Archive mensuelles: décembre 2013

Estrangement

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Cet été, j’étais derrière cette fenêtre, à regarder la mousson asphyxier la ville. Chaleur tropicale saturée d’humidité et pluies torrentielles transformant certaines rues en fleuves. Ma connexion Internet passait par cette même fenêtre. En bas les gamins jouaient au cricket dès qu’ils n’avaient pas école. Et pendant les fêtes en l’honneur de Ganesh, des percussions assourdissantes enveloppaient le quartier. C’était un quartier fait de bric et de broc, comme des centaines d’autres quartiers dans la partie ouest d’Ahmedabad, opposée à la vieille ville, de l’autre côté du fleuve.

J’ai vécu ce voyage sur le mode de l’exil. Auparavant, je n’étais jamais sortie d’Europe, à part pour une quinzaine de jours magiques au Québec. Forcément, ce voyage m’a donné matière à réfléchir. Il se trouve que ces derniers jours, les journaux Slate et Le Monde ont de nouveau créé chez moi des résonnances. L’article de Slate était une tribune où l’auteur expliquait [attention : mode partial et subjectif on] en gros que les valeurs des Lumières étaient propres à l’Europe et qu’il fallait cesser de vouloir les croire universelles. De l’autre, je lis un article du Monde expliquant que l’homosexualité est à nouveau susceptible de sanctions en Inde. Un argument me semble suffire pour contrer Monsieur Le Biez, l’auteur sur Slate, et c’est celui d’un militant de la cause homosexuelle en Inde, Gautam Bahn : « Nos droits viennent de la Constitution et de notre dignité humaine et aucun jugement ne peut nous les retirer ». La Constitution, ok, particularisme propre à chaque démocratie. Mais la dignité humaine ? Est-ce le seul héritage de l’Europe ? Je pense que monsieur Bahn a plus que raison de l’évoquer. Et cette dignité bat en brèche le relativisme. Aucun jugement ne peut les retirer parce que la dignité humaine est la même partout. Et c’est parce qu’on la reconnaît comme universelle que la discrimination, l’oppression des minorités, le mépris des femmes, ne sont nulle part sur notre planète des choses acceptables. Non, la déclaration des droits de l’homme n’est pas simplement un produit de la culture européenne. Demandez ce qu’ils en pensent à l’ONU, à Amnesty International, à tous ceux qui sont victimes du mépris de leurs semblables.

Je commence cet article par cette note politique parce que c’est ce clivage idéologique qui est au cœur de mon voyage, du malaise que j’ai ressenti en Inde. Évidemment s’y sont ajoutés d’autres paramètres, qui me sont très personnels. J’avais souvent entendu dire que l’Inde, on adore ou on déteste. Je me souviens avoir lu un roman de Dan Simmons se déroulant dans une Calcutta étouffante, terrifiante. Eh bien je crois que j’ai ressenti la même chose dans les rues d’Ahmedabad. Je vous conseille de regarder les photos de Frédéric Delangle, qui reflètent mieux ce que j’ai vu que si vous cherchez le nom de la ville dans Google. Je me rends compte à cette occasion à quel point les photos expriment un point de vue, et à quel point elles peuvent être dissemblables à la réalité, ou à sa propre perception. Je pense que je me souviendrai toute ma vie de ce soir où des amis Indiens nous ont emmenés en plein cœur de la ville pour manger une glace (en fait, ça s’est avéré presque un repas complet, je crois que les Gujaratis sont très gourmands ;). Notre arrivée dans une rue mal éclairée mais grouillante de monde, les gens dormant à même le sol sur les trottoirs, les déchets partout sur la route mal pavée, la chaleur d’autant plus étouffante dans cette atmosphère saturée. La place où nous avons débouché, où il n’y avait que des restaurants, et cette fois, beaucoup de lumière, et tout une foule attablée. Je suis habituellement mal à l’aise dans les endroits remplis de monde et je peux vous dire que j’ai passé une sale demi-heure.

Je me suis enfin détendue en arrivant à Goa. C’est là où j’ai pris presque toutes mes photos. Je ne suis malheureusement pas très photo, je ne sors pas spontanément mon appareil, notamment parce que je déteste passer pour une touriste (c’est idiot, je sais). Mais là en plus, je vous mets au défi de prendre tranquillement vos photos dans une ville comme Ahmedabad, où vous êtes en permanence dévisagé par des centaines d’inconnus. Du coup, à Goa, l’ambiance est très différente. C’est une atmosphère de vacances. L’endroit est niché dans une végétation tropicale magnifique, semé de maisons colorées de style portugais. J’ai particulièrement adoré les arbres :

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L’autre attraction de la région, ce sont évidemment les plages magnifiques :

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On y trouve également de nombreuses églises, dont certaines très anciennes, et des temples chelous :

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Le côté chouette du séjour (à part la possibilité de picoler à volonté après un mois et demi d’abstinence et de dur labeur), c’était qu’on avait loué un taxi pour nos trois jours, et du coup le chauffeur – adorable – nous a baladé dans tout le pays pour nous montrer les jolis endroits.

Goa a été une conclusion inattendue à mon voyage. Des rues fréquentées mais pas surpeuplées, ce petit restaurant où j’ai eu la joie de pouvoir déguster un petit-déjeuner anglais en écoutant les Doors, l’anonymat presque retrouvé dans ce coin où les locaux sont habitués à voir des touristes… Cet endroit a un petit goût de paradis.

Alors voilà, globalement, je n’ai pas aimé l’Inde. Du moins, le Gujarat, car redisons-le, l’Inde est un vaste pays, unifié assez récemment, et les modes de vie sont très variés d’un État à l’autre. Mais j’y ai appris beaucoup de choses, j’ai été enrichie au contact de mon patron et de son entourage, et bien sûr de mes colocs et collègues, que voici :

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C’est d’ailleurs grâce à ces derniers, malgré quelques incompréhensions, que j’ai survécu à mon voyage. Leur gentillesse demeure inégalée, gloire leur en soit rendue :)

Je n’ai pas tout détesté, et d’ailleurs, je m’intéresse particulièrement aux nouvelles d’Inde, car je me demande comment ce pays va évoluer. C’est un pays d’une grande richesse culturelle, à cheval entre traditions et modernité. J’ai vu au contact des Indiens à qui j’ai eu l’occasion de parler plus de cinq minutes qu’ils étaient bien avec toutes leurs traditions, y compris le mariage arrangé. Et j’ai eu la nette impression que ce cadre était pour eux quelque chose de rassurant. D’ailleurs, en tant qu’hommes de bonne famille, pourquoi vouloir changer ? Ce sont des privilégiés que j’ai rencontrés. Les inconvénients de leur mode de vie sont mineurs, pour eux. Ces hommes-là n’auraient même pas su cuisiner un œuf au plat. Les hommes de bonne famille sont des enfants rois. Et franchement, je ne les envie pas.

Je les ai laissés là où ils sont, j’ai regagné mon pays en l’aimant d’autant plus :) Je ne regrette pas une seule seconde d’être partie, mais je me suis juré que la prochaine fois que je voyagerai, ce sera dans un pays où les gens sont libres de vivre exactement comme ils le souhaitent. Un pays où, par-dessus tout, on a la possibilité de choisir. Choisir qui l’on est, choisir quelles valeurs transmettre, choisir sa place dans la société plutôt que de la recevoir en héritage.

Bienvenue !

Je suis fière et ravie de vous présenter mon site, réalisé par les soins de ma sœur ! Cela fait longtemps qu’on y réfléchit, et tel que vous le voyez aujourd’hui, il reflète ma volonté d’offrir une « vitrine » qui ne soit ni un site perso, ni un site pro. En effet, c’est le site de Muriel Georges, traductrice et rédactrice, mais c’est aussi celui de Maloriel, auteure, et celui de Muriel, simple habitante de la planète Terre.

Dans ce blog, on parlera très bientôt de voyages, où je raconterai un peu ce que j’ai retiré de mon expédition en Inde cet été, en forme de bilan, et avec des photos ! Mais de manière générale, on y parlera d’écriture, de traduction, et de bien d’autres choses que je trouverai assez intéressantes pour vouloir les partager. La diversité des billets reflétera mon incurable curiosité, et vous y trouverez aussi bien évidemment mon actualité.

Au plaisir de vous lire peut-être dans les commentaires ou par courriels, je vous souhaite une agréable visite !

PS : Vous trouverez ci-dessous les articles de blog que j’ai écrit cet été sur mon blog perso, et que je reporte ici.