Archive mensuelles: août 2013

Encore un billet fourre-tout !

Discussion des plus étranges hier avec mes colocs. En fait, Jérôme nous proposait de sortir ce soir. Avec qui, demande-t-on. Avec un gars dont je ne me souviens plus le nom. Je demande qui il est. Eh bien c’est quelqu’un qu’ils ont rencontré…au supermarché. Je n’ai pas eu les détails de la rencontre, mais enfin, je dis, c’est quand même bizarre de donner son numéro à un parfait inconnu qu’on a rencontré dans un supermarché. On m’explique que non, pas tant que ça, soit, mais ce n’est pas encore ça qui est bizarre. Le gars semble avoir un intérêt particulier à connaître Jérôme, parce qu’il est Noir, et que ça court vraiment pas les rues par ici. Là, je trouve vraiment ça très bizarre. Et Camilla de me demander : si tu rencontrais une Indienne en France et que vous commenciez à discuter, tu n’aurais pas envie de la revoir ? Ben… Non. Et c’est cela qui surprend mes colocs. Je me contrefiche de la nationalité des gens, perso. Je veux pas voir quelqu’un parce que il est Haïtien, Japonais, ou Norvégien (ah là, quoi que… Mince, je m’auto-casse :) Enfin bref. J’ai du mal à comprendre cette façon de voir les choses. Mes colocs sont vraiment sympas mais ils sont vraiment incroyablement sociables. Je me demande si ça leur arrive d’avoir envie d’être seuls. Échanger, parler, parler, parler. Multiplier les rencontres. Sortir à la première occasion.
Mon patron m’a demandé pourquoi je ne voulais pas aller à Mumbai. Je lui ai maladroitement expliqué que j’étais mal à l’aise dans les grandes villes. Lui et Camilla essaient de me convaincre que si, il faut que j’y aille. Pas facile d’expliquer que j’ai déjà du mal à prendre plaisir à mon séjour ici. Que je ne me sens pas bien ici. Voilà, c’est dit. Je ne me sens pas bien ici. Et je veux rentrer :) Pas de panique, ça va, et j’irai au bout de mon séjour. Et je reste positive. Et je ne regrette rien de ma démarche. Ce voyage me conforte dans ce que je crois savoir de moi-même, c’est tout. J’y apprends à surmonter mes peurs. On est tous très différents. Si cela revient sur le tapis, j’essaierai peut-être d’expliquer à Camilla que rien que le fait de venir ici était déjà un gros challenge pour moi. Presque chaque jour est un challenge. Aller acheter des légumes est un challenge (challenge réussi, d’ailleurs j’essaierai de revoir les mêmes vendeurs, une mère et son fils ados, ils sont adorables, ce qui n’est pas le cas de tout le monde ici).
Cela dit, je m’entends globalement bien avec mes colocs. Le seul problème, c’est quand les deux filles sont là, car elles sont toutes les deux très bavardes et parlent fort, pas facile de s’intégrer à la conversation. C’est plus facile quand il y en a juste une sur deux :) Ce qui est chouette, c’est qu’on peut apprendre des trucs sur nos cultures respectives, mais aussi sur nos langues, et c’est assez amusant souvent :) Et puis Jérôme et Aïda qui sont là depuis un moment nous parlent aussi de ce qu’ils connaissent de l’Inde. Et ce que j’apprends encore sur le Gujarat confirme le fait que je n’aime pas particulièrement l’état d’esprit ici. Par exemple, il est apparemment difficile de trouver un appart quand on est célibataire, quand on est en couple sans être marié, ou quand on est un étranger. Je trouve que ce genre de choses donne une bonne idée de l’ambiance. J’en parlais à Nath, fait divers que j’ai lu l’autre jour : une femme, désespérée de ne mettre au monde que des filles, s’est immolée par le feu avec ses deux gamines de quatre et six ans. Alors d’accord, ça reste un fait divers, d’accord, les mentalités commencent à changer. Mais ça reste un pays sexiste et quand tu es une femme, tu n’es apparemment pas un être humain comme les autres, tu es une femme.

Bon, et aussi, en parlant de retour, les détails de mon voyage ont un peu changé. Je n’ai pris mon billet qu’hier, et j’ai bien fait, car en fait on ne va rentrer de Goa que… le premier octobre. Dans l’après—midi. Ce qui signifie que juste après, dans la nuit, vers 2h30 du matin, on part à l’aéroport (Camilla a un avion à peu près à la même heure que moi, le mien est à 04h45). Cette fois je prends Qatar Airways et je fais une courte escale à Doha. Je serai à Paris le mercredi 2 octobre à 14h30 (le voyage dure en tout à peu près 13h, je crois. Autant dire que je vais arriver décalquée comme jamais.

En tout cas la santé ça va, à part quelques maux de ventre, j’ai réussi à m’habituer à la chaleur et je dors correctement. Je reviendrai sans doute avec quelques carences faute de savoir vraiment m’alimenter avec les produits locaux, et de ne pas prendre vraiment le temps d’acheter tout ce qu’il faut, mais j’essaie d’équilibrer quand même. C’était la parenthèse destinée aux parents inquiets 😉

Tiens, hier, j’ai regardé Life of Pi, c’était pas mal ! De belles images, en tout cas, et une jolie histoire. Au début je croyais que c’était hyper neu-neu, mais en fait pas tant que ça. Comme c’était l’histoire d’un Indien, je me suis dit que c’était de circonstance :) Et j’aime beaucoup l’acteur qui raconte l’histoire. À  voir !
Mes colocs m’ont fait découvrir leur collection de films Indiens, et j’ai regardé Don, un thriller à l’intrigue assez bien foutue, mais j’ai été assez surprise par les…chansons en plein milieu. Cela dit, il était assez drôle, alors j’ai bien aimé. Oui, en somme, c’était une comédie thriller avec des chansons… Welcome to Bollywood ! Voici une des chansons du film, sans les sous-titres désolée. Notre héros, en cavale accompagné de sa belle, raconte ses malheurs à une bande de fêtards après avoir consommé un peu trop de lait à la marijuana. Le refrain c’est « Eating a paan from Benares », et le paan c’est une préparation de feuilles magiques et de tabac. (par feuilles magiques j’entends des feuilles qui te font rigoler, mais c’est pas de la marijuana). Comme quoi, il semble y avoir un gouffre entre certaines productions bollywodiennes et la réalité dans certains endroits du pays…

Voilà, voilà. Je redécouvre chaque jour la signification de la formule « There is no place like home », vous me manquez tous beaucoup beaucoup !

Trucs en vrac

Namaste !

Bonne nouvelle ! Le 21 septembre, je me soule ! (quoi, ce n’est pas une bonne façon de commencer un billet ?)

Et à Goa, s’il vous plaît. Apparemment un endroit célèbre pour ses fêtes. Oui parce que figurez-vous que je suis invitée à la « bachelor party » de mon patron. Je sens que ça va être épique cette histoire. Accha ! (hindi pour « super » ou un peu tout ce qu’on veut en fait. Se prononce « atcha »)

Bon. Comme je le racontais vite fait à Nathalie par mail, hier je suis allée au marché avec Camilla, et je n’y retournerai pas, like never ever.

Je ne m’habituerai pas à la foule, et surtout pas au fait d’être l’attraction locale où qu’on aille, et d’avoir à chaque mètre des hommes qui t’alpaguent – plus ou moins poliment. En fait, j’ai grave flippé là-bas. Cette sensation d’oppression, ce fourmillement humain, ce bruit constant, tous ces regards… Argh.

Je n’arrive pas à me repérer dans cette ville. Le marché était à 20 minutes en rickshaw, et tous les quartiers de ce côté ci de la ville se ressemblent. Mais j’ai vu un éléphant, deux chameaux, et un singe :) C’est vraiment beau, un éléphant. Je n’en avais jamais vu en vrai, et bah ça a la classe c’te bête.

En fait ce marché m’a déprimée, du genre je veux disparaître dans un trou et ne jamais en sortir, ou genre je veux faire un séjour thérapeutique dans les Highlands, et aujourd’hui en pause clope au travail j’ai senti monter l’agressivité en moi du genre : what the fuck are you looking at ? Mais j’ai rien dit, évidemment. Et je me suis dit qu’il fallait que je prenne du recul, et que je regarde les choses avec humour. Et maintenant que Jérôme et Aïda sont revenus, je pense que ça va aller mieux, on se sent toujours plus à l’aise avec plus de monde en environnement inconnu. Après une bonne discussion ce soir sur tout et rien, ça va mieux :) Je me sens plus capable de vivre à peu près sereinement le reste de mon séjour.

Saviez-vous que dans certains États, il y autant de gens qui vivent dans des bidonvilles que d’habitants en France ? Et d’après les prévisions économiques, c’est pas près de diminuer. C’est un cliché, mais voyager dans un pays où il y a beaucoup de pauvre (et non pas dans un pays pauvre, on peut pas dire ça de l’Inde), ça fait vraiment relativiser. On se plaint sans arrêt en France, mais faut aussi se rappeler que la pauvreté c’est beaucoup dans la tête.

Et qui dit argent dit consommation, et là je réfléchissais au niveau de la bouffe, y a quand même des trucs absurdes : en Inde, c’est très facile de consommer local. Presque tout ce que j’achète est fabriqué en Inde, voire au Gujarat. En France, faut se concentrer pour trouver les produits locaux, et c’est pas comme  si on produisait pas assez de bouffe ! Alors on se retrouve à acheter des produits de saison qui viennent d’Amérique du Sud, alors qu’ici tu descends en bas de chez toi et t’as le paysan du coin qui vend ses légumes. C’est ridiculement pas cher et bien meilleur.

Enfin bref. J’ai commencé à manger des trucs dont je me souviens. Ce midi, un dosas fourré à la pomme de terre, et aux des légumes divers parfumés à la coriandre. J’ai goûté les kakhras, fine galette épicée. Y a beaucoup de choses qui ressemblent à des crêpes, qu’on fourre aux légumes et qu’on peut manger avec différentes sauces (dont les sauces à la menthe que j’adore), ou une sorte de yaourt plus fermenté que nos yaourts. Les Indiens sont apparemment autant fans que moi du cumin, et  ça c’est une bonne nouvelle :) J’ai hâte d’aller dans un vraiment bon resto, car je sais que la bouffe indienne peut être absolument fantastique, jusqu’ici je n’en ai eu qu’un aperçu avec des petits restos de bouffe à emporter plutôt ordinaires (enfin aussi ordinaire que puisse être la nourriture ici). Si j’en trouve ici, je m’achèterai un bouquin de cuisine pour refaire quelques spécialités que je vous convierai à déguster :)

Khakhra :

Dosas :

Et le must de la cuisine du Gujarat, le thali, c’est ça :

En somme un repas complet en forme d’assortiment de pains, de sauces, de légumes, et de riz.

Bon app’ si vous passez à table :)

Le sens de l’humour des industries pharmaceutiques

En parlant des effets secondaires dans la notice d’un médicament :

« In rare cases, depression or psychosis can progress to thoughts of suicide, suicide attempts, or completed suicide. If this happens, stop taking the treatment and contact your doctor immediately. »

Tant pis, je vais garder cette énormité, peut-être que ça fera rire des dépressifs.

C’est parti pour ma deuxième semaine !

Il y a une semaine, je débarquais, effarée, dans la chaleur humide étouffante rapidement suivie d’une pluie battante, en voiture avec mon patron dans la folie furieuse des rues d’Ahmedabad qui commence déjà à me paraître normale (à chaque fois je pense à vous Nath et Mathias qui avez facilement peur en voiture, je suis pas sure que vous supporteriez :). Hier, mon rickshaw a même pris une grosse artère à contresens). Son accent — à mon boss— ne me paraît par contre toujours pas normal. Par contre, au bout d’une semaine, je me rends compte que c’est un chic type, plutôt timide en réalité (j’étais d’abord moi-même trop intimidée pour m’en apercevoir), prêt à nous rendre service (notamment pour nous commander la nourriture et nous conseiller là-dessus à midi. À ce propos, ne me demandez pas ce que je mange, la plupart du temps je n’en ai aucune idée ! :)), et plutôt souple au niveau des horaires, et pas du tout dans notre dos à surveiller nos avancées.

Aujourd’hui j’ai fait de la relecture, ce que je n’avais jamais fait en traduction technique, et j’ai bien aimé ! Je commence déjà à être plus à l’aise en traduction médicale, et jusqu’ici tous les documents que j’ai lus ou traduits se recoupent pas mal. Je n’ai fait pratiquement que des textes concernant des médicaments prescrits pour le traitement du sida, des antirétroviraux. (et je crois même avoir une idée assez bonne de la manière dont ça fonctionne). Le vocabulaire et les formulations commencent donc à rentrer. J’espère en tout cas que j’ai fait mieux en traduction que la personne dont j’ai relu le texte, par moments on dirait presque du Google Traduction tellement c’est collé à l’anglais, jusqu’au non-sens, sans problème. Pas évident à relire, mes instructifs, et comme souvent dans le travail de relecture, je repère mes propres défauts et erreurs à travers ceux des autres, ce qui ne peut que m’aider à progresser.

Une journaliste espagnole qui est correspondante de son journal en Inde est passée au bureau, je ne sais pas pour quelle raison, mais en tout cas elle était très sympathique et nous a proposé (à Camilla et moi) de nous voir sur notre temps libre. Dimanche matin, il se peut qu’on aille à un grand marché près de la vieille ville, qu’elle a l’air de trouver super. Elle voulait nos e-mails et quand j’ai sorti ma carte de visite ça a impressionné tout le monde, même mon patron en a voulu une, ahah :)

Je n’ai pas vu grand-chose de la ville pour l’instant, je circule dans une zone assez restreinte, mais c’est déjà assez pour savoir qu’en Inde, il y a des dentistes qui pratiquent dans la rue. Si, si. Et je vous avouerais que ça m’a fait drôle de découvrir le nombre de gens qui vivent littéralement sur le trottoir, vaguement protégés par une bâche. Mais contrairement aux clochards européens, ils ne sont pas saouls et les femmes portent des saris éclatants de couleurs. Je me suis demandée ce qu’ils pouvaient bien faire de leurs journées. Qu’on les passe à boire, je pige, mais là… Quand on voit le degré de pauvreté, même chez des gens plus « riches », on comprend, enfin moi en tout cas, aisément pourquoi les gens sont si religieux. Je pense que dans de telles conditions de vie, il n’y a juste aucun autre moyen de ne pas sombrer dans le désespoir. M’enfin c’est à relativiser bien évidemment, presque tout le monde est religieux ici.

D’ailleurs dans un billet précédent je faisais une comparaison avec la France par rapport à la communauté musulmane, mais je crois qu’elle s’arrête très vite, car la situation est très différente ici. La culture musulmane a marqué durablement le pays, qui a été sous son contrôle pendant très très longtemps. En fait, la mouvance hindoue conservatrice d’aujourd’hui, née de l’Indépendance, semble tenter de compenser un manque (imaginaire ou non) d’affirmation identitaire et politique. Certains Hindous semblent avoir l’impression qu’ils n’ont jamais regagné leur fierté ni leur identité après des siècles de domination étrangère. Le nationalisme Indien est apparemment très fort, et très différent du nôtre car en dépit des heurts communautaires, c’est une nation réellement multi-culturaliste, et je ne pense pas qu’on précise ici que les musulmans sont Indiens, ça va de soi, en fait. En bref, les Hindous veulent faire sentir qu’ils existent et sont fiers de leur culture et mode de vie, il semble y avoir ce besoin de s’affirmer. Enfin, c’est ce que j’arrive à percevoir et à comprendre, ce n’est pas à prendre pour argent comptant :)

Voilà, voilà :) Sinon, je commence à réussir à dormir la nuit, voilà une bonne chose, il était temps ! Je commence aussi à savoir quoi manger et ça y est, je ne meurs plus de faim comme les premiers jours. Hier je suis retournée au supermarché, les amis des légumes devraient tous venir en Inde, c’est hallucinant tous les trucs qu’il y a. Je n’ai pas été encore très aventureuse et n’ai pas encore acheté de légume inconnu, mais la prochaine fois, pourquoi pas !

À très vite pour une nouvelle entrée de ce carnet de bord !

Ahmedabad, jours 3 et 4

En fait il n’y a pas grand-chose à raconter, donc ce billet va plutôt servir à noter quelques réflexions.

Le dimanche matin dans ce quartier, c’est très bruyant (avec notamment des télés ou des radios diffusant à plein tube des chants religieux — enfin je pense que c’est religieux, et un voisin qui tape au marteau), du coup je me bénis d’avoir emporté mes boules quiès, j’avais vraiment besoin de dormir.

Je réfléchissais en me levant, et je me rends compte que je risque en fait de me trouver un peu dans la même situation que Mathias et Nath quand ils étaient au Québec : pas assez de temps libre pour bouger, dans un pays où tout est très loin et donc difficile d’accès. Même au sein de la ville, c’est très grand. Il y a bien des bus, mais franchement pour l’instant je n’ai pas le courage de les expérimenter. Ceci pour plusieurs raisons : prendre le bus dans une capitale, c’est tout une aventure. Dans une capitale surpeuplée qui plus est. Et la dernière raison, c’est qu’il faut l’attendre, le bus. Et là, ça mérite une explication. J’avais dit que j’avais eu l’impression d’être dévisagée à l’aéroport de Dehli, eh bien là ça continue. Là où je bosse, ce ne sont que des bureaux. Enfin, des bureaux à l’indienne, ce sont des petits locaux qui ressemblent plutôt à des boutiques, sauf qu’on n’y vend rien. Là-bas, je commence à me sentir soulagée quand je vois une femme, et cela reste très rare. Non seulement je suis une étrangère, mais je suis une femme, et par moment je me sens très seule dans cet environnement masculin où le moins qu’on puisse dire, c’est que je ne passe pas inaperçu. Certains des hommes que je croise là-bas me sourient gentiment, d’autres se contentent de me regarder avec insistance. C’est pour cette raison que je n’ai pas envie d’attendre le bus sous un feu croisé de regards (et parfaitement indéchiffrables, ces regards…). De ce point de vue là, j’ai hâte de retrouver mon anonymat de bretonne !

Je n’ai pas encore essayé d’aller à pieds où que ce soit. Certains endroits, en distance, sont relativement accessibles, mais ce que je n’avais pas prévu, c’est l’état des routes, la quasi inexistence des trottoirs, et les immenses intersections qu’on se retrouve forcé de traverser. À ce propos, je pense que les policiers en France, quel que soit leur service, devraient tous venir faire un stage à la circulation en Inde, car il faut avoir du cran et pas mal d’autorité pour rester debout au milieu du carrefour et faire passer tout le monde. Il y a bien des feux, mais il y a tjrs un flic à ces endroits. D’ailleurs on ne doit pas tout à fait faire les mêmes signes parce que moi je comprends pas trop les gestes à chaque fois… Enfin bref du coup, j’essaierai sans doute, mais je vous avoue que ça m’inspire une peur authentique de circuler à pied. Ne restent plus que les rickshaws, du coup. Et comme ils parlent à peine anglais et sont parfois de mauvaise volonté, c’est pas non plus quelque chose qu’on a tout le temps envie de faire.

En tout cas, on se retrouve facilement isolé. J’habite juste à côté de l’une de ces grandes intersections. Je pense que je vais peut-être essayer de faire le tour des petites rues adjacentes pour commencer. Déjà à Paris je me sens perdue, mais à Paris y a des métros à tous les coins de rue, et une vraie vie de quartier !

Autre réflexion : il est vraiment temps que je m’habitue à la chaleur, car au mois de septembre apparemment je risque les 40°C, et j’avoue que ça m’inquiète un peu, mais ma coloc allemande est dans le même cas que moi :)

Tous les jours, on reçoit le journal local, donc j’y jette un coup d’œil, ainsi qu’aux infos sur le net, car maintenant j’ai deux pages d’accueil Yahoo, une française et une indienne. Là j’ai deux colocs qui ont pris des vacances et partent dans le nord, eh bien j’espère que ça ira pour eux. Mathias le sait sans doute, moi je l’ignorais : il y a déjà eu quatre fois la guerre avec le Pakistan ! Et ces derniers jours, des échanges de coups de feu à la frontière, ainsi que des émeutes anti-musulmanes dans le Rajasthan (voisin du Gujarat) et dans le Cachemire. Quand je repensais au sentiment anti-musulman en France, je me dis en fait que ça va pas si mal. J’ai appris que le « Chief Minister » (chaque État à un « ministre en chef », celui qui gouverne c’est le premier ministre de l’Inde, et le président dirige les forces armées) du Gujarat est soupçonné par la commission des US sur la tolérance religieuse d’avoir une part de responsabilité dans les émeutes religieuses de 2002, qui ont fait quand même 1000 morts, majoritairement musulmans. Ce gars ne me plaît pas d’après ce que j’ai lu jusqu’ici, c’est un Hindou conservateur, il appartient à l’opposition actuelle (le parti qui gouverne est globalement le même qu’à l’époque des Gandhi, le parti conservateur a rarement gagné les élections), et tout le monde a l’air de penser qu’il a de fortes chances de devenir premier ministre aux prochaines élections. C’est moi où partout dans les démocraties du monde, on prête de plus en plus l’oreille aux conservateurs qui dissimulent parfois mal un extrémisme ? C’est d’autant plus ironique quand on pense aux soulèvements de masse dans d’autres pays pour obtenir plus de liberté… ou la liberté tout court, d’ailleurs.

Pfiou, en tout cas quand on pense que l’hindouïsme est censé être une religion syncrétique et tolérante…

Je me demande si j’aurai l’occasion d’en parler avec un Indien, car ça m’intrigue. À quel point prennent-ils leur religion littéralement ? Est-ce qu’ils croient vraiment qu’il existe des dieux à tête d’éléphants ?

De façon plus légère, j’ai appris que tant mieux que mon patron est venu me chercher à l’aéroport, car apparemment il y a là-bas une « mafia » des rickshaws qui forcent la main aux voyageurs et vole leur boulot aux « vrais » rickshaws (comme les taxis, c’est un service officiel et réglementé). Vous imaginez ça, une mafia de taxis à Charles de Gaulle ?! uhuh :)

Et cette année, l’équipe Indienne a gagné les championnats mondiaux de cricket. Dommage qu’on n’ait pas la télé, ç’aurait été un bon moyen d’en savoir plus sur les us et coutumes du coin, et de voir un tournoi de cricket, ce qui je l’avoue m’intrigue !

Bon, finalement j’ai juste fait un petit tour dans le quartier mais je n’ai pas osé aller très loin par crainte de me perdre… J’ai vu des résidences fermées qui avaient l’air plutôt chic, mais le reste, c’est des immeubles modestes comme le nôtre, et surtout des petites maisons individuelles très modestes. Le quartier est plutôt calme, et j’ai commencé à m’initier à la marche à pieds le long des grandes artères. Mais sérieux, tout le monde me fixe, on dirait qu’ils n’ont jamais vu d’étrangers, c’est vraiment désagréable.

Voilà, voilà, je n’ai pas été très très courageuse aujourd’hui, donc. Mais bon je profite aussi du dimanche pour pouvoir me poser un peu et glander en toute sérénité. Je vous laisse donc et vous souhaite un bon dimanche :)

PS : J’ai passé mon après-midi à lire ce blog, découvert par hasard en surfant sur Slate. ça en vaut vraiment le détour. C’est intéressant et diablement bien écrit, avec certaines fulgurances…  et une tristesse et une angoisse existentielles nuancées par un humour noir parfois exagéré, tout cela est fait pour me plaire :)

Ahmedabad, jour 2

vendredi 16 août 2013

 

Eh bien finalement, tout ou presque était ouvert hier. Camilla et moi sommes allées dans un supermarché où une nouvelle fois, j’ai pu constater à quel point les Indiens étaient procéduriers : on est fouillé à l’entrée du complexe commercial, on doit laisser son sac à l’entrée du supermarché, et quand on sort, il faut se faire tamponner son ticket de caisse (je n’ai pas la moindre idée de l’utilité de cette démarche, à part donner un emploi supplémentaire…). Une fois sur place, je n’ai pas trop su quoi acheter, et il y avait plein de trucs que j’étais incapable d’identifier. C’est vraiment un régime végétarien, avec beaucoup de soupes ou de sauces pour accompagner riz et graines en tout genre, c’est pas forcément évident de savoir quoi se faire à manger avec des habitudes alimentaires locales si différentes des nôtres.

Le soir, je suis sortie avec Jérôme et Aïda qui rejoignaient toute une troupe d’amis. On est allés dîner à un buffet. Les entrées sont en self— service et je pensais que ça constituait tout le repas, aussi j’ai été quelque peu surprise de voir le serveur arriver avec des nans et des parts de pizza qu’il apportaient unité par unité, ce qui fait que pendant un moment j’ai cru que le repas ne s’arrêterait jamais. L’endroit était bien trop bruyant à mon goût et la bouffe simplement correcte. Soirée relativement sympa malgré tout mais je venais d’arriver et je me sentais toujours perdue (là je commence déjà à prendre quelques repères).

Aujourd’hui ce n’était pas mon jour de chance et j’ai cumulé plein de petites mésaventures désagréables :) D’abord, je croyais que l’entreprise fournissait les ordinateurs, mais en fait non, il fallait que j’apporte le mien. Or, je n’ai même pas pris de quoi le transporter à la main, ne pensant pas devoir le déplacer (il est imposant et franchement plutôt lourd). Du coup, j’ai dû retourner à l’appart, ce qui en un sens n’est pas plus mal car je n’ai eu d’autre choix que de prendre mon courage à deux mains et de prendre un rickshaw seule. Et je ne me suis même pas fait arnaquer !

J’en profite pour dire un mot sur ces rickshaws, moyen de transport si particulier et si unique à cette partie du monde. Voici à quoi ça ressemble :

rickshaw

Il y en a littéralement à tous les coins de rue. Certains conducteurs ne sont pas tout à fait honnêtes et ne mettent pas en marche leur compteur, et font donc payer des sommes « forfaitaires » toujours trop élevées. Du coup, il faut d’abord demander si le conducteur veut bien nous emmener à telle destination, et vérifier qu’il a remis son compteur à zéro. À l’arrivée, en cas de doute sur le prix, faut insister un peu et ils sortent une fiche de tarifs correspondants à la distance parcourue. Ce qui est bien c’est que si quelqu’un ne veut pas vous emmener parce que c’est trop près ou qu’il ne veut pas mettre son compteur, vous mettrez moins de dix secondes à en trouver un autre. Par contre il faut avoir des petites coupures, rendre la monnaie n’est pas tellement l’usage.

J’ai donc fait de la monnaie dans la boutique en bas de l’immeuble, je suis allée chercher mon ordinateur que j’ai transporté dans un sac plastique. En revenant, je me suis étalée en beauté devant trois personnes en manquant une marche quasi invisible, le côté chanceux du truc c’est qu’apparemment mon ordi n’a pas trop morflé.

Ce midi, j’ai été infoutue de finir mon Chinese Chopswey (avec je ne sais quel légume sauté au wok trempant dans la sauce), en fait je n’en ai presque pas mangé, j’ai vraiment du mal avec la chaleur qui me coupe l’appétit, et j’ai donc frôlé la crise d’hypoglycémie tout à l’heure, heureusement qu’on a du sucre ici.

Donc je finis la journée de travail éreintée, avec des bleus aux genoux et l’estomac vide (et une tache sur mon débardeur propre, évidemment…), mais au moins j’ai fini mon fichier qui n’était pas trop difficile pour cette première journée. Je crois que ce coup-ci ce soir je vais pas faire long-feu. J’espère, en tout cas ! (oui parce que hier j’ai découvert à mes dépends qu’une infusion que mes colocs n’avaient pas encore expérimenté le soir se révélait en fait très stimulante et je n’ai pas trouvé le sommeil avant quatre heures du matin. Je cumule vraiment les petites malchances, ces derniers jours :) )

Voilà donc pour mes aventures du jour et d’hier dans cette grrrrannnnnde ville.

Ahmedabad, jour 1

mercredi 14 août 2013

10h33.

J’écris en direct de ma chambre presque vide avec le ventilateur qui vrombit un peu trop fort à mon goût pour ce premier matin.

Aujourd’hui c’est Independance Day, et deux de mes infortunés colocs sont obligés d’aller bosser parce qu’ils ont des trucs à finir. La troisième, Camilla, dort encore.

La première nuit en Inde a été en elle-même aussi dépaysante que l’arrivée : il fait très chaud, et tout colle à cause de l’humidité. J’étais mal renseignée : la mousson n’est pas terminée ! Hier je suis arrivée sous une pluie torrentielle, et aujourd’hui il fait gris. La nuit a été calme, et ce matin, aux premières lueurs du jour, j’ai été surprise par mon premier frisson d’exotisme : des chants d’oiseaux inconnus J

Avec l’excitation de l’arrivée, j’ai eu du mal à m’endormir, et n’étant pas habituée à mon nouvel environnement, je me suis réveillée trop tôt, et je suis encore complètement décalquée du voyage.

Sur lequel je vais tout de même vous dire deux mots !

Le départ, comme trois d’entre vous le savent, a été dur. À Charles de Gaulle tout s’est passé vite et bien, et le voyage en avion a été plutôt rapide. Il n’y avait pas grand monde et j’ai pu m’allonger sur ma rangée de siège et sombrer dans l’inconscience entre deux turbulences (depuis mardi en effet, je n’ai pas l’impression de dormir, mais de perdre conscience !). L’arrivée à Dehli a été plus rocambolesque. L’aéroport est en effet immense, mais surtout, j’ai mis deux heures à parvenir au bon endroit, car je me suis heurtée à la bureaucratie indienne. En effet, j’avais déjà ma carte d’embarquement donnée à Paris, mais j’ai mis très longtemps à comprendre que je devais retourner à l’enregistrement pour en avoir une autre, parce que figurez-vous que je devais prendre un vol « domestique », mais en passant par les guichets de la partie « vol internationaux » (et non je n’ai toujours pas tout compris). Et pendant un bon moment j’ai fait des allers retours entre les deux parties en me faisant chaque fois refouler par des gens qui me disaient d’aller de l’autre côté. J’ai fait l’aller retour deux fois, ensuite je suis allée au guichet de la compagnie, et ensuite finalement au bureau d’enregistrement. Ouf ! Et puis vraiment je vous jure je comprends qu’un mot sur deux de ce qu’on me raconte, l’accent est vraiment fort.

Enfin bref, après j’ai passé ma journée à dévisager les voyageurs assise sur une rangée de siège dans un immense terminal. Des musulmans à longue barbe, beaucoup de Sikhs à turban, des moines bouddhistes, tout ça c’est monnaie courante. Certains affichages d’aéroport passent des petites phrases de sagesse qui donnent du baume au cœur, du genre « Nothing in this wicked world is permanent, even your troubles » (Charlie Chaplin). Et j’ai découvert avec de grands yeux deux panneaux qui se côtoyaient : à gauche « Prayer Room », à droite « Smoking room ». Endroit que j’ai assidument fréquenté, et qui ressemble en fait à un cours de prison grillagée. Où je me suis fait intensément dévisager à mon tour. Mon patron m’a plus tard expliqué que c’était normal et qu’il ne fallait pas que je le prenne mal. Soit. Mais c’est un peu perturbant quand même. D’autant qu’il y avait très peu de femmes qui venaient fumer, et que des Blanches, de ce que j’ai vu.

Autre affichage rigolo, un panneau électronique de petites nouvelles du monde et de l’Inde, divisé en deux parties : « upside » et « downside ». Exemple : « Upside : dans je sais plus quelle ville, achetez des pneus, obtenez des oignons gratuits ! » (si, c’est véridique) downside : « un enfant meurt d’une morsure de serpent ». Et sachez qu’ici la pluie est considérée comme une bonne nouvelle.

Bon, j’ai pu finalement prendre mon avion, le voyage était rapide, et après une attente interminable pour avoir ma valise, j’ai débarqué et rencontré mon patron. Mes colocs m’ont rassuré : personne ne comprend ce qu’il raconte J Enfin je comprends, mais je dois souvent lui faire répéter, il parle vite et avec son gros accent. Bref, il m’a donné quelques indications sur la ville, les us et les coutumes. Je pensais aller au boulot à pied, mais il n’y a pratiquement pas de trottoirs, et je pense que je vais suivre mes colocs qui vont m’apprendre à utiliser les rickshaws, qui sont vraiment le moyen de transport local. Ici, tout le monde conduit en klaxonnant. J’ai l’impression que c’est en partie un moyen de signaler sa présence et de dire « faites gaffe » car tout le monde change de file de manière sauvage, et sachant que dans une même artère à quatre voies, il y a des vélos, des scooters, des voitures, et des rickshaws (et même des charrettes qui vont à deux à l’heure mais semblent rester sur la voie de droite (rappelez vous, on roule à gauche en Inde, donc la voie la plus à droite est la voie la plus lente), et des piétons qui, avec le mauvais éclairage, ne sont vraiment pas très visibles la nuit.) Je pense qu’il faut s’y faire, mais je trouve cette manière de rouler hyper agressive. Mais je crois déjà sentir que ce qui semble agressif pour un Européen ne l’est pas ici.

Le patron m’a dit que c’était ok pour une femme de se promener seule dans cette ville, donc ça c’est chouette. Je peux fumer comme je veux dans l’appart, c’est chouette aussi. De toute façon vu l’état du truc, ça aurait été aberrant qu’on nous l’interdise, et ça dérange pas mes colocs J

Voilà, aujourd’hui, si on trouve un truc ouvert, on devrait aller faire des courses.

Hier j’ai eu un peu peur en arrivant, et je pense que d’autres coups de blues sont à venir, par contre le point positif c’est que je me sens bien dans l’appart, humainement parlant, donc c’est le principal.

Voilà le bilan pour l’heure, je vais prendre une douche froide (pas par choix, hé hé) et je réécris ici très vite. Je vous embrasse fort.