Archive mensuelles: juin 2014

Nourritures spirituelles

À la manière du Carnet Bleu de Kalys, je vous propose un petit tour d’horizon de tout ce qui me plaît, me fascine, m’interpelle, ces temps-ci.

*

On commence tout de suite par de la musique ! La semaine dernière, j’ai été pour la journée du vendredi au Hellfest, où j’ai eu notamment le privilège de voir les Grecs de Septic Flesh en concert. C’est un groupe que je connais de longue date, et j’avais assisté à l’un de leurs concerts à ce même Hellfest en 2010 mais, victime de la foule et de ma petite taille, je n’avais pas vu le bout du nez des musiciens (ni même leurs extrémités capillaires s’envolant dans un headbang sauvage). Cette fois donc je me suis privée de la fin du concert d’Enslaved, pourtant très chouette, pour patienter devant la scène où devait se dérouler la messe, bien nommée The Altar, juste à côté de The Temple, où les rampes de spots en forme de 666 nous informaient de l’essence black metal de la musique qui s’y est jouée :)

Bref, le concert d’Enslaved se termine, il est une heure du matin, la tension monte. Une musique orchestrale démarre dans l’obscurité saturée de chaleur et du frémissement qui anticipe chaque bon concert. Les membres du groupe débarquent et envoient les rafales puissantes de leur musique à la fois brutale et symphonique, et le chanteur se met à émettre les sons gutturaux et mélodieux qui me donnent toujours l’impression que sa voix sort littéralement d’une crevasse. Très fatiguée de ma journée, je n’ai pas pu apprécier autant que je l’aurais voulu, mais c’était tout de même un moment intense et magique. Nager dans les ondes mystiques de la musique de Septic Flesh est une expérience qui vous comble et vous libère :) Ils étaient très contents parce qu’ils sortaient ce jour-là leur nouvel album, Titan, dont voici un extrait !

Malheureusement, le nouvel album a éclipsé des compositions plus anciennes, et je n’ai pas pu entendre mon morceau préféré, l’un des meilleurs morceaux de tous les temps d’ailleurs :

Par contre, j’ai bien entendu cette maudite chanson où je n’arrive plus à entendre autre chose que « Champions du monde », ce qui en fait un curieux hymne black metal à la gloire de la Coupe du Monde 98… (voir à 0:45)

*

Je prépare actuellement quelques réflexion sur la science et plus particulièrement la physique, je crois que ça va faire plusieurs articles au final, j’essaie de rassembler mes idées sur le sujet, et je crois que ça va être aussi bordélique que mes évocations de la pensée chamanique…

N’hésitez pas à me reprendre si je raconte des bêtises, et je corrigerai (je rappelle à des lecteurs qui tomberaient ici par hasard que je n’ai pas de formation scientifique, j’apprends en autodidacte).

Enfin bref, toujours est-il que j’ai acheté le dernier numéro de Science&Vie, dont le dossier est consacré à l’idée de Juan Maldacena et Leonard Susskind, une idée qui permet de relier relativité générale et mécanique quantique, de quoi donner le vertige.

Petit rappel : la physique quantique est ainsi nommée parce qu’il s’agit d’une physique où les quantités sont définies, autrement dit, non divisibles à l’infini. Par exemple, le noyau d’un atome est composé de neutrons et de protons, eux-mêmes composés de quarks, lesquels sont des particules élémentaires, parce que non composés d’autres particules. C’est donc une physique du minuscule, mais pas de l’infiniment petit. On travaille au niveau subatomique, tandis que les autres physiciens s’occupent de choses plus grandes et, oserais-je dire, moins compliquées, puisqu’il semble qu’au niveau quantique la matière fasse n’importe quoi, ce qui n’est pas le cas dans la physique « classique ». C’est d’ailleurs ce qui perturbait Einstein, parce que selon lui, Dieu « ne joue pas aux dés », alors qu’en physique quantique, il n’existe que des probabilités, pas de prédictions sûres et certaines.

Le fondement de l’idée de Susskind et Maldacena est assez simple : en physique quantique, l’on constate que deux particules semblables, quel que soit leur éloignement l’une de l’autre, agissent de la même manière et de façon simultanée. Cela s’appelle l’intrication quantique, et Einstein n’en voulait pas, parce que cela constituait pour lui une aberration. Quel rapport avec la relativité générale d’Einstein ? Et bien Einstein prévoit un univers constitué par une trame d’espace-temps déformée par la masse. Autrement dit, l’espace-temps se « plie » à proximité d’une masse, et c’est cette pliure qui est à l’origine des phénomènes de gravité comme le montre cette image :

Geodesik planete

On voit ici que la lune tournant autour de la planète ne fait que suivre la courbure de l’espace-temps. Or, l’idée de Susskind et Maldacena, c’est que chaque particule est capable de plier l’espace-temps… au point de le déchirer. Il se créerait alors un trou de ver, et nos particules qui agissent simultanément ne seraient pas en réalité deux particules distinctes, mais la même, située à deux points différents de l’espace-temps. C’est une hypothèse intéressante parce l’intrication quantique est bien décrite et calculée, mais personne ne la comprend vraiment. Cette théorie permet de l’expliquer, et ouvre la porte à une théorie de la gravitation quantique, autrement dit, une théorie où il serait possible de penser la gravité au niveau quantique.

J’apprends d’ailleurs dans le même temps, à propos des trous de ver, que la Nasa étudie sérieusement le moteur à distorsion qu’utilisent les personnages de… Star Trek ! L’idée est ingénieuse : il s’agit de trouver un moyen de plier l’espace-temps, de façon non pas à aller plus vite, mais tout simplement de réduire les distances ! À lire sur Slate.

Il semble que la science soit en train de se mettre d’accord avec la science-fiction, et personnellement, si vous me permettez l’expression, je trouve ça super cool :)

Au fait, si vous peinez à comprendre et conceptualiser toutes ces idées, je vous recommande chaudement les vidéos de trois-quatre minutes de Jean-Pierre Luminet, qui explique des choses compliquées de manière très pédagogique.

Une petite vidéo détente pour le plaisir, en restant dans le domaine de la physique :

*

Question bouquins, je me replonge avec plaisir dans un roman de Douglas Kennedy, que je n’avais pas lu depuis fort longtemps ! Cet instant-là relate la vie du narrateur, un écrivain nommé Thomas Nesbitt. Le livre est truffé d’observations psychologiques très pertinentes qui me rappellent la sensibilité d’un Stephen King. Au début de l’histoire, suite à un divorce, l’écrivain revient sur son passé et surtout l’expérience qu’il a vécu dans le Berlin-Ouest d’avant la chute du Mur. Kennedy a l’art et la manière de raconter des choses simples de manière passionnante. Sans complaisance et sans réalisme sordide, et ça me semble assez rare pour être signalé.

« Quoique cet afflux de réminiscences et d’associations d’idées puisse sembler chaotique à première vue, l’une des grandes vérités concernant la mémoire est qu’elle ne fonctionne jamais de façon complètement arbitraire. Il existe toujours une connexion ou une autre entre les souvenirs, parce que toute chose obéit à une logique narrative. Et le récit sur lequel chacun de nous s’escrime, c’est ce que nous disons être notre vie. »

Le cas Game of Thrones

« C’est comme dans les grandes histoires, monsieur Frodon, celles qui importaient vraiment, celles où il y avait dangers et ténèbres. Parfois, on ne voulait pas connaître la fin car elle ne pouvait pas être heureuse. »

[Sam Gamegie dans le film Les Deux tours, écrit par Fran Walsh, Philippa Boyens, Peter Jackson et Stephen Sinclair]

Je viens de terminer la saison 3. Oui, oui ! C’est parce que, traumatisée par l’épisode 9, j’avais mis de côté la série, sachant de toute façon que j’allais devoir attendre un an avant d’obtenir la suite. Maintenant, en commençant la saison 4, j’ai quelques commentaires à faire.

game of thrones2

Ce que j’ai pensé immédiatement en me remettant dans le bain Game of Thrones, c’est que cette série me semble très décalée par rapport à nombreuses de ses sœurs télévisuelles et cinématographiques qui obtiennent le même succès. En fait, pour dire les choses plus simplement, je suis sciée par le succès de cette série. Je crois que ça devrait donner du grain à moudre aux scénaristes, particulièrement dans le milieu du cinéma. En effet, une grosse partie du cinéma « qui fait rêver », historique, mythologique, fantastique, épique, se résume… à de la soupe. Alors les recettes hollywoodiennes mettent peut-être du beurre dans les épinards de l’industrie du cinéma, mais il me semble que le cas Game of Thrones prouve tout bêtement que l’on peut remporter un immense succès en étant intelligent, sans concessions, violent, intense, cruel. Mais surtout, cette série qui ne se réfère à rien de réel amène sous notre regard des personnages qui ont le don de susciter en nous des émotions violentes, et elle nous raconte une histoire qui nous paraît plus réelle que n’importe quelle bêtise à gros budget (et pourtant, je pense que le budget de cette série est très conséquent). Game of Thrones n’est pas loin de me redonner la foi. En fait, elle y parvient. Nul besoin de vous dissimuler plus longtemps mon enthousiasme sous une attitude blasée style le bonhomme « pas mal » de Télérama.

game-of-thrones-meme-03

Après une année, j’avais un peu oublié. De nombreux personnages m’échappent un peu. La multiplicité des sous-intrigues m’embrouille parfois. Mais d’entrée de jeu, j’ai été happée par l’intensité de chaque scène. Nul besoin d’un massacre à la sauce de l’épisode 9 pour créer cette atmosphère à la fois oppressante et passionnante. Le jeu des acteurs me captive. Chaque dialogue est une sorte de duel. Je me retrouve en pleine tragédie shakespearienne, en pleine épopée homérique. Il se dégage une pureté incroyable de ces tableaux à la fois juxtaposés (un seule épisode est d’une richesse presque étourdissante) et reliés par la trame d’une histoire qui avance cachée, en souterrain, avec un aspect inéluctable quasi-terrifiant. Après ce recul d’une année, chaque personnage me touche, à sa manière (excepté Joffrey, mais je me serais inquiétée dans le cas contraire).

game-of-thrones-meme-07

Dans ces histoires familiales infiniment cruelles, on apprend à aimer presque tous les personnages, exceptés les psychopathes notoires. À travers ce filtre épique et tragique, qui fait ressortir le pire et le meilleur, qui a tendance à magnifier et à géantiser si l’on me permet ce mot inventé la condition humaine et les relations humaines, chacun y trouve son compte. On a tous à y puiser. Cette histoire fait partie des « grandes histoires » qu’évoque Sam Gamegie. De celles dont on se souvient toujours. Celles qui comptent. Celles qui nous disent quelque chose sur nous-même, et sont capables de donner un sentiment de filiation, d’héritage et de continuité, au plus misanthrope.

daenerys-targaryen-meme-04