Archive mensuelles: avril 2014

The Man that you Fear – Part 1

I had some dreams they were clouds in my coffee…

Aujourd’hui, je vais profiter de mon temps libre pour écrire un article sur l’un de mes artistes favoris, histoire de faire le point sur sa carrière, de revenir sur les meilleurs moments, bref, de me faire plaisir, en espérant que ce plaisir sera partagé :)

Ma grande sœur l’a découvert à l’âge de quinze ans environ. Je l’ai considéré moche et horrible jusqu’à ce que je me penche, à l’âge de treize-quatorze ans, sur celui que je considère toujours comme son meilleur album. Produit par Trent Reznor, portant un nom qui parodie une comédie musicale américaine, je suis disponible dans les bacs en 1996, je suis salué par la critique et constitue le premier volet de ce que mes fans et mon auteur considèrent comme une trilogie, je suis, je suis…

Antichrist Superstar, le troisième album studio de Marilyn Manson !

Je vais donc vous parler de Marilyn Manson, l’une de mes très grandes histoires d’amour artistiques, et qui, comme vous le voyez, a commencé il y a treize ou quatorze ans (punaise, je suis vieille !).

 I/ La chrysalide

L’un de mes premiers souvenirs liés à Marilyn Manson, qui symbolise assez bien cette période et les raisons pour lesquelles je l’ai d’abord apprécié, c’est la tête de la libraire qui me voyait très souvent, gentille petite fille sage qui aimait lire, lorsque j’ai acheté la biographie de l’artiste pour l’anniversaire de Nathalie. C’est sans doute l’une des premières fois où je me suis aperçue que les adultes étaient drôlement sensibles et chatouilleux, et que ça allait donc être un jeu d’enfant de leur arracher cette magnifique moue pincée. Depuis, j’ai eu l’occasion de revoir cette expression de nombreuses fois, simplement en ayant l’audace de me balader habillée en noir avec des bas résille troués, ouh ! Bon, par contre, et sans doute heureusement, la sauce n’a jamais pris chez nos parents qui nous laissaient être goths en toute tranquillité :)

En tout cas, je suis tombée dans l’univers Manson comme Alice bascule dans le terrier du lapin : ça a été très vite, et rapidement j’ai acquis une petite notoriété dans ma classe de quatrième, à tel point que lorsque j’ai annoncé mon déménagement pour la Bretagne, l’un de mes camarades de classe a dessiné sur mon petit cahier de mots un Jésus crucifié dans les flammes. C’était mignon, je vous assure :)

D’ailleurs, quand j’ai débarqué en Bretagne, seule avec mon père, déprimée, en colère, bref, adolescente, l’une des premières choses que j’ai faites, c’est d’acheter Portrait of an American Family, le premier album. Un disque que j’aime toujours autant, et  qui me touche en raison précisément de la rage adolescente qu’il dégage.

Good is the thing that you favour, Evil is your sour flavour
I don’t need your hate, I decide my fate
You cannot sedate all the things you hate
I don’t need your hate, I decide my fate

[Dogma]

Et il faut aussi souligner qu’entre-temps, j’avais réalisé que Marilyn Manson n’était pas du tout moche et horrible, mais plutôt diaboliquement sexy, ce qui rendait les clips encore plus attrayants. Ok, ok, à la demande générale, surtout dans ce clip (le coup de rein…)

Mais revenons à l’album proprement dit : un côté punk, et déjà une personnalité forte. Un côté rock de garage, un truc sale et agressif qui parlait, et parle toujours à mes oreilles d’adolescente — de vieille adolescente. Et puis, déjà, l’aspect onirique cauchemardesque, fantastique, voire fantaisiste, ce côté Alice au Pays des Merveilles version perverse que j’aime tout particulièrement dans l’univers de Manson. Cette façon de détourner des références enfantines m’a toujours particulièrement séduite, allez savoir pourquoi. Ça se voit dans ce clip, inspiré par Charlie et la Chocolaterie :

II/ L’artiste accouché

Mais c’est avec l’album suivant (je passe sur Smells Like Children qui est plus une compilation de bizarreries issues de l’époque où Marilyn Manson était Marilyn Manson and the Spooky Kids[1]) que l’artiste sort de la chrysalide et devient réellement le phénomène que tout le monde connaît. Antichrist Superstar est non seulement un grand album d’un point de vue musical — la touche de Reznor est clairement perceptible, mais cela n’a rien à voir avec du Nine Inch Nails — il signe également le début de la carrière de Marilyn Manson tel qu’on le connaît (ou qu’on le connaissait, peut-être, mais je reviendrai là-dessus plus tard). En plus, pour le visuel et les clips, il s’associe avec Floria Sigismundi, qui crée un univers parfaitement en adéquation avec  la personnalité du chanteur. C’est quelque chose d’unique, malsain, bizarre, qui m’a immédiatement tapé dans l’œil :

Cet album, son univers esthétique et musical, ont été pour moi des sources d’inspirations majeures, et continuent de l’être. J’étais quand même toute jeune, c’était ma première rencontre avec un monde sombre, et ce que je voyais, je ne l’aurais tout simplement pas cru possible. Bref, Marilyn Manson a accompagné ma sortie de l’enfance, et par-là même, est devenu une sorte de symbole dans ma mythologie personnelle. Et en visionnant ces images quatorze ans après, je les trouve toujours aussi profondément originales.

Quant aux paroles, je les comprenais assez mal, à part quelques petites choses évidentes (et pour le reste, je cherchais dans le dictionnaire ;)) :

I am so all-American, I’ll sell you suicide
I am totalitarian, I’ve got abortions in my eyes
I hate the hater, I’d rape the rapist
I am the animal who will not be himself
Fuck it

Et surtout le “fuck it” hurlé très très fort.

J’aimais déjà le nihilisme exprimé dans des propos tels que ceux-là : « I went to God just to see, and I was looking at me » (Reflecting God).

Et je pouvais également comprendre toute l’amertume et la force de paroles très personnelles, chose rare, comme celles-ci :

Everything turns to shit
The boy that you loved is the man that you fear
Pray until your number
Asleep from all your pain,
Your apple has been rotting
Tomorrow’s turned up dead
I have it all and I have no choice but to
I’ll make everyone pay and you will see
You can kill yourself now
Because you’re dead
In my mind

Chanson d’ailleurs soutenue par un très beau clip que je vous laisse savourer :

(je précise pour l’anecdote que les musiciens de la fanfare sont ceux de Marilyn Manson)

En dehors des évidentes références bibliques, je me demande si ce clip n’est pas inspiré par la nouvelle de Shirley Jackson, The Lottery. Peu connue en France, ce récit est pourtant étudié en classe aux États-Unis. Il s’agit d’une banale loterie de village, mais l’ambiance est étrangement tendue, et l’on découvre à la fin que le gagnant va en réalité être lapidé par le reste des villageois. Un texte très fort qui a rendu célèbre Shirley Jackson (auteure dont l’un des romans m’a servi pour mon mémoire de traduction ;))

À peu près simultanément, j’ai écouté le deuxième album de la trilogie, Mechanical Animals. Un virage à 180°. On est très loin, très loin d’Antichrist Superstar. Mais j’ai une affection particulière pour cet album, car à mes yeux il demeurera éternellement associé à un été de vacances, et restera profondément…lumineux. Pour moi, il est associé à une mélancolie estivale très particulière, et je suis complètement et absolument partiale pour ces raisons. Le côté torturé est toujours présent, avec des paroles qui parlaient tout particulièrement à l’ado que j’étais :

Look at me now I’ve got no religion
Look at me now I’m so vacant
Look at me now I was a virgin
Look at me now grew up to be a whore
And I want it
I believe it
I’m a million different things
And not one you know

Hey and our mommies are lost now
Hey, daddy’s someone else
Hey, we love the abuse
Because it makes us feel like we are needed now
But I know
I wanna disappear

I wanna die young and sell my soul
Use up all your drugs and make me come
Yesterday man, I was a nihilist and now today
I’m too fucking bored by the time I’m old enough
I won’t know anything at all

[I want to disappear]

Et des chouettes morceaux qui m’ont longtemps hantée, et continuent d’ailleurs à le faire :

Mechanical Animals, c’est mon summertime sadness à moi :).

…La suite demain !

 



[1] Je vous propose à cette occasion de découvrir cette vidéo d’archive pour voir comment tout a commencé :

Liberté, j’écris ton nom

Nous serions dans une société policée. Politiquement correcte. Où la liberté d’expression est restreinte par les tenants du pouvoir, qui seraient également les tenants de la morale. Un discours de persécution se développe chez certaines franges de la population.

Comme par hasard, ces discours coïncident avec des tentatives, universitaires, politiques, ou simplement issues de particuliers s’exprimant par le biais de blogs, de tentatives de remises en question.

Ce qui semble à l’heure actuelle insupportable.

Je suis trop énervée, lassée, usée, trop en colère, pour faire dans la dentelle, pour tout bien expliquer, pour tout relativiser.

J’en ai assez que les gens se permettent de cracher leur haine au nom de la liberté d’expression.

Il y a un moment donné, quand on a vécu toute sa vie dans la soie – et je ne parle pas seulement des élites, mais du citoyen lambda qui n’a jamais réellement souffert de quoi que ce soit (famine, agressions, mépris, humiliations, etc) – l’on doit relativiser la menace. Des centaines de menaces fantômes sont invoquées pour donner des noms à ses peurs, et créer des cibles à abattre.

Si la liberté est aussi difficile, c’est aussi, il me semble, pour la même sempiternelle raison : la peur. La peur de la souffrance en première place. Les propos de ma sœur sur son expérience de prof face à des élèves qui vivent une vie difficile me confortent là-dessus. On préfère évacuer la souffrance. Tu auras un comportement correct ou tu seras exclu.

Et les personnes capables de supporter la souffrance en souriant seront sanctifiées.

Parce qu’elles ne causent pas de problèmes. Elles ne dérangent pas.

Elles demeurent bien assises dans le rang.

Comme le disait le Joker dans The Dark Knight, si vous me permettez la citation approximative, personne ne panique tant qu’il y a un plan.

Je suis désolée de voir que la plupart des gens n’ont pas la force requise pour être libres. Ils demandent des codes, des cellules, des interdits, des restrictions. Quand on chamboule leurs repères, ils deviennent méchants.

Le Joker n’est pas méchant. Et c’est pourquoi c’est le meilleur « méchant du cinéma ». Il incite Harvey à dépasser sa morale conventionnelle, qui n’est qu’une jolie surface. La véritable morale s’atteint au terme d’un long parcours. Parce que la véritable morale n’est pas transmise ni transmissible. Elle ne peut reposer que sur une éthique individuelle. Aussi arbitraire soit-elle, elle sera à mes yeux toujours plus valable que n’importe quelle morale que l’on reçoit en héritage, et que l’on ne remet pas en question.

La liberté est la chose la plus difficile et la plus belle au monde. C’est, je crois, la seule valeur pour laquelle je donnerais aisément ma vie. Mais dans un cadre privé. Parce que je crois de moins en moins en la liberté collective. La démocratie n’est qu’un aimable masque posé sur un troupeau terrifié. Qui vote dans toutes les directions sans raison ni sens.

Le plus terrible, c’est que je suis comme tout un chacun. Je me crois moralement supérieure. Tout comme la majorité des gens croient mieux conduire que la moyenne. Et je ne sais pas ce qui pourrait m’ôter cette impression.

Et pourtant, au cœur de mon marasme individuel, je continue à entretenir cette foi que j’espère seulement modérée. J’espère échapper au fanatisme, tout en éprouvant le feu sacré.

Paradoxal…

Mais je crois aussi que le doute est constitutif de la foi. Et comme tous les croyants, je suis persuadée que ma foi est plus pure, plus authentique. Je ne demande même pas à savoir qui a raison, parce que je sais que j’ai raison. Mais n’est-ce pas ce que tous disent ?

[En même temps, il me semble qu’encore peu de gens ont réfléchi à la question de la foi dans un cadre athée. Si vous avez des références à ce sujet, je suis plus que preneuse.]

En fait, c’est toujours la même chose, au final, je suis beaucoup plus triste qu’en colère.

La série X-Files nous disait que la vérité est ailleurs. Tout comme la justice, et tout comme la liberté.

Parmi ces trois valeurs, éternels objectifs foireux de la destinée humaine, je suis convaincue que seule la liberté est véritablement à notre portée. Et la liberté implique de reconnaître sa propre ignorance quant à ces deux autres valeurs.

Tout comme dans mon dernier billet je finissais par reconnaître qu’il est impossible d’établir une hiérarchie des arts, de même je reconnais qu’il m’est impossible de définir absolument la vérité. Pour la justice, j’ai une réserve. Je ne comprends aucune pensée de la justice pénale. Je ne comprends pas sur quel système, sur quel argument, on peut se baser pour punir. La seule chose que je comprends, c’est le comportement moral individuel, qui doit seulement se résumer à la maxime kantienne : ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas que l’on te fasse.

Mais la liberté…

La liberté, c’est accepter sa propre ignorance. Et vivre avec.

Ma grand-mère avait ce poème encadré chez elle, que j’ai lu de nombreuses fois. Ma grand-mère était la personne la plus bienveillante que j’ai jamais connue, et cela en dépit de ses préjugés. Au fond, elle était semblable à ce poème.

Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffées d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes raisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté

 

Et au final je comprends. Certaines choses sont inaliénables. Elles font partie de votre chair, de votre sang. D’autres valeurs imprègnent d’autres personnes, avec un passé aussi fort. Et on ne pourra jamais se comprendre.

Jamais.

Dans la peau d’une no-life

J’ai testé pour vous la vie de no-life.

Si vous me cherchez, regardez à Bordeciel ou dans la Péninsule d’Agyn… Ou sur mon canapé en train de regarder Star Trek.

 

Face à une période de découragement suite à une recherche d’emploi assez acharnée mais infructueuse, et à court d’idées sur la façon dont procéder désormais, je suis partie mener une autre vie dans des mondes virtuels, où le rêve américain devient réalité. Et puis c’est rigolo. Voilà. Et…sacrément addictif.

Vous qui ne sortez déjà pas beaucoup, vous qui n’avez actuellement pas d’activité particulière, vous expérimentez déjà une distorsion temporelle étrange qui vous donne l’impression que le temps est particulièrement élastique : il s’étire et se contracte tour à tour, si bien que vous finissez par perdre le fil. Mais, lorsque vous succombez à l’appel des mondes virtuels, le phénomène s’amplifie encore, et vous vous retrouvez à effectuer de véritables bonds temporels. Et comme vous avez tendance à ne prêter qu’une attention modérée à votre estomac tant que vous êtes absorbé par une quête, quand vous émergez quelques heures plus tard pour dévorer tout une pizza, vous êtes un peu surpris de l’heure qu’il est.

D’ailleurs, pizzas et autres plats préparés deviennent d’ailleurs partie de votre régime alimentaire, parce qu’en fait, vous avez tendance à vous détacher des basses préoccupations terrestres, appelé par des missions plus importantes, du genre, sauver le monde.

La vie de no-life a bien des inconvénients. L’un d’entre eux, et pas des moindres, est que ces mondes virtuels ont une fâcheuse tendance à envahir mon univers onirique et que je ferme les yeux le soir en voyant les petites cases de la carte de Might and Magic, et je rêve que j’effectue des quêtes rébarbatives une bonne partie de la nuit.

[Je note à cette occasion que le dernier opus de Might and Magic est à mon sens réservé exclusivement aux fans de la saga. Trop contraignant, difficulté très mal équilibrée, faut pas que ça vous gêne de charger quatre ou cinq fois pour battre un boss ou parce que vous avez mis les pieds dans une région pleine de monstres haut level — phénomène récurrent à un point exaspérant]

Et, comme le note Jérémy dans cette vidéo, l’un des phénomènes étranges liés à la surutilisation de jeux vidéo est que le monde extérieur, quand vous êtes obligé d’y mettre les pieds, vous paraît soudainement fort exotique, entre autre effets secondaires :

En tout cas, j’ai constaté que je ne peux être no-life à fond : j’ai fait le ménage et j’ai acheté de jolies fringues. J’ai freiné la décadence. Ouf.

Toujours est-il que je vais tenter de calmer un peu le jeu, je pourrais commencer en écoutant la musique recommandée par Nathalie, tiens :) (d’ailleurs, pour ma part, ma radio refuse désormais de diffuser France Inter… La vaisselle sans La Tête au carré, c’est plus pareil… :))

Sublime et hiérarchie des arts, Part II

[avec du metal celtique qui colle bien au sentiment de renaissance et de vitalité qui circule dans l’air avec le printemps…]

Après le billet de Kalys, j’ai continué à réfléchir – plus posément – à cette histoire de sublime. Comme souvent, cela s’exprime un peu en forme de journal d’écriture, tandis que je travaille sur mon roman, La Saison sombre.

Je suis presque au bout de mon premier chapitre. Il faut penser concrètement à la suite, à ce qui peut se produire, découler des éléments mis en place dans le premier. Si j’avais tendance à ne pas croire à mon histoire dans le premier roman, je pense que c’est en partie parce qu’elle était inachevée, brouillonne, vraiment trop incertaine et lacunaire. Maintenant, je veux suivre des pistes plus claires, et corriger la tendance au fur et à mesure, et non pas en arrivant à la fin du récit, car ça laisse des traces perceptibles, comme je l’apprends de mes lecteurs;
Et surtout, je veux continuer à prendre un réel plaisir en écrivant cette histoire, et je pense que ça passe par un peu de planification. Pour me donner des directions. Et ensuite, j’explore.
Ce travail revient entre autre à la nécessité de canaliser le désir brut et brutal d’écrire, pour que ce désir s’épanouisse et se développe au sein d’une trame cohérente, dans un cadre contraignant capable de faire jaillir le meilleur de moi-même. Forcément, les délimitations ont toujours quelque chose d’arbitraire, mais on en a besoin pour la cohérence, et quoi que j’y fasse, n’importe quelle forme artistique est cohérente et réfléchie, et donc dans une certaine mesure, intellectualisée, bornée. L’art n’est pas la religion. Même si l’émotion présidant à la nécessité incroyable de créer, à ce sentiment à la fois écrasant et libérateur, est dans mon expérience quelque chose qui tient entièrement et complètement à la mystique et à la foi.

Et je me dis que finalement, il n’existe pas de hiérarchie des arts, dans le sens où tous les créateurs sont dans la même galère : condamnés par une forme de nécessité intérieure à mettre en forme le chaos. Peut-être seulement que l’écriture représente la vocation la plus contradictoire, en cela que les mots par leur nature même semblent contredire l’impulsion, ils sont peut-être la forme la moins adaptée au désir, et pourtant, ils savent également créer des chemins et ouvrir des portes qu’aucune autre forme ne sait faire apparaître. Les mots sont de nature très subtile, et volatile. Mais parfois, parfois seulement, lorsque la magie opère, ils bâtissent un pont. Entre terre et ciel, néant et existence, entre la solitude et l’infini. Entre l’être et la trame. Inlassablement, les mots racontent ces milliards d’histoire qui rappellent autant qu’elles révèlent ce que nous sommes, ce que nous avons été, et probablement aussi ce que nous serons.

PS : et je dois en partie remercier Clive Barker et Weaveworld pour m’avoir aidé à me réconcilier avec les mots :)

Métaphores militaires

Une journée productive passée à traduire et à envoyer des candidatures pour le travail dont je rêve, traductrice littéraire. C’est comme envoyer une flopée de bouteilles à la mer. Il est assez rare de parler à un humain à l’autre bout de la fibre optique, car même s’il y en a certainement un, il vous évince généralement avec une indifférence magistrale. Vous êtes terriblement anonyme. Ce n’est pas que vous souhaitiez de la reconnaissance, mais vous voudriez simplement avoir la sensation d’être davantage qu’un spectre électronique, ou fantôme de papier lorsque vous utilisez le bon vieux courrier postal. Vous vous démenez en espérant qu’un jour, l’une de ces portes s’entrebâille, et que quelqu’un à l’intérieur vous fasse un signe amical.

Courage à tous ceux qui ont fait le même choix contre-nature d’une carrière contre laquelle toutes les personnes rencontrées vous ont mis en garde, et qui ont décidé d’ignorer les mines contrites des dites personnes pour mieux poursuivre leur propre chemin, et tant pis pour toutes les incertitudes.

Si ça marche, et je suis persuadée que l’acharnement mène forcément quelque part, même si c’est un endroit auquel l’on ne s’attend pas, la récompense n’en sera que plus grande.

La seule chose que j’ai retenu de ces galères post-diplôme, c’est qu’il ne faut jamais rester sur ses acquis, demeurer ouvert à toute nouvelle possibilité, apprendre à changer de stratégie, et à s’adapter à l’ennemi (lequel est, tant qu’il ne nous a pas donné de travail, l’employeur potentiel).

Trouver du travail devient à mes yeux équivalent à assaillir une forteresse. Et je sais qu’un siège, c’est très long, très usant, parfois désespérant, et qu’il faut la jouer très finement pour réussir enfin à percer les défenses de l’ennemi. Alors, tel un général conspirant avec ses officiers dans sa tente, je prépare inlassablement mes plans de bataille. À l’intérieur de la forteresse se trouve mon graal, et si ça se trouve, il ne ressemble en rien à ce que j’attendais.

Patience, exigence, et persévérance sont mes ordres. Pour la prudence, tout juste ce qui est nécessaire.

Rendez-vous au prochain assaut, ne lâchez pas vos armes :)