance harmonique avec les mécanismes les plus abscons de la pensée.
Finir quelque chose, s’accompagne parfois d’une sensation d’accomplissement, mais le plus souvent on est triste et on fait surtout l’expérience de la dépossession : dépossession de son propre vécu qui fout le camp.
Cette année, je vais faire en sorte de vivre les deux. Une fin, et un début.

Le début de 2016

D’après une démonstration du Petit Journal, nos présidents successifs disent toujours la même chose lors de leurs vœux annuels : l’année qui vient de s’écouler a été difficile. S’ensuivent des exhortations au courage et à l’espoir. Pour ma part, je n’ai pas une conscience collective suffisamment développée pour que je puisse honnêtement dire que l’année a été difficile parce que des événements tragiques s’y sont déroulés. Je ne peux faire de bilan que personnel. Pour moi, ça a été une année folle, compliquée, marquée par le changement. Une année plutôt riche, en somme.

Oui, en un sens, 2015 a été une année difficile. Toutes les années le sont. Les mêmes histoires tournent en boucle. Et pourtant, on ne se lasse pas de les raconter.
J’ai toujours été une rêveuse, et je crois que ça s’aggrave avec l’âge. Je me perds dans les histoires, dans le fantasme, dans la Fiction. Et j’en rapporte toujours quelque chose : j’en tire la fameuse matière dont je vous parlais l’autre jour dans un article sur l’écriture. J’écris mes histoires en rêvant le plus possible, un peu comme les devins et le chamans doivent se plonger en état de transe pour accéder aux visions et aux sortilèges de guérison. Pour acquérir cette lucidité qui les rend si précieux, ils doivent désapprendre le réel, ouvrir toutes les portes fermées, même celles qui sont verrouillées. Le voyage dans la fiction est toujours un voyage initiatique, un vaste songe truffé de pièges et de séductions morbides. Mais je reste convaincue que l’on en revient avec les fils qui constituent l’étoffe même du rêve. Aux conteurs de les nouer, de les tisser jusqu’à temps d’être capable de piéger les autres dans ce même monde où ils ont à la fois égaré leur esprit et leur âme, mais retrouvé cette petite chose insignifiante et inqualifiable qui leur permet de rester vivants.

Ce que je vous souhaite ? Je vous souhaite d’être pris en chasse par vos propres rêves. Et surtout, qu’ils vous rattrapent.