Archive mensuelles: novembre 2014

November Rain

J’adore le mois de novembre. Quand d’autres commencent à ressentir les premiers symptômes de la dépression saisonnière, moi, je retrouve toute mon énergie (si ça se trouve, je fais partie du tout petit pourcentage qui souffrirait de dépression estivale, parce que du soleil et de la chaleur, ça fait trop de bonnes nouvelles pour moi). Sans rire, j’adore le mois de novembre. J’adore le ciel gris, le bruit de la pluie qui tombe sur les feuilles mortes, la brume qui investit la ville à la nuit tombée, l’odeur dans l’air qui donne l’impression que la forêt est juste sous mon balcon. J’adore m’asseoir sur mon bout de canapé près de la fenêtre, enveloppée dans un plaid rouge, et regarder les mésanges que l’hiver rend audacieuses, et qui viennent quêter des miettes sur le balcon.

Bénéficiant d’une baisse de régime niveau travail, je suis retournée me promener dans les Royaumes d’Amalur, et ce jeu est vraiment une bonne surprise. Il m’a fallu un peu de temps pour m’adapter au style de jeu, notamment aux combats très mobiles. Et puis, c’est la première fois que je joue un personnage un minimum subtil (d’habitude, je joue soit un guerrier avec une énorme épée, soit un mage avec des dégâts de foudre, glace ou feu, bref, j’aime bourriner). Mais l’univers et les nombreuses quêtes rendent le jeu plutôt prenant. On s’intéresse à l’histoire, à ce que racontent les PNJ, et toutes les compétences valent la peine d’être développées. Un point particulièrement positif du jeu, pour moi, c’est que les personnages féminins dans l’intrigue sont nombreux, à tous les postes de la société, et elles n’ont pas besoin d’être à moitié nues pour combattre. Et puis la carte est vaste et variée, tout est fait pour qu’on ne s’ennuie pas. La quête principale est particulièrement épique, et on a droit à une ville assiégée style Gouffre de Elm, avec une méga-créature du chaos qui ferait pâlir le Balrog.

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Sur cette image, vous pouvez voir Maloriel, Lamenoire, Exemplaire, Archisage, Roi de la Cour des Enchantements, Char Céleste, Héros de Mel-Senchir (ben oui, ce sont tous mes titres, je suis une star :), qui contemple une armée de Tuathas, des Unseelies corrompus qui s’apprêtent à envahir Amalur.

 

Quand je ne joue pas, je regarde Salem, dont j’ai presque terminé la première saison. Là encore, une bonne surprise. Je suis tombée dessus par hasard en découvrant que Marilyn Manson avait participé au générique (que j’ai en permanence dans le crâne). Une série dont l’intrigue joue avec les apparences et les faux-semblants, avec une esthétique assez poussée, et qui revisite l’affaire des sorcières de Salem avec un parti pris définitivement surnaturel. J’aime beaucoup !

 

 

J’ai également terminé la saison 1 de Hell on Wheels, où l’on change radicalement d’ambiance. L’intrigue tourne autour de la construction d’un chemin de fer, juste après la Guerre de Sécession, dont l’objectif est de rallier la côte Pacifique. Un sacré défi, dans un monde qui sort tout juste du chaos de la guerre, où des gens de cultures et d’idéologies très différentes se retrouvent forcés de travailler ensemble. Des Unionistes, des Confédérés, des Indiens, des Irlandais, des Noirs tout juste affranchis (oui, on dirait le début d’une blague…), et tous les niveaux sociaux concentrés dans un camp boueux et insalubre. Explosif…

 

Enfin, j’ai également achevé 22/11/63, un roman haletant de Stephen King où le héros voyage à travers le temps pour revenir dans le passé et tenter d’empêcher l’assassinat de Kennedy. Une vaste fresque de l’Amérique des années 60, et un excellent suspense en dépit de la longueur du livre. Et contrairement à une fâcheuse habitude de King, un roman avec une bonne fin.

stephen king

Pourquoi je préfère Jérémy Ferrari à Intouchables

Presque tout le monde a vu Intouchables, la critique semblait quasi unanime. Pour moi, c’était un drame comme un autre, mais l’une des raisons pour lesquelles je ne l’ai pas vu, c’est ce que m’a dit une personne qui m’est chère en rentrant de la séance de cinéma. Cette personne est atteinte de la sclérose en plaques, une maladie neurologique dégénérative très grave qui réduit peu à peu la mobilité – cela peut prendre dix ou trente ans, ça dépend des patients. Laissez-moi un instant avant de vous dire ce qu’elle m’a dit.

Avant de songer à voir ce film, j’ai d’abord regardé ce sketch de Jérémy Ferrari (parmi tous les autres qui concernent le handicap), qui m’a à la fois fait rire et qui m’a touchée. Ça a été moins le cas avec les réactions du jury. Je ne sais pas comment le vivent les autres proches de personnes handicapées, mais je ne vois pas comment une évocation du handicap honnête, décomplexée, et bourrée d’autocritique peut choquer les personnes concernées. À mon avis, ça ne peut choquer que les personnes qui ne sont pas concernées. Parce que l’évocation d’un sujet douloureux auquel elles sont incapables de s’identifier est davantage gênant qu’autre chose.

(réactions à partir de 10:50)

Le jury semble vouloir  s’excuser de trouver ça drôle.

L’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas vu Intouchables,donc, c’est parce que cette personne qui m’est proche, dans son fauteuil roulant électrique très imposant, qui représente d’habitude une gêne dans les endroits publics (le malheur, ça fait mal aux yeux, demandez à tous ces maires qui veulent interdire les SDF), a été saluée à la fin de la séance. D’un coup, les gens la regardaient, avaient l’impression de la connaître, de la comprendre. Excusez mon cynisme mais permettez-moi de me demander combien de temps ça va durer. Un bon sentiment de chaleur humaine et de fraternité leur a été communiqué pendant quelques minutes, peut-être quelques heures. Demain, quand ils verront une personne handicapée, ils penseront à Intouchables, et ils se diront « oui, ce sont des gens comme les autres ». Ils auront ce sourire au mieux compatissant, mais souvent empli de pitié, ou des larmes dans les yeux parce qu’ils sont incapables d’accepter qu’on puisse se retrouver dans cet état.

Je ne critique pas le film en lui-même, mais le phénomène, dont le film n’est pas responsable. Mais il s’agit bien d’un drame, une histoire particulière, un point c’est tout. Je n’essaie pas de me retrancher derrière une attitude négative en disant « vous ne comprendrez jamais ». J’essaie de dire : on ne peut pas comprendre une réalité de ce genre avec un film. De même qu’on ne peut comprendre ce qu’ont vécu les Noirs aux États-Unis dans les années 60 en regardant Mississipi Burning, ou ce qu’ont pu être les camps d’extermination en regardant Nuit et brouillard.

Si ce film doit nous enseigner quelque chose, c’est l’humilité. La décence de reconnaître qu’on ne sait pas. Et l’acceptation. L’acceptation que des choses nous dépassent, nous échappent, qu’il nous est impossible de les faire rentrer dans un cadre rationnel et vivable. Parce que non, certaines choses ne sont pas vivables. Et pourtant, il y a des gens qui se débrouillent pour vivre avec. Raison de plus pour faire preuve d’humilité.

En tout cas, les sketchs de Jeremy Ferrari ne me dérangent pas, ne me font pas du mal. C’est tout l’inverse. Parce que sa capacité à rire de tout est contagieuse, et que son talent pour sublimer l’inacceptable (tout comme celui de son partenaire Guillaume Bats, qui m’impressionne énormément) me fait un bien fou. C’est le premier à l’avoir fait avec un tel sans-gêne, et je l’en remercie !

Splendeurs et misères du monde de la traduction littéraire

Depuis quelques jours, je sens en moi monter une irrépressible envie de râler, aussi, j’ai décidé de m’adonner à ce sport national en essayant d’être constructive. En lisant mon titre, je suis sûre que vous vous trompez sur l’objet de mon mécontentement. Car non, je ne vais pas parler de chômage, de tarifs tirés vers le bas, de sécurité sociale précaire, ou de retraite ; mais plutôt de snobisme, de mauvaise foi, de guerre d’égos, et de jeunes traducteurs naïfs. Allons-y !

Ce week-end, j’ai pris le train pour Arles, où je devais assister aux 31èmes Assises de la Traduction. C’était la première fois que je me rendais à cet événement annuel, espérant en tirer un quelconque profit pour ma carrière de traductrice littéraire. J’en reviens avec des sentiments mitigés, mais je suis contente d’avoir fait le déplacement.

D’abord parce que Arles, que je ne connaissais pas, est une jolie ville. En arrivant, j’ai rejoint le centre en longeant le Rhône, puis découvert les multiples petites ruelles entourées par de hautes maisons aux façades claires. Problème, elles se ressemblent toutes, et quoique l’hyper-centre soit très peu étendu, il est étonnamment facile d’y perdre son chemin. Puis, au bout d’une rue, je suis tombée nez-à-nez avec l’imposant amphithéâtre, et les plus imposantes encore arènes, dont la pierre presque blanche se découpait avec une assurance impériale sur le ciel d’un bleu dur. Et puis, j’aime tout particulièrement la Provence quand l’automne tire sur l’hiver : le paysage, encore très vert, prend des notes cuivrées, et la douceur de la lumière rase allonge les silhouettes des vieux arbres, pins, cyprès, platanes, trembles, oliviers, qui déclinent le vert de l’argenté à l’obscur. Et même si la richesse des parfums du sud s’attiédit un peu cette saison, il suffit d’une averse pour les ressusciter.

Ensuite, parce que ça a son importance en voyage, j’ai aimé mon hôtel. Il s’agissait plus exactement d’une auberge de jeunesse à l’architecture éminemment casse-gueule en raison des volées de marches étroites et inégales à tous les endroits du bâtiment, qui possédait une salle de séjour avec une grande table, une cuisine où se faire ses propres repas, et de petits dortoirs à quatre lits. J’y ai rencontré des gens sympathiques et intéressants, ce qui m’a permis de passer deux bonnes soirées.

 

Littérature « blanche » et littérature « de genre » : une guerre qui est aussi celle des traducteurs

Concernant le festival en lui-même, au-delà de l’impression d’être un peu perdue et désorientée, qui me semble naturelle en arrivant dans un environnement nouveau plein de visages inconnus, j’ai appris des choses et apprécié les discussions, mais j’ai également ressenti un certain snobisme. C’est ce snobisme qui explique en partie, je crois, la scission dont je viens de prendre conscience entre les traducteurs des littératures de l’imaginaire et ceux qui traduisent la littérature parfois dite « blanche », autrement dit, la littérature qui n’est pas « de genre ». En fait, pour aller plus loin, je dirais que les traducteurs de l’imaginaire qualifient avec un certain dédain l’autre littérature de « blanche », tandis que les autres traducteurs qualifient avec le même dédain la littérature de l’imaginaire (ainsi que le policier, l’érotique, etc.), de littérature « de genre ». Et chacun tourne en rond de son bocal respectif. C’est triste, mais les faits sont là.

En effet, la semaine dernière, j’étais aux Utopiales, et j’ai appris que très peu de traducteurs de l’imaginaire étaient inscrits à l’Association des Traducteurs Littéraires de France (ATLF), mais qu’ils avaient leur propre communauté, et liste de diffusion. Ça m’a étonnée. La semaine suivante, j’étais donc à Arles, et l’atmosphère change du tout au tout : là où règne une certaine détente et convivialité, plus un petit côté rock’n’roll et passionné chez les traducteurs de l’imaginaire (ainsi qu’un certain corporatisme et occasionnellement un côté mondain), on trouve une communauté socialement beaucoup plus reconnaissable et homogène : petite bourgeoisie, hautes études, et cette espèce d’assurance élitiste d’exercer un métier noble, et de faire partie des meilleurs. Ce que moi, provinciale, avec mon petit racisme commun, j’appelle un côté parisien, hype, snob, petit bourgeois. Que cela soit clair : personne n’a été désagréable ou hautain. C’est plus une impression générale.

À une exception près, et pas des moindres. Mona de Pracontal, traductrice et membre de l’ATLAS, interrogeait Isabelle Stoufflet, directrice de collection chez Gallimard jeunesse. Puisque le thème des Assises cette année était « Traduire la guerre », la question était de savoir quel genre de livre jeunesse on publiait sur le sujet. Premier motif de grief : l’anticipation, la science-fiction, l’uchronie, la fantasy, bien qu’éminemment populaires (et pas seulement, chère Madame, auprès des adolescents et jeunes adultes), ont été à peine évoqués. Et quand cela a été fait, ça a été pour demander avec un dédain à peine dissimulé si cette littérature de « divertissement » pouvait elle aussi avoir un intérêt pédagogique pour les jeunes sur le sujet de la guerre. Si Mme de Pracontal avait eu le même respect pour cette littérature « de genre » que pour ces romans réalistes dont certains étaient franchement niais, de toute évidence elle n’aurait pas posé cette question. Si c’est pour entendre ce genre de chose, je ne peux que comprendre l’absence des traducteurs de l’imaginaire à ce type d’événement.

Autre élément qui va dans le sens d’un certain snobisme, c’est ce qui a fini par se produire lors de l’atelier de traduction auquel j’ai participé. Mes professeurs de Lettres auraient hurlé, et je ne les en aurais pas blâmé. Je m’explique : comme les bons traducteurs que nous sommes, nous commençons à nous questionner sur le choix du vouvoiement ou du tutoiement dans le dialogue que nous avions sous les yeux. Il s’agit d’une question souvent difficile à trancher, et selon moi, il faut tendre vers ce qui paraîtrait le plus naturel. Or, ici la discussion a complètement dérivé, en cessant de prendre en compte l’usage et les normes sociales. Et plouf, on a sauté à pieds joints dans la mare vaseuse de la psychologie des personnages. À essayer de démêler ce que pensait ou ressentait tel ou tel personnage. Toujours en s’éloignant davantage du texte, en l’intellectualisant complètement. Chacun y allait de sa petite opinion. Mais lorsqu’on traduit, on travaille sur un texte, qui est notre seule ressource dans le cas (comme celui-ci) où l’auteur est décédé. Tordre le texte pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas est la pire injure qu’on puisse lui faire.

 

Jeunes traducteurs, à quoi vous attendiez-vous ?

Au cours du festival, j’ai assisté à une réunion de jeunes traducteurs qui m’a permis de réaliser que les autres jeunes diplômés rencontraient exactement les mêmes difficultés que moi, et que nous avions des parcours plutôt similaires. Cependant, la grogne globale que l’on sentait poindre au cours de la réunion m’a agacée. Voici pourquoi.

Oui, moi aussi j’ai été surprise, décontenancée, voire carrément déprimée, à ma sortie d’études. Parce que c’était pire que je l’avais imaginé. Mais s’il vous plaît, faites la part des choses : on a d’un côté un marché en crise, qui n’embauche pas beaucoup, et de l’autre, une profession qui de toute façon n’a jamais été facile. Alors certes, nous avons été mis en confiance (plus ou moins, car on a été suffisamment avertis je crois) par nos formations et nos diplômes, et dur est le retour à la réalité. Et alors ? Allons-nous descendre dans la rue et exiger qu’on nous obtienne des emplois qui n’existent pas ? Si vous trouvez ça difficile, écoutez ce qu’on vous dit : changez de métier. Ou alors, n’en changez pas, mais arrêtez de gémir qu’on ne cesse de vous répéter de changer de métier. Assumez vos choix, et battez-vous.

 

Les éditeurs ont bon dos

À l’occasion de cette petite poussée de mauvaise humeur, je voulais évoquer ce qu’on pourrait appeler le bashing d’éditeurs, malheureusement trop commun dans cette profession qui aurait parfois besoin d’une bonne dose d’humilité. Souvent, il semble qu’on aime à faire figurer les éditeurs dans le rôle du bourgeois capitaliste qui n’entend rien aux affaires intellectuelles et encore moins à l’art. Il est bon de rappeler que ce monde est rempli d’éditeurs compétents et qu’à la base, c’est quand même grâce à eux (et à leur argent !) que les livres sont publiés et donc rendus accessibles à ceux pour qui ils sont écrits. Il y a des cons parmi eux, mais il y en a autant chez les traducteurs. Certains d’entre eux, du côté de l’imaginaire ou de la blanche, arriveraient mieux à marcher s’ils prenaient des mesures contre ces petits kilos d’égo en trop.

To be or not to be écrivain professionnel, la fin du dilemme

Sur la page d’accueil de ce site, il est écrit que je suis « auteure ». D’un point de vue professionnel, je suis « auteure amatrice ». J’ai publié quelques nouvelles, mais ce n’est pas là ce qui fait la différence : je n’ai pas touché d’argent pour cela, et c’est ce qui définit le plus simplement à mon sens une activité professionnelle. Cela implique aussi, à juste titre, une certaine crédibilité aux yeux des autres. Pendant très longtemps je me suis posé cette question : pourrais-je un jour devenir écrivaine professionnelle ? Ce billet est une forme de réponse. Qui suit les trajectoires aléatoires et désordonnées de ma pensée, comme d’habitude 😉

 

Ces derniers mois, je suis dans ce qu’on pourrait appeler un début de vie professionnelle au niveau de la traduction, et c’est une aventure, un vaste horizon qui s’ouvre. Je vais apprendre à naviguer. Et je suis seule capitaine sur mon navire, exactement ce que j’avais voulu. Je crois qu’au fond, ça va me plaire. Je dois simplement veiller à ne pas faire n’importe quoi, me disperser, trop réfléchir, veiller à garder le rythme et le cap, ne pas me laisser entraîner par mes gourmandes angoisses intérieures.

Mais en ce qui concerne l’écriture, professionnelle ou non, j’ai l’impression, si vous me permettez cette trivialité, d’avoir le cul entre deux chaises. J’ai du mal à définir ma pratique de l’écriture : écrire est toute ma vie, j’aimerais publier des bouquins, mais je n’arriverais jamais à en faire une activité rentable. Elle est beaucoup trop sacrée pour moi, et au terme d’une longue réflexion (plusieurs années !), j’ai décidé que je n’avais pas envie de la désacraliser. Cela ne signifie pas qu’elle ne représente pas un travail, et c’est la raison pour laquelle je souhaite la vendre, et non la donner, selon l’idée que tout travail mérite salaire. Mais ce n’est pas un travail au sens ordinaire du terme. Je ne mets pas à écrire comme on va au bureau. Je n’ai pas envie de le faire gratuitement, mais je n’ai pas envie de le faire pour l’argent. Ou les avantages sociaux (je prépare à ce sujet un article pour Itinéraire-Bis, à paraître ce mois-ci).

Être enfin soi-même, c’est un vieux poncif qu’on ressert à toutes les sauces mais dont il est difficile, et même ardu, de saisir la signification profonde. Car être soi-même n’est pas simple, ni même « naturel ». Cela demande de désapprendre des choses, de prendre du recul par rapport à soi, mais aussi à ses proches, à son éducation… On dit que l’adolescence est la période pendant laquelle on devient qui l’on est. Je ne crois pas que cela s’applique spécifiquement à l’adolescence. Cela s’applique à chacun des jours qui ensemble constituent l’existence. Devenir ce que l’on est, c’est un processus qui ne commence pas, et qui ne finit pas.

Peut-être que ces derniers mois, obnubilée par la nécessité de développer mon activité purement professionnelle (la traduction), j’ai « oublié » l’importance de l’écriture. Que j’ai eu trop de doutes, que je l’ai mise en arrière-plan, beaucoup plus que je ne l’aurais dû. L’écriture restera toujours constitutive de ma vie, quand tout le reste aura foutu le camp. Voilà pourquoi je ne pourrais jamais la désacraliser. Cela ne pourra jamais être « simplement » un métier. C’est ma façon de faire de la magie. C’est ma façon d’être au monde. Le biais par lequel mon être se manifeste de la manière la plus fondamentale. Alors non, je ne désacraliserai jamais l’écriture. Car, aussi dramatique que cette déclaration paraisse, j’en perdrais probablement le goût de vivre.

Je ne serai donc jamais écrivain « professionnel », mais, soyons clair, cela ne m’empêchera jamais d’écrire avec le plus grand sérieux et la plus grande rigueur. Mais quand on me demandera mon métier, je dirais que je suis traductrice, et que, parallèlement, j’écris des livres :)

 

PS : Je me suis laissée déborder le mois dernier par le boulot et mon cerveau n’a guère été disponible, même pas pour répondre aux commentaires, ce qui est vraiment nul. Mes plus plates excuses à Kalys et Entdaurog, cela ne se reproduira pas :)

PS 2 : Si des personnes intéressées par l’écriture voire la professionnalisation lisent ces lignes, je ne saurais que vous recommander le blog de Lionel Davoust.