Archive mensuelles: mars 2014

AUDACE — Un guide exhaustif des maisons d’édition à l’usage des auteurs et des traducteurs

Monsieur Jacques Finné, traducteur et anthologiste chez José Corti, m’a conseillé cette bible qui vaut son pesant d’or (je l’ai payé 120€, et encore, c’était de l’occasion, l’exemplaire de première main devait valoir près de 150€). Ce fut un achat un peu difficile, un investissement s         ans aucune certitude de retour sur la mise. Mais – car il y a un mais, sinon je n’écrirais pas cet article – je n’ai pas utilisé le mot « bible » par hasard. La huitième édition de 2013 regroupe 1120 éditeurs francophones (cela comprend des éditeurs belges, québécois ou suisses, par exemple), à travers 1120 fiches descriptives pratiques permettant de cibler rapidement les maisons d’édition qui correspondent à notre projet.

J’ai reçu le catalogue aujourd’hui et suis parvenue jusqu’à la lettre M, et j’ai déjà découvert une centaine de maisons d’édition dont j’ignorais l’existence.

Un exemple de fiche :

audace_ca

En haut à gauche, le petit bonhomme qui fait la gueule indique que les prestations sont mauvaises, et le CA, par opposition à CE, signale que la maison édite à compte d’auteur, et non à compte d’éditeur. À noter que dans l’introduction, l’auteur Roger Gaillard explique très bien pourquoi il ne faut pas choisir ce type de contrat.

La lettre G indique qu’il s’agit d’un grand éditeur (par opposition à moyen, petit, et micro), le nombre de titres au catalogue et de nouveautés à l’année permettant de se faire une bonne idée de la teneur des activités de la maison.

Pour les traducteurs, et c’est là ce qui m’intéresse dans l’immédiat, l’on peut d’un seul coup d’œil vérifier que la maison édite bien des traductions, dans quels domaines (jeunesse, essais, romans, etc) et en lisant la description toujours très précise, on peut savoir quelle est la proportion d’ouvrages traduits par rapport au reste du catalogue, et quelles langues sont préférées.

Si on l’on ajoute à ces informations les noms des directeurs de collection, des informations précises sur la ligne éditoriale, et l’histoire récente de l’évolution de la maison, on en conclut inévitablement que l’on a bien en main une bible, non seulement pour ceux qui aspirent à publier leur œuvre, mais pour ceux qui cherchent à travailler en tant que traducteurs, quelle que soit leur langue de travail.

En dépit de son prix élevé, donc, je ne peux que le recommander pour toute personne dont le projet est réellement sérieux, et qui désire le faire aboutir au point de dépenser plus de 100€ sans garanties.

 

EDIT : le lendemain, fini de compulser le catalogue, voici un aperçu du nombre de candidatures que je vais devoir faire… ça donne le tournis !

audace

Inspirations

Quelques belles choses pour se refaire une santé mentale.

« Nothing ever begins.

There is no first moment; no single word or place from which this or any other story springs.

The threads can always be traced back to some earlier tale, and to the tales that preceded that; though as the narrator’s voice recedes the connections will seem to grow more tenuous, for each age will want the tale told as if it were of its own making.

Thus the pagan will be sanctified, the tragic become laughable; great lovers will stoop to sentiment, and demons dwindle to clockwork toys.

Nothing is fixed. In and out the shuttle goes, fact and fiction, mind and matter woven into patterns that may have only this in common: that hidden among them is a filigree that will with time become a world. »

Clive Barker, Weaveworld (Le Royaume des devins). Ce sont les premiers mots du livre.

 

Skyrim est en lui-même un jeu très inspirant. Mais je suis soufflée par les paysages, et je dois avouer que j’ai tendance à faire ma touriste quand je m’y promène. Voici donc quelques prises de vue au cours de mes balades (ben quoi, il faut bien se détendre entre deux dragons ! :))

skyrim1

 

skyrim2

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Et enfin, de la musique, avec une très jolie cover au piano.

 

Sublime et art (et surtout cinéma)

Mes pages blanches où le curseur clignote avec une régularité obsessionnelle sont mon arène, mon ring, mon champ de bataille. J’y livre mes combats, et je vous assure que sur le moment, ils ont tout d’un duel à mort. Ce sont les toiles vierges de mes insomnies, l’écran noir de mes nuits blanches, comme aurait dit Nougaro. Ce sont comme des livres de prières dont on aurait effacé tout le contenu. Mes déserts, mes abîmes. Le drame, c’est que ce qui est si cruel à écrire n’est jamais à la hauteur de l’impulsion, de la raison pour laquelle on crée. C’est du moins l’impression tenace que j’ai. Même si, avec le temps, j’ai la sensation de polir mes mots davantage, et surtout, peu à peu, d’approcher de l’essentiel. En gommant les fioritures, autant de béquilles de l’écrivain hésitant.

J’ai fait un mémoire sur le sublime, et l’une des choses qu’il m’a appris, c’est que le sublime est simple. Brut, brutal, sans artifices. C’est la chose la plus compliquée et la plus aisée du monde. Il surgit quand on ne s’y attend pas. Car au fond, c’est ce que j’ai toujours recherché. Transmettre le sublime. Autrement dit, transmettre ce que je vis lorsque j’écris, dans ce que j’écris. C’est une recherche de la pureté, en somme, c’est pourquoi je ne cesse de comparer la quête esthétique à une quête spirituelle. Tant d’oeuvres ont su me transmettre cette immédiateté, m’ont communiqué cette violence instinctive, magnifique, qui ravage autant qu’elle ravit… C’est cela, que je cherche.

Je pense en réalité que le sublime dans l’art est extrêmement travaillé, et fruit d’immenses efforts, et de beaucoup d’acharnement et de persévérance.
Le truc, c’est quand il surgit enfin, ce travail ne se voit pas. Il arrive comme une évidence, et il suscite la jalousie des autres créateurs. Précisément parce qu’il paraît si simple.
J’ai envie de donner en vrac des noms d’oeuvres où j’ai éprouvé ce sublime comme une révélation brutale et évidente, quelque chose dont la violence lumineuse m’a tout simplement bouleversée.

Et je crois que je ne vais parler que des films, parce que je crois, au fond, qu’en tant qu’oeuvre d’art totale (histoire, image, musique), cela reste finalement le genre qui me bouleverse le plus (ironique, quand ma raison de vivre est l’écriture, n’est-ce pas). Avec mes scènes préférées à chaque fois.

Le Cercle des Poètes disparus


Les Noces rebelles.


La Vie de David Gale (attention spoiler – et en espagnol parce qu’il y avait que ça :))


Holy smoke

Et dans un tout autre genre :
The Dark Knight


Lords of the Rings (sérieusement avec toute ma naïveté, c’est pour moi une des plus belles scènes jamais tournées, et la musique…)

Je dois également ajouter un film qui pour moi est un trésor du cinéma :
Once upon a time in the West (spoiler aussi, dois-je le préciser…) (et merci encore Papa de me l’avoir fait découvrir…) Pour moi l’une des scènes les plus intenses du cinéma, parce que tout en retenue, tout est dans le cinéma, la manière de faire, j’adore ce silence…. (au point de vue des dialogues, je veux dire, parce que pour la musique, c’est mon morceau préféré parmi les compositions d’Ennio Morricone)

Voilà donc, je rêve de ces scènes chaque fois que j’écris…
Jusqu’ici, très peu de livres m’ont à ce point bouleversée, et Lisey’s Story de Stephen King demeure l’un des rares. Avec, entre autres, Le Royaume des Devins de Clive Barker.

PS : un dernier pour la route, parce que ce retour dans ma base de données cinématographique m’a donné des idées :

Vers libres

J’ai commencé à vieillir.

 

Ma peau est lourde de rêves en devenir qui frémissent dans mon sang.

Deux virgules violacées témoignent de mes nuits sous des yeux brouillés un rien hallucinés.

Tout mon corps s’arrondit en réponses à mes compulsions, mon cœur tente le silence, ma bouche essaie la parole…

 

Et mes mains… Mes mains tremblent.

 

Placide comme l’eau dormante, mon sang même se tarit dans mes poumons ;

L’air se raréfie, j’aspire des goulées de fumée ; je me regarde dans un ciel sans tain…

Et je prie pour la pluie.

 

Il m’a dit autrefois que j’avais des étoiles sous les ongles

Et moi j’ai continué à gratter le sol

Dans l’espoir idiot de les déterrer enfin

Ses foutues étoiles.

 

Je suis un point de suspension au bout de la ligne,

Flanquée au bord du néant.

 

Chaque fois que reviennent les aurores dorées, que l’air s’alourdit de souvenirs en forme de parfums, que la vibration infime de la lumière piégée par un feuillage neuf jette un éclat aquatique sur l’herbe,

Je suis vieille à nouveau.

 

Je suis pleine d’un milliers de printemps semblables à celui-ci, même si avril a des airs

D’apocalypse, même si le temps fatigué d’attendre entend rétablir sa loi.

Dans mon ventre se nourrissent des créatures qui espèrent exister.

 

J’écoute, mais je n’entends rien, j’apprends, mais ne retiens rien.

Et sur mes lèvres court encore le murmure d’un discours qui ne m’appartient pas

Je flanche – un genou en terre, je demande grâce.

Anonyme, je creuse ma propre tombe au milieu de tous les autres.

Un orage l’aura balayée, car en vain l’on construit sa maison sur les fondations du Déluge.

 

J’écoutais cette même musique en un temps qui appartient déjà à l’Autrefois, dans la nudité atroce d’une chambre d’emprunt. Elle éveillait la même fureur vaine et sublime. Elle couchait les mêmes espoirs sur le papier. La beauté de l’inutile, de l’absence, du vide.

Je voudrais déplier ma peau et mes veines, les millions d’alvéoles de mes poumons, les milliards de capillarités de mon intestin – et tout remplir de lumière pure.

 

Vivre avec l’impression perpétuelle que l’on va mourir, c’est peut-être cela, au fond, vivre.

J’entends au fond de moi la silence de l’espace. Ce silence antique qui est la parenthèse, l’écho, et la fin de l’existence. Ce silence dans lequel s’évanouissent les promesses de l’aube.

Sa froideur possède les tristes richesses d’un oasis que l’on espère plus.

 

Un crépuscule de mars bat des ailes à ma fenêtre. En moi, un vaste silence alors même que la musique se déverse, impétueuse, en trombes dans ma tête.

Je voudrais m’étendre sous le ciel dans l’herbe parée de pluie, accueillir le souffle de l’océan, miroiter d’autres univers.

Faire surface, enfin.

 

La vie d’une chômeuse, un bilan tardif, les projets…

Depuis quelques temps, je ne raconte pas grand-chose sur ce blog, et ceci pour la simple raison que, jeune diplômée confrontée aux difficultés du marché du travail, je suis au chômage depuis un bon bout de temps. Du coup, je passe le plus clair de mon temps à regarder films et séries, à bouquiner, à jouer aux jeux vidéos ; ce qui a pour effet de développer encore davantage mon côté ours.

Alors je me suis dit que j’allais parler un peu de ces choses qui m’occupent.

 

En l’espace de deux semaines, je me suis enfilée l’intégralité de How I Met Your Mother, là j’arrive aux derniers épisodes de la saison 9 actuellement diffusés. C’est marrant parce que c’est mon deuxième essai avec cette série, dont j’avais regardé le premier épisode il y a bien longtemps, et je n’avais pas accroché du tout. Et là, deuxième fois, le premier épisode a déclenché une boulimie télévisuelle. J’ai beaucoup ri et beaucoup pleuré, car c’est dingue ce que les comédies peuvent être, souvent, profondément tristes. Et puis ce genre de série a beau être léger, ça fait réfléchir.

 

Je viens de terminer un livre offert par ma mère La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, qui est un pavé de plus de 600 pages, j’ai cru que je n’arriverais jamais au bout. J’ai plutôt passé un bon moment, sinon je ne l’aurais pas terminé, mais il y a quelque chose qui m’a beaucoup déplu, c’est que ce roman m’a paru prétentieux, avec une vision idéalisée de l’écrivain. Il y a un vrai effort sur les personnages, mais parfois, une sorte de mépris à leur égard de la part de l’auteur ressort, et m’a profondément gênée.

Maintenant, suite à une erreur de commande de mon père, je me suis retrouvée avec pleins de bouquins du genre que je ne lis jamais, comme par exemple Au revoir là-haut, de Pierre Lemaître, le dernier Prix Goncourt. J’ai donc entamé la lecture pas tout à fait débarrassée de mes éternels préjugés sur la littérature française contemporaine à prix littéraires, mais je dois dire que j’ai tout de suite accroché et lu d’une traite une centaine de pages, un très bon début, donc. Il y a un mélange très subtil d’humour et de tragique, assez déroutant, mais qui empêche que cette histoire soit totalement glauque. Jusque-là, une bonne surprise.

 

Je me suis également replongée dans Heroes VI après quelques prises de tête sur le nouveau Might and Magic que j’attendais un peu comme le messie. La carte et le déplacement sont un peu pénibles et je me retrouve coincée avec pas assez de niveau pour affronter les monstres que je rencontre, du coup, je ne sais pas quoi faire ni où aller pour améliorer mon niveau, et normalement, je ne devrais pas me prendre la tête pour ce genre de choses dans un jeu, je trouve ça dommage. Je vais y retourner, bien sûr, parce que j’adore toujours cette série, et cet opus là a d’autres points forts. Du coup, je recommence les campagnes de Heroes VI en orientant mes héros différemment, et c’est toujours aussi amusant.

En parallèle, j’essaie de remporter la victoire culturelle dans l’extension de Civilization V, extension très réussie je dois dire. Dans ma partie actuelle où je joue Pocatello, chef des Shoshones, 5 des 9 civilisations en présence « achètent mes jeans et écoutent ma musique pop » (oui, c’est ce que viennent vous dire les dirigeants quand votre civilisation devient influente sur la leur). Y a rien à faire, réécrire l’Histoire façon Civilization m’amuse toujours autant.

 

J’ai un peu avancé sur mon nouveau roman avec une folle soirée d’écriture où je pense avoir battu mon record en écrivant 8 pages d’un coup. J’ai l’impression que ce roman va être plus facile à écrire que le précédent, parce que j’ai une meilleure idée du plan – même si, comme d’habitude, je ne sais pas comment (même si je sais quand) cela se termine – et parce que je n’aurai probablement que deux personnages, un seul lieu, et une période de temps de quelques mois avec probablement peu de retours en arrière. Contrairement à ma première histoire, ce récit-là ne s’écrit pas par rapport au passé, il s’écrit bien dans le présent. Je peux déjà vous dire qu’il s’agit de l’histoire d’une mère veuve, Aileen, et de sa fille Lisbeth, qui habitent au bord d’un loch quelque part dans les Highlands. L’histoire commence la nuit de Samhain et se terminera à l’aube de Beltaine (1er mai). Je me suis renseignée sur les mythes et folklores de l’Écosse et j’y ai trouvé de la matière inspirante pour construire mon récit. Ce projet est assez excitant et s’il faut en croire Stephen King, je suis bien en phase d’avoir réellement terminé L’Histoire de Zélie (même s’il n’est pas encore corrigé), car il dit qu’il faut se lancer à corps perdu dans un nouveau projet pour être sûr d’avoir terminé le précédent. Celui-ci devrait s’intituler La Saison sombre.

 

Je ne sais pas encore à quoi va ressembler cette année 2014, de mon point de vue elle ne peut être que meilleure par rapport à 2013, que j’ai traversé avec un peu trop de hauts et de bas ; c’était une année émotionnellement très fatigante et d’un autre côté, je dois dire, probablement l’une des plus enrichissantes de ma vingtaine. J’y ai perdu une personne chère, failli en perdre une autre, j’ai obtenu mon diplôme, j’ai vécu des angoisses encore inconnues en m’envolant en Inde. J’ai également bouclé mon premier roman, qui me semble parfois pas mal du tout, et d’autres fois tout juste passable. Mais j’ai déterminé de tenter ma chance avec auprès des éditeurs, ce serait bête de ne pas le faire.

Oui, en fait, quand j’y réfléchis, c’est une année qui m’a apporté beaucoup, et au cours de laquelle j’ai beaucoup vécu. Alors même si je suis prise au piège d’une période de calme plat, le bilan jusqu’ici n’est pas si mauvais. Comment je vois la suite ? C’est difficile, ce sont des questions que je ne me suis jamais posées auparavant. La seule chose que je vois avec certitude, c’est une maison à la campagne. Probablement bretonne, probablement celle d’Ille-etVilaine ou des Côtes d’Armor. J’ai besoin d’un bureau, et au-delà de ça, cela fait tellement longtemps que je rêve de quitter la ville… Je suis de nature calme et contemplative, je ne suis pas faite pour la ville. J’aime me poser pour regarder les choses autour de moi. J’aime ouvrir les fenêtres, être dehors, être attentive aux changements d’air, de lumière, de couleurs. J’aime le rythme lent de la campagne. La sérénité du silence. Et la solitude, surtout la solitude.

Et voilà ! Sur ce, bonne journée :)

Pourquoi James Wan est différent

« Le cinéma d’horreur est le genre le plus noble et le plus pur. C’est le plus justifié. Ces films confrontent ceux qui les regardent à leurs cauchemars qui pré-existent. C’est une confrontation à une réalité psychique. C’est primordial. »

Pacôme Thiellement

James Wan

À le voir sur cette photo, ce jeune homme de 37 ans propre sur lui ressemble un peu au gendre idéal.

Gendre idéal… Pas si sûr !

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Ces images sont extraites de ses quatre films les plus marquants pour le moment, Saw, Dead Silence, Insidious et The Conjuring.

Je garde un vif souvenir de mon visionnage de Saw lors de la fête du cinéma dans une salle étriquée et surchauffée, moment sans doute à l’origine de mon malaise claustrophobique dans les cinémas.

À vrai dire, je n’avais jamais vu de film qui ressemble à Saw. À l’exception peut-être de Seven, une grande réussite dans son genre. On retrouve dans le film de James Wan le côté thriller, avec une intrigue en forme de puzzle plutôt prenante, le côté gore, et légèrement mystique sur les bords. Saw avait réussi son pari de film d’épouvante : il m’a fait horreur, il m’a plu. Un film agressif, intelligent, une bande-son stressante (par Charlie Clouser de Nine Inch Nails, excusez du peu), et une imagination tout à fait machiavélique. Ce que j’en ai surtout retenu, c’est la finesse psychologique : au début du film, je me disais qu’il est absolument impossible de pousser quelqu’un à se scier les pieds lui-même. Mais à la fin du film, j’y croyais. Je me disais même que je l’aurais peut-être fait à la place du personnage. Voilà un point capital pour moi : souvent, ce qui m’empêche d’accrocher à un film d’horreur, c’est le fait que je n’y crois pas. Attention, pas à cause de l’intrigue et des pré-supposés qu’elle demande, mais à cause des personnages, de leurs réactions, de leur incohérence. Alors que là, ça a fonctionné.

Et il y a autre chose dans ce film, qui fait que James Wan est différent.

Cette scène le montre.

En quoi cette scène le montre ? Il faut d’abord dire enfin en quoi James Wan est différent : il est malin. Eh oui, c’est aussi bête que ça. Mais être malin dans le cinéma d’épouvante, c’est une qualité suffisamment rare pour être soulignée. Il n’y a pas beaucoup de réalisateurs qui prennent la peine de construire et créer des effets, aujourd’hui, ils préfèrent balancer la sauce 3D, et en le faisant, ils font du cinéma sans en faire : ce sont juste des images, il n’y a pas de cinéma à proprement parler, et je veux dire par là qu’ils n’utilisent pas les ressources de ce moyen d’expression particulier qu’est le cinéma, et qui possède sa propre syntaxe, sa propre façon de véhiculer un récit. Mais James Wan, lui, tire parti du cinéma. Il construit et crée des effets.

J’ai revu cette scène à l’occasion de mon article, et même comme ça, en plein jour, hors contexte, elle m’a filé des frissons.

Premier point : il fait vraiment noir. Ce n’est pas le cas de la plupart du film, puisque forcément, on n’y voit rien. Mais le film choisit d’en tirer parti grâce à l’artifice du polaroid. Accessoire qui joue un double rôle : comme l’atmosphère est très silencieuse, le bruit de l’appareil n’en ressort que davantage et participe au rythme et à la tension de la scène. Et le flash, très bref, ne nous permet que d’avoir des aperçus de ce qui se passe dans l’appartement, et c’est évidemment là ce qui fiche vraiment la trouille. Cette scène démontre très bien comment le cinéma d’épouvante doit se faire : la scène en elle-même est on ne peut plus classique : une personne seule, les plombs ont sauté, il y a quelqu’un dans l’appartement. James Wan, grâce au polaroïd, trouve une manière brillante de la revisiter.

James Wan fait dans le détail. Il invente, il innove. Et puis, d’un point de vue plus subjectif, j’aime son univers. Avec The Conjuring et Insidious Chapter 2 il semble qu’il réalise un fantasme d’enfant : mêler les histoires de détective aux histoires de fantômes. Et je dois dire que ça me parle pas mal.

Et d’ailleurs, j’ai trouvé cette interview sur youtube à propos de l’usage dont le réalisateur fait du son qui confirme mon opinion : ce mec fait du cinéma, il se contente pas de mettre des images bout à bout.

Mais James Wan, selon moi, ne va pas encore au bout de ses idées. Il peut faire cent fois mieux. Notamment en cessant de faire des concessions et en devenant entièrement lui-même, en mettant sa patte. Il reste trop de musique stridente, il y a trop d’action et pas assez d’ambiance, il peut davantage creuser ses personnages, embaucher de meilleurs acteurs. Je pense qu’il n’est pas tout à fait encore mûr en tant que réalisateur. Mais on peut déjà reconnaître un film de James Wan, au même titre que l’on reconnaît un Kubrick ou un Shyalaman, deux réalisateurs qui font du cinéma.

Si vous êtes amateur du genre, regardez Insidious Chapter 2. Quelques scènes en valent la peine, malgré une intrigue que j’ai trouvé un peu compliquée, mêlée à des éléments un peu bateau. Mais l’ensemble se tient.